‹ Notice sur la royale abbaye d'HautecombeChapitre 2 sur 12 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

Aocienneté de l'Abbaye. — Grands hommei qu'elle a produits. — Attribut unique qui distingue ce monument.

L'abbaye d'Hautecombe , que la piété de notre auguste monarque vient de restaurer , est un des plus anciens Monastères de Tordre de Cîteaux (1), et le monument le plus éminemment national et historique dont la Savoie puisse se glorifier. Fondée en 1125

(t) L'Abbaye de Citeaux fut fondée en 1098 par S. Robert.

par le Comte àmédée III (1), elle servit souvent d'habitation et toujours de tombeau à nos Princes aussi long-temps qu'ils résidèrent en Savoie (2); donna à la patrie des historiens (3) , à la chrétienté les Papes Célestin IV (4) et Nicolas III (5) , et avait porté son illustration à son comble , lorsque l'époque désastreuse de 1792 vint compléter sa détérioration , que bien des vicissitudes avaient déjà commencée.

Les cendres vénérées réunies dans ce Monastère , les armoiries , les inscriptions , les épitaphes , les symboles , les statues , tous les insignes enfin qu'il renfermait , et qui en faisaient une mine inépuisable ' de documens relatifs à notre histoire , l'avaient complètement identifié avec la mémoire des aïeux de nos Rois. Là venait , pour ainsi dire , se vivifier chaque

(1) Il y appela des Moines de l'ordre de S. Basile , dépendais de l'Abbaye d'Aulps ; ils habitaient la montagne de Sessine , près du village de» Granges , sur la route de Rumilly ; à l'invitation de S. Bernard , ils embrassèrent la régie de Clteaux. L'acte de cession fut fait en faveur de S. Amédée d'Hauterive , premier Abbé d'Hautecombe ; il comprenait plusieurs biens situés en Cbautagne , prés du lac du Bourget , qui , dans la donation , est appelé lac de Chatillon. S. Bernard fait mention d'Hau-

\ lecombe dans ses Epltres 28 et 142. ( Grillet. )

(2) Pendant plus de deux siècles , alors même qu'ils décédaient dans des pays éloignés.

(5) La Chronique d'Hautecombe était célèbre. Guichenon ( page 224 ) se sert déjà du témoignage de Geoffroy, Abbé d'Hautecombe, pour prouver que l'Abbaye de Tamié fut créée en 1132.

(4) Elevé au pontificat l'an 1241 ; il était de la maison de Chatillon de Ghautagne.

C*) De la maison de Cajetan de6 Ursins ; il obtint la tiare en 1277.

trait de leur grandeur. Aussi , comme elle , traversant les siècles , il semblait que la main des révolutions ne l'avait dépouillé que de ce qu'il avait de terrestre : notre Savoie mettait à la place d'Hautecombe détérioré, le monument d'amour , de reconnaissance et de fidélité qu'elle élevait depuis huit siècles à la mémoire de ses Princes.

Aujourd'hui que la Royale Abbaye renaît du sein de la dévastation , nous éprouvons le besoin de nous entret&ir de ce qu'elle était , de 'nous représenter , dans leur détail les vicissitudes qu'elle a éprouvées. Nous ne recherchons pas pour cela des discours préparés avec art; nous satisfaisons notre impatience avec quiconque en parle le premier. Nous -même , ayant à fournir quelques documens (1) sur l'épisode le plus intéressant du Monastère , nous apportons notre déposition, notre témoignage et nos notes.

Nombre d'étrangers s'imaginent que les marbres et les peintures d'Hautecombe , que son site agréable et pittoresque offrant sous un seul coup d'œil la perspective riante des rivages du lac et le tableau vaporeux de Chatillon , font tous les frais de l'admiration que cette Abbaye nous cause : ils en établissent même la comparaison soit avec le superbe St-Denis , soit avec ces hypogées que les Grecs et les Romains décoraient avec toute la magie des arts et de la richesse réunis. Si les

(1) Voyez Til.1V.

étrangers prennent le change sur les véritables motifs de notre enthousiasme, s'ils ignorent que chaque grain de poussière de l' Abbaye dont nous parlons en fait l'objet , c'est qu'aucune nation n'a été marquée pour avoir eu , comme nous , dans une seule famille et pendant huit siècles , une succession continue et à jamais mémorable de bons Princes.

Que la France vînt à découvrir quelques tombes royales dans les profondeurs de St-Denis , elle éprouverait , au lieu de nos sensations actuelles , l'alternative de penser que là étaient aussi les dépouilles des Louis XI et des Charles IX. Mais , supposé qu'elle retrouvât identiquement , à notre exemple , les dépouilles mortelles des Rois qu elle vénère,... celles de S. Louis et d'Henri IV,... par combien de fêtes et de démonstrations de joie tout Français n'en célèbrerait-il pas l'inauguration ï

ARTICLE II

Eloges des Princes ensevelis à Hautecombe.

Si nos Ai mon , nos Comte vert , développant leurs éminentes qualités sur un théâtre moins brillant, n'ont pas laissé des souvenirs aussi universels que les deux héros français , ils en ont laissé d'aussi profonds et de non moins durables. Les peuples ne pèsent pas le mérite des Rois à la balance de la Renommée. A leurs

yeux, S. Louis rendant la justice sous un arbre à Vincennes , Gélon stipulant pour les droits de l'humanité , éclipsent toute la gloire des conquérans les plus renommés. D'après ces bases , il nous est bien permis de croire qu'ils n'étaient pas non plus sans mérite ces Princes qui firent naître et croître la prospérité de leur royaume à travers mille obstacles ; qui dans ces temps où nos peuplades se débattaient dans l'immense cercueil de l'ignorance , se distinguaient déjà au milieu des rochers de la Savoie , comme législateurs et politiques , et , de plus , par la supériorité du courage et de la tactique. D'ailleurs , les historiens de tous les temps se sont chargés de justifier par leurs éloges toutes nos préventions nationales. Même, de nos jours , Lesage ( Lascases ) , peignant à grands traits, dans son Atlas historique , la galerie des Comtes et des Ducs ensevelis à Hautecombe , la termine ainsi : « La descendance d' Amédée V n'est plus qu'une « suite non interrompue de grands Princes ; lui— « même porte le nom de Grand , et le mérite. Aimon , a par sa sagesse , mais surtout le Comte vert et le « Comte rouge , par leur valeur et leurs entreprises , « leurs succès et leur habileté , sont l'honneur et la « gloire de leur Maison. Ces Princes, toujours en u guerre avec leurs voisins , triomphent de leurs at- « taques et de leurs ligues; ils battent les uns, soute mettent les autres , en réduisent quelques-uns au «< désespoir, et s'agrandissent aux dépens de tous. »

ARTICLE 111

Indication des Prince» inhumés & Hautecombe. — Notes historiques.

Outre les Princes dont nous venons de parler , Hautecombe renferme les dépouilles mortelles des autres successeurs d'Amédée III , jusqu'en 1497, de personnages illustres par leur sainteté ou leur courage , de plusieurs femmes et enfans , tous issus de la Maison de Savoie , ou qui lui appartiennent par des alliances.

Nous allons donner par ordre chronologique le nom de ceux dont les historiens ont signalé l'inhumation à Hautecombe , en les accompagnant de courtes notes historiques , à l'usage de ceux qui ne sont pas familiarisés avec l'histoire de la Savoie. Ce travail a déjà été traité dans la Notice historique et descriptive d'Hautecombe , avec la profondeur de talent qui distingue son auteur ; nous n'aurions pas osé l'aborder après lui , si cet ouvrage, vainement recherché, n'avait pas été circonscrit à un trop petit nombre d'exemplaires.

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