‹ Notice sur la royale abbaye d'HautecombeChapitre 3 sur 12 · PRINCES INHUMÉS A HAUTECOMBE · texte numérisé non relu

PRINCES INHUMÉS A HAUTECOMBE

I. Germaine de Z^eringen , fille de Berthold , Duc de Zxringen , Vice-Roi d'Arles , morte en 1 162. Elle avait été mariée en premières noces à Henri-le-Lion , Duc de Bavière , et épousa en secondes noces Humbert III ( 1 157 ) , dont elle eut Agnès de Savoie , fiancée à Jean , fils d'Henri II , Roi d'Angleterre.

II. Hiimbert III, surnommé le saint. Ce- Prince naquit au Château d'Aveillane le premier août 1136. Amédée III , son père , le confia de bonne heure aux soins du vertueux Amédée d'Hauterivc , évêque de Lausanne , et le lui donna pour tuteur avant de mourir , à Nicosie , à son retour de la Terre sainte. Elevé au Monastère d'Hautecombe , dont le prélat de Lausanne était Abbé , Humbert III donna jusqu'à la fin de ses jours les marques les plus insignes de sa profonde piété. Il enrichit plusieurs églises et monastères, créa la Chartreuse d'Aillon , ajouta à la dotation de l'Abbaye d'Hautecombe , et fonda celle d'Aulps , de concert avec Girard d'Allinges. C'est dans la solitude de ces deux derniers monastères , qu'il passa la plus grande partie de sa vie.

Pour juger du mérite de ce souverain, le saint Louis de la Savoie , il faut se reporter à l'époque où il vécut. C'était le siècle de la vie contemplative , le haut point d'ascension de la puissance spirituelle. Les rois , les princes , les grands seigneurs étaient sous l'habit religieux, ou sous celui du croisé. Ce qu'on n'apprécie pas assez de nos jours , c'est que tout cela devait être ainsi , même humainement parlant, et que tout ce qui s'est opéré dans des vues si pieuses profita à la chose publique. D'une part l'invasion d'Orient détruisit les funestes effets de l'invasion des Barbares ; elle contribua à l'affranchissement des communes, à la renaissance du commerce et des lettres , et porta à la

féodalité , c'est-à-dire aux descendais des Francs , des Goths , des Burgondes , un coup décisif. D'autre part , la multiplicité des monastères eut un résultat doublement fructueux : les bois , les forêts , les brous-^ sailles , les terres inhabitées furent données à l'agriculture par les pieux cénobites qui s'y réfugiaient ; et ces mêmes cénobites adoucissaient chaque jour , par la pratique et l'enseignement des lois divines , la férocité encore vivante des peuples du Nord.

En tout cas , Humbert III quittait quand il le fallait le cilice pour la cuirasse. Il vainquit en personne le dauphin Guy VII, devant cette même forteresse de Montmélian, où le père de celui-ci avait été taillé en pièces par Amédée III ; il se distingua entre tous au siège de Milan , où il était allé joindre Frédéric Barberousse , et amortit à main armée la turbulence de Mainfroi et de l'Evêque de Turin. B fut moins heureux dans les querelles de l'empereur Frédéric avec les villes lombardes. Celles-ci , soutenues par le Pape , combattaient pour leurs lois municipales; Humbert III ayant refusé son concours à l'empereur, fut mis au ban de l'empire , vit son pays ravagé , la ville et le château de Suze , qui renfermait les antiques archives royales , brûlés irréparablement ; enfin , shs vassaux au-delà des monts en pleine révolte. 11 lui fallut attendre le départ du terrible Frédéric pour les faire rentrer dans le devoir. Humbert mourut à Chambéry , le * mars 1188.

Hf. Guillaume de Savoie, cinquième fils du Comte Thomas I er . Il fut légat du St-Siége en France, et revêtu successivement des évêchés de Valence et de Liège. Ayant été choisi pour conduire en Angleterre Eléonore de Provence , sa nièce , mariée à Henri III , ce monarque le combla des marques les plus éclatantes de son amitié et de sa considération.

Les ennemis de l'Eglise romaine l'ayant pris à son retour d'un voyage à Rome , l'emprisonnèrent à Assise , où il mourut de poison en 1239.

IV. Amédée IV , né k Montmélian en 1197 , était fils du Comte Thomas, fondateur de la ville de Chambéry ; il avait 36 ans lorsqu'il fut élevé à la souveraineté. Ayant continué les arméniens commencés par son père, il eût pu faire rentrer de vive force la ville et l'évêque de Turin dans le devoir ; mais , bon et généreux , il céda à leurs prières , et reçut leur serment de fidélité ( 1235 ). L'adresse de ce prince à diviser ses ennemis est restée célèbre ; son esprit de conciliation ne le fut pas moins : pour couper court aux mauvaises intentions de ses ennemis principaux , les marquis de Montferrat et de Saluées , il les choisit pour gendres. Frédéric II ayant été très-bien reçu par Amédée à son entrée à Turin (1238) , lors de son voyage en Italie , érigea pour lui le Chablais et la vallée d'Aoste en Duché ; ce qui n'empêcha pas le nouveau Duc de continuer à porter le titre de Comte de Savoie. On place sous son règne (1248) le tremble-

ruent de terre qui fit crouler la montagne de Grenier , et forma l'immense amas de ruines connu sous le nom d'Abîmes de Myans. M. le Chanoine Chevray a fait sur cette catastrophe une notice pleine d'intérêt , et qui a dû lui coûter d'immenses recherches.

V. Thomas de Savoie fut le troisième de cette belle lignée de 15 enfans qu'eut le Comte Thomas I er . Il naquit à Montmélian l'an 1159, et fut le chef de la branche des Princes d'Achaïe et de celle des Barons de Vaud.

Thomas de Savoie obtint par ses belles qualités des apanages de tous les Princes de la chrétienté. Amédée IV , son frère , lui donna en fief les comtés de Maurienne et de Piémont ; Fempereur Frédéric II , le Canavesan , la ville de Turin et autres circonvoisines ; S. Louis, Roi de France, son neveu, lui fit obtenir Jeanne en mariage , et par elle les comtés de Flandre et de Hainaut ; Henri III , roi de la Grande-Bretagne , lui concéda la liberté de commerce pour ses Flamands dans toute l'Angleterre ; enfin , le St-Père lui fit donation de la principauté de Capoue , le nomma grand Gonfalonier des Etats romains , et lui fit épouser sa nièce en secondes noces.

L'adage vulgaire , qui terres a , guerres a , était à la lettre applicable à l'époque où vécut Thomas. Pas un seigneur qui ne voulût mesurer ses armes contre ses voisins , pas une ville un peu considérable qui ne guerroyât pour ses lois municipales. Aussi ce Prince, ex-

cellent guerrier , eut autant d'occasions de se distinguer qu'il en voulut. Dans une des principales, il surprit Bruxelles, et fit prisonnier le duc de Brabant et son frère. Cependant, dans la suite, voulant, comme régent des Etats , faire rentrer dans le devoir Asti , Turin et leurs évêques , il fut lui-même batlu à Monte-Bruno, et emmené prisonnier à Asti. Ses ennemis , moins généreux qu'il ne l'avait été pour le duc de Brabant, ne le relâchèrent qu'à des conditions exorbitantes. L'empereur Richard annula ce traité extorqué par la violence. Thomas vint mourir à Chambéry en 1259.

VI. Pierre de Savoie , le septième des enfans du Comte Thomas, né au Château de Suse en 1203 -, mort au Château de Chillon en 1268 , fut surnommé le Charlemagne. Ce Prince , par sa prudence , par sa valeur et par ses talens , rendit d'importans services à Amédée IV , se distingua dans les négociations , dans les conseils , à la guerre et dans les tournois. 11 tenait déjà un rang élevé parmi les seigneurs de la haute Allemagne, avait été nommé Comte deRomond et de Richemont, institué par Ebebal héritier du comté de Genève , et admis au protectorat des villes de Sion et de Lausanne , lorsque la mort de Boniface lui transmit les Etats de ses pères , par droit de proximité , observé jusqu'au Comte rouge, et non par ordre de primogéniture.

Pressé de venger la mort de Boniface , le Comte de

Savoie franchit les Alpes avec une armée , et assiégea Turin. Cette ville s'étant rendue à discrétion, fut pardonnée généreusement. Ayant été rappelé en Angleterre , Pierre y obtint de l'empereur Richard , alors sur son départ pour l'Allemagne , la concession de tous les fiefs mouvans de l'empire qu'avait possédés Herman , comte de Kibourg , et l'investiture des pays et duchés de Ghablais et d' Aoste , avec le titre de vicaire général de l'empire. Revenu en Savoie en toute hâte pour faire face aux soulèvemens de Rodolphe , Comte de Genève , du sire de Beaujeu , et des villes de Turin et d'Asti , il força à main armée les deux premiers à la soumission , mais se perdit en vains efforts contre Asti et Turin.

Ce Prince ajouta à ses Etats Genève et nombre de fiefs en Helvétie , dont il composa la baronnie de Vaud. Il reçut en don l'anneau de S. Maurice , relique qui sert d'investiture aux Princes de Savoie, après en avoir servi aux rois de la Bourgogne.

VII. Boni face de Savoie , onzième fils du Comte Thomas. Ce grand personnage fut successivement Evêque de Belley (1234) , Administrateur de l'évêché de Valence (1241), Archevêque de Cantorbéry, et Primat d'Angleterre. Ramené en Savoie par le désir de visiter son frère le Comte Philippe , il mourut à Ste-Hélène le 14 juillet 1270. Son monument en bronze était au côté droit du grand-autel, à Hautecombe.

VIII. Marguerite de Savoie, fille du Comte Thomas, fat mariée (1218) à Herman, Comte de Kibourg , et mourut en 1283.

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