CHAPITRE I
La grande école qui, pendant plus de cinq cents ans, avait soutenu la réputation artistique de la maîtrise d’Anvers, tomba, vers la fin du siècle dernier, par suite de l’invasion française. L’immortel Gossec fut le dernier descendant glorieux d’une phalange de compositeurs qui, suivant le témoignage d’un savant écrivain, avaient instruit dans leur art les différentes nations de l’Europe V
Pendant la domination de la France républicaine, l’art musical végéta dans notre ville; les efforts, tentés pour le relever, échouèrent devant les difficultés suscitées par une Administration ombrageuse et défiante, craignant les assemblées les plus inoffensives. Ainsi furent rendus stériles les travaux entrepris en l’an IV (1 7 9 1>) par la Société du Concert de h ci-devant bourgeois ou de la Bourse , travaux que les Commissaires du Directoire exécutif, Tlruslé et Dargonne, ne cessèrent d’entraver, et qui finirent le 10 Pluviôse an VI (20 Janvier 1708) à la suite de nouvelles injonctions vexatoircs de la part de l’autorité municipale. De la même façon échouèrent également plusieurs autres tentatives
1 FÉT1S, Bulletin de V Académie Royale de Belgique, tome XVI 1 1 , |>. 2 IC.
faites par des citoyens paisibles, dans le seul but de cultiver la musique, mais qui furent considérées en haut lieu comme dangereuses pour le repos de l’État.
Sous le gouvernement impérial, les amateurs purent agir plus à l’aise; differentes sociétés furent créées successivement, mais pardes raisons que nous ne connaissons pas, elles n’eurent, pour ainsi dire, qu’une existence éphémère.
Malgré ces essais malheureux, l’amour de la musique fit tenter de nouvelles entreprises. ^Nos concitoyens étaient convaincus de la nécessité de la création d’un cercle sérieux qui pût prendre en mains la direction de cet art dégénéré et réparer, peu à peu, les grandes pertes causées par vingt années d’abandon.
On touchait à la fin de la domination française; une certaine liberté d’action se manifestait ; on eut recours au principe d’association, si cher au peuple belge , et fondement de nos grandes institutions nationales.
Au mois de Février 1814, quelques amateurs sc réunirent dans un local de la rue des Trèfles et y jetèrent les bases d’une société qui, grâce à une Direction intelligente et à un travail constant, devait devenir le centre du mouvement musical à Anvers. Ils donnèrent à leur réunion le nom de Sociïte <f Harmonie; M. François Printz , artiste distingué, fut nommé Chef d’orchestre.
La nouvelle association eut un commencement semblable à celui de la plupart (le nos grandes institutions artistiques. Son origine fut modeste; elle ne comptait que peu de membres, mais l’ardeur qui les animait, la ferme volonté de bien faire qui les dirigeait, suppléait amplement au grand nombre, qui, au début, aurait pu être une entrave plutôt qu’un avantage.
Les études de nos jeunes amateurs étaient sérieuses. Ils s’appliquaient au culte de la musique avec l’enthousiasme que l’on a d’ordinaire pour les créations nouvelles. En moins de deux mois, ils furent à même de se montrer en public; une circonstance solennelle leur en donna l’occasion.
Le 5 Mai 1814, les Alliés entrèrent à Anvers, brisant les dernières chaînes qui attachaient la Belgique à la domination étrangère; les membres de la Société d’Ilannonie crurent faire acte de bons citovens
en allant à la rencontre de nos libérateurs et en les conduisant triomphalement en ville.
Par cet acte patriotique l’Harmonie s’acquit les sympathies de la
population d’Anvers; le nombre de ses membres s’accrut de jour en jour, et bientôt elle sentit la nécessité de chercher un local plus spacieux pour scs réunions ordinaires. On transféra le siège de la Société dans les salles de l’Ilôtel U Aigle , jue du St- Esprit, et l’on prit la résolution d’admettre dans le sein de l’association des protecteurs de l’art musical, sous le titre de membres honoraires. Le nombre de ces derniers devint en peu de temps assez considérable pour que la Direction
pût songer à agrandir le cercle de ses travaux. Elle décida de se pourvoir d’un local d’été, où elle pût donner de grandes fûtes et, à cette fin, elle loua une campagne nommée het Hof ter Beke , au Markgravelei, dans un des plus beaux sites des environs d’Anvers \
Le même succès l’y attendait ; l’intérêt public s’attacha de plus en plus n notre institution ; son local devint le rendez-vous de la bonne bourgeoisie d’Anvers.
En même temps qu’elle accomplissait tous ces travaux, la Direction songeait à la rédaction définitive d’un règlement de la Société; nous avons sous les yeux un extrait de cette pièce; nous y trouvons entre autres les statuts suivants :
Art. 1. — Les concerts d'harmonie de la Société auront lieu savoir : ceux de l’été à la maison de campagne, St-Laurent, 5 e section, louée par la Société pour un certain temps, et ceux d’hiver dans un local convenable, A fixer par la Direction du consentement des Membres effectifs.
Art. 3. — La Société consistera en Membres effectifs et Membres honoraires.
Art. 4. — La Direction sera composée d’un Directeur et de quatre Adjoints- Directeurs, d’un Chef do musique, d’un Caissier, et d’un Secrétaire, à choisir parmi les Membres effectifs et par eux A la pluralité des suffrages.
Art. 22. — Le Chef de musique indiquera à chaque Membre effectif la partie qu’il est obligé de faire; aucun ne pourra s’y opposer, sous quelque prétexte que ce soit, quand meme il alléguerait que la partie qui lui est assignée n’est pas celle pour laquelle il s’est présenté; il suffit que le Chef de musique le juge nécessaire ponr l’exécution des morceaux d’harmonie.
Art. 30. — Ne pourront être admis soit comme Membres effectifs, soit comme Membres honoraires, des personnes qui par leur naissance et leur rang, seraient trop au dessus ou au dessous de la majeure partie des Membres dont la Société sc trouve composée actuellement. #
C’est-à-dire que la Société était et devait rester essentiellement bourgeoise.
1 Cette campagne appartient aujourd’hui i\ M" e V r Moons-Van der Strnclcn.
Nous regrettons ne pas pouvoir donner, faute de renseignements, les
noms des membres fondateurs de de documents authentiques que 1819, cette réunion comptait 31
MM. Fr. Printz,
A nt. Kennis,
A. Stiennox,
G. Verbert,
Lemire, père,
Lemire, fils.'
J. Gislain,
J. Groetakrs,
J. 11. Yerbiîfxkkn-Be L. Rom,
Fr. Gislain,
T. F. Covelikrs,
H. Verlüyten,
Van Linthout,
P. Kennis,
,1. F. J. Janssens,
la Société d Harmonie, mais il résulte nous avons à notre disposition, qu’en membres effectifs, savoir :
MM. Van der Yekex,
De Wael,
F. Van Bordel,
Jos. Van der Borciit,
Van den Broeck, aîné.
Van den Broeck, jeune,