RÉCITATIF ET FINALE
Nos vœux sont écoutés, toute crainte est bannie,
Frères, qu’un joyeux chant soit par vous répété • Célébrons tous unis la fête du génîe.
Du progrès par les Arts et la Fraternité.
x CHŒUR.
Retentissez, chants de victoire,
Eveille-toi, noble cité.
Fêtons les élus de la gloire.
Les fils de l’immortalité.
** Si nous parlons, dit un assistant A la fête de la magnificence du jardin sous le rapport de l’ordonnance des décors et des illuminations, uous sommes forcés de convenir que jamais rien de plus beau, de mieux imaginé ne s’est présenté A notre vue, et pourtant la Société Royale d’IIarmonic n’en est pas A son coup d’essai en fait de fêtes splendides, mais il y avait dans celle-ci nue richesse artistique et des innovations d’un goût fort remarquable. C’était d’abord, en entrant, le vaste portique de la cathédrale de Tulle, conception hardie exécutée avec le plus grand bonheur et d’un effet réellement grandiose.
“ On a beaucoup admiré aussi le transparent représentant le génie de l’immortalité inscrivant, sur une table de marbre, les noms des principaux artistes des pays représentés nu congrès nrtistique.
“ Pour l’Italie, Raphaël et Michel-Ange ; pour la Belgique Jean Van Eyck et Rubens; pour l’Allemagne Albert Durer et llolbein; pour la Hollande Lucas de Lcydc et Rembrandt; pour la France Poussin et Lcsucur; pour l’Espagne Murilio et Velasquez, pour l’Angleterre Hogarth et Reynolds.
“ Deux génies soutiennent la table de marbre pendant que la Renommée proclame les noms A l’univers.
“ Une autre décoration attirait également l’attention des promeneurs. C'était un arc de triomphe, dédié aux arts, composé avec beaucoup d'intelligence et représentant les attributs de l’Harmonie avec l’inscription en lettres d’or : Aux Arts, surmonté d’un génie distribuant des couronnes. Plus bas, on remarquait le blason
1 Le Précurseur.
«le Î>‘-Luc, sur lequel brillait l’étoile de l’immortalité, et de chaque côté, deux figures symbolisant l'architecture et la gravure.
“ Ce transparent de même que le précédent a été trcs-apprécié.
“ Plus loin, vers le fond du jardin, était disposée une ruine artistique d’un effet très-pittoresque; c’est la première fois, croyons-nous, qu’un essai de ce genre ait été tenté en plciu air; la parfaite réussite de celui-ci nous promet de nouvelles expériences tout aussi heureuses. „
Ces décors avaient été peints par M. Bernard Weiscr, professeur à l’Académie Royale d’Anvers.
Un magnifique feu d’artifice clôtura la fête.
Comme les années précédentes, plusieurs matinées musicales et deux grands concerts eurent lieu pendant l’hiver 1861-1802. Aux matinées se firent entendre M Uo Rodrigues, première cantatrice du Théâtre Royal d’Anvers. (8 Décembre ’), M me Fauré-Brière, prima donna du même théâtre et M. J. Yander Aa, clarinettiste. (26 Janvier 1862); M. Bekker, violoncelliste solo de S. M. le Roi des Pays-Bas et M. Michel Dermond, l r " basse du Théâtre Royal d’Anvers (2 Février), M n ° Rosa Wilks, 1 er prix du Conservatoire Royal de Bruxelles, et M. Duliem, professeur au même établissement (23 Mars).
Pour le premier des grands concerts fixe au Samedi 28 Décembre , la Direction avait fait des arrangements avec Madame Miolan-Carvalho, première chanteuse des Théâtres de Paris et de Londres, et M. Henri Yieuxtemps, violoniste.
Le concert commença par l’exécution de l’ouverture d 'Indra, de Flotow. M me Miolan chanta successivement le grand air de la Somnambule, de Bellini, la chanson de V Abeille, et le Carnaval de Venise de l’opéra la Reine Topaze, de Y. Massé. M. Vieuxtenips joua un concerto en La mineur, une fantaisie intitulée Lucie et le Bouquet américain (fVillie, ice niissed y ou et St- Patrick' s day) de sa propre composition.
Ensuite M mo Miolan et M. Vieuxtemps exécutèrent ensemble Y Ave- Maria de Gounod, adapté au premier prélude de S. Bach, avec solo de violon obligé.
L’orchestre lit entendre en outre la symphonie en Si bémol (N° 4) de L. Von Beethoven.
Le deuxième grand concert vocal et instrumental, annoncé pour le Mardi 15 Avril 1862, fut organisé avec la participation d’autres
1 Pendant cette matinée une collecte fut faite au profit des victimes de l’incendie de In Raffinerie Relgc-Anver.soise et de l’Entrepôt St-Kélix.
illustrations musicales. Ou y entendit M m *' Rosina Sf oit/., cantatrice, M. Ferdinand Schocn, pianiste, et M. J. Lotto, violon solo de S. A. Rle Grand-Duc de Saxe-Weimar.
M m ° Stoltz chanta un air d’église de Stradclla (1675) avec accompagnement. d’orgue et les Adieux de Marie Stuart de Nicdermeyer. M. Schocn exécuta une nocturne de SclnilhofT, une mélodie Hongroise de Liszt et un caprice sur des airs bohémiens, de Schulhoff. M. Lotto se fit entendre dans un concerto pour violon avec accompagnement d’orchestre, de sa propre composition, dans le morceau J)i tanti palpili dePaganini, et dans le Carnaval de Venise d’Ernst. M" 10 Stoltz et MM. Schocn et Lotto exécutèrent ensemble le morceau 11 Sogno, de Mercadantc.
L’orchestre de la Société avait joué comme introduction l’ouverture de Fidel io de L. Von Beethoven et V Ouverture Jubilair c de Ch. Hanssens. Pendant le concert une collecte fut faite en faveur des ouvriers gantois sans travail.
Parmi les concerts d’été de l’année 1862, nous citerons d’abord celui du 25 Mai pendant lequel eut lieu l’exécution de l’ouverture élégiaque à la mémoire de H. Simon, par M. F. Schermevs, transcrite par M. A. Lemaire.
Pour le concert du 20 Juillet suivant, donné à l’occasion du 31" anniversaire de l’Inauguration de S. M. le Roi , la Direction obtint le concours du corps de musique des Grenadiers belges, sous la direction de M. Constantin Bender.
Jxî programme renfermait les morceaux suivants •.
1. Ouverture de Guillaume Tell, de llossini. 2. Les Huguenots, (caprice fantastique) de Meycrbeer. 3. Un jour (P été en Norwège, fantaisie pastorale, de Willmers. 4. L'invitation à laralse dcC. M. V. Weber. ô.Maritana, ouverture, de Wallace. 6. Les airs Suisses, variations, de Schrôdcr,
7. Moïse , (pot-pourri) de llossini, 8. Les Fauvettes , polka pour deux fi fîtes, de Bousquet.
Quelques semaines après, à l’occasion de la grande Kermesse, un concert fut donné par le corps de musique du régiment des Carabiniers, sous la direction de M. Panne, et l’orchestre de la Société, sous la direction de M. Alp. Lemaire. De plus la Société chorale, les Mélomanes de Gand, voulut également prêter son concours à l’organisation de la fête.
La première partie du concert, exécutée par l’orchestre de la Société, se composait des morceaux suivants : 1 . Marche des Nobles de Tannhauser, de Wagner, transcrite par M. Lemaire, le Soutenir du Philtre d’Auber, •
de Ch. llanssens, les Champions de Dunkler, une fantaisie sur V Étoile du Nord, de Meverbeer, par A. Lemaire. Suivait la grande marche triomphale pour deux orchestres exécutée à Kœnigsberg, à l’occasion du couronnement de S. M. Guillaume I, roi de Prusse, par Meyerbecr.
Le seconde partie du programme était réservée à la musique des Carabiniers. Ces artistes jouèrent une ouverture inédite de P. Benoit, une Valse, Lichtenstein, de Labitzky, une fantaisie sur des motifs du
Lardon de Ploêrmel de Panne, une Polka de concert pour cornet à piston, exécuté par M. Iserstedt, de Ilymans, et un pot-pourri populaire, de Panne- Le local de la Société avait été brillamment décoré; une illumination et un feu d’artifice, suivis d’un bal, terminèrent la soirée. Écoutons le récit d’un chroniqueur :
“ I.e beau décor, dit-il, représentant une ruine, dû au pinceau de M. Weiscr, fils, u’u pas été moius admiré, surtout alors que les feux de bcugale sont venus eu éclairer les moindres détails et permettre ainsi déjuger de l’ensemble de l’édifice. Le feu d'artifice quoiqu’un peu contrarié par la fumée que le veut chassait du côté des spectateurs, a néanmoius très-bien réussi. On a pu remarquer quelques belles pièces, eutre autres un pavillon chinois d’un aspect très-pittoresque.
“ La partie concertante de la fête a été fidèlement remplie, suivant la distribution du programme. La Société des Mélomanes , de Gaud, a de plus bien voulu prêter sa coopération A la fête.
" On counait l'ensemble et la précision que cette Société chorale apporte dans l’exécution des morceaux de sou répertoire; sa réputation n’est plus A faire sons ce rapport ; aussi chacun des trois chœurs qu’elle a chantés hier, n été ncclmné par de nombreux vivats. Les Mélomanes ont été chaleureusement remerciés, au nom de la Société d’IIarmonie, par M. E. De Wael, Directeur-Président.
“ Le corps de musique du régiment des Carabiniers, sous la direction de M. Panne, avait également prêté sou concours A la fête. Reçu et complimenté A son entrée nu local par les membres de la Direction, cet excellent corps de musique, qui n laissé de si bons souvenirs à Anvers, a exécuté, conjointement avec l’orchestre de la Société, la graude marche triomphale pour deux orchestres, composée par Meverbeer, à l’occasion du couronnement de S. M. le Roi de Prusse. Ce morceau capital a été écouté avec le plus vif intérêt. Nous croyons inutile de joindre nos éloges à ceux de la foule, le nom de Meycrbeer eu dit assez.
“ L’orchestre de la Société, sous l’habile direction de M. Alph. Lemaire, n joué dans la première partie du concert, laquelle était composée de morceaux d’un choix très-judicieux ; l’exécution n’a rien laissé à désirer.
“ Au corps de musique des Carabiniers incombait l’exécution de la seconde partie, et il s’en est acquitté avec le talent dont il nous a donné si souvent des preuves. La fantaisie sur le Pardon de Ploërmef et le Pot-pourri populaire, composé par M. Panne, le digne chef de ce corps de musique, ont enlevé tous les suffrages En résumé cette fête a été généralement admirée, et tout le monde était d’accord
pour en louer l'ordonnance, aussi bien dans son ensemble, que dans ses plus minces details. „
Quinze jours apres cette belle fête, l’Harmonie reçut la visite de la Réunion Lyrique des Chœurs de Bruxelles.
M. Éd. De Wacl, Directeur-Président de la Société d’Harmonic, adressa aux visiteurs les félicitations suivantes:
“ Messieurs,
Votre réuniou, qui déjà depuis longtemps, occupe une place très-distiuguée parmi les principales Sociétés chorales .de notre pays, a remporté au dernier concours de Lille, le premier prix de la division supérieure de chaut d’ensemble et le prix d’honneur.
“ Ce succès, qui donne à votre Société un nouveau lustre et qui honore votre digue chef M. Fischer, vous n plncés. Messieurs, au premier rang des Sociétés de chœurs les plus renommées de la Belgique et de l'étranger.
“ La ville de Bruxelles, hère de votre triomphe, vous en a témoigné toute sa satisfaction, par l’organe de l’Administration communale, qui s’est rendue à votre rencontre, à votre retour de Lille, et qui vous a dignement et chaleureusement complimentés.
“ D’autres villes et d’autres Sociétés particulières ont eu la bonne fortune de vous entendre, de vous apprécier, et d’applaudir à votre brillant succès.
“ La Société Royale d' Harmonie d’Anvers, toujours admiratrice du beau et du vrai mérite, a tenu à honneur de vous posséder dans son sein.
“ Elle a eu le bonheur de réussir.
“ Elle vous en exprime toute sa reconnaissance.
“ Soyez, Messieurs, les bien-venus parmi nous.
“ Honneur à la Réunion Lyrique des Chœurs de Bruxelles. „
Le concert commença ensuite ; outre les morceaux exécutés par l’orchestre île la Société, on entendit les chœurs : V Hymne du malin, de Haussons, et le Chant du Tyrol, de Thomas, qui avaient valu à la Réunion Lyrique le premier prix d’honneur au concours de Lille, ainsi que le chœur le Cri de Guerre, de Lintermans.
A l’époque où se donnait ceconcert, le 10 Septembre, M. Jos.Hartojç, propriétaire a Anvers, mit en vente le local de l’ancienne Société Philharmonique. MM. De Wael, Président, J. -P. Gceraerts, F. Van Hal et J. -B. De Neuf, Directeurs, crurent devoir saisir l’occasion qui se présentait pour doter la Société (l’Harmonie d’un local d’hiver, où elle serait à meme de donner ses concerts et autres fêtes. Le temps pressait, et il fallut prendre unedécision, sans pou voir consul ter les Membres effectifs. Ne tenant compte que de son dévouement, la Direction résolut d’acheter
à ses risques et périls le vaste local de la Philharmonie, et délégua à cette fin les membres proposants. La vente se fit et ils restèrent acquéreurs.
Immédiatement après, les Membres effectifs furent convoqués; MM. De Wael, Geeraerts, Van liai et De Neuf présentèrent à la Société le transfert de la propriété au prix d’acquisition. En séance du 12 Septembre les Membres effectifs ratifièrent l’achat et décidèrent de faire un emprunt, dans le genre de celui contracté pour l’acquisition du local d’été. On adressa aux membres une liste de souscriptiou avec le projet des conditions de l’emprunt, que nous croyons devoir reproduire :
PROJET DES CONDITIONS PRINCIPALES d’un EMPRUNT AU CAP1TAI. DE PR. 275,000,
DESTINÉ A COUVRIR I,KS FRAIS DE L’ACQUISITION DU LOCAL DIT " LA PHIL- HARMONIE, ” RUE d’AREMBERG, A ANVERS, ET CEUX DES CONSTRUCTIONS ET