ENTREMET
son indépendance et de ses libres institutions. Quand il s’agit Messieurs, de l’auguste personnage, protecteur des arts, qui consacra toutes nos libertés, vous vous associerez à moi pour porter il ce prince éminent, un toast, au cri répété de: Vive le Roi j! „
Lorsque le silence fut rétabli, M. le Gouverneur de la Province se leva pour répondre au toast porté à S. M. Dans une chaleureuse improvisation, ce haut fonctionnaire rendit hommage aux travaux de la Société d’IIarraonie. Le ltoi, se rappelait, dit-il, toujours avec plaisir les moments délicieux qu’il avait passés au sein de la Société. S. M. voulant reconnaître les services que M r Geeraerts avait rendus à la réunion pendant un si grand nombre d’années, venait de nommer l’honorable Président chevalier de son ordre ; M r le Gouverneur était charge de lui en remettre les insignes au banquet môme.
M r le Gouverneur donna ensuite lecture de l’arrêté Royal qui suit :
“ LÉOPOLD, Roi des Belges,
“ A tous présents et i\ venir, salut.
'* Voulant, à l’occasion du 50* anniversaire de la fondation de la Société Royale d’ Harmonie d’Anvers, donner un témoignage de Notre satisfaction au sieur GEERAERTS (J.-P.) Directeur depuis 50 ans et Président depuis 33 ans de cette Société ;
“ Sur la proposition de Notre Ministre de l’Intérieur,
“ Nous avons arrêté et arrêtons :
*' Art. 1. Le Sieur Geeraerts (J.-P.) préqualifié, est nommé Chevalier de l’ordre de Léopold.
“ Il portera la décoration civile et prendra rang dans l’ordre, i\ dater de ce jour.
“ Art. 2. Notre Ministre des Affaires étrangères, ayant l’administration de l’ordre de Léopold dans ses attributions, est chargé de l’exécution du présent arrêté.
** Par le Roi: Donné è Ostcnde, le 17 Aofit. 1864.
" Le Ministre de l’Intérieur, LÉOPOLD.,,
« Alp. VAN DEN PEEREBOOM.
Une triple salve d’applaudissements couvrit le discours de M' le Gouverneur ; tous les convives vinrent complimenter M. Geeraerts, pendant que l’orchestre de la Société exécutait la Brabançonne. L’enthousiasme était au comble.
M. Geeraerts, profondément touché de la marque de bienveillance du Souverain et des témoignages d’amitié des membres, exprima en quelques paroles qui partaient du cœur, ses sentiments de profonde gratitude; il termina eu proposant un nouveau toast au Roi.
M. Ëd.-CU* De Wael, Vice-Président, prit ensuite la parole; il s’exprima en ces termes :
“ Messieurs,
" Après le remarquable discours prononcé par M. J. P. Geeracrts , notre Président actuel, et le récit historique de la Société, consigné par son auteur M. P. Génard, dans une intéressante brochure dont un exemplaire sera distribué à chacun de vous Messieurs, il ne me reste que peu de mots à ajouter.
“ Je me bornerai donc à dire que pour augmenter les solennités que nous célébrons à l’occasion de l’inauguration de notre nouveau local d’hiver et de l’anniversaire de la 50 me année d’existence de la Société, la Direction, fidèle interprète des devoirs et des aspirations généreuses de tous les membres, a voulu imprimer à ces fêtes qui feront époque dans ses annales, tout l’éclat, toute la splendeur dont elles sont susceptibles ; à cet effet elle a eu l’houucur d’y convier non seulement le Roi et son auguste Famille, mais aussi les Autorités civiles et militaires de la province et de la ville d’Anvers.
** Si nous n’avons pa9, Messieurs, le bonheur de posséder parmi nous, notre Monarque vénéré et son illustre Dynastie, cherchons à nous eu consoler par la présence de son digne représentant Monsieur le Gouverneur de la Province et par celle de toutes les Autorités, qui nous out fait l’honneur de se rendre à notre invitation. — Qu’ils veuillent bien en accepter l’expression de notre gratitude.
" Pcrmcttcz-moi, Messieurs, de remercier également d’une manière toute spéciale notre honorable Président M. J. P. Geeracrts, des sentiments amicaux qu’il nous a toujours témoignés et des efforts qu’il n’a cessé de prodiguer dau9 l’intérêt de la prospérité et de la splendeur de la Société, comme membre de la Direction pendant cette période de SOannécs. S’il faut incontestablement, Messieurs, attribuer en grande partie cette splendeur et cette prospérité toujours croissante à la bonne entente des membres qui composent son Conseil d’administration, à l’union compacte et à la cordialité qui régnent parmi tous les Sociétaires, nous devons dire aussi que M. J. P. Gccraerts, le Doyen d’âge et le plus ancien de nos Directeurs, peut revendiquer pour lui, en toute justice, une grande part des progrès réalisés.
“ La plupart d’entre nous, qui l’avons vu à l’œuvre, pendant se9 années présidentielles, ont pu remarquer avec quelle persévérante initiative, il a poursuivi les améliorations et les embellissements qu’il a jugés nécessaires, et avec quel zèle éclairé, il a fait exécuter les décisions prises par la Direction.
“ Son dévouement â toute épreuve ne l’a jamais fait reculer devant aucune fatigue, devant aucun obstacle pour présider au développement progressif de cette Société, dont l’origine est si simple et si modeste, que certes aucun de scs fondateurs n’a jamais pu espérer de lui voir occuper la position brillante â la quelle elle est parvenue aujourd’hui.
“ J’ajouterai Messieurs, que notre estimable Président, non content des services immenses qu’il a rendus à la Société, a voulu par un don généreux doter le jardin de notre local d’été d’une statue représentant Roland de Lattre, célèbre
compositeur montais, et l’œuvre de uotrc grand sculpteur auversois, Joseph Gecfs.
" Cette statue nous l’inaugurcrous pendant la fete de demain.
“ Messieurs, je vous propose un toast chaleureux de reconnaissance et de bon souvenir à M. J. P. Gceracrts, notre aini et Président ! „
Ces paroles provoquèrent une nouvelle ovation en l’honneur du Directeur -Président ; une triple salve d’applaudissements retentit dans la salle.
Après M. De Wael, M. J. C. Van Put, ff. de Bourgmestre, prit la parole; l’honorable magistrat s’exprima comme suit :
“ Messieurs,
“ Je suis heureux de pouvoir en ccttc circonstance solennelle, prendre la parole . au nom de l’Administration communale et vous témoigner toute notre gratitude pour les services que la Société Royale d’Harraonie a rendus depuis son institution, non seulement A l’art musical, mais encore à la ville d’Anvers.
** Votre réunion, Messieurs, qui aujourd'hui fete l’anniversaire semi-séculaire de son existence, toutes les administrations publiques se sont plu A le reconnaître, a constamment été fidèle A son programme; vous avez marché droit au but, et le succès a couronne vos efforts.
** Votre origine a été modeste, mais vous avez en foi dans l’avenir de votre œuvre ; travaillant avec zèle, vous avez créé une institution dont notre ville est fièrc et qui peut lutter avec les établissements musicaux les plus réputés de l’Europe entière.
“ Honneur vous en soit rendu Messieurs; tous nos concitoyens vous doivent leur reconnaissance.
" A une époque où l’art musical déchu végétait dans l’onbli, vous avez relevé le drapeau de la glorieuse école d’Anvers et prouvé que notre ville pourrait un jour rétablir son ancienne maîtrise.
“ Je bois Messieurs, aux succès, A l’avenir de votre belle Société ; puisse-t-elle prospérer; puissc-t-cllc constamment, comme par le passé, compter ses jours par des travaux qui prcuucnt place dans les annales de notre cité.
" A la prospérité de la Société Royale d’Harmouic! „
Ce discours, chaleureusement applaudi, termina la partie officielle de la fête. Le café étant servi, les conversations particulières commencèrent; elles furent interrompues par les cris : chez le Président! chez le Président! En effet l’orchestre de la Société s’était réuni, et drapeau en tete, les Membres se rendirent au domicile de M. Geeraerts pour lui donner une sérénade.
Une réception cordiale eut lieu ensuite chez M. le Président; la fete se prolongea fort avant dans la nuit.
Le lendemain, jour de la Grande Kermesse d’Anvers, était indiqué pour la fete extraordinaire au local d’été.
Le temps favorisa la solennité. Dès cinq heures du soir la foule encombrait le jardin de la Société. A la chiite du jour, une illumination générale, une des plus belles que nous ayons jamais vue9, donna au local un aspect vraiment féerique. On passait par des allées étincelantes de feux des couleurs les plus variées ; on se promenait sous des arcades de lanternes chinoises, pendant que les pièces d’eau reflétaient les milliers de lumières placées sur leurs bords.
Par un sentiment de délicatesse exquise, la Direction, tout en célébrant le cinquantième anniversaire de la fondation de l’Harmonie, avait voulu remémorer les solennités organisées par la ville à l’occasion de l’anniversaire bisséculaire de l’érection de l’Académie Royale des Beaux-Arts. Au haut de la colline principale, sous un arc de triomphe, était placé un transparent peint par M. B. Weiser, et représentant la ville d’Anver9, couronnant le buste de David Teniers, le jeune, l’un des principaux fondateurs de l’Académie.
Un transparent érigé sur une autre colline, rappelait la fête de l’Harmonie; le génie de l’Histoire y gravait sur une table de marbre, les dates mémorables de 1814 et 1864.
Plus loin s’élevait la magnifique ruine, dont l’effet merveilleux avait été constaté aux fêtes précédentes, et sur le pont, jeté sur la pièce d’eau, se trouvait la tour chinoise, une des principales pièces pyrotechniques.
Autour du kiosque étaient placés des ifs, des colonnes surmontées du chiffre du Roi et des emblèmes de l’Harmonie.
L’ orchestre exécuta d’abord les morceaux suivants :
1. Ouverture de Sémiramis, de Rossini. 2. Marche aux flambeaux, composée à l’occasion du mariage de la princesse Marie de Prusse avec le. Prince Royal de Bavière, par Meyekbeer. 3. Une fête à Aranjuez , fantaisie Espagnole, (a. Arrivée des Seigneurs. — b. Ballet. — c. Chasse. — d. Final. Air national. Marche de la Reine,) par J. de Mersseman. 4. Fantaisie pour flûte, sur l’opéra Arrnidc de Gluck, composée et exécutée par J. de Mersseman.
Après l’exécution de cette partie du concert, la direction se réunit pour inaugurer la statue du compositeur Roland de Lassus ou de Lattre, offerte à la Société par M. le Président Geeraerts.
La statue s’élève dans l’espace réservé autour du kiosque, près de celles de Grétry et de Von Beethoven.
Au pied du monument, M. le Vice-Président Ed.-Ch*. De Wael prononça le discours suivant:
“ Messieurs,
" La générosité dun membre de la Direction de la Société Royale d’IIarrnonie noua fournit l’occasion de rendre un hommage public à la mémoire d’un des plus illustres compositeurs belges.
" Le nom de Roland de Lattre est connu de vons tous, Messieurs; c’est, celui du grand maître qui, au XVI e siècle, régénéra l’art musical eu Europe» et qui, même de son rivant, fut proclamé le prince des musiciens.
“ Roland de Lattre ou Lassus naquit à Mons en 1520, et révéla de bonne henre les grandes dispositions dont la nature l’avait doué. Il Ht ses premières études comme enfant de chœur en l’église de St. -Nicolas de sa ville natale ; plus tard il quitta la Belgique pour sc rendre en Italie, à la suite de Ferdinand de Gonzague, général au service de l’Empereur Charles V et vice-roi de Sicile, qui l’attacha à sa maison.
“ Après avoir successivement habité Naples et rempli les fonctions importantes de Maître de Chapelle de St.-Jcan-dc-Latran à Rome, notre compatriote retourna en Belgique et parcourut ensuite la France et l’Angleterre. En 1554, il se fixa à Auvtyrs, et s’y lia d’amitié avec les hommes les plus distingués de notre cité.
" La célèbre maîtrise qui, d’après le témoignage d’un écrivain justement réputé, a été le berceau de toutes les écoles musicales de l’Europe, la maîtrise d’Anvers contenait à cette époque les éléments les plus vivaces et les plus divers ; notre ville comptait dans son sein les Antoine Barbe, les Tilman Susato, les Hubert Waclrant et d’autres artistes qui fout la gloire de notre patrie; de Lassus vint raviver le feu de son génie nu foyer qui pendant trois siècles avait inspiré nos compositeurs les plus renommés.
“ Pendant deux ans, il travailla au milieu des nôtres. Scs œuvres appréciées de scs contemporains, s’imprimèrent dans les grands établissements d’Anvers et de Venise, et furent exécutées aux maîtrises les plus célèbres. Sa renommée s'étendit au loin.
" Accueilli en frère par les artistes anversois, de Lassus voulut leur donner une marque publique de l’estime qu’il avait pour leur talent. Lorsqu’en 1558 il fut appelé è faire partie de la chapelle du Duc de Bavière, Albert le Magnanime, il amena avec lui quelques uns de nos musiciens dont la réputation, à cette époque, était solidement établie.
“ Quelques années plus tard, lorsqu’il fut nommé Maître de chapelle du Duc, il vint de nouveau recruter dans la maîtrise d’Anvers, les éléments qui manquaient h l’orchestre alors le plus complet de l’Allemagne.
•• Je ne vous esquisserai pas. Messieurs, la biographie du grand compositeur; des plumes savantes se sont occupées de ce soin ; mais j’ai tenu à rappeler des faits témoignant des relations flatteuses que nos ancêtres ont eûes avec l’homme de génie qui, avec Palcstrina, domine l’art musical du XVI e siècle.
“ Lassus avait la veine fertile ; pendant sa carrière qui se termina, dit-ou, en 1594, il composa plus de deux mille quaire cents pièces parmi lesquelles il y en a de très considérables; nous citerons: 51 messes, 19 litanies, 13 lamentations, les psaumes et surtout les psaumes de la pénitence, composées, suivant les uns, à la demande du Duc de Bavière, suivant les autres, à la demande du Roi de France, Charles IX.
** La Société Royale d’IIarmonie est heureuse. Messieurs, de l’hommage qu’elle peut rendre aujourd’hui à la mémoire de Lassus. Instituée pour le développement de l’art musical, elle est fière d’apporter son contingent à la glorification des grands hommes qui ont illustré le sol de la patrie.
" En inaugurant le monument du compositeur belge, dû au ciseau d’un sculpteur réputé, M. Joseph Gcefs, nous ferons tomber le voile qui couvre la statue, aux cris de : Vive le Donateur, vive notre digne Président : M. J. P. Geeraerls. „
Ce discours fut couvert d’applaudissements; au même instant le voile qui couvrait la statue tomba: une illumination au feu du bengale éclaira la figure du grand compositeur.
Le concert recommença ensuite ; la seconde partie du programme contenait les morceaux suivants :