Plie, Fragments de l'Oratorio de Mendclssohn-Bartholdy
Comme nous l’avons dit, les solos étaient chantés par M. Stockhausen, M 110 V. Ledclier, M ,le M.-C. Hcstermann, M.P. L’Herie et M. G. Steenlet.
L’orchestre et les chœurs étaient conduits par M. Alphonse Ijeinairc, Chef d’orchestre de la Société. L’orgue sortait des ateliers de MM. Merklin et Schutze, à Bruxelles.
Pour la composition de son invocation, M. Beuoit s’était servi des paroles suivantes:
Dans la nuit du néant Jaillit une étincelle;
La clarté sc répand Sons la voûte éternelle..
O divine Harmonie La nature infinie Frémit de joie en te voyant.
Mais quelle clameur Eclate, gronde I Ah ! quelle terreur Remplit le monde !
Voyez doue ! l’éclair Dans les ténèbres !
Ecoutez ! daus l’air,
Des cris funèbres !
Quel déchaînement !
Et quel tonnerre !
Le feu, l’eau, le vent Se font la guerre l • «••••
Dans la tourmente.
Un ange chante;
Sa voix puissante Domine l’ouragan !
Ses célestes accents Ravissent nos oreilles. . .
O prodige! ses chants Enfantent des merveilles !
O divine Harmonie,
Tu vas semer la vie
Dans le sein des mondes naissants.
Le concert eut un plein succès; un auteur publia à cette occasion une brochure (') dont nous extrayons les lignes suivantes :
" Quel sera, dit-il, l’artiste inspiré dont la voix évoquera le souffle d’en haut et consacrera par un hymne solennel ce temple de l’art? Ecoutez! Des chants d’une ineffable suavité s’élèvent comme un doux murmure en iuvoqunnt la divine harmonie. Soudain l’orage gronde, la tempête éclate, les ouragans furieux déchaînés s’efforcent d’étouffer ces accents ravissants. Mais le chant reparaît plus lumineux et plus pur. Il plane au-dessus du fracas des élémens en désordre. Bientôt toute la nature se joint il l’hymne commencé : il devicut de plus eu plus puissant et finit par un immense cri d’enthousiasme et de triomphe. L’artiste inspiré, c’cst notre jeune compositeur, Pierre Benoit, l’hymne c’est l' Invocation h l'Harmonie.
“ Le programme porte deux autres noms belges : Mario Sax, la gracieuse cantatrice que l’étranger nous envie, et Henri Vicuxtemps, qui nous promet son concerto en La majeur.
1 Voici le titre de cette brochure : Société Royale d' Harmonie d'Anvers. Fête musicale extraordinaire, le 2 1 Août 18B4, a /'occasion du 50 e anniversaire de la fondation de la Société cl de l'inauguration des nouvelles salles du local d'hiver. Anvers, Ratinckx frères, in-8°.
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** Vieuxtemps eat un artiste complet. Ses compositions la mettent bien an-dcssus des simples virtuoses. Anvers l’a applaudi à toutes les grandes fêtes musicales, et cette fois encore l’accueil qui l’attend, lui prouvera la sympathie et l’admiration des nos amateurs Anvcrsois.
“ La première partie se termine par le Te Deum, l’œuvre la plus complète de Pierre Benoit. Elle renferme en effet toutes les formes du sentiment religieux : l’enthousiasme, l’adoration et la prière. L’auteur s’est profondément pénétré de ce sentiment : il l’a traduit en poète dans la langue universelle des âmes et il a trouve des accents qui font vibrer les fibres les plus intimes de notre être.
** Jules Stockhauscn paraît pour la première fois devant notre public dans une des plus belles productions de l’immortel Mcndclssohn. Personne n’a su, comme Stockhausen, conserver à cette grande figure cTElia, sa simplicité biblique et sa sublime majesté. L’artiste a choisi la scène si dramatique où Elic défie les prêtres de Baal de faire descendre le feu sur l’holocauste. Après leurs cris et leurs évocations sauvages, la voix du Prophète s’élève seule vers le vrai Dieu et la flamme descend et dévore la victime.
" La voix de .Stockhauscn est belle et sympathique: son chant atteint toute la perfection imaginable. Mais ce qui le distingne surtout c’est une vérité d’expression, un accent inimitable qui vous rend présentes et sensibles les scènes qu’il décrit et les passions qu’il exprime. Depuis longtemps l’Allemagne l’a proclamé le roi des chanteurs. Le public d'Anvers, nous n’en doutons pas, ratifiera ce jugement.
** Le 24 Août 1864 restera une date mémorable dans l’histoire musicale d’Anvers et la Société Royale d’Harmonic l’inscrira dans ses annales, avec nne juste fierté. „
Quelque chaleureuses que soient ces paroles, le public, par ses applaudissements, consacra en tous points le jugement de l’auteur.
" La fête musicale, dit un journaliste, *, organisée par la Société Royale d’Harmonie ù l’occasion de son 50* anniversaire, avait attiré une foule compacte; il n’en pouvait être autrement. Quatre des plus grands artistes de notre époque figuraient sur le programme, le plus beau qui fût jamais composé pour une fête de ce genre. Un orchestre formidable, une masse chorale d’hommes imposante, un chœur de femmes excellent, des toilettes rnvissantes, une salle splendide magnifiquement éclairée par 1,800 becs de gaz, c’était plus qu’il n’en fallait pour justifier l’empressement du public. Plusieurs de nos illustrations musicales assistaient au concert.
** Dès 6 heures, l’immense salle nouvellement construite était envahie; è 7 heures, la salle était littéralement comble. On peut évaluer, sans exagération, à 5 mille le nombre des assistants.
1 Extrait du Journal V Escaut.
" A 7 heures 1/2, le digne Chef d’orchestre a donné le signal : l’orchestre et les chœurs ont exécuté l’œuvre nouvelle de notre compatriote Pierre Benoit, Y Invocation à V Harmonie, avec un ensemble et une précision remarquables.
“ I/œuvrc de M. Benoit est une conception large et grandiose, où se trouvent des effets d’orchestre admirables ; jamais nous n’avons rien entendu de plus suave que l’introduction de cette ouverture descriptive.
“ Ensuite s’est produit le chanteur exquis, M. Stockhanscn, dans l’air du Sénéchal de l’opéra Jean de Paris. M. Stockhausen dont la renommée nous avait fait connaître le nom a obtenu un succès colossal. C’est un chantçur d’élite, plein d’expression et possédant un organe d’un timbre merveilleux.
“ Vicuxtcmps, dont le nom est cher à tous les Anversois, Vieuxtemps, l’artiste sans pareil, venait après M. Stockhauscu pour exécuter son grand concerto en La-, à son entrée nous avons craint un instant que la salle ne s’écroulât; le public s’est levé en masse pour saluer le grand artiste. Vieuxtemps nous venait de Francfort, où il avait obtenu une série de succès comme on n’eu réserve qu’à lui; il de. ait so faire entendre, hier, à Wicsbadcn dans une fête musicale organisée à l’occasion du 25 e anniversaire de nous ne savons plus quelle altesse, mais cet éminent artiste a préféré venir à Anvers, où il savait sa présence nécessaire pour rehausser l’éclat de notre solennité.
“ Décrire l’enthousiasme du public est impossible.
'* Le concerto composé et exécuté par lui est une œuvre colossale d’une difficulté inouïe.
“ La place dont nous pouvons disposer serait positivement dépassée, si nous faisions une analyse complète et détaillée de toutes les œuvres exécutées à cette brillante fête.
“ M me Marie Sax, encore une artiste belge que la France nous a enlevée, s’est fait entendre après Vieuxtemps. Sa tâche était difficile. Les bravos qui l’ont accueillie ont prouvé combien son talent était apprécié. M œ! Sax a une voix magnifique dans toute l’acception du mot, sympathique nu suprême degré, d’une fraîcheur exceptionnelle et d’un timbre admirable. Les trois airs d’un caractère différent qu’elle a chantés lui out offert l'occasion de mettre en relief toutes les qualités de son admirable talent. M me Sax, outre la perfcctiou de son chaut, possède ce feu sacré qui manque quelquefois aux grandes chanteuses, elle enlève son auditoire par la justesse do son interprétation.
“ Le Te Deum de Benoit a terminé la première partie du concert. On Ja dit avec raison que c’est l’œuvre la plus complète que ce maître ait créée. Les véritables artistes sont rares dans tous les temps. La Belgique en possède dont elle a le droit d’être ficre. Parmi eux, Gevaert et Benoit figurent en première ligne. Pourquoi fautil que l’on ait si rarement occasion d’entendre leurs œuvres.
“ Après l’exécution du Te Deum, qui a été parfaite, les acclamations du public ont rappelé M. Benoit. L'enthousiasme était au comble.
“ Dans la seconde partie, Vieuxtemps a exécuté un nouveau morceau de sa composition, Ballade et Polonaise, qu’il a dédié à son ami Lejeune. L'interprétation de cette œuvre exige non-seulement un virtuosç, mais encore un poète, et, nous pouvons le dire, Vieuxtemps est un pocte.
“ Le coucert s’est terminé par Y Elias, fragments de l’oratorio de MendeUsohu- Bnrtholdy. M. Stockhauseu a eu les kouacurs de cotte belle œuvre.
“ Les 6olos étaient chantes par quatre amateurs : M |lp * Lcdelicr et Hcstcrmaun, et MM. L’Heric et Stccnlet.
" M 1 ** Lcdclier possède une belle voix de coutre-alto et phrase très-bien. Après son solo, lo public, par un rappel unanime, a voulu lui témoigner combien il appréciait son beau talent.
“ Le quatuor a été chanté avec un goftt exquis et nous adressons nos sincères éloges à ces quatre amateurs de mérite.
“ Nous ne terminerons pas sans féliciter tout spécialement l'orchestre et les chœurs. Ils ont exécuté avec un succès complet les pages splendides d’une exécution si pleine de périls, qui liguraient sur le programme. Ces félicitations s’adressent aussi aux Dames et aux chœurs qui se sont joints A la section chorale de la Société pour rehausser l’éclat de la fête; enfin nous devons uue mention spéciale à M. Alphonse Lemaire, Chef d’orchestre, A qui l’on doit en grande partie le succès obtenu au concert d’hier, ainsi qu’A M. Van Hal, Directeur de la musique de la Société. „ 1
Les succès tle l’Harmonie 11c furent pas seulement célébrés par nos chronicpieurs : un poète de notre ville, M. Eug. Dubois, improvisa au sujet du concert les vers suivants, dans une réunion d’amis, après le festival de notre société :
“ Oui, nous avons vaincu l’Allemagne et la Franco Aux grands combats des arts, ces armes de là paix.
Nous, tout petit pays, forts de nos seuls progrès.
Menons A bonne fin l’œuvre la plus immense.
Les filles du Brabant subjuguent A leur voix Ce Paris enrichi de notre propre gloire;
Sous leurs archets vivants, nos grands artistes-rois Au nom Belge partout assurent la victoire.
. Nos peintre» rayonnants, ces rivaux du soleil,
Du feu de leurs couleurs font resplendir la terre.
Oui, tu brilles, Belgique, ô pays sans pareil,
Etoile d’Occidcnt, de toutes la première. *
Et le cœur plein d’amour, et plein d’espoir en toi.
Je bois A ta splendeur, Belgique, ô ma patrie 1 Nos pères aux Beaux-Arts avaient voué leur foi :
Belges, c’est aux Beaux-Arts qu’appartient notre vie! „
Peu de jours après la fête, la Direction adressa la lettre suivante aux
1 Parmi les comptes-rendus publiés A l’occasion des dernières fêtes de l’IIarmonie, nous devons citer ceux des journaux Het Ilandehblad et Le Précurseur, qui fournissent des renseignements intéressants.
* Allusion A un vers de, Béranger.
clames et aux chanteurs qui avaient bien voulu coopérer à l’organisation du concert :
** Anvers, 5 Septembre 1864.
** Mesdames et Messieurs,
“ La Société Royale d’Harmonie d’Anvers s’empresse de vous témoigner toute sa reconnaissance pour le bienveillant concours que vous avez bien voulu prêter à la fête musicale du 24 Août.
“ Si cette fête a été couronnée d’un succès dont la Société peut s’enorgueillir à juste titre, nous le devons surtout, Mesdames et Messieurs, à l’empressement avec lequel lesnmatcurs et les artistes d’Anvers ont secondé les vues de la Société.
" Veuillez, Mesdames et Messieurs, avec l’expression de nos siucères remcrcîracnts, recevoir l’assurance de notre parfaite considération.
Pour la Direction :
Le Directeur chargé de la mnsique, Le Directeur-Président,
Ferdinand VAN HAL. J.-P. GEERAERTS.
Le Directeur Vice-Président,
Éd.-Ch. DE WAEL. „
A son tour, la Direction de l’Harmonie reçut le 30 Septembre suivant, de la part de P Administrai ion Communale la lettre de remcrcîments que voici :
“ Antwcrpcn, den 30 Septembcr 1864.
“ A AN DE KONINKL1JKE HARMONIEMAATSCIIAPPIJ.
“ Mijuheeren,
“ Tijdcns de laatstc Kunst-cn Kermisfcesten hebt Gij tôt liet opluistcren der plechtighedcn bijgedragcn door de groote feesten in uwc winter- en zomcrloknlen ingericht.
“ Wy hebben het genoegen u te latcu wetcu dat de Gemeeuteraad, op voor- 8 tel der Commissic der feesten, u zÿncn innigen dank hecft gestemd voor het oandecl dat gij in de feesten liubt gehad. Wÿ haasten ons deze welverdiende dankbctuiging ter uwer kennis te brengen eu ho]>cn dat, in nadcrc omstandigheden, uwe medewerking nict ontbreken zal.
“ Aanvaardt, MM., de verzekering onzer bijzoudcrc hoogachting.
Ter Ordonnantie : De Raadshccr dd. Burgemcester,
De Sccretaris, .1. C. VAN PUT. „
J. DE CRAEX.