CHAPITRE FINAL
Après un travail d’un demi-siècle, la Société Koyale d’Harmonie touche à l’apogée de sa prospérité. Disposant de grandes ressources, comptant dans son sein les éléments les plus variés, elle est désormais à même de favoriser d’une manière exceptionnelle le développement et le progrès de l’art musical.
Son organisation est complète : sa section de chant, tout en s’affermissant, s’accroit de jour en jour; sou orchestre, composé de musiciens d’élite, est en état d’exécuter les œuvres les plus compliquées des compositeurs de toutes les écoles. Le concours bienveillant des Dames qui ont coopéré à ses concerts, lui reste assuré.
N’abandonnant jamais le culte de l’art, la Société appelle ses membres à la campagne, pour ses concerts d’été, et leur ouvre son vaste local en ville, pour ses fêtes d’hiver.
Ces dernières sont de véritables solennités musicales, qui exercent une grande influence sur le goût de notre population. On y apprend à connaître, non seulement les virtuoses de notre cité, mais encore les sommités artistiques que les moyens de l’Harmonie permettent d’appeler à Anvers. De Bériot, Vicuxtemps, Servais, Jaell, Stockhausen, M mea Stoltz, Miolan, Trcbclli, Artot, Schumann, Cabel, Marie Sax, et tant d’autres illustrations s’y sont fait applaudir tour à tour. La Société contribue par conséquent à élever le niveau des études, qui faute de points de comparaison, devrait inévitablement baisser.
Cea travaux ont été ceux de l’Harmonie dans le passé; il est a espérer qu’ils resteront ceux de la Société dans l’avenir.
Nous l’avons dit en commençant cette notice : Noblesse oblige , et l’Harmonie, pour rester à la hauteur de sa mission, a de grandes obligations à remplir. En effet, fidèle à son programme, elle doit constamment se tenir à la tete du mouvement musical à Anvers. Aucun sacrifice ne peut lui coûter. Ainsi que plusieurs orateurs l’ont déclaré aux fêtes du 7 Juillet 1863, et du 20 Août 1864, elle doit, tout en poursuivant ses travaux ordinaires, rendre possible, du moins pour la musique profane, -le rétablissement de l’ancienne école d’Anvers.
En attendant qu’on crée à Anvers un Conservatoire en rapport avec l’importance de notre ville, l’Harmonie doit s’efforcer de combler les lacunes existant dans notre organisation artistique ; ses travaux doiveut embrasser l’art musical dans son ensemble. Association artistique dans la véritable acception du mot, il faut qu’elle ne protège pas seulement les virtuoses et les exécutants, mais qu’elle stimule également les compositeurs.
A elle donc de faire connaître les œuvres des principaux compositeurs de notre époque; bien plus, il faut qu’elle donne à nos maestri les moyens de se produire. Les tentatives qu’elle fit avec tant de succès en 1828, lui réussiront encore maintenant. Sia cette époque, un seul concours suffisait pour révéler le talent de cinquante compositeurs nationaux, parmi lesquels nous aimons à citer notre compatriote J oseph Mengal, que ne devons mous pas attendre de ces luttes pacifiques, aujourd’hui que l’art musical, répandu dans toutes nos villes, a fait éclore partout des talents aussi variés qu’originaux.
L’Harmonie ferait donc chose bonne et utile en ouvrant à des époques déterminées, de grands concours de composition ; les œuvres couronnées feraient partie du répertoire de la Société et seraient exécutées à ses fêtes.
Non seulement l’art musical belge, mais aussi le sentiment national, gagnerait à ces solennités rehaussées par le génie de nos compatriotes.
A l’Harmonie incombe encore le devoir d’exécuter de temps en temps quelques productions d’un auteur classique. Il serait bien intéressant de pouvoir entendre annuellement quelque œuvre grandiose de maîtres tels que Mozart, Beethoven, Haydn, Mendelssohn et d’autres compositeurs illustres. La Section de chant ne cherche que les occasions de se produire et de témoigner son attachement à la Société.
En dirigeant ainsi ses efforts vers un seul et unique but, en étendant constamment le cercle de son action, suivant les exigences de l’époque, la Société pourra constamment être sûre de l’appui du public. Les amis des Arts se feront un devoir de la soutenir et de l’encourager. Son existence même restera garantie; elle sera une nécessité pour le progrès de la musique à tel point, que si par des circonstances impossibles a prévoir, l’Harmonie venait à tomber, on devrait prendre immédiatement des mesures pour la relever ou la remplacer.
Les travaux exécutés par l’Harmonie pendant le premier demi-siècle de son existence, forment la base de ses opérations dans l’avenir. Puissent ces dernières surpasser celles que nous avons décrites; puissent-elles être un jour résumées dans une histoire spéciale, à l’occasion de l’anniversaire séculaire de la fondation de la Société !