PROGRAMME DU CONCOURS DE L’ANNÉE
Le 20 Août prochain, jour de la grande Kermesse d’Anvers, un Coucours d’harmonie aura lieu A la campagne de la Société, A St-Laurcnt. Toutes les Sociétés du Royaume y sont invitées.
Il y aura deux prix d’exécution pour les villes :
Le l r prix sera d’une médaille d’or de la valeur de 150 florins.
Le 2' 1 d’une médaille d’or de la valeur de 100 florins.
11 y aura trois prix d’exécution pour les communes :
Le l r une médaille d’or de la valeur de 80 florins.
Le 2 e id. id. id. 60 „
Le 3 e id. id. id. 40 „
Indépendamment de cts prix, la Société d'Harmonic eu décernera deux nutres :
I/un, d’une médaille d’or de !n valeur de 40 florins, A la ville ou A la commune la plus éloignée ;
L autre, de la même valeur, A la Société qui aura la meilleure teuuc.
Les musiques des villes devrout exécuter : 1° nue ouverture ou uue symphonie» 2“ un air varié pour plusieurs instruments solo ; 3" un morceau A leur choix.
Les musiques des communes exécuteront trois morceaux d’un caractère different, mais qu’on laisse A leur choix.
Le sort déterminera l’ordre et le rang du concours.
Les prix seront adjugés par un jury de 5 membres désignés par la Direction de la Soeiété.
Les Sociétés qui voudront concourir sont priées d’en informer la Direction a\aut le 5 Août, en s adressant A M. Verbert, Directeur de la Société d’Harmonie- Slles devrout être rendues le 20 Août, A 10 heures du matin, au lieu qui sera désigné.
Les autorités de la ville serout priées d’honorcr le coticours de leur présence et de présider A la distribution des prix.
Seize réunions répondirent ft l’appel (le la Société tuiVersoisc; les journaux de 1 époque donnent une description détaillée du concours qui avait, entre autres, l’attrait dé la nouveauté. Voici comment s’exprime à ce sujet M. Peseux, membre de la Direction de l’Harmonie et rédacteur du Journal d* Anvers :
" 22 Août 1826.
La fete donnée hier par la Société de l’Harmonie luisscra des souvenirs ineffaçables de plaisir et d’émotion. Le spectacle en était admirable et nous osons dire, sans redouter la moindre contradiction, que la satisfaction ou plutôt que l’ivresse a été générale.
Le cortège des harmonies A traversé la ville dans le plus bel ordre, précédé d’une garde d’honneur A cheval, d’une élégante tenue '. Les villes et les villages se faisaient également remarquer par leur propreté et par un extérieur séduisant, l u public immense qui s’était porté sur leur passage les saluait de scs acclamations.
Le concours qui a duré depuis quatre heures jusqu’A dix, a excité constamment une attention et un intérêt qui ne se sont pas démentis un instant. C’était un spectacle plein de charmes que de voir 4 A 5 mille personnes, au milieu des quelles brillaient une foule de femmes charmantes, écoufccr tous les morceaux avec uue sollicitude et un silence que l’on ne trouve pas toujours au théûtrc. Cette curiosité ou plutôt le sentiment qui s’attache A une lutte dont chacun se fait le juge, était partagé par le public immense qui entourait le local de la Société; on faisait silence sur la route comme on l’eût fait nu parterre.
“ Ce concours a montré tous le progrès que l’art délicieux de Grétry a fait dans nos campagnes, où il charme l’esprit en épurant les mu-tirs et en offrant, en même temps, le plus innocent comme le plus ngréahlc des plaisirs. De semblables luttes qui
1 Cette garde d'honneur, composée de jeunes gens, fils de membres de la Société d’ilarmonic, nvait été formée sur l’invitation du Bourgmestre M. le Chevalier Van F.rtborn.
rappellent les jeux célèbres auxquels les anciens out dû leur supériorité dans les arts, sont nécessaires pour entretenir l'émulation, ce puissant levier avec lequel on fait des hommes tout ce que l’on veut. Aussi cette innovation, due A la Direction de la Société d’Harmonic, a reçu de la part du public le plus unanime des assentiments.
“ La ville de Bruxelles a mérité la première couronuc. Le public l’avait décernée avant les juges.
“Le second prix d’IIarinouie pour les villes a été remporté par la Société de Bruges.
“ Les harmonies des communes ont dû présenter au jury quelque incertitude daus leur décision. Il y a eu, en effet, une rivalité honorable entre plusieurs communes. Le premier prix a été décerné A la Société de llamme, le second A celle de Bornhem et le troisième A la Société de Coût ich.
** Le prix de la belle tenue pour les villes est donné A Bruges; celui pour les communes A la Société d’Everghctu.
“ Huy a obtenu le prix de zèle et nous pourrions ajouter celui du talent.
“ Eu révélant ainsi les noms des vainqueurs, nous commettons une indiscrétion ; mais nous avons rétléehi qu’A l’heure où le journal parait, les prix sont distribués. „
Revenant le lendemain sur cette intéressante fête, le même écrivain fit paraître un article que nous croyons devoir reproduire, parce qu’il peint à merveille les mœurs du temps.
23 Août 1820 .
“ I-a distribution des prix donnés par la Société d’Harmonie a eu lieu hier avec beaucoup de pompe et an milieu des plus vives expressions de la joie publique. A cinq heures toutes les harmonies sont arrives au local eu grand cortège et accompagnées des commissaires de la Société. Les autorités ne 6c sont pas fait attendre un seul instant et nous faisons cette remarque, parce que cette exactitude, est une politesse et une marque de bienveillance de la part de nos magistrats. M. le Bourgmestre (Chevalier Van Ertborn,) a présidé cette cérémonie et l’on a vu avec le plus grand plaisir auprès de lui, M. le comte de Baillct, gouverneur de la Flandre Occidentale, M. de Caters remplissant les fonctions de gouverneur civil, et plusieurs membres de la régence.
“ La Société de Bruxelles a obtenu, comme nous l’avons dit, la première palme du coucouis. La couronne et la médaille lui ont été remises par M. le Bourgmestre qui a ndressé nu chef de cette Société un compliment d’autant plus flnttcur qu’il était l’expression de l’opinion générale. L’IIarinouic de Bruxelles a de nouveau justifié les éloges et l’honorable distinction qn’cllc venait de recevoir, en exécutant de suite, avec une précision et un ensemble remarquables, une grande symphonie que nous croyons de l’auwels.
“ Ont été successivement nommées et appelées, pour recevoir leur prix : la belle Société de Bruges dont tout le monde a admiré la tenue militaire, la Société de llamme dont l’excellente exécution a mérité la première palme des communes, la Société de Bornhem qui a fait de si louables efforts et en tête de laquelle on remarquait avec vénération M. le comte de Marnix ; la Société de Contich,
tlout le zèle, l’ordre et la tenue distinguée ont mérité tous les suffrages. Ces diverses Sociétés ont successivement joué un morceau de rcmcrcîment.
“ La Société de Malincs a reçu ensuite une médaille d’émulation. La même distinction a été accordée aux communes de Duffel, Bcrchem et Evcrghcm. La Société d’Harinonie a eu pour objet d’encourager spécialement la musique d’harmouie dans les communes et clic se fait un devoir de donner, à chacun des villages qui ont concouru une médaille d’encouragement dans l’ordre relatif de leur talent.
Nous devons ajouter que la Société de DufTcl a refusé sa médaille, sans doute par un sentiment de modestie.
" Be prix de bonne tenue pour les commuucs a été décerné A la commune d’Evcrghem, près de Garni; la simplicité et l'excellent goût de tenue de cette Société avait frappé tous les regards. Nous remarquerons, comme un éloge de mœurs nationales, que dans cette Société se trouvaient des personnes de distinction de la Flandre Orientale.
M. le Bourgmestre a adressé des paroles obligeantes à la Direction. 1 „
1 Lors de la publication de cet article, M. Pcseux reçut la lettre suivante :
Au Rédacteur,
Bruxelles, le 24 Août 1826.
“ Vous avez rendu compte dans votre estimable journal du concours d’harmonie qui vient d’avoir lieu à Anvers et dans lequel ln Société de cette ville, dont j’ai l’honneur d’être le Président, a obtenu le premier prix ; ce rapport est sous tous les points de la plus parfaite exactitude ; cependant il eût été A désirer que vous enssiez rendu un hommage plus éclataut A l’urbanité et A la distiuction avec laquelle la Direction de la Société d’Anvers a accueilli, non seulement toutes les Sociétés qui ont concouru, mais encore les nombreux étrangers qui ont participé à sa fête et qui, tous, en conserveront, sans douté, un éternel souvenir. Organe de la Société de la grande Harmonie de Bruxelles, je désire que vous répariez cette omission autant qu’il peut dépendre d’elle, de vous et de moi, en rendant publics les rcmcrcîmcnts solennels que tous ses membres adressent A la Société d’Anvers, pour l’accueil honorable, les attentions et les soins délicats et continuels qu’elle n’a cessé de leur prodiguer.
Persuadé que pour atteindre ce but, vous voudrez bien donner une place à ma lettre dans votre feuille, agréez, Monsieur, les sentiments avec lesquels j’ai l’honneur d’être, etc.
E. CRABBE, Président. „
M. Pescux y répondit en ces termes :
“ Nous publions cette lettre avec un vif sentiment de plaisir et de reconnaissance envers la grande Harmonie de Bruxelles, qui s’est distinguée A notre concours, non seulement par ses talents, mais aussi par scs manières affubles et distinguées. Mais nous devons personnellement une réponse. Si nous avons été sobres dans les éloges donnés à la Direction de la Société d’Harmouie d’Anvers, c’est qu’étant membre nous même de cette Direction, nous avons dû borner nos louanges par un sentiment qui sera facilement apprécié. Ln Société d’Anvers ne pouvait recevoir un
Janssens avait coopéré pour une large part aux succès de l'Harmonie; aidé d’hommes dévoues tels que MM. Verbcrt, Geeraerts, Rom et d’autres membres de la Direction , il résolut d’élever la Société à la hauteur des premières institutions artistiques du pays.
Un exemple fera voir quelle importance notre compositeur attachait à cette réunion. Lorsqu’il fit connaître sa messe en Ut, partition qui avait obtenu les éloges de Lesueur, de Chèrubini, et de Boiëldieu, il dédia son œuvre à la Société d’Harmonie d’Anvers. De son côté, la Société était fière de cette marque de déférence; aussi la Direction prit-elle la résolution de faire exécuter, à la cathédrale, l’œuvre de notre compatriote, le 23 Novembre 1826, à l’occasion de la fête de Ste-Cécile. “ On a entendu, dit un journaliste de l’époque, avec un nouveau plaisir cette belle partition à laquelle le compositeur avait joint un nouvel offertoire. „ Cet acte de courtoisie resserra encore davantage les nœuds qui attachaient Janssens à la Société d’Harmonie; la prospérité de cette réunion l’intéressait autant que son propre bonheur. Une occasion se préscuta bientôt de montrer tout l’attachement qu’il lui avait vouée.
En 1827, la Société dTIarmonic de Bruxelles, à la tête de laquelle sc trouvaient MM. J. Engler, J. J. Van Hoordc, Crabbe, Vauthier, Van Àssche et M. J. Robyns, ouvrit un concours auquel elle convia tous les cercles musicaux du pays. Cédant aux instances de Janssens, la Société (l’Harmonie d’Anvers décida de disputer la palme aux réunions concurrentes ; toutefois, sous la condition bien expresse
témoignage à la fois plus impartial et plus honorable que celui des étrangers qui ont participé à notre concours et embelli nos fetes. „
Une pièce de vers parut à Bruxelles à l’occasion du concours de 1826 ; nous en extrayons le couplet suivant, dans lequel l’auteur s’adresse ù la ville d’Anvers “ Séjour agréable et tranquille Que l’on admire avec transport.
Sans cesse en richesse fertile Par son commerce et par son port;
Où résident des cœurs sincères,
De vrais amis, de bons vivants;
Ah, puissions nous encor longtemps Vous visiter et dire en frères :
Trinquons amis, buvons; buvons tous à la fois Sauté! Bonheur aux braves Anvcrsois. „
que notre compositeur, qui remplissait toujours les fonctions de Directeur de musique, aurait dirigé l’orchestre. Les répétitions eurent lieu en ville, dans le jardin d’un des membres, M. Van de Wiel, demeurant Longue rue de l’Hôpital.
La Société d’Hannonie de cette ville, écrivait un membre de la Direction, avant de se présenter au concours de Bruxelles, a cru devoir faire entendre aux membres de cette réunion les morceaux qu’elle se propose d’exécuter. " C’était, ajoutait-il, une excellente idée, puisque ces membres sont les juges naturels des progrès et des efforts de l’Harmonie, et que c’est dans l’intention de faire une chose qui leur soit agréable, ainsi qu’à tous les habitants de cette ville, que la Société s’est décidée à entrer dans une carrière aussi nouvelle pour elle et où elle ne se présenté quavec une extrême défiance de ses forces et de son talent.
11 On annoncera, continuait le meme membre, pour l’Harmonie d’Anvers, l’ouverture à' Emma, de Meycrbeer; des variations sur le thème de la romance : Depuis longtemps la jeune Adèle , et un pot-pourri tiré de la Daine Blanche. „ Ce dernier morceau était arrange par M. Torramorell, chef de musique de la 7 e division d’infanterie.
Le concours eut lieu le lf> Juillet. Anvers s’v présenta en concurrence, entre autres, avec Gand. La Société de Stc-Cécilc de cette dernière ville exécuta l’ouverture d 'Iforaiius Codes de Méhul, un air varié de la Laitière Suisse et la Sérénade du Barbier de Séville.
A 6 heures 20 minutes, la Société d’Harmonie d’Anvers parut sous le pavillon. Janssens dirigeait l’orchestre. Un témoin oculaire écrivit à ce sujet : 11 L’ouverture d'Emma de Meyerbeer a été exécutée avec une précision et un charme qui surtout s’est fait remarquer dans le crescendo. Dans l'air varié, notre Harmonie a joui de l’honneur d’etre interrompue deux fois par les applaudissements qui ont accueilli avec transport les solo de la petite flûte et de la' petite clarinette. Le pot-pourri de la Dame Blanche a excité les acclamations et l’Harmonie d’Anvers est descendue de l’estrade à 7 heures 8 minutes, saluée par des acclamations bruyantes et prolongées. „
Cependant notre Société ne remporta que le second prix; une fausse note, lancée par un des exécutants, fit, dit-on, pencher la balance en faveur de Gand.
Le succès n’en était cependant pas moins grand, et nos concitoyens réservèrent une ovation à la Société, dont le début dans la carrière des
arts avait été marqué par un triomphe. 1/ Harmonie fit son entrée «à Anvers le 18 Juillet 1827.
" L’Harmonie d’Anvers, dit une note de l’époque \ est entrée en ville vers sept heures et demie, suivie d’un brillant cortège et au bruit des acclamations publiques. I/? Directeur de la Société et le Chef d’orchestre étaient dans la calèche de M. le Bourgmestre. Le cortège s’est rendu directement à l’Hôtel de la régence, pour faire hommage à l’Autorité du prix que la Société a remporté au concours. Plusieurs membres de la régence étaient réunis et l’un d’eux a complimenté l’Harmonie.
" Le cortège s’est ensuite rendu au local de la Société. L’affluence était considérable sur son passage et montrait avec quelle énergie le public s’associait au triomphe de la Société.
"C’est en effet, ajoute la meme note, un véritable triomphe, si l’on considère le nombre des Sociétés de grandes villes qui se sont présentées dans la lice du concours, et si l’on remarque surtout que l’Harmonie d’Anvers ne s’étant jamais présentée dans ees combats pacifiques, a dû acquérir, en quelques semaines, cette assurance et cette fermeté qui doit s’allier dans l’exécution avec le charme et la grâce. Sous ce rapport la Société a fait un pas de géant, et il faut d’autant plus l’en féliciter qu’elle se défiait de ses forces, et qu’il a été difficile de triompher de la modestie de la plupart de ses membres. Aujourd’hui ses succès lui ont donné de la confiance, et elle brûle de se mesurer de nouveau avec son heureuse rivale dont elle se plaît a reconnaître le mérite et le talent.
" On doit beaucoup d’éloges, continue M. Pcseux, et une grande part du succès à Janssens qui a dirigé l’orchestre et qui, dans les répétitions, s’est attaché surtout à V expremon , première condition du beau dans les arts. „
Fiers du triomphe remporté, les membres honoraires, sur la proposition de MM. Peseux, VanBrée, Van don Nest, Simon et Marcelis, voulurent offrir aux vainqueurs une fête dans le jardin de la Société j elle fut fixée au Dimanche 28 Juillet 1827. Le Journal J Anvers, du 31 du même mois, parle de cette manifestation de la reconnaissance publique :
» La fête (pie la Société d’Harmonie a offerte à ses membres effectifs
1 Journal d'Anvers, du 20 Juillet 1827.
pour les remercier de leur zèle et pour honorer le talent qu’ils ont montré au concours de Bruxelles, a été favorisée par le temps le plus magnifique, embellie par la présence d’une foule de dames élégamment parées et par un concours immense de spectateurs. Le public encombrait les routes et les avenues du local, et l’on peut dire que la ville et la campagne sont venues s’associer aux sentiments de gratitude et d’affection dont cette fête de famille était l’expression.
“ La médaille, votée par la Société, a été remise à M. Verbert, directeur, par S. Excellence le lieutenant-général Baron Chassé, l^es acclamations les plus unanimes ont salué cette remise, et elles ont redoublé lorsque S. Excellence a remis à M. Janssens un bâton d’orchestre, souvenir d’amitié et de reconnaissance, offert au maître habile dont les efforts et le goût ont préparé le triomphe de notre Harmonie. „
Ce bâton de musique, que conserve un membre de la famille du compositeur, M. Jacques Storms, porte l’inscription que voici -.
La Société d' Harmonie d' Anvers h Monsieur Jean-François-Joseph Janssens , en témoignage de gratitude et d'affection.
Le résultat du concours de 1827 eut un grand retentissement dans le pays. Ce ne furent pas seulement les journaux bruxellois et anversois qui parlèrent avec enthousiasme des succès de notre Société ; la presse gantoise leur consacra également maint article ; meme un écrivain de répulsion, M. Norbert Cornelissen, publia à cette occasion une brochure dont le titre était : Récit succinct et patriotique du triomphe remporte par la Société Cécilienne de V Harmonie de Gand au grand Concours de Bruxelles.
Dans cet opuscule, M. Cornelissen rend hommage au talent déployé par les membres de l’Harmonie d’Anvers, et cite avec éloge le nom de M. Bender, qui avait joué de la petite clarinette, et de Janssens, qui, ainsi que nous l’avons dit, avait dirigé l’orchestre. Voici comment s’exprime le spirituel écrivain :
" La Société d’Anvers dirigée par deux hommes d’un grand mérite, MM. Janssens et Bender, déploya un talent d’autant plus admirable que l’organisation de cette belle Société est toute récente; je n’ai pas l’oreille assez exercée, ni peut-être les yeux assez fins pour distinguer les
instruments : je n’oserais donc assurer si, au lieu d’un trombonnebasse et d’un serpent, la Société d’Anvers n’einploic pas deux excellentes contrebasses. Un Nainurois ui’eu u fait l’observation, et peut-être n’en ai-je pas compris l’à-propos ni la finesse. „
Le Magistrat d’Anvers, voulant reconnaître les services que la Société (l’Harmonie avait rendus en cette circonstance à l’art musical, ne resta pas impassible spectateur de ces succès. Lu séance du 11 Septembre 1827, le Conseil de Régence décida qu’une lyre d’argent serait remise à cette réunion, pour être placée sur l’étendard de la Société.
“ De Begering in aannterking nentende, dit. M. Van Ertborn, dm luis ter ran het Genootechap de Harmonie, initegad.ere den invloed die lietzelre gehad heejt op de étudié ran het mueyk in deze etad, heefl haar beicye irillen geven van het deel dut zg ueemt a an eene eren nuttige ale icelingericlite inetelling, en ten de zen einde lepaald dot haar solemneh/k zou gegeven tconlen eene zilceren lyre. „
Le jour lixé pour la remise de la lyre était le Dimanche 22 Juin 1 828 ;
la cérémonie devait avoir lieu dans le jardin de la Société, à St-Laurent.
Voici le programme adopté pour cette solennité 1 : Les autorités civiles et militaires avaient été invitées, l^a Direction de la Société et. son cortège arrivèrent en voitures, vers cinq heures et demie à l’Hôtel de ville, pour y chercher M. le Bourgmestre et les membres de la Régence qui l’accompagnaient. La lyre destinée à la Société et renfermée dans une boîte, était portée par un huissier de la Régence dans une voiture spéciale.
En partant de l’Hôtel de ville, le cortège descendit par le Marché au lÆit et se rendit à la porte des Béguines par la rue des S'*-Pierre et Paul, la Place Verte, le Marché aux Souliers, le Pont de Meir, la rue des Tanneurs, la rue de l’Hôpital, la Place St-Gcorgcs et la rue des Escrimeurs. Arrivé au local, où une estrade spéciale avait été élevée, M. le Bourgmestre prit la parole. Après avoir esquissé les services que l’Harmonie rendait aux arts, et rendu hommage à la Direction et nu talent de Janssens, l’honorable magistrat ajouta : '• C’est doue avec confiance que nous vous remettons la lyre d’argent que vous a décernée le Conseil de Régence qu’elle couronne votre étendard ; qu’elle soit l’emblème de l’harmonie et des sentiments qui distinguent cette réunion et qu’elle en assure plus particulièrement la durée. „
1 Nous fmivous les récits de l’époque.
Le Directeur répondit à ces paroles et remercia le Conseil de Régence; après cpioi M. le Bourgmestre lui remit la lyre d’argent qu'il fixa sur l’étendard de la Société au milieu des acclamations d’une foule enthousiasmée.
La fête se termina par un concert d’Harmonie avec illumination, feu d’artifice et bal.
Au milieu de ces succès, la Société d’Harmonie songeait à de nouveaux travaux. La première à Anvers, elle décida la création d’une école de musique. Voici en quels termes le Directeur de 1827, rendit compte aux Sociétaires de la formation de cette nouvelle institution :
** Monsieur,
“ J’ai l’honiicur de vous informer qnc ln Direction et la Commission des Membres honoraires dans leur séance du l tr courant ont bien voulu adopter ma proposition, tendante à former une École de Mn*iqne aux frais de la Société et dont M. Bender^ notre Chef de musique, suffisamment connu par ses talents, aurn la direction.
“ Eu conséquence il a été arrêté que les élèves seront pris parmi les Sociétaires, leurs fils ou frères, lesquels devront se pourvoir, il leurs frais, de l'instrument à vent auquel ils paraîtront propres; le Chef de musique est chargé de l’examen deces instruments.
“ Ceux couuaissant déjà la musique seront reçus de préférence comme élèves ; ils seront dispensés de payer aucune somme eu entrant dans la Société.
“ Le Cours de .Musique commencera à dater du 1 er Octobre prochain dans un local convenable et aux heures à indiquer par le Chef de musique.
“ Messieurs les Sociétaires qui désireraient être admis comme élèves ou qui désireraient faire participer leurs fils ou frères au Cours de Musique, sont invités à faire parvenir leur demande, par écrit, à la Direction, avant le 1 er Septembre prochain.
Le Directeur,
Anvers, le 8 Août 1827. G ,n * VERBERT. „
Peu de temps après, le9 cours commencèrent ; ils furent suivis par bon nombre d’élèves.
L’année 1828 amena une grande fête pour la ville d’Anvers : l’Anniversaire trois et demi fois séculaire de l’institution de la Gilde de la Ste- Vierge, principale patronne de la ville ; la Société d’Harraonie décida de contribuer à l’éclat de la solennité en ouvrant un concours pour la composition musicale '. Le programme, publié le 28 Mai 1828, était conçu en ces termes :
* Lu Société ouvrit en même temps uu concours d’exécution pour les Sociétés d’Harmonic des Communes rurales de la province d’Anvers; on devait exécuter: 1“ Une ouverture; 2 U deux autres morceaux d’harmonie, au choix de chaque réunion.
« La Société propose à MM. les artistes et amateurs du royaume, pour sujets de coucours, la composition :
1° D’une grande ouverture pour harmonie. La durée de l'exécution ne devra pas être moindre de 6 à 8 minutes et ne pourra excéder 10 A 12 minutes.
Le prix sera une médaille de 100 fl.
La Société sc réserve de donner un second prix, selou le nombre et le mérite des partitions qui lui seront envoyées.
2° D’un air varié pour divers instruments, notamment pour petite clarinette, grande clarinette, cor et flûte.
Le prix sera une médaille de CO fl.
3° D’un pot-pourri, tiré des auteurs les plus célèbres, parmi lesquels on désigne spécialement Grétry, Boicldieu et Rossini, au choix du compositeur. Ce pot-pourri devra être précédé d’une introduction et suivi d’une Coda ou morceau final.
Le prix sera une médaille de 50 fl. *
Les concurrents sont libres de concourir pour les trois morceaux ou pour un ou deux à leur choix. Ils devront envoyer leurs partitions, avant le 1 er Août prochain, à M. Vcrbert, Directeur de la Société, Place de Meir.
Les partitions porteront une devise en tète. Cette devise sera répétée sur un billet cacheté joint à la partition et qui contiendra la signature et l’indication du domicile de l’auteur.
Les morceaux qui seront couronnés seront exécutés par la Société d’Harmonie d’Anvers, le 17 Août prochain, jour de la grande Kermesse de la ville.
La Société se réserve la faculté d’acquérir la propriété des morceaux qui lui conviendraient.
Les prix seront solennellement distribués le 2-i du mois, jour de la fête du Roi.
Les membres de la Société d’Harmouic d’Anvers ne serout pas admis au concours. „
Il paraît que les vues larges de la Société furent, comprises par tous ceux qui, en Belgique, s’intéressaient au développement de la musique. " De toutes parts, dit la Direction, dans sa circulaire du 11 Août, les compositeurs Belges ont répondu à l’appel de la Société qui a la gloire d’avoir ouvert une carrière a l’art musical, en l’encourageant par l’honneur et l’émulation. „
La Société avait reçu 55 partitions dont 24 ouvertures, 17 airs variés et 9 pots-pourris et cinq ouvrages arrivés après le terme fixé par le programme.
Par décision du 23 Juillet, la Direction institua le Jury. Janssens fut choisi pour en faire partie ; on lui donna pour collègues MM. II. Simon- Van Delen, P. J. Suremont, J. Gillis et Torramorell.
Déjà le 24- Juillet, le Directeur M. Vcrbert avait écrit à ces honorables membres : " Toutes les partitions doivent être parvenues avant le premier Août et déjà une douzaine sont arrivées ; l’exécution de celles couronnées devant avoir lieu le 17, jour de la grande Kermesse, il n’y
jhi
a pas de temps à perdre pour l’examen qui peut commencer immédiatement. Nous vous prions en conséquence de vouloir bien vous entendre avec M. Janssens, l’un des juges et chargé spécialement de la direction musicale de la Société. „
Le Jury se mit donc immédiatement à l’œuvre; le 11 Août, il signa le rapport rédigé par Janssens lui-même. Nous avons devant nous la minute de ce document, ainsi que la circulaire qui fut envoyée à ce sujet aux membres. L’étendue de ces pièces nous empoche de les reproduire. Constatons seulement que le Jury, après avoir annoncé que cinquante partitions avaient été reçues, ajoute : " Ce qu’il y a de plus remarquable, c’est (pie sur ce nombre peu d’ouvrages faibles ont été rencontrés : tous • méritent des éloges et de l’encouragement; quelques-uns présentent même de grandes beautés, ce (pii prouve que le génie musical n’est pas éteint dans ce royaume et qu’il n’attend que des occasions favorables pour briller d’un nouvel éclat.
" Il est glorieux pour la Société d’avoir, pour ainsi dire, éveillé l’émulation et de voir ses efforts couronnés d’un plein succès. „
Iæs prix étaient répartis de la manière suivante :