‹ Notice sur la vie et la mort de Messire G. Nadeau curé de Ste Luce [microforme]Chapitre 9 sur 10 · LES · texte numérisé non relu

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chevet, commença, debout près de son lit, les prières pour demander une bonne mort, ét les assistants parmi lesquels étaient ses confrères Messires Béland et Théberge s'unissaient à ses prières, M. Duguay commença ensuite les prières des agonissants.

M. Nadeau ne mourut pas cependant, et après une nuit d’agonie, il reprit sa pleine connaissance.

On put croire, pendant quelques heures, que la Providence prenait en pitié tant d'âmes affectionnées au malade, que, touchée de leurs instantes prières elle le rémdait à la santé.

Cet espoir dura peu.

Dans la soirée du 13, les symptômes reprirentleur intensité, et le dimanche, 14 après une nuit de la plus laborieuse agonie, à deux heures et demi du matin, il rendit son âme à Dieu.

Toute sa vieil s'était préparé à ce solennel passage et dans le cours de sa maladie il sy était disposé d’une manière toute prochaine.

Quand un fruit est arrivé à sa complète maturité, le père de famille le cucille, quel

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que soit l'ornement dont il dépouille ainsi son jardin.

M.Nadeau avait assez travaillé, assez souffert, assez combattu ; il avait fourni une longue course, et Dieu, pour qui il avait tout sacrifié et tout entrepris, l’ appela à lui pour le récompenser.

Cette mort, bien qu’elle fût prévue, consterna la paroisse.

Le dimanche à six heures du matin les dépouilles du défunt furent exposées à la vénération des fidèles dans le grand salon du presbytère neuf qui fut transformé en chapelle ardente.

Le défunt était assis dans un fauteuil au milieu de la chambre mortuaire, revêtu de ses habits sacerdotaux et tenait à la main un crucifix.

À dater de ce moment jusqu’à celui des funérailles, s'établit un concours immense pour vénérer ses restes mortels. Il était à peine interrompu de dix heures du soir à cinq heures du matin, et pendant cet intervalle de chaque nuit, de des personnes veillèrent auprès du "défunt.

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Ce concours de visiteurs était composé de personnes de tout âge, de tout sexe et de toutes conditions,

Des pères, des mères de familles apportaient leurs enfants, les recommandaient au défunt et leur faisaient toucher ses dépouilles vénérées.

Un mort est pour les enfants un sujet d’effroi. Eh, bien ! non, ils ne s’effrayaient pas de M. Nadeau.

On ne saurait rapporter tous les témoignages de vénération adressés à cet excellent prêtre, Encore un :”'on ne saurait omettre : c’est l'attitude triste et respectucuse de ceux qui le visitaient,

Pendant ce flux et reflux incessant de la foule, il ne se produisit aucun désordre ; les enfants ne faisaient pas entendre de eris, c'était un recueillement, un silence profond, interrompu par des gémissements ou de tristes adieux.

M Nadeau, avons-nous dit, était décédé le dimanclie matin et l'exposition de ses restes vénérés fut prolongée jusqu'au mardi suivant ct quoique } température de la chambre mortuaire fut assez élevée à raison de la foule de visiteurs et au nombre de cierges brûlant autour du catafal-

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que, on ne s'appercevait d'aucune odeur.

et cependant aucun moyen connu de la science n'avait été employé pour la prévenir.

Les funérailles furent fixées au mardi 16, à dix heures du matin.

L'église était splendidement décorée ; le chœur était drapé de noir et les fenêtres

en étaient voilées ; à gouche s'élevait une estrade pour Mgr. de Rimouski qui avait.

bien voulu rehausser de sa présence l'éclat des funèbres cérémonies.

Au centre du chœur s'élevait le catafalque : le défunt y était revêtu de ses habits sacerdotaux : on l'apercevait de toutes les parties de l’église.

Le catafalque était surmonté d'un dais noir et blanc, partant de la voûte et allant, par quatre larges banderolles se rattacher aux colonnes du chœur.

Malgré l’état affreux des chemins et de la température qui semblait avoir rendu toute communication impossible, l’église était littérallement remplie de fidèles qui étaient venus payer au défunt leur tribut d’afliction et de regrets.

À dix heures commenca l'office des morts ; la messe fut chantée par M. le

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Grand Vicaire Langevin, ayant pour diacre M. A. Chouinard, curé de St.

Mathieu et M. T. Théberge, vicaire de Ste. Luce pour sous-diacre.

Pendant l'office, un chœur d'amateurs de Rimouski sous Ja direction de MM, A.

Michaud et E. L. Gauvreau avaient prêté leur bienveiliant concours, et M. A. E.

Letendre présidait à l'harmonium. L'harmonie s’ajoutait à ce spectacle funèbre et grandiose et à l'émotion que causait la triste cérémonie.

Mgr. de Rimouski répondit au secret désir des assistants en faisant l’oraison funèbre du vénéré défunt. Comme il n’y avait pas de sténographe, nous regrettons de ne pouvoir donner le texte même de ce remarquable morceau d'éloquence.

Cependant nous allons essayer d’en faire un résumé en conservant les pensées principales et même la forme autant que nos faibles moyens le permettront.

Nous n'oserions reproduire inparfaite.

ment et offrir quelques unes des pensées de l'éloquent prélat au public, si l’importance même de cette oraison dans cette circonstance, ne nous en faisait en quelque sorie une nécessité,

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Si les personnes quiont entendu le savant prédicateur en cette occasion remarquent des lacunes ou d’autres incorrections dans le résumé de ses importantes paroles elles seront indulgentes envers nous parce que nous nous faisons :'écho d’une voix que sans doute elles aimeraient encore à entendre, et que ces lignes rendront plus vif le souvenir ües hautes pensées et des nobles sentiments qu'il a exprimés, Sa Grandeur qui n’a en vue que le bien nous pardonnera notre témérité.

Monseigneur choisit pour texte ces paroles du chapitre IVme. de la seconde épitre de St. Paul à Timothé :

“Jai combattu le bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai conservé la foi, il ne mereste pius qu’à recevoir la couronne de la justice, que le Seigneur, le juste Juge, me donnera en ce jour et nonseulement à moi, mais à tous ceux qui chérissent sa venue.”

L'orateur commença par montrer que ces paroles n’avaient point été prononcées autrefois par l’Apôtre dans un esprit d’ostentation ou de vaine gloire ; mais dans nn esprit de charité, pour la consolation des fidèles qu’il avait évangelisés, et qui,

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allant bientôt perdre leur père dans là foi, se seraient abandonnés à une trop grande douleur, s'ils n'avaient pas été fortifiés par le souvenir de la magnifique récompense dont il allait jouir bientôt pour ses immenses travaux.

“Ainsi en est-il de vous, paroissiens de Ste. Luce, continua l'éloquent prélat, vos têtes se courbent sous le poids de la tristesse, vos cœurs sont brisés de douleur, car votre bon, votre bien aimé curé n'est plus !

“Celui que vous avez tant aimé, celui qui fut votre père, votre bienfaiteur,

. votre guide, votre ami dévoué, votre gloire,

votre joie, celui qui fut si longtemps au milieu de vous, vous a quittés !

“Cette voix éloquente, ces discours inspirés, ces leçons de sagesse, ces conseils paternels, ces exhortatiors chaleureuses et pathétiques, qui, si souvent, ont retenti à vos oreilles comme une suave harmopie, qui ontété un flambeau à votre esprit, une suavité à vos cœurs, vous ne Îles entendrez plus.

“Et vous seriez tentés de vous abandonner entièrement à la vivacité de votre douleur, si vous ne pensiez l'entendre

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éncore vous adresser ces paroles : Ne pleurez pas, mes chers enfants, ne vous laissez pas aller à la tristesse à cause de moi, fortifiez-vous dans la pensée que j'ai combattu le bon combat, que j'ai achevé la tâche qui m'avait été confiée, que ma course est terminée, que j'ai conservé Ja foi parmi vous, et que maintenant je n’attends plus que ma couronne. ”

En poursuivant son discours, l’évêque de Rimouski deroule un tableau abrégé des travaux du vénérable pasteur, de sa fermeté, de sa persévérance jusqu’au dernier jour, de sa résignation, lorsqu'on lui annonça ses derniers moments ; de sa piété dans la réception des derniers secours de l’église, de son calme, de sa patience dans ses cruelles souffrances ; et maintenant qu'il est mort, plein de jours et de gloire, tous les préjugés se taisent et toutes les voix s'élèvent pour rendre hommage à l'élévation de son esprit, à la grandeur de son courage, à la bonté de son cœur, si tendre pour les pauvres, si fidèle à l'amitié, et au désintéressement de ses vues dans toutes ses entreprises.

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