‹ Notice sur la vie et les ouvrages de Leopold RobertChapitre 1 sur 16 · BOULEVARD MONTMARTRE, I · texte numérisé non relu

BOULEVARD MONTMARTRE, I

IVOTICE

DE

La célébrité d'un artiste pendant sa vie n'est malheureusement pas toujours le gage d'une gloire durable; ordinairement, à compter du dernier jour du défunt, recommence pour ses ouvrages une épreuve périlleuse et fatale.

Trois années seront bientôt écoulées depuis que Léopold Robert a mis fin à ses jours. Durant cet es-

pace de temps le mérite de ses ouvrages , non seulement a résisté aux investigations de la critique, mais il a toujours été plus universellement apprécié et senti par le public connaisseur de l'Europe. Aujourd'hui il n'y a pas de cabinet en Italie, en Allemagne et en Angleterre, où le plus léger ouvrage de Léopold Hobert ne soit admis avec orgueil ; et enfin au musée de Paris les productions importantes de cet artiste y ont pris un rang élevé dans l'École française , rang que leur a fait assigner tout aussitôt leur comparaison immédiate avec les autres tableaux qui les entourent.

L'incertitude, les craintes que fait naître la destinée d'un talent que l'on aime , d'une gloire que l'on a vue poindre, croître et s'élever, m'ont empêché jusqu'à ce jour de tenter ce que j'entreprends maintenant. Lié d'amitié avec Léopold Robert, ayant toujours suivi avec le plus vif intérêt les modifications et les progrès de son talent, plus qu'un autre j'ai dû redouter pour lui ce terrible et dernier jugement des œuvres après la mort de l'artiste; mais j'ai pensé aussi qu'il était juste de laisser au public le temps de former son jugement, de prononcer son arrêt afin de m'y soumettre, plutôt que de trahir l'amitié après la mort, en élevant trop haut un nom qu'il m'eût été si dur d'entendre rabaisser.

Ce nom est aujourd'hui plus pur et plus brillant encore qu'il y a trois ans. Dégagé de cette atmosphère mondaine à travers laquelle on le répétait , il n'est

plus à présent que celui d'un artiste justement célèbre, de qui l'École française tire un nouvel éclat ; je puis donc parler maintenant de la vie et des ouvrages de Léopold Robert.

Toute la partie active de la vie de L. Robert a été consacrée à l'étude de son art, puis à l'exécution de ses nombreux ouvrages. Quant à l'histoire de son âme et de son esprit où résidait particulièrement toute l'activité de son existence intérieure, personne ne serait en état d'en tracer le cours, et j'aurais même renoncé à en indiquer quelques particularités, si un ami rare, donné par le ciel à L. Robert, M. ]\x*******% ne m'en eût pas facilité les moyens en me confiant les lettres qu'il a reçues de cet artiste , et dont la lecture pourra faire prendre une idée des préoccupations et des tourments dont son esprit a été assiégé.

Dans ce qui va suivre, c'est donc L. Robert qui parlera le plus ordinairement; et, autant qu'il me sera possible, je me bornerai à présenter les faits ou à les lier entre eux quand leurs rapports ne seront pas faciles à saisir.

Léopold Robert est né, au mois de janvier 1794, à la Chaux-de-Fonds , village du canton de Neufchâtel. Son père est un vénérable et habile artisan qui existe encore. Sa mère, morte d'une maladie de langueur, en 1828, était, à ce que disent tous ceux qui l'ont connue , une personne aussi remarquable par sa piété que par la délicatesse exquise de ses sentiments.

L. Robert avait deux frères : Alfred, plus jeune d'une année que lui , et qui , à la suite d'un mariage malheureux, s'est donné la mort le 20 mars 1825, dix ans, jour pour jour, avant que Léopold ne se dévouât au même sort. Son second frère Aurèle, le plus jeune des trois, existe, et s'est déjà fait connaître avantageusement par ses ouvrages de peinture ; celui-là, consolation de sa famille, restera, je n'en doute pas, sentinelle inébranlable au poste de la vie. Deux sœurs complètent cette famille; l'une honorablement n^ariée, l'autre s'étant vouée au célibat pour soigner son père, et toutes deux, comme leurs parents et leurs frères , distinguées par la pureté et l'élévation de leurs sentiments.

En 1 8 1 0 , le j eune Léopold , âgé de seize ans , ayant déjà montré quelques dispositions pour l'art du dessin , fut confié à M. Girardet , frère du graveur de ce nom et graveur lui-même , qui se chargea de le conduire à Paris et de lui enseigner son art. Les progrès de L. Robert furent assez prompts pour qu'il obtînt, en 1 8 1 4 , le second grand prix de gravure en taille douce , dont le premier fut remporté par l'un de nos plus habiles graveurs, M. Forster.

Pendant que Léopold étudiait la gravure, il ne laissa pas cependant de fréquenter l'école de David, où il apprit à peindre avec deux de ses condisciples, MM. Schnetz et Navez, qui plus tard l'environnèrent de leurs soins et Taidèrent de leurs conseils à son arrivée à Rome.

Après la chute de Napoléon (1815), L. Robert concourut de nouveau pour le grand prix de gravure.

Mais le comté de Neufchâtel ayant été rendu à la Prusse depuis la restauration des Bourbons, L. Robert, considéré dès lors comme étranger et conséquemment rayé du nombre des concurrents , ne put exposer son travail. Il résolut alors de se lancer franchement dans la carrière de la peinture. Dans cette intention il fréquenta assidûment l'atelier de David jusqu'en 1816, époque à laquelle ce peintre célèbre fut condamné à l'exil.

Le jeune Léopold prit la résolution de rentrer dans son pays, et se mit en devoir d'y tirer parti du talent qu'il avait déjà acquis en peinture. Il fit vers ce temps un assez grand nombre de portraits remarquables par la force et la vérité d'expression. Plusieurs d'entre eux frappèrent même tellement M. Roullet Mézerac, de Neufchâtel, que cet amateur éclairé, qui venait de parcourir l'Italie, conseilla au jeune Léopold d'aller étudier son art dans ce pays. Mais il fit plus et mieux encore: n'ignorant pas les sacrifices que la famille du jeune artiste avait déjà faits pour son instruction, et sentant d'ailleurs qu'il y aurait eu de la cruauté à donner à L. Robert un conseil que son défaut de fortune ne lui aurait pas permis de suivre, M. Roullet Mézerac proposa généreusement au jeune peintre de lui avancer l'argent nécessaire pour faire le voyage d'Italie et y étudier son art, sous la seule condition

que l'artiste s'acquitterait envers lui quand son talent serait développé et à mesure que ses économies lui permettraient de diminuer sa dette.

Cette généreuse transaction fut observée de part et d'autre avec une fidélité religieuse. A compter de 1818, M. Roullet Mézerac fit tenir à L. Robert les fonds convenus; et vers 1828, Léopold Robert s'était acquitté envers lui , avait rendu à sa propre famille les avances faites pour son instruction, et était reconnu l'un des meilleurs peintres d'Europe. Jamais protecteur et protégé n'ont été plus dignes l'un de l'autre.

A son arrivée à Rome, en 1818, L. Robert y fut reçu avec la plus bienveillante amitié par MM. Schnetz et Navez, ses condisciples à l'école de David. Pendant deux ans il étudia dans le silence; mais l'originalité de ses ouvrages et l'habileté tout inattendue de son exécution, ne tardèrent à le faire connaître. Déjà ses petits tableaux étaient fort recherchés des amateurs qui fréquentaient Rome, lorsqu e l'un d'eux lui demanda une composition où il devait représenter Corinne improvisant au cap Misène. Il composa et exécuta même l'ensemble de ce tableau, à l'exception toutefois des deux personnages principaux, Corinne et son amant Oswald. Plusieurs fois L. Robert écrivit au propriétaire futur de l'ouvrage pour l'engager à admettre la substitution d'un chanteur napolitain à l'héroïne et au héros du roman de madame de Staël. Il faisait valoir pour raison le peu d'aptitude qu'il se

SUR LÉOPOLD ROBERT. 7 sentait pour ajuster des vêtements à la mode et qu'il n'avait pas l'habitude de représenter. Mais au fond, la nécessité où il se serait trouvé de peindre un uniforme anglais lui eût rappelé trop désagréablement l'époque où il fut déclaré étranger à la France, pour qu'il se déterminât à peindre Oswald. Il préféra donc renoncer aux avantages qui lui étaient assurés pour satisfaire à son goût, peut-être à sa conscience, et ce tableau devint ce qu'il est : \ Improvisateur napolitain^ qui parut au Salon en 1824.

Pendant les quatorze années qui se sont écoulées de 1822 à 1835, le nombre des ouvrages qu'a faits L. Robert s'élève au-delà de deux cent cinquante. Mais pour en restreindre la liste, je me bornerai à ne désigner que ceux qui ont été exposés au Salon du Louvre , parmi lesquels se trouvent tous ceux qui ont accru et fixé la célébrité de l'auteur, et en particulier les quatre qui vont être reproduits par le burin de M. Prévost.

u (^^rtfou 1822.

L'Improvisateur napolitain, indiqué au livret sous le titre

de Corinne au cap Misène , mais non exposé. Brigands dans les montagnes de Terracina. Vieille disant la bonne aventure à une jeune fille de Sonino.

Jeune Religieuse recevant la bénédiction d'une Abbesse. Procession de Religieux dans l'église de Saint-Côme et Saint-Damien.

L'IMPROVISATEUR NAPOLITAIN

Deux Religieuses effrayées du pillage de leur couvent par les Turcs.

Pèlerines se reposant dans la plaine de Rome.

Chevriers des Apennins.

Brigand en prière, avec sa femme.

La mort d'un Brigand.

Pèlerins reçus à la porte d'un couvent. Filles d'Ischia au rendez-vous.

L'Ermite de Saint-Nicolas recevant des fruits d'une jeune fille.

Pèlerine avec son enfant mourant,

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