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Notice sur la vie et les travaux de Ph.-J. Roux

En vous voyant tous réunis dans ce jour de solennité pour entendre retraœr la vie du chirurgien illustre, du savant collègue dont la perte nous fut si sensible, un sentiment de crainte et d’inquiétude me domine, et plus que jamais je sens que pour dire convenablement une telle existence, pour rendre à la mémoire du maître vénéré qui voulut bien s’associer à nos travaux, un hommage digne d’elle et digne de vous, il fallait un interprète plus éloquent. A défaut d’éloquence, j’invoquerai la vérité : elle sera encore assez belle pour paraître sans ornement.

Philibert-Joseph Roux , fils d’un chirurgien distingué d’Auxerre, naquit dans cette ville le 26 avril 1780. il était encore enfant lorsqu’il perdit sa mère. Son père se remaria, heureusement pour lui, car il rencontra dans sa belle-mère une digne et excellente femme qui l’aima aussi tendrement que s’il eût été son propre lils. Grâce à sa bonté, il échappa souvent

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A des cori’ections paternelles un peu trop vives, non pas qu’il eût commis des fautes bien graves, mais parce que ses plus simples espiègleries étaient sévèrement punies.

Ces preuves d’affection vraiment maternelle restèrent toujours gravées dans son cœur ; à son tour , il eut pour sa mère adoptive tout l’attachement d’un fils, et jusqu’à sa mort, arrivée il y a peu d’années, il l’entoura de soins les plus tendres.

Ce fut au collège d’Auxerre, dirigé par les Bénédictins, (]u’il fit ses premières études ; Joseph Fourier, l’auteur de la célèbre introduction au grand ouvrage sur l’Égypte, et dont plus tard il devait faire l’éloge, y professait alors la rhétorique.

Ses études terminées, il était à peine rentré dans sa famille, lorsque, malgré son extrême jeunesse (il avait alors à i>eine (juinze ans), son père l’envoya rejoindre l’armée à la frontière. U reçut une commission de sous-aide, et fut dirigé sur les ambulances de l’armée de Samhre-et-Meuse sachant à peine saigner et faire un pansement.

11 partit pour Andernach le sac sur le dos, ne lit qu’un court séjour dans cette ville, et se rendit ensuite à l’hôpital militaire d Aix-la-Chapelle, où il resta dix-huit mois attaché au service des ambulances. Au bout de ce temps, il revint

dans sa famille, après la dissolution du corps d’armée auquel il était attaché.

Quelque courte qu’eût été cette campagne, il en garda toujours le .souvenir ; il aimait à revenir sur cette époque de sa première jeunesse ; il parlait souvent des premiers cas de chi-

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rurgie (lui l’avaient l'rappé, et comme si la vue de ces lieux, témoins de ses premières armes, l’eùt rajeuni, ju que dans les derniers temps de sa vie il ne manqua jamais , pendant ses voyages en Allemagne, de se détourner pour les revoir.

A son retour de l’armée, son père se décida à l’envoyer à Paris pour y étudier la médecine. Ses ressources pécuniaires étaient fort exiguës, mais il sut bientôt, à force de travail, se créer une sorte d’indépendance. En très peu de temps il se fit remarquer parmi les meilleurs élèves, et dès l’an VI il remportait un prix à l’École pratique. Son père fut tellement surpris de ce premier succès, qu’il fit exprès le voyage de Paris pour en avoir la certitude.

A cette époque il n’était bruit que d’un jeune professeur dont l’enseignement attirait tout ce que l’école renfermait d’élèves avides de s’instruire : c’était Bicbat. Lui aussi était fils d’un

médecin honorable de la province, et tout jeune, il avait

é.galement suivi l’armée à la frontière ; puis, pressé du désir d’agrandir ses connaissances, il était venu à Paris, avait été remarqué par Desault, et bientôt d’élève il était devenu maître.

Au milieu de ses nombreux auditeurs, Bicbat ne tarda pas à distinguer M. Roux; il le prit en affection, l’associa à ses travaux avec Buisson, et, dès ce moment, malgré la différence de leur âge , il s’établit entre le maître et l’élève une étroite amitié que la mort devait bientôt briser, mais dont le temps ne put jamais effacer le souvenir. Loin de là, ce sentiment devint dans le cœur de M. Roux comme une sorte de culte. Il était fier d avoir été l’ami et le collaborateur de cet homme prodigieux dont le nom sera une des gloires de notre siècle, et

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lorsque, dans ses leçons ou dans ses entretiens, le sujet c[u’il traitait le ramenait vers quelqu 'une des découvertes deBicha il en parlait avec une vivacité, un entraînement qui partaient autant de son cœur que de la juste admiration qu’il professait pour son illustre maître.

Sur un esprit jeune et ai’dent, l’amitié d’un tel homme devait avoir une influence immense : avec l’ardeur au travail elle devait nécessairement communiquer cette confiance que ne rebutent ni les plus grandes difficultés ni la crainte d’un insuccès. Bichat avait succédé à Desault, M. Roux osa continuer Bichat. Ce magnifique ouvrage de V Anatomie descriptive, que la mort avait interrompu, il le termina ; lui seul rédigea tout le cinquième volume. Certes, il fallait avoir en soi-même une bien grande confiance pour mener à bonne fin un pareil travail, et cependant ce n’était encore rien à coté de ce qu’il allait entreprendre.

En 1802, à la mort de Bichat, M. Roux n’avait que vingtdeux ans. Malgré sa jeunesse, il n’hésita pas à s’emparer hardiment de l’héritage de son maître, et à continuer, avec ses seules ressources, ces cours particuliers, où affluait un si grand nombre d’auditeurs.

Le succès fut inespéré, et bientôt, à son tour, il prit rang parmi les jeunes professeurs dont l’enseignement particulier, tout en étant l’honneur de la Faculté de Paris, lui faisait alors une si rude concurrence.

Ce fut dans le cloître Saint-Jean-de-Beauvais, et plus tard dans la rue de la Huchette, qu’il ouvrit un amphithéâtre d’anatomie et de medecine opératoire. Vous dire l’affluence d’élèves

DK DOUX.

qui vint se presser à ses leçons, vous dépeindre toute son activité et tous les subterfuges auxquels il dut recourir pour subvenir aux exigences matérielles d’un enseignement dont aujourd’hui nous n’avons plus d’exemple, ce serait dépasser le but que je me suis proposé. Ces souvenirs, d’ailleurs, ne pourraient être rappelés que par des contemporains; eux seuls pourraient bien faire l’histoire de cette brillante époque de l’enseignement particulier; car, lorsqu’on a pu en entendre parler par ceux mêmes qui y prirent une part active, on court grand risque, en racontant de semblables succès , ou de rester au-dessous de la vérité, ou de paraître l’exagérer. Mais ce n’était pas assez d’avoir réussi dans l’enseignement, M. Roux sentait qu’il lui fallait un service d’hôpital. Bicliat, son maître, n’avait-il pas porté le titre de médecin de l’Hôtel-Dieu, et n’était-ce pas là qu’il avait, en partie, fait ses belles recherches? Aussi, lorsqu’une place de chirurgien en second vint à être créée dans cet hôpital, il n’hésita pas à se présenter au concours en même temps que Dupuytren, et s’il ne fut pas nommé, il prouva, du moins, qu’il pouvait se mesurer dignement avec ce redoutable adversaire.

En 1803, il soutint sa thèse de docteur. Elle était intitulée: Coup d'œil physiologique sur les sécrétions, et consistait dans une série de propositions plus faciles à développer qu’à analyser. Elle précéda de peu l’apparition du cinquième voltqne de V Anatomie descriptive de Bichat, dans lequel se trouvent contenus, outre la description de tous les organes glandulaires, celle des organes génitaux et urinaires de l’homme et de la femme, et tout ce qui a trait au fœtus et à ses dépeiiflauces.

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Puis successivement, et à de courts intervalles, parurent divers mémoires de pliysiologie ; l’un sur l’influence des nerfs du cerveau ou de la moelle épinière et ceux des ganglions réunis dans quelques organes contractiles , tels que l’oesophage, l’estomac, le diaphragme, le rectum et la vessie; l’autre sur la sympathie organique, et enfin le supplément au Traité des maladies des voies urinaires de Desault.

Comme vous le voyez, l’activité du jeune professeur, loin de se ralentir, semblait puiser une nouvelle énergie dans la multiplicité de ses travaux. Occupé de ses cours particuliers d’anatomie, de physiologie et de médecine opératoire, chargé, en outre, comme chirurgien en second, d’un service à l’hôpital Beaujon, il trouva encore le moyen de publier quelques fragments de nosographie chirurgicale , un mémoire sur les avantages de l’adhérence des poumons aux parois de la poitrine dans les plaies pénétrantes, des recherches sur le cancer, sur les phénomènes de continuité de l’inflammation et sur la pression abdominale applû|uée au diagnostic des maladies de poitrine.

C’était par ces divers travaux que M. Roux préludait dans la carrière qu’il devait parcourir d’une manière si brillante. En 1809, il les réunit en un volume, aujourd’hui assez rare, ayant pour titre Mélanges de chirurgie et de physiologie.

Il faut lire la prélace qu il mit en tête de ce livre pour voir comme déjà il se défendait de la publication d’un ouvrage didacti(|ue. Mais, disons-le tout de suite, il obéissait bien moins à I impulsion scientifique de l’époque qu’à une voix intérieure qui lui disait qu il ne pourrait jamais mener à fin un traité général .

l)E PH. -J. HOUX.

Une seule t'ois il l’a tenté, comme nous le verrons, en parlant (le sa Médecine opératoire, et, au grand regret de tous, la seconde partie de l’ouvrage n’a jamais été imprimée.

Ce qui semblera peut-être singulier, c’est qu’après s’être si bien défendu de vouloir publier aucun ouvrage didactique, il débuta, dans ces mêmes Mélanges de chirurgie et de physiologie, par trois chapitres qui ne sont autres que des essais d’une vaste classification nosologique des fractures, des luxations et des hernies. Nul doute que bien des fois, malgré tout ce qu’il avait pu dire, il n’ait eu la pensée d’entreprendre un traité complet de pathologie chirurgicale, sinon d’une manière suivie, au moins par fragments, genre de travail qui convenait le plus à la tournure de son esprit.

Outre ces divers travaux, on lit encoj’e dans le même recueil des recherches sur les polypes utérins et plusieurs faits cliniques importants, au nombre desquels se trouve son premier cas de résection de la tête de l’humérus.

M. Roux, bien que fort jeune, avait déjà acquis, par son enseignement et par ses publications, un rang distingué parmi les chirurgiens, lorsqu’en 1812, à la mort de Sabatier, la chaire de médecine opératoire devint vacante. Il se mit sur les rangs. Le sujet qui lui échut était en quelque sorte neuf, la science ne possédant alors que des documents épars et peu nombreux. Malgré cette difficulté et le peu de temps qui lui était accordé, il s’en tira avec beaucoup d’honneur, et sa thèse sur les résections restera, non-seulement comme un souvenir de ce mémorable concours, mais aussi comme la première monographie publiée sur ce sujet.

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Dans l’année suivante parut le premier volume de ses Éléments de médecine opératoire. Cet ouvrage, dont la première partie a seule été imprimée, et dont tout le manuscrit existe, a un caractère essentiellement pratique.

Le chapitre des plaies, écrit avec beaucoup de soin, renferme d’intéressantes considérations sur la réunion des tendons au moyen de la suture, et la question des anévrysmes y est déjà traitée avec une sorte de prédilection.

Le second volume était entièrement composé, lorsque des circonstances imprévues en firent ajourner l’impression. C’était en ISlà : désespéré de voir dans nos hôpitaux un si grand nombre de blessés périr à la suite des amputations, et croyant que ces insuccès dépendaient de l’emploi habituel de la réunion par seconde intention, il voulut convaincre les chirurgiens des avantages de la réunion immédiate, et, dans ce but , il communiqua à l’Institut un mémoire dans lequel il essaya de démontrer toute la supériorité de cette méthode.

Il exposa avec grand soin toutes les précautions à prendre pour bien réussir ; et afin de prouver qu’il n’obéissait pas seulement à de simples idées théoriques, il cita les faits qui lui étaient particuliers, ceux qu’il avait observés, soit à Beaujon, soit en Espagne pendant son voyage avec Boyer, soit à la Charité, où depuis quelques années il occupait la place de chirurgien en second.

Percy, chargé du rapport conjointement avec Deschamps, rendit pleinement justice à ce travail II cita à l’appui le chiffre is remarquable des amputations faites avec succès à la bataille de Newbourg ; mais il faut ajouter aussi, pour être juste.

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