‹ Notice sur la vie et les travaux de Ph.-J. RouxChapitre 4 sur 9 · DR ROUX · texte numérisé non relu

DR ROUX

tais, car lorsqu’eii 1817, il communiqua à l’Inslilut le résumé de sa pratique, il n’avait pas opéré moins de 700 individus, sur lesquels il avait obtenu les 7/10'* de guérison.

Plus tard, le nombre total de ses opérations s’éleva à plus de 3000, chiffre immense, mais qu’il devait autant à ses nombreux succès qu’à son habileté incontestable.

L’apparition de cet ouvrage fut comme un trait d’union entre la chirurgie anglaise et la chirurgie française, et l’on ne pourra jamais assez redire (juelle influence eut parmi nous le récit bien fait de quelques mois passés au milieu de tout ce que Londres renfermait de chirurgiens distingués. Les relations scientifiques que la guerre avait si longtemps suspendues se rétablirent. Aux noms déjà connus d’Everard Home, de Cline, d’Abernetby , vinrent s’ajouter ceux d’Astley Cooper , de Hrodie, de Lawrence, de Travers, de Charles Bell, et bientôt leurs précieux travaux se répandirent dans toute la France.

M. Roux écrivit ce voyage avec entraînement; il peignit les hommes de cette époque avec vérité, et il les représenta pleins de ce feu sacré, de cette noble passion pour la science, (jui ne l’ont lui-même jamais abandonné. Avec quel plaisir ne lit-on pas ces premières pages où il parle, non seulement de l’accueil honorable et gracieux que lui firent les chirurgiens anglais, mais aussi des relations si pleines de dignité qui existaient entre ces hommes de talent. On est si bien initié aux manières, aux usages de chacun d’eux, que, dès ce moment, ils cessent de vous être étrangers.

C’est par ces préliminaires qu’il débute; puis, après avoir fait connaitre au lecteur les divers hôpitaux et les diverses

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nstituUons scientifiques de I.orulres, il passe à l’examen des doctrines et de la pratique chirurgicales.

On se tromperait cependant si l’on croyait que dans cet ouvrage M. Roux ait donné trop d’éloges à la chirurgie anglaise. Critique de bon ton et toujours éclairé, il sut blâmer l’abus de la réunion immédiate avec autant de discernement qu’il avait mis de conviction à en soutenir les avantages dans les amputations. S’il rendit justice à la conduite des chirurgiens anglais dans les luxations compliquées du pied, il n’hésita pas à dire qu’à cette époque ils nous étaient inférieurs dans la thérapeutique des fractures, et, fidèle aux principes de Desault, nonseulement il s’éleva contre la méthode de Pott dans le traitement des fractures des membres inférieurs, mais il combattit les idées d’Astley Cooper sur l’impossibilité delà consolidation dans certaines fractures du col du fémur.

Convaincu de l’importance des plus petits détails en chirurgie, il examina tout avec le plus grand soin : depuis les appareils les plus ingénieux jusqu’aux moindres détails des pansements, rien ne lui échappa. Pour n’en citer qu’un exemple, je dirai que c’est peut-être à liii que nous devons l’introduction en France d’un usage tellement simple, qu’on devrait croii'e qu'il a toujours existé, celui de couper près du nœud l’un des chefs de la ligature. C’est également à lui que nous sommes redevables de l’enqdoi des bandelettes dans le pansement des ulcères.

Rien différent de queUiues personnes, qui changent souvent de méthode sans motil reel, il n’adopta pas tout de suite tous les usages des eliirurgiens anglais. Ainsi, bien qu’il les eht vus

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élreindre les artères avec des ligatures cylindriques, longtemps encore il préféra se servir de fils plats formant une sorte de ruban ; longtemps encore il appliqua aussi des ligatures d’attente, et se servit, comme Scarpa, d’un petit rouleau de diachylon interposé entre la ligature et l’artère.

Dans les voyages, nous examinons quelquefois les choses avec prévention ; d’autres fois aussi nous nous laissons trop facilement séduire, et ce fut peut-être pour avoir vu deux fois A. Cooper employer le gorgeret d’Hawkins que M. Roux se laissa aller à suivre pendant longtemps cette méthode plus brillante que sûre. Dans ses dernières années, il en reconnut les inconvénients, et revint à la taille latéralisée et à l’emploi du lithotome caché de frère Côme.

J’abuserais de votre attention si j’entrais dans de plus longs détails sur tout ce que renferme ce livre intéressant. Vous le savez tous, c’est là aussi que l’on trouve, avec la description du cancer des ramoneurs, tout ce qui se rattache au fongus hématode, à la classification des anévrysmes, aux perfectionnements de la méthode d’Anel, et enfin les procédés d’Adams pour la pupille artificielle et l’ectropion.

La relation du voyage de M. Roux nous fit profiter des découvertes de la chirurgie anglaise; mais ce qu’il ne faut pas oublier, c’est qu’à son tour il fit connaître en Angleterre les progrès réalisés parles chirurgiens français, et qu’il rectifia bien des opinions erronées sur leur pratique.

On croyait généralement, de l’autre côté du détroit, que nous abusions du feu et des moxas dans le traitement des affections articulaires; M. Roux combattit cette idée, et proviva en même

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temps tout ce que cette méthode, bien employée, avait d’avantageux. Onconnaissait à peine le procédé deChopart pour la désarticulation du pied; U Iç démontra, et indiqua quelles étaient les règles les plus certaines pour bien pénétrer dans l’articulation, en se guidant sur la saillie de l’apophyse du scaphoïde. La ligature des polypes, d’après la méthode de Desault, n’avait pas encore été employée en Angleterre ; Brodie, pour la première fois, la tenta d’après ses conseils.

Si donc il avait largement emprunté aux Anglais, il leur avait rendu avec la même profusion, et, ce qui était tout aussi important, il avait rectifié leur jugement sur notre pratique.

Après de tels débuts, on pouvait déjà lui prédire un brillant avenir, et, en effet, nous touchons à l’époque où la staphyloraphie vint ajouter un nouveau lustre à sa réputation chirurgicale. Nous sommes en 1819. Pour la première fois, il tente de réunir le voile du palais divisé, et sa première tentative est un succès.

11 est des travaux qu’on ne doit pas analyser, et le-mémoire <ians lequel M. Roux rendit compte un peu plus tard à i’ Académie de médecine de ses douze opérations est peut-être de ce nondire. Essayez d’écrire l’iiistoire de la staphyloraphie, il faudra toujours que vous en veniez à reproduire à peu près textuellement l’histoire tie l’entrevue de M. Roux avec le docteur Slephen.-on ; car il est dil'licile de mieux la conter. Toute la découverte de cette ingénieuse opération est dans cette anecdote. Qui de vous ne se ra],)pelle la visite de ce jeune médecin étranger venant prendre congé de son professeur? Dans la conversation, iM. Roux, s apercevant de la dillicnlléde sa prononciation, croit •Kpiel([ue peccailille de jeunesse; il (pjcstionne son jeune con-

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l'rèrc avec amitié ; puis, la vérit(‘ connue, il lui fait ses excuses sur ses soupçons et l’examine. C’est alors que tout d’un coup, en observant le jeu des muscles du voile du palais, il conçoit la possibilité de rapprocher les bords de cette division par une opération analogue à celle du bec-de-lièvre, mais plus délicate. A peine a-t-il lait part à M. Steplienson de son idée et de la possibilité d’une guérison, que celui-ci, à son tour, lui laisseà peine le temps de rélléchir sur le procédé : un bistouri boutonné, un porte-aiguille, voilà les seuls instruments qui servent, le surlendemain, à exécuter cette opération si délicate, et douze jours après, le malade peut lire lui-même son observation devant l’Académie des sciences.

Je vous laisse à penser qui fut le plus heureux de M. Stephenson ou de M . Roux? L’un se trouvait pour toujours délivré d’une infirmité qui pouvait être un obstacle à sa carrière, et l’autre avait eu le bonheur, dans une première tentative, de rendre à un confrère un service inespéré. Quelle fortune ! mais si le hasard avait bien servi M. Roux, avouons aussi (|ue son génie chirurgical l’avait bien inspiré, et qu’il ne laissa plus à la staphyloraphic une fois créée que de bien légers perfectionnements à subir.

Du reste, il ne se borna pas, dans son mémoire, à décrire l’opération telle qu’il l’avait conçue; il en indiqua toutes les conséquences et toutes les déductions pratiques pour l’ablation de certaines tumeurs, et reconnaissant en outre (jue, dans les cas de division longitudinale de la voûte palatine, il fallait, pour combattre avec avantage le défaut de glissement de la membrane muqueuse, modifier le procédé, il adopta dès lors les deux incisions latérales.

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Il y a, dans les sciences, des questions qui, faute il'être envisagées sous leur véritable point de vue, donnent lieu à des luttes interminables, sans pour cela faire le moindre progrès; telles sont les discussions de priorité, questions presque toujours stériles, trop souvent personnelles, et dans lesquelles l’amour-propre est bien plus en jeu que l’amour de la science.

On a contesté à M. Roux l’invention de la stapbyloraphie, et l’on a dit que dès 1817, Græfe (de Berlin) l’avait tentée sans succès. Rien n’est plus vrai; mais ce qui est également vrai, c’est que M. Roux ignorait complètement cette tentative, et qu’il n’en eut connaissance qu’après sa lecture à l’Académie de médecine. Du reste, si c’est une contestation que l’on veut établir, je répondrai que Morinier et Jourdain avaient aussi fait des tentatives bien longtemps avant Græfe, et dès lors l’honneur de la stapbyloraphie n’appartiendrait plus au professeur de Berlin.

En résumé, que prouverait tout ceci? C’est qu’à diverses époques, des hommes d’un grand talent ont eu une même pensée, un même but, et qu’ils ont suivi presque la même voie; mais cela n’est pas suffisant dans les sciences pour acquérir un titre durable à la renommée; une fois l’idée conçue, il faut la développer, la féconder : voilà ce que M. Roux a fait; aussi a-t-il toujours été, malgré quelques tentatives antérieures, considéré comme le véritable créateur de la stapbyloraphie, et son nom restera seul attaché d’une manière impérissable a cette brillante conquête de la chirurgie moderne.

L art qui prolonge nos jours est sans doute un bienfait ; mais il est des infirmités tellement pénibles, (]ue la vie devient un supplice, et (pu* celui (jui les lait disparaître acquiert peut-

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être plus de droits à notre reconnaissance que s’il nous eût préservés de la mort. C’est là le vrai triomphe de la chirurgie réparatrice, de cette chirurgie qui a fait tant de progrès dans ces dernières années. 11 était réservé à M. Roux, dont le nom était déjà attaché à la staphyloraphie, de conquérir une nouvelle gloire en faisant revivre en France la suture du périnée.

Imaginée et faite pour la première fois avec succès par Guilleraeau, reprise par Mauriceau, Lamotte et Smellie, elle faisait toujours le désespoir des chirurgiens, et bien que trois nouveaux succès eussent couronné les efforts de Noël (de Reims), de Saucerotte (de Lunéville), et deMontain (de Lyon), elle était retombée dans l’oubli. En vain, en Allemagne, les travaux de Mursiima, deMentzell, d’Osiander et de Dielîeiibach se continuaient presque sans interruption ; les succès passaient comme inaperçus, sans éveiller l’attention des chirurgiens français. Les choses en étaient là, lorsqu’en 1831, M. Roux, consulté par la femme d’un confrère, reprit la question, et, sans se laisser décourager par un premier insuccès, réfléchissant aux causes qui avaient ftiit échouer l’opération, modifia entièrement l’ancien procédé.

Tantôt les découvertes tiennent à une sorte de hasard, à une bonne fortune, et quelques instants suffisent à l’homme de génie pour accomplir un progrès important ; c’était ce qui était arrivé à M. Roux pour la staphyloraphie. Cette fois il fut guidé par la réflexion, la réflexion à la marche lente, qui médite sur tout, sur les revers comme sur les succès.

Supposez un instant qu’il eût été heureux dans sa première tentative de suture du périnée i)ar l’ancien procédé, il s’en

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serait tenu là, et, très probablement, on serait retombé plus tard dans une nouvelle série de revers. Mais ce n’est pas ce qui lui arriva : touché de l’état malheureux de sa première opérée, il rétlécliit à la solution du problème, aux causes (jui avaient fait échouer l’opération, et bientôt il vit que pour agir sur des parties profondes, la suture entortillée était insuffisante. Il fallait une action plus puissante ; la suture enchevillée seule était assez forte. Dès ce moment, M. Roux modifia tout son plan : non content d’agir dans le fond de la plaie, il chercha à combattre, par une suture simple, l’écartement superficiel de ses bords. En suivant cette indication, il exécuta la seconde opération et obtint un plein succès; et, lorsqu’en 183à, il lut son mémoire à l’Institut, il avait déjà opéré quatre malades, dont trois avaient guéri.

Ces titres seuls auraient pu assurer la célébrité de M. Roux, et pourtant je n’ai pas tout énuméré. N’est-ce pas à lui que nous sommes redevables de la plupart des travaux entrepris en France sur l’autoplastie, sur les résections? Ouvrez les recueils de médecine opératoire, et vous verrez qu’il n’est peut-être pas une de ces opérations qu’il n’ait pratiquée et souvent modifiée. Parcourez les thèses qui ont été publiées sur ce sujet, celles si remarquables de MM. Dubourg et Thore, et tant d’autres non moins intéressantes, vous verrez que la plupart de leurs auteurs se sont inspirés de ses savantes leçons.

Enfin n’est-ce pas encore lui qui, d’abord partisan de la méthode ancienne dans le traitement des anévrysmes, a tant contribué à répandre la méthode de la ligature loin de la tumeur? llappelez-vous ces pages si intéressantes (pi’il nous lut sur les

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tnalarlies du système vasculaire, et avec quelle chaleur, tout eu rendant justice à Hunter, il faisait la part des travaux d’Anel ! C’est que, malgré ses sympathies pour les savants de tous les pays, il y avait encore en lui un sentiment dominant, celui de l’amour national.

Dans une notice de ce genre, vous devez bien comprendre qu’il est impossible de passer en revue chacune des opinions dont l’ensemble constitue l’individualité scientifique d’un homme; ce serait peut-être aussi entrer dans une appréciation ^ critique et sortir du rôle d’historien. D’une manière générale.

on peut dire que M. Roux partageait la plupart des opinions de

Boyer; seulement j’ajouterai que personne, parmi les chirurgiens de notre époque, ifa porté aussi loin que lui le soin des moindres détails, dans les opérations comme dans les pansements. Peut-être même l’espèce de coquetterie qu’il mettait dans l’application des appareils de fracture l’empêcha-t-elle d’adopter les appareils inamovibles; il se serait^cru malheureux de penser que la nature pût travailler à la formation d’un cal régulier sans la surveillance du chirurgien.

Généralement ami du progrès, jusfiue dans ses dernières années, il étudia chacune des découvertes de la chirui-gie sans » y apporter d’idée préconçue. Malgré toute son habileté dans l’opération de la taille, la lithotritie ne le trouva point systématiquement hostile, et si l’on veut en avoir la preuve, il suffit de parcourir le rapport qu’il lit eu 1825 à l’Académie de médecine, au nom de la section de chirurgie.

Que pouvait-on dire alors de plus encoui’ageant à ceux qui avaient fait les y)remières recherches, (jue les paroles suivantes :

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r< Oui, les plus grands éloges sont dus à ceux qui, depuis quel- » ques années, s’occupent avec tant de zèle du broiement de » la pierre dans la vessie. » Et comme si déjà il eût prévu toutes les discussions que soulèverait la ([uestion si délicate du choix entre la taille et la litliotritie, il indiqua tout de suite la seule marche à suivre pour résoudre le problème, et termina ses sages conseils par cette phrase, que les novateurs ne devraient jamais perdre de vue : « C’est en ne cachant rien de ce » qui peut contribuer à dissiper le doute et l’incertitude sur » tous ces points, que ceux qui s’occupent spécialement de la » litliotritie satisferont aux vœux de la science et travailleront « à leur propre gloire. » Dans cette question, qui avait alors soulevé tant d’enthousiasme et tant d’injustes préventions, il eut le talent, en prévenant un jugement précipité, de conserver au corps scientifique dont il était l’organe, une attitude digne et sévère, la seule, comme il le dit si bien, qui convînt à sa position, la seule qui fût digne de la section de chirurgie.

Vingt ans plus lard . à une époque où la litliotritie avait fait d’immenses progrès, une occasion le ramena à émettre son opinion sur ce sujet. MM. Fleury (de Clermont) , et Raynaud '(de Montauban), avaient adressé h l’Académie de médecine plusieurs observations de taille et de litliotritie chez des adultes et chez des enfants. Chargé aveclM. Velpeau de rendre compte de ce double travail, M. Roux le fit avec d’autant plus de soin et de plaisir, que les mémoires étaient envoyés par les fils de deux do ses anciens collègues auxquels il était sincèrement attaché, et que cette tâche, tout en lui donnant l’occasion d’exprimer Iranchement sa pensé(‘sur l’état de la science, lui donnait aussi

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