ÉDIFICES CIVILS
La ville de Strasbourg n'est pas riche en édifices civils qui ont une importance historique ou qui méritent de flxer l'attention comme œuvres d'art. Cependant il est quelques bâtiments qu'il ne faut pas passer sous silence. Le principal en est le château, vis-à-vis du portail méridional de la cathédrale. Il fut construit de 1728 à 1741, par le cardinal Rohan , évoque de Strasbourg. La façade qui regarde la rivière est ornée d'une » colonnade d'un bel effet ; sur la galerie qui règne au-dessus de la grande porte d'entrée sont érigées plusieurs statues peu
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remarquables. Ce palais épiscopal , élevé non loin de l'endroit où avait été l'ancien château de levêquc , fut vendu , en 1791 , à la commune de Strasbourg comme domaine national; en 1806 , la ville l'offrit à l'empereur, qui en retour fit donation de l'hôtel de Darmstadt. Sous la restauration , il devint château royal et logement de l'évêque. Après 1830 , ayant cessé d'appartenir à la liste civile , la ville le revendiqua , et le conseil d'Etat le lui rendit. L'évèque continue à y avoir sa demeure. Les belles salles du rez-de-chaussée, qui contiennent quelques tableaux, quelques vases et bustes antiques et d'autres curiosités, servent à des expositions d'objets d'art, à des concerts, à des réunions scientifiques.
Un des plus beaux hôtels de la ville est celui de la Préfecture, entouré de magnifiques jardins. Il fut construit, en 1730, par le préteur royal, François-Joseph Klinglin, sur l'emplacement tristement célèbre par l'extermination des juifs en 1349. Quand il fut achevé , la ville l'acheta de Klinglin , et le lui donna pour logement ; plus tard il fut habité par l'intendant de la province.
Dans la même rue {rue Brûlée , est situé l'ancien hôtel de Hanau ou de Darmstadt, aujourd'hui l' Hôlel-de-Ville , achevé en 1737, restauré, agrandi et orné d'un perron sur le Broglie depuis 1840. Anciennement le sénat slrasbourgeois se réunissait dans le palais épiscopal; mais pour mettre fin aux incessantes querelles des Zorn et des Mûlnheim ! , on construisit tm 1321 un Hôtel-de-Ville (Pfalz) , où furent pratiqués deux escaliers pour prévenir les rencontres des deux familles ennemies. En 1585, le magistrat fit élever par l'habile architecte,
1 Les Zorn se plaignaient de ce que, la curie des Miiloheim étant plus rapprochée du palais épiscopal que la leur, ceuxci pouvaient arriver au sénat avant eux !
Daniel Specklin *, un nouvel Hôtel-de-Ville , sur l'emplacement de l'antique église de Saint-Martin, abattue en 1527 ; ce bâtiment neuf\der neue Bau) servit à la commune, jusqu'à ce qu'en 1789 il fut pillé et dégradé par la populace. La mairie fut alors établie dans le palais épiscopal ; mais celui-ci ayant élé donné à l'empereur, on la transféra dans l' hôtel de Darmstadt, dont Napoléon avait fait don à la ville. Dans les salles du rez-de-chaussée de ce beau bâtiment , l'administration municipale a ouvert depuis 1840 un musée. L'ancien Hôtel-de-Ville, charmant édifice de la renaissance, est aujourd'hui la propriété de la chambre de commerce , qui y tient ses séances, et qui en a loué les belles salles à un casino commercial et littéraire parfaitement organisé 2 .
1 Natif de Strasbourg , mort en 1589. Specklin était surtout distingué dans l'architecture militaire ; on a de lui un curieux traité sur l'art des forliûcalions (Àrchitectura von Veslungen , Strasb., 1C89, fol.}. Il a aussi fait , en 1576 , une carte de l'Alsace en trois feuilles. Mais ce que nous avons de plus important de lui , du moins pour Strasbourg , c'est sa collection de notes manuscrites sur l'histoire de la ville de Strasbourg, formant deux gros volumes in-folio.
2 Dans la salle de lecture de ce casino sont déposés la plupart des journaux et revues politiques et littéraires de la France et de l'Allemagne , ainsi que les principales nouveautés en fait de littérature. La bibliothèque de la société est considérable et bien choisie. Outre la salle de lecture, il y a plusieurs silles" de billard et de conversation. Les membres ont le droit d'introduire des étrangers qui ne font qu'un séjour passager dans la ville ; les étrangers qui désirent fréquenter la société au delà de huit jours , obtiennent des cartes d'entrée valables pour un mois.
Le vaste hôtel de Y Académie était primitivement un hospice d'enfants trouvés , et plus tard une école de travail pour les pauvres. L'académie n'y fut transférée qu'en 1825; auparavant elle avait été établie successivement dans le grand séminaire , et dans l'ancien hôtel du prévôt du grand chapitre , où est aujourd'hui la poste. Dans le local actuel se trouvent réunis toutes les facultés, les musées, les laboratoires et la bibliothèque de l'académie. Le rez-de-chaussée contient , outre une grande salle des actes, les salles des facultés de droit , de médecine et des lettres, les salles des cours de chimie et de physique avec les laboratoires; au premier étage sont la bibliothèque, les cabinets d'anatomie , de chirurgie et de physique et la salle des cours de théologie; le second étage est occupé par le muséum d'histoire naturelle et la salle des cours d'histoire naturelle et des mathématiques ; au-dessus de cet étage sont les chambres d'optique et l'observatoire.
Près du château , et contigu à la cathédrale , se trouve le collège rogal , ci - devant collège des jésuites , construit en 1756. Il est élevé sur l'emplacement de plusieurs maisons canonicales du grand chapilrc , ainsi que sur celui de l'hôtellerie du Thiergarlen (parc), où l'on dit que Gutenberg a fait ses premiers essais d'imprimerie et où ont logé Enée Silvius (plus tard Pie II) et Louis XIV. Un bâtiment massif , construit en 1769 , attenant au collège et masquant avec lui le chœur de la cathédrale, remplaça l'ancien Brudcrhof (le cloître du chapitre) pour servir au séminaire catholique. Dans la révolution , il fut changé en une prison , où ont été détenus des milliers de nos compatriotes. Plus tard, on y plaça les facultés et le muséum ; depuis vingt ans , il est rendu à sa destination primitive.
Un des ornements de la ville de Strasbourg est son théâtre , qui lui a coûté des sommes énormes. Il fut commencé en
1804, sous la direction de M. Villot, architecte de la ville, et terminé seulement en 1821. L'architecture en est simple; mais on admire le beau péristyle, formé de six colonnes ioniques, qui soutiennent un entablement surmonté de six statues, sculptées par Ohmacht et représentant des muses. L'intérieur est remarquable par ses beaux et larges escaliers et ses spacieux corridors ; la salle , restaurée depuis quelques années , est une des plus grandes de la France ; bientôt l'éclairage au gaz va la rendre encore plus brillante. Malheureusement le spectacle , quoique subventionné par la ville avec 30,000 fr. , ne répond pas toujours à la beauté de la salle.
Les deux grands bâtiments sur la droite de la salle de spectacle , et dont l'un renferme les archives de la préfecture , et l'autre les décorations du théâtre , ne formaient jadis qu'un seul édifice , construit en 1440 , pour servir de grenier d'abondance dans les fréquents troubles qui ravageaient les moissons et remplissaient la ville de campagnards fugitifs. Ce n'est que lors de la construction du théâtre qu'on coupa ce bâtiment en deux , dans l'intention d'établir une rue à travers les cours de la préfecture. Ce grenier a été remplacé par une halle aux blés, située au Marais- Vert, et ouverte depuis 1830 ; c'est un monument qui joint la solidité à des proportions très- gracieuses ; il est également l'œuvre de M. Villot La halle peut contenir plus de 5000 hectolitres, outre les dépôts que les boulangers de la ville sont tenus de conserver dans les deux étages supérieurs 1 .
Près du pont du Corbeau , le long de la rive gauche de 1*111 ,
1 Les boulangers de Strasbourg sont divisés en troisclasses : ceux de la première doivent avoir à la halle un dépôt permanent de 75 hectolitres; ceux de la seconde, un de 50; et ceux de la troisième, un de 25.
est située la halle commerciale , vieux bâtiment en grande partie du quatorzième siècle. La partie occidentale date de 1358 , en 1781 elle fut prolongée vers le pont. Aujourd'hui que le traité de commerce avec la Hollande commence à porter ses fruits , ce vaste local ne suffît déjà plus aux besoins du commerce ; l'administration a donc décidé d'adjoindre à la halle les bâtiments de la grande boucherie si tués de l'autre côté de la rue.
Les bâtiments le plus récemment élevés par la ville, sont les nouvelles boucheries et la halle pour le marché aux légumes. Les anciennes petites bouclieries , misérables masures , situées le long du canal infect des Tanneurs, présentaient un aspect hideux qu'il est difficile d'oublier. Construites à la hâte en 1622, pour n'être que provisoires, elles subsistèrent plus longtemps que maint édifice destiné à durer : elles ne furent abattues qu'après deux siècles , en 1840. On les remplaça par une série d'étaux d'un aspect élégant, et offrant toutes les garanties pour la conservation des viandes. L'ancienne grande boucherie , élevée en 1586 , et dont le premier étage servait, en temps de foire, aux marchands étrangers, sera, comme il vient d'être dit , affectée au service de la halle commerciale; l'abattoir, qui s'y trouvait , sera transféré à un endroit où il blessera moins les sens des passants et des voisins. Sur l'emplacement des petites boucheries l'administration de la ville a fait construire une halle , remarquable par la légèreté de sa toiture et la hauteur de ses arcades; elle est destinée à servir de marché au légumes. L'espace qui la sépare des nouveaux étaux est pavé en bitume, et au milieu s'élève une très-belle fontaine double, surmontée d'un réverbère à gaz.
Différents autres édifices , tels que le palais de justice (l'ancien hôtel du commandant militaire de l'Alsace) , le quartiergénéral de la cinquième division (l'ancien hôtel du duc de
Deux-Ponts), Y hôtel du haras (où se trouve un dépôt royal d'étalons , destinés à l'amélioration de la race des chevaux dans le Bas-Rhin) , Yhôlel de la monnaie (l'ancien hôtel de l'intendance de l'Alsace), Yhôtel de la poste (ci-devant hôtel du grand-prévôt de la cathédrale) , l'ancien hôtel Luckner (ci-devant du doyen du grand chapitre , plus tard de la loterie royale) , le bâtiment du Consistoire général et du séminaire protestant , la halle aux poissons et au gibier , etc. ; ces différents édifices, disons-nous , dont plusieurs sont assez beaux, ne présentent pourtant , comme constructions , que peu de choses dignes de fixer l'attention de l'étranger. Quant aux hôpitaux et aux prisons , il en sera parlé dans un des chapitres suivants.