B. INSTRUCTION. SCIENCES. ARTS
1 . COUP D*OEIL HISTORIQUE SUR L'ANCIENNE UNIVERSITÉ DE STRAS- BOURG ET L'ACADÉMIE ACTUELLE.
Avant la réformation Strasbourg ne possédait que quelques écoles monacales , dont l'enseignement , comme on sait , était* fort incomplet. En 1501 le savant Jacques Wimpheling donna au magistrat la première idée d'une école supérieure , qui pût rivaliser avec la célèbre école de Schléstadt ; mais le manque de fonds fut cause que le projet ne trouva pas encore d'exécution. Un grand pas vers un meilleur état de choses fut fait , en 1519, par les leçons données par Otto Brunfels. Lorsque, par la sécularisation des biens ecclésiastiques et des couvents , la réformation eut procuré des ressources au magistrat, celui-ci songea aussitôt à les employer pour fonder des écoles. Il en établit plusieurs dès 1528, et en confia la surveillance à une commission de trois scolarqucs choisis parmi les membres du sénat. Cependant , comme ces écoles ne répondaient pas encore aux vœux publics , on arrêta en 1536 de les réorganiser. A cet effet on appela de Paris Jean Sturm ! , un des pédagogues les plus savants et les plus habiles de son époque , et c'est d'après son plan qu'on réunit, en 1538, les écoles existantes en
1 De Sleide, près de Cologne; sa famille est différente de celle des Sturm de Strasbourg.
une haute école divisée en plusieurs classes. Sous la direction de Sturra ce gymnase prospéra si rapidement que , lorsqu en 1 566 le magistrat demanda à Maximilien II le droit de conférer aussi des grades , l'empereur lui accorda le privilège d'avoir une académie avec quatre facultés. Tous les établissements d'instruction ne formèrent plus alors qu'un seul corps , à la tête duquel on plaça Sturm comme recteur. Bientôt une foule d'étrangers vinrent fréquenter la nouvelle académie , qui , en 1621 , fut élevée par Ferdinand II au rang d'université. Au dix-septième comme au dix-huitième siècle , cette université eut des professeurs et des disciples célèbres ; elle jouissait d'une réputation européenne. En 1685 Louis XIV lui confirma tous ses droits et propriétés ; elle demeura université protestante.
Elle fut illustrée , dans le droit , par Hubert van Giffen {Gifanius) , originaire de la Gueldre, mort en 1604, qu'on a appelé le Cujas de l'Allemagne ; par Juste Meier , de Nimègue , mort en 1622, auteur d'un Collegium Argentoralense , £ur le Droit romain , fort estimé de son temps ; par David Locamer, de Landau, mort en 1637, savant commentateur des institutes de Justinicn ; par Ulric Obrecht 1 , prêteur royal, mort en 1701 , qui a publié un précieux ouvrage sur les premiers temps de notre histoire , et que Bossuet a appelé un Abrégé de toutes les sciences et un homme de tous les peuples (epitome omnium scientiarum et homo omnium populorum) ; par J. G. Scherlz, mort en 1754, auteur d'un Glossarium germanicum medii œvi 2 , et continuateur des travaux du savant historien et jurisconsulte Jean Schiller , qui le premier a publié les
^essavanjs dont le lieu de naissance n'est pas indiqué, sont de Strasbourg. , 2 Publié après sa mort par Oberlin , en 1781, 2 1. folio. Strasb.
chroniques de Kœnigshoven , et auquel on doit le Thésaurus antiquitalum teulonicarum ; par J. M. Silberrad, mort en 1760, qui a le mérite d'avoir fait le premier essai d'une Histoire du Droit français; — dans la médecine , par J. R. Saltzmann , mort en 1657, premier directeur du jardin botanique; par IV natomiste J. A. Sebitz , mort en 1685 ; par M Mappus , mort en 1701 , auteur de la première Flore d'Alsace ; par J. T. Lobslein, mort en 1784; par les Spielmann, père et fils, morts en 178S et 1810 ; — dans les sciences mathématiques , par J. J. Brackenliofler f mort en 1784 ; — dans Y histoire naturelle , par J. Herrmann , mort en 1800 , le fondateur du magnifique cabinet d'histoire naturelle , acheté plus lard par la ville ; — dans * Y histoire et la philologie, par M. Bernegger, Autrichien , mort en 1640, savant universel, auteur de plusieurs Traités sur l'histoire de Strasbourg ; par J. D. Schôpflin , de Sullzbach , dans le pays de Bade 1 , mort en 1771 , le plus illustre de nos historiens; par C. G. Koch, natif de Bouxwil 1er , mort en 1813, non moins savant que Schœpflin , s- n maître ; par J. M. Lorenlz , mort en 1800 , historien profondément érudit et judicieux ; par J. J. Oberlin , mort en 1806, antiquaire et éditeur d'auteurs classiques 2 ; —enfin, dans la tliéologic, par J. C. Dann-
1 Cependant sa famille paraît avoir été originaire de Strasbourg; car au quatorzième siècle, on rencontre parmi les bourgeois strasbourgeois une famille Schœpfelin » dont l'un des membres, Berchtold Schœpfelin fut en 1367, membre du grand conseil, et un autre , Wernher Schœpfelin, vers 1395, un des administrateurs du grand hôpital.
R. Brunch , qui a publié avec tant de savoir et de goût différents auteurs classiques , n'était pas professeur de l'université.
Imiter , natif du Brisgau, mort en 1666, fameux auteur polémique ; et par Sébastien Schmidt , mort en 1696, interprète do l'Ècriture-Sainte , dont les ouvrages jouissent encore toujours d'une réputation bien méritée.
En 1617, le pape Paul V, créa une université épispopale à Molsheim ; elle fut transférée à Strasbourg et annexée au colloge en 1701 ; le père L. Laguille , mort en 1742, auteur d'une Histoire d'Alsace très-estimée , était professeur de cette université, qui fut supprimée par la révolution ; l'université protestante subsista , mais fut convertie en académie protestante , dont le séminaire protestant actuel est l'héritier. En 1794 , m Strasbourg obtint, grâce à l'intervention de FrançoisEhrmann, député à la Convention , une des Irois écoles spéciales de santé créées pour la France, et en 1 804, une des douze écoles de droit. Par le décret impérial du 17 mars 1808 , sur la réorganisation de l'instruction publique en France, Strasbourg fut doté d'une académie complète; les écoles de droit et de médecine furent érigées en facultés, auxquelles on joignit les facultés des lettres et des sciences , et en 1819 , celle de théologie protestante; la seule faculté qui manque, est celle de théologie catholique.
L'arrondissement de l'académie de Strasbourg comprend le Haut et le Bas-Rhin ; outre le recteur , elle a trois inspecteurs, et actuellement un inspecteur honoraire. Chaque faculté a un doyen et un secrétaire. L'administration de tout ce qui se rapporte à l'académie, est entre les mains d'un conseil académique, composé du recteur , des inspecteurs , du préfet, du maire, des doyens, du proviseur du collège et de plusieurs autres membres.
Celte nouvelle académie a déjà eu des professeurs, qui continuent dignement la série des illustrations de l'ancienne ; tels sont pour le droit J. F. Herrmann , ancien maire de Strasbourg , et auteur de deux volumes d'excellentes notices
sur notre viHe; J. Franlz, mort en 1818; G. D. Arnold , mort en 1829, célèbre parmi nous comme poêle i ; — pour la médecine , Villars , mort en 1815 , directeur du jardin botanique ; Thomas Laulh , mort en 1826 , et son fils , Alexandre Laulh , mort en 1837 , qui tous les deux furent de grands anatomistes ; Flamant , mort en 1833, habile accoucheur ; Lobstein, mort en 1835, connu pour ses travaux d'anatomie et de pathologie ; et Fodérê , mort en 1835 , le créateur de la médecine légale en France ; — pour la philologie, J. Schwcighœuser , mort en 1830, l'illustre éditeur d'Hérodote et d'autres écrivains de l'antiquité ; — pour la théologie, J .L. Blessig, mort en 1816, J. Haffner , mort en 1831 , estimés aussi tous les deux comme prédicateurs; et l'orientaliste G. Dahler , mort en 1832.