ÉTABLISSEMENTS D'iNSTBUCTION
1° Écoles primaires; pensionnais.
Le bienfait de l'instruction primaire est abondamment accordé aux. enfants de nos concitoyens. Il existe en notre ville • des établissements nombreux , où ils trouvent le moyen d'acquérir, soit pour de modiques rétributions , soit gratuitement , les connaissances indispensables à tout homme qui veut honorablement participer à la civilisation de notre époque et de notre pays. La surveillance de ces établissements est confiée à un comité supérieur, établi en vertu de la loi de 1833 , et dont l'action s'étend sur tout l'arrondissement de Strasbourg , excepté les cantons de Haguenau et de Bischwiller, qui ont leur
1 H est l'auteur d'une comédie en dialecte slrasbourgeois , intitulée der Pfingstmoniag.
comité particulier à Haguenau. La surveillance universitaire s'exerce par un inspecteur de l'instruction primaire dans le département du Bas -Rhin, assisté de quatre sous -inspecteurs.
En ce moment Strasbourg possède vingt et une écoles primaires subventionnées par la ville , dont dix catholiques , neuf protestantes , une réformée et une israélite. Le nombre des élèves des deux sexes , pendant Tannée scolaire de 1850 à 1841, a été de 2855. Ces différentes écoles sont en même temps paroissiales; il n'y a qu'une seule école paroissiale, celle du Temple -Neuf, qui ne soit pas en même temps communale.
Encore en 1839 plusieurs des écoles primaires communales se trouvaient dans un état assez déplorable ; celles du culte catholique ne comptèrent en ladite année que 348 élèves. La faute de ce peu d'empressement des parents à envoyer leurs enfants dans ces écoles, n'était pas toute aux instituteurs *. Ce qui rebutait les familles , et ce qui les rebute encore aujourd'hui — car le statu quo de 1839 subsiste toujours en grande partie , — ce sont les locaux bas , étroits , malsains des écoles communales; de là vient qu'on préfère d'envoyer les enfants • dans les écoles privées , dont toutefois il n'y a qu'un petit nombre de tout à fait bonnes. Les écoles communales protestantes sont, à l'exception d'une, dotées par les consistoires respectifs * de maisons très -convenables; aussi le recensement de 1839 a-t-il présenté un effectif de 1176 élèves.
On a donc proposé et adopté en principe des améliorations
1 Voy. le rapport de M. Cottabd, ancien recteur de l'académie , au conseil municipal, dans le* budget de la ville de 1840, p. 68 et suiv.
considérables ! , notamment la construction de nouvelles écoles catholiques mieux appropriées , ainsi que d'une nouvelle école israélite, attendu que celle qui existe actuellement est aussi dans un très -mauvais état. En outre, pour arriver à un système uniforme d'éducation et d'instruction populaire , le conseil municipal a arrêté la nomination d'une commission centrale et permanente de surveillance et la création d'une place d'inspecteur municipal des écoles primaires. Cependant la réalisation de ces utiles projets se trouve encore retardée par des dinicukës indépendantes de notre administration municipale. Celle-ci , pour se conformer en tout point à la toi de 1833 , a aussi l'intention d'établir une école primaire supérieure ; mais nous croyons avec beaucoup de personnes , que la ville , qui a tant d'excellentes institutions pour l'instruction de la jeunesse , pourrait parfaitement se passer de cette école; l'existence de l'école industrielle, du collège, du gymnase, etc., paraît la rendre superflue.
Le comité central , quand il sera formé , devra aussi avoir sous sa surveillance les écoles privées qui se sont multipliées à Strasbourg hors de toule proportion , en s'établissant souvent sans remplir toutes les conditions voulues par la loi. Nous-comptons à peu près soixante-dix de ces écoles, dont vingt-cinq sont des espèces de salles d'asile , si l'on peut appeler ainsi des écoles de petits enfants payants. Treize sont catholiques , vingt et une protestantes, trois israéliles, les autres mixtes. Seize sont tenues par des hommes , le reste par des femmes. La moitié de ces écoles sont bonnes , les autres médiocres et môme as-
1 Ces propositions se fondent principalement sur un rapport très-remarquable adressé par M. Willh , inspecteur de l'académie, au recteur, en juillet 1839.
sez mauvaises. La plupart des grandes écoles privées sont catholiques , tandis que la plupart des salies d'asile sont protestantes. Une des principales de nos écoles privées a été fondée en 1827 par une réunion de pères de famille, animés du désir de faire donner à leurs enfants , sous leur propre surveillance, l'instruction primaire avec tous les soins et tous les développements dont elle est susceptible. Cette école, où l'on admet indifféremment des enfants de tous les cultes, est double : il y en a une pour les garçons et une pour les tilles ; chacune est divisée en une classe élémentaire et une classe supérieure; dans la classe élémentaire on a introduit la méthode de l'enseignement mutuel; à l'école des filles est attaché un ouvroir. L'administration et la surveillance sont connues à un comité, élu tous les ans par l'assemblée générale de tous les pères de famille dont les enfants fréquentent l'école. C'est la seule des écoles particulières à Strasbourg qui soit administrée de celle manière. Les principales des autres sont celles de M. l'abbé Wilhelm et de MM. les pasteurs Herrmann et Schmidt , également recommandables sous tous les rapports.
Il y a finalement plusieurs écoles primaires Israélites , mais seulement pour des garçons ; les enfants pauvres y reçoivent l'instruction gratis. L'école communale est celle qui compte le plus grand nombre d'élèves ; elle se trouve placée, dans les rapports des inspecteurs, au rang des meilleures écoles primaires du déparlement. L'absence d'une école de filles, surtout poulies pauvres , est remarquée avec peine ; cependant tout fait espérer que l'année 1842 ne se passera pas sans avoir comblé cette lacune; déjà des souscriptions sont assez considérables pour faire face aux frais de premier établissement.
Parmi les pensionnais nous nous faisons un devoir de mentionner honorablement ceux de M. Goguel et de M. Rollin pour
les jeunes gens , et pour les jeunes demoiselles ceux de M Ue Barbenès, de M me Kolb, de M n,e Ferru , de M ,lw Winter et Lagarmitte , de M lles Kramp et Donné , etc.
2° Collège royal. — Gymnase protestant.
Apres la réunion de Strasbourg à la France, on créa, pour l'instruction de la jeunesse catholique , un collège confié à la direction des jésuites. En 1764 , lorsque la compagnie de Jésus fut supprimée en France , ce collège fut remplacé par un collège royal , qui ne dura que jusqu'à la révolution. Le collège national que celle-ci fonda à Strasbourg en 1790 , fut d'une durée plus courte encore : la terreur l'obligea bientôt de fermer ses cours. L'école centrale , instituée en 1793 pour le département du Bas-Rhin, était établie sur des proportions beaucoup trop mesquines, pour pouvoir produire beaucoup de fruit ; en 1803 , elle fit place à un lycée impérial qui, depuis la restauration , a pris le nom de collège royal. Comme tous les collèges royaux de France , cet établissement, divisé en huit classes, est sous la direction d'un proviseur. Il se trouvait dans un état assez languissant , jusqu'à ce qu'il fût remonté par les soins de M. Michclle , qui , par sa direction zélée cl habile , l'a élevé au rang des meilleurs collèges de France. La ville de Strasbourg y entretient un certain nombre de bourses et de demi-bourses.
Le gymnase fondé , comme nous l'avons dit plus haut, en 1538 , par le célèbre Jeari Sturm , fut établi dans l'ancien couvent des dominicains, dont il occupe encore aujourd'hui une partie. Dès l'origine, Sturm y introduisit un enseignement remarquable par le développement et l'excellente méthode. On s'y appliquait surtout à l'étude des langues classiques. En 1621, le gymnase fut subordonné à l'université , et eut pour gymna-
siarque un des professeurs de l'une des quatre facultés. Dès cette époque, il commença à languir, par suite d'une foule de circonstances extérieures ; mais des réorganisations successives lui firent peu à peu reprendre son ancien rang. Malgré divers orages , qui le frappèrent assez rudement , il fut assez heureux de sauver son existence à travers la révolution ; mais comme étant une institution essentiellement protestante, il perdit ses privilèges d'institution communale , et fut réduit à ses propres ressources. Napoléon le déclara école secondaire ecclésiastique pour les protestants; depuis 1 828, il est élevé au rang de collège, sous le nom de collège mixte. Longtemps renseignement allemand prédominait au gymnase ; aujourd'hui toutes les leçons , celles de religion et d'allemand excepté, se donnent en français. L'école est, en général, parfaitement organisée; elle est divisée en huit classes, et les élèves sont conduits au point, qu'en sortant de rétablissement , ils sont à même de se présenter à l'examen pour le baccalauréat ès lettres. Pour ceux des élèves qui n'apprennent pas les langues anciennes, on a établi une école pralique , où l'on enseigne l'arithmétique , la géométrie , les sciences naturelles , le dessin linéaire , toutes ces sciences dans leur application aux arts et à l'industrie.
Le directeur du gymnase est pris parmi les professeurs du séminaire protestant , auquel l'établissement se rattache « .
3° Académie; facultés.
En sortant des deux établissements que nous venons de mentionner , les élèves sont admis à suivre les cours de l'académie. Celle-ci compte à Strasbourg cinq facultés :
iVoy. Strobbl , Hist. du Gymnase de Strasbourg , Slrasb.
1° La faculté de théologie protestante avec six chaires : dogme de la Confession d'Augsbourg, éloquence sacrée , exégèse de l'Ancien Testament, morale évangélique , histoire ecclésiastique, dogme réformé. Les élèves de la Confession d'Augsbourg fréquentent en même temps les cours du séminaire protestant. On voit avec peine que parmi les chaires de celte faculté, il n'en existe pas de titulaire pour l'exégèse du Nouveau Testament ; heureusement on supplée à cette lacune par des cours que donnent les professeurs en sus de leurs cours obligés, et par les leçons du séminaire.
2° La faculté de droit , la plus complète de France après celle de Paris ; elle a huit chaires : une pour le Droit romain, trois pour le Droit civil français , une pour la procédure civile et la législation criminelle , une pour le Droit de gens , une pour le Droit commercial, et une pour le Droit administratif. Il est étonnant qu'une des branches le plus importantes du droit, le droit public, ne soit pas représentée dans cette faculté. Outre les huit professeurs titulaires , celle-ci a deux professeurs suppléants. Elle institue tous les ans des concours* et décerne des prix aux meilleures dissertations écrites pour obtenir les grades de licencié ou de docteur en Droit.
3° Faculté de médecine. Elle a douze chaires : Chimie médicale et toxicologie, physique médicale et hygiène, botanique et histoire naturelle médicale , analomie et anatomie pathologique , physiologie , pathologie médicale, matière médicale et pharmacie, médecine légale, clinique interne et maladies épidémiques, accouchement et clinique d'accouchement, pathologie , clinique externe et médecine opératoire (deux chaires . Depuis quelques années , on a créé de plus une clinique des maladies des enfants et une clinique des maladies vénériennes et des affections de la peau , confiées à deux agrégés. Dix pro-
fesseurs agrégés , mais dontdeux ne résident pas à Strasbourg , sont adjoints à la faculté pour coopérer aux examens et aux thèses , et pour remplacer les professeurs titulaires en cas d'absence ou de maladie. A cette liste il faut encore ajouter un bibliothécaire , un chef des cliniques , un chef des travaux analomiques et un chef des travaux chimiques , les trois premiers sont en même temps agrégés. On voit par là que l'instruction que l'on donne aux élèves est complète sous tous les rapports. Il y a deux ans que Ton a créé à Strasbourg et à Montpellier une éeole pratique, analogue à celle qui existait depuis longtemps à Paris. Elle est 'composée de quarante-cinq élèves de seconde , troisième et quatrième année, divisés en trois classes , dont chacune est dirigée par un agrégé. Les réceptions se font par concours , ainsi que le passage d'une classe dans l'autre. Les élèves qui en font partie jouissent de certains avantages; ainsi les cadavres sont de préférence pour eux ; on les leur livre gratis , tandis que les autres étudiants donnent une rétribution aux garçons d'amphithéâtre ; on leur fait des répétitions , etc. ; enfin , ils peuvent seuls concourir pour les prix donnés à la tin de chaque année par la faculté et par l'université. Ces prix consistent en une médaille et des ouvrages de médecine ; le grand prix y joint encore la remise du droit de diplôme. L'institution de ces concours porte depuis longtemps des fruits précieux , en stimulant le zèle des élèves; en général , toutes les places dont la faculté dispose se donnent par concours, ce qui exclut les nominations de faveur et entretient chez les élèves l'amour du travail.
L'amphithéâtre d'analomic, qui sert non - seulement aux cours d'anatomie, mais'aussi à ceux de médecine opératoire, de pathologie externe et de médecine légale , est l'ancienne chapelle de l'hôpital, qui fut accordée en 1G70 au professeur
d'anatomie Jean-Albert Sebitz. La faculté possède en outre un grand laboratoire de chimie, ingénieusement disposé, un musée d'anatomie, un cabinet de physique 1 , et à l'hôpital ci vil des salles pour les différentes cliniques.
4° La faculiè des sciences possède des chaires de mathématiques pures, de mathématiques appliquées , de zoologie , de physique , de chimie et de minéralogie et géologie. Le vénérable vieillard , M. Herrenschneider , aussi distingué par ses connaissances que par son inépuisable charité , jadis professeur de physique à cette faculté , en a conservé le titre de professeur honoraire. Il sera question ailleurs des collections qui sont du ressort de la faculté des sciences.
5° La lacullè des lettres a également six chaires , savoir : celle de littérature grecque, de littérature latine, de littérature française, de philosophie, d'histoire et de littérature étrangère.
Les bibliotlièqucs des différentes facultés , composées principalement d'ouvrages modernes , et réunies depuis peu en un seul corps , forment un ensemble de près de 40,000 volumes. Elles sont conservées dans les bâtiments de l'académie.
A cet endroit nous devons encore mentionner deux établissements qui se rattachent à l'académie, et spécialement à la faculté de médecine.
1° L'école de pharmacie,
La première fondation de cette école remonte à l'année 1802, où elle fut attachée à l'école de médecine par la loi du 21 germinal an XL Les professeurs nommés à cette époque , ne fonctionnaient pas comme tels, mais simplement comme mem-
1 II sera question ci-de*sous de ces collections.
bres d'un jury d'examen ; toutefois ils avaient tous les droits et prérogatives des professeurs des écoles enseignantes. L'école ne fut réorganisée qu'en 1835, sous le ministère de M. Guizot ; on nomma un nouveau directeur, deux professeurs titulaires et deux professeurs adjoints , avec des traitements si modiques, qu'il fallut plus que du dévouement pour accepter ces places. Cependant , malgré cet état précaire , l'école prospéra par ses seules ressources. En 1840 , M. Cousin plaça les écoles de pharmacie sous la direction immédiate de l'université , et les éleva presqu'aurang de facultés ; les professeurs titulaires eurent un traitement de 3000 fr., et les adjoints de 1500; le ministre créa en même temps des agrégés à l'école. Celle-ci fut dotée par la générosité du conseil municipal d'un bâtiment spécial trèsbien ordonné , entouré d'un petit jardin botanique destiné à la culture des plantes officinales. Les matières enseignées sont : la chimie, la pharmacie, l'histoire naturelle , la toxicologie, l'histoire naturelle des drogues.
*2 rt Vécole départementale cf accouchements du Bas-Rhin.
Cette école , destinée exclusivement pour les sages-femmes, existe depuis plus de cent ans; elle a été fondée en 1738 par le magistrat; Jacques Frid (mort en 1769) est le premier qui y a enseigné. En 1839 , grâce au zèle éclairé de son directeur , l'organisation de cet établissement a été changée, de manière qu'il peut servir maintenant de modèle à la plupart des autres de ce genre. Depuis cette époque on ne reçoit plus d'élèves externes , mais elles sont toutes obligées d'être internes; cette mesure sage donne toutes les garanties de la moralité et d'une bonne instruction. On leur donne tous les cours théoriques et pratiques relatifs à l'art des accouchements; de plus , on leur
enseigne les opérations de petite chirurgie et la vaccination. A la sortie de l'école , elles peuvent se présenter devant la faculté ou devant un jury spécial , pour subir l'examen de sage-femme ; celles qui sont dans la première catégorie, ont le droit d'exercer dans toute la France , tandis que les autres ne le peuvent que dans le département. A cette école sont attachés un professeur de la faculté de médecine, en qualité de directeur, une sagefemme en chef et une surveillante.
4° Établissements d'instruction ecclésiastiques. 1° Séminaires catholiques.
Le premier séminaire catholique fut fondé à Strasbourg par l'évêque Guillaume Égon de Furstenbcrg , après la réunion à la France. Aujourd'hui l'évêchéa un séminaire diocésain, avec un supérieur et huit professeurs , et un petit séminaire, autorisé par ordonnance royale du 30 octobre 1828 , avec un supérieur et dix professeurs.
2° Séminaire protestant.
Il a déjà été dit que l'ancienne université protestante , convertie par la révolution en académie protestante, fut finalement réduite à l'état de séminaire protestant. Celui-ci , installé en 1803, est subordonné au directoire de la confession d'Augsbourg , dont le président est aussi directeur du séminaire. 11 est divisé en deux sections , dont l'une , qui embrasse les cours de philologie , d'histoire et de philosophie, est la section préparatoire ; l'autre comprend les cours de théologie ; chacune a cinq professeurs. L'organisation de cette institution est toute différente de celle des séminaires catholiques. Les cours sont publics ; pour être reçu en qualité d'élève, il faut avoir le diplôme de bachelier ès lettres.
5° École normale des instituteurs primaires.
Cet utile établissement doit sa création a un homme dont le nom est encore toujours cher aux habitants du Bas-Rhin , au préfet Lézay-Marnésia. Cet administrateur, dévoué pendant toute sa fie au bien public , fonda notre écolenormale en 1810. Longtemps ce fut la seule école de ce genre en France. Après des améliorations successives, elle est aujourd'hui dans l'état le plus florissant. Depuis 1834 elle est établie dans un beau et spacieux local, dans la rue Sainte -Élisabeth. L'organisation est excellente; une instruction solide et variée, donnée d'après des méthodes simples et claires , a déjà produit les plus heureux résultats.
La direction de tout ce qui se rapporte a l'enseignement appartient au recteur de l'académie , celle de l'administration au préfet. Ces deux fonctionnaires nomment une commission de six membres pour exercer la surveillance sur l'établissement. Celui-ci a un directeur, plusieurs professeurs et maitres d'études , et deux aumôniers pour les deux cultes. On reçoit aussi dans l'école des israélites ; dans toutes les leçons , excepté dans les leçons de religion , les élèves ne sont pas séparés.
Le cours d'études est de trois années; les matières enseignées sont, outre la religion, la pédagogique et la didactique, les langues française et allemande , l'histoire et la géographie , l'arithmétique ainsi que les principes de la géométrie, la mécanique , les éléments de la géographie mathématique et de la cosmographie , l'arpentage , les sciences naturelles , le dessin linéaire , la calligraphie , l'agriculture et le jardinage , la musique instrumentale et vocale ; les élèves de la troisième année sont de plus instruits dans la tenue de l'état civil , dans la manière de dresser des procès-verbaux , etc.
L'école possède une chapelle avec un orgue, une bibliothèque , un cabinet de physique et d'histoire naturelle , un laboratoire de chimie , un jardin avec une pépinière ; on lui a adjoint une école primaire où les futurs instituteurs s'exercent à mettre en pratique la théorie qu'ils apprennent.
6° École industrielle municipale.
Cette école fut ouverte en 1833 par le conseil municipal do notre ville, qui en cette occâsion , comme en beaucoup d'autres, lorsqu'il s'agit d'instruction populaire, a donné au pays un exemple qui a déjà trouvé des imitateurs. Les jeunes gens qui veulent se vouer à la carrière de l'industrie reçoivent en celte école une instruction destinée à les initier aux sciences et aux arts les plus utiles dans l'exercice des professions industrielles. L'enseignement commence là où cesse l'enseignement primaire; dans l'origine il était purement théorique ; depuis , pour le rendre aussi complet et aussi utile que possible, on a établi dans l'école quelques ateliers , dans lesquels les élèves apprennent par la pratique l'usage des principaux outils et instruments , ainsi que l'emploi des matériaux que l'industrie met le plus souvent en œuvre. Les études sont réparties en un cours progressif de trois années. Les objets de l'enseignement théorique sont les sciences mathématiques, le dessin linéaire , le dessin de figure et d'ornements , la physique, la chimie, la technologie, l'économie industrielle , la langue française , l'architecture, le droit commercial et administratif dans ses rapports avec l'industrie ; ces deux derniers cours ne sont en ce moment pas encore ouverts. Les travaux pratiques consistent principalement en exécution de modèles relatifs à la géométrie et à la géométrie descriptive , en travaux de forge et d'ajustage, de menuiserie , de tour., de modelage, de lithographie et en
manipulations dans les laboratoires de chimie et de physique. Un directeur et six professeurs , rétribués par la ville , sont à la tête de cet établissement , auquel sont en outre attachés un surveillant, un préparateur de chimie et de physique , un maitre pour la forge , un maître tourneur, Un maitre menuisier, un ouvrier imprimeur. Les résultats d'une instruction si bien appropriée aux besoins de la carrière industrielle ne se sont pas fait attendre ; plus de vingt élèves de l'école industrielle sont entrés successivement à Châlons avec la jouissance de bourses obtenues au concours. D'autres ont été employés avec distinction au service des ponts et chaussées , ou dans les ateliers de constructions mécaniques du Haut -Rhin. L'école compte déjà de ses anciens élèves dans les professions d'architecte, de mécanicien, d'horloger, de fondeur, d'orfèvre, de serrurier, de menuisier, de peintre et doreur, de lithographe, de teinturier, de tanneur, de brasseur , etc.
Il est à regretter qu'un établissement si utile soit toujours encore relégué dans le local provisoire qu'on lui avait assigné lors de sa fondation.
7° Instituts des sourds-muels.
Ce n'est que depuis quelques années que Strasbourg possède des institutions destinées à enseigner aux malheureux sourdsmuets les moyens d'exprimer leurs idées et d'en acquérir de nouvelles. Cependant il ne faut pas oublier le généreux dévouement d'un de nos concitoyens qui, avant l'établissement de ces écoles , a consacré pendant plus de vingt ans , les loisirs que lui laissaient ses pénibles fonctions d'instituteur primaire, à l'enseignement gratuit d'enfants sourds et muets ; sous ce rapport M. Reussner a bien mérité de l'humanité.
Les deux instituts actuels sont dirigés, l'un par iH. Jacoutot
(place au Foin), l'autre par JH. Selligsberger (rue Sainte-Èlisabeth). Dans le premier, le département du Bas-Rhin entretient, depuis 1840 , quatre bourses et deux demi-bourses ; la ville y a créé quatre bourses d'internat , en même temps qu'elle a doté l'établissement de M. Selligsberger de quatre bourses d'ex-
ternat. Dans les deux écoles on a déjà obtenu les résultats les plus satisfaisants.