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Notice sur le Canada [microforme]

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Par J.-Léon SOUBEIRAN.

Quand l’impéritie du gouvernement de Louis XV fit, en 1715, perdre le Canada à la France, on a dil, comme excuse, qu'on n'avait abandonné à l'Angleterre que quelques arpents de neige, absolument improductifs; et depuis cette époque, cette idée fausse s’est perpétuée d'autant plus que la prospérité des Étals-Unis a ébloui les populations et contribué à laisser dans l'ombre une contrée qui méritait d’être mieux appréciée. Nous profiterons, pour faire mieux connaître à nos compatriotes un pays qui fut français

et qui l’est encore de cœur dans plusieurs de ses provinces, de | la lecture faite récemment à la Society of Arts de Londres par le marquis de Lorne, naguère encore gouverneur du Canada, et d’un mémoire plus récent de J.-G. Colmer!. Nous montrerons ainsi comment un pays dont l’Europe n'avait conservé qu'un souvenir vague et lointain a su faire, dans tous les genres, des progrès rapides, si bien que, dans ces cinq ousix dernières années, le revenu a augmenté considérablemeni et le commerce a pris un développement énorme, en mème temps qu’un grand nombre d’émigrants sont venus y trouver, sinon la fortune, au moins à ‘ le bien-être.

| Le Canada, qui fait partie de ce qu’on appelle aujourd’hui le Dominion, comprend, avec les États annexes, une superficie de 3,470,39? milles carrés (8,987,907 kilom.), c’est-à-dire qu'il , occupe presque la moitié du continent nord américain; on peut

É 1 Depuis que nous avons présenté cette Notice à la Sociôté, nous avons reg de | M. Gagnon, secrétaire du Ministère de l'Agriculture et des Travaux publics, et de l'Hon. M.P -M. Fortin, président de la Société de Géographie de Québes, d'importants documents dont uous sommes heureux de profiter.

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se faire une idée de son étendue, quand on constate que sa superficie est presque égale à celle de l’Europe entière.

Le Canada proprement dit est borné au Nord par les possessions anglaises, qui formaient le domaine de la compagnie d'Hudson ; à l'Est par l’océan Atlantique; au Sud par les États-Unis, dont il est séparé par le Saint-Laurent, et les lacs Ontario, Érié, Saint-Clair, Huron et Supérieur.

Le climat du Canada n'est pas humide, comme on le pense généralement, excepté vers le littoral. Bien que la température s’y abaisse beaucoup plus que sur :es côtes de l'Angleterre et de l'Écosse, le froid y est bien plus tolérable, mème dans les régions centrales du Dominion, où les froids sont les plus sévères. Plus humide dans la région des lacs, où les hivers sont moins froids et les étés moins chauds, le climat offre, dans lesparties est et ouest, plutôt de la sécheresse : dans l'été une chaleur très forte, et dans l'hiver des froids intenses, analogues à ceux qu'on observe à New-York. On peut se faire une idée de ce qu'est le climat du Canada par un tableau rapide de la végétation des arbres fruitiers dans les diverses provinces. Du lac Ontario jusqu'aux frontières du Niagara et sur tout le littoral Canadien du lacÉrié, les vignes et les pèchers poussent admirablement et fructifient en plein air. L'île de Montréal est renommée pour ses pommes, et celle d'Orléans, au sud de Québec, produit des prunes. Dans tout le Canada, les melons et les tomates, les citrouilles, le maïs, le houblon, le chanvre et le lin croissent et prospèrent.

L'influence des grands lacs est démontrée par ce fait, que le “noyer noir (Juglans nigra L.) ne dépasse pas 41° latitude N. sur la côte de l'Atlantique, tandis que dans la région centrale il croît en abondance et atteint des dimensions énormes jusqu’au 43° latitude N.

Sans doute, pendant l'hiver, la neige couvre le pays; mais, loin d'être un inconvénient, elle est considérée comme un bienfait par les agriculteurs, qui en profitent pour opérer aisément leurs transports sur sa surface durcie et qui sont assurés que, lorsque viendra avril, la neige fera rapidement place à une végétation

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NOTICE SUR LE CANADA. 3 uper- splendide. Quatre mois d’hiver et un printemps qui éclate brusquement, c’est l'idéal du cultivateur canadien : il sait en effet )SS08= que si la neige manque ea hiver, il manquera de pluis au prin- Hud- temps.

Unis, Malgré la différence entre les grands froids del’hiver et les jours Érié, les plus chauds de l'été, la santé générale n’en est pas affectée, et les statistiques les plus sérieuses démontrent que, toutes propense portions gardées, le chiffre des décès est au Canada près de moitié rature | moins élevé qu’en France et en Angleterre. etde Ce qui prouve d’ailleurs la salubrité du climat, c’est la vitalité gions , exceptionnelle de la population du Canada et le nombre de cen- . Plus tenaires qu’on y a constaté.

ids et Pour se garantir du froid en hiver, les Canadiens se procurent ouest, aisément le combustible nécessaire dans les forêts qui couvrent t dans la majeure partie du pays et qu’exploitent incessamment des orve à légions de bûcherons, lumperers ; aussi trouve-t-on dans la at du moindre cabane un foyer bien entretenu et qui répand, à peu de uitiers frais, une chaleur bienfaisante.

ibres | Le transport du combustible est d’ailleurs facile, car les voies iynes de communication ne manquent pas: on sait en effet que je plein . système Eydraulique du Canada est des plus propices pour la t celle navigation, surtout depuis qu’on a fait d'importants travaux pour out le | éviter les obstacles naturels que présentaient les cours d’eau is, le et les lacs. Grâce à ces travaux, le Canada offre aux navires, même de 600 tonneaux, les voies de communication les plus que le belles que le commerce puisse rencontrer. Un navire venant N. sur d'Europe peut remonter jusqu'à plus de 1,300 milles dans il croît l'intérieur des terres. En profitant du ccurs du Saint-Laurent et 3e la- des canaux, qui permettent de racheter ses rapides, le marin peut arriver jusqu’à Montréal (alt. 225 pieds), pour de là gamais, gner le lac Ontario (alt. 234 pieds) et, en profitant du canal Welienfait land, le lac Érié (alt. 564 pieds); puis, par le canal de Détroit, t leurs il peut arriver au lac Saint-Olair,qui communique, par la rivière rsque Saint-Clair, avec le lac Huron (alt.573 pieds). Du lac Huron, en

Station profitant de la rivière Sainte-Marie et d’un canal construit par les

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États-Unis, il peut gagner le lac Supérieur, vaste mer d’eau douce aussi étendue que l'Irlande et distante de près de 2,000 milles de l'embouchure du Saint-Laurent. Il lui est facile encore, en profitant du lac Michigan, de venir aborder à la ville plus méridionale de Chicago. Cette voie est aujourd’hui bien connue, et les ports d'Europe reçoivent directement des cargaisons chargées sur les bords du lac Supérieur ou du lac Huron. Il en était autrement en 1855, où l'arrivée à Liwerpool d’un vaisseau canadien excita l’étonnement général et amena nombre de gens à se demander « où pouvait bien exister ce lac Huron ». En 1882, 3,000, 000 de boisseaux de blé ont été apportés du Canada en Europe.

À cette grande vois des lacs at du Saint-Laurent viennent s’ajouter les nombreux et vastes affluents qui viennent y déverser leurs eaux. Cet ensemble hydraulique, en même temps qu’il exerce une influence incontestable sur la végétation et sur la santé, fournit une force motrice déjà utilisée pour de nombreuses scieries, mais dont l’industrie ne peut manquer de tirer un profit plus important encore.

A la voie pareau, qui donne au Canada des avantages immenses, incalculables pour son commerce, vient s'ajouter celie de lignes ferrées, qui donnent déjà des résultats satisfaisants, et gage assuré d’un avenir plus prospère encore.

La construction des chemins de fer a pris un accroissement très rapide, surtout depuis la constitution du Dominion. En 1870, il n’y avait que 2,497 milles ouverts au trafic; en 1882, on exploitait 8,069 milles, auxquels il faut ajouter aujourd’hui près de 1,000 milles, soit un total de 9,000 milles qui mettent en communication la Nouvelle-Écosse et l'Ontario, le bord occidental du lac Supérieur avec Winnipeg, et d'autre part traversent les territoires N.-0. jusqu'aux Montagnes Rocheuses. La construction du Canadian Pacific Railway s'avance rapidement : on construit en une semaine de 25 à 30 milles de voie. Dés que les ingénieurs ont indiqué le nivellement, arrive une nuée de terrassiers, suivis de wagons chargés de provisions et de toutle

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NOTICE SUR LE CANADA. 5 matériel nécessaire (madriers, rails, etc.) ; au fur et à mesure que le: rails sont posés, travailleurs et machines avancent sans discontinuer.

Sans doute, cela coûte cher que d’avoir des armées de travailleurs ; mais la Compagnie trouve une compensation dans la valeur des terrains qui lui ont été concédés de chaque côté de la voie et dont la vente seule lui assure un bénéfice certain. Les émigrants (on évalue leur nombre à 40,000 par an) se pressent pour acquérir ces terrains, situés dans une contrée fertile sans rivale dans toute l'Amérique, et, par suite de l'accroissement de la population, le trafic promet de devenir bientôt rémunérateur,

Le Canadian Pacific Railway à atteint déjà le bas des Montagnes Rocheuses, et on sait aujourd’hui, par les études de M. Sandford Fleming et du major Rogers, que, si les passes de ces montagnes sont escarpées, elles ne présenteront cependant pas des obstacles insurmontables à l'établissement de la voie.

Quand il aura traversé la chaîne, le railway débouchera dans la Nouvelle-Colombie, région montagneuse, sorte de Suisse canadienne aux pics aussi élevés que le Mont-Blanc, dont les versants sont couverts d'épaisses forêts et dont les gorges abruptes sont parcourues par des torrents impétueux et à peine navigables. La côte est découpée en havres profonds, que défend, comme un immense brise-lames, l’île rocheuse de Vancouver. Là, le climat ressemble à celui du sud de l’Angieterre, et les colons pourront trouver d'excellents pâturages.

Les richesses minérales du Canada, longtemps méconnues, tendent à acquérir chaque jour une importance plus grande, à mesure que l'exploitation se développe dans de nouvelles localités. Parmi les principaux minerais, nous signalerons : l'oxyde de fer magnétique, le fer oligiste spéculaire, la limonite, la blende, la galène, le cuivre natif, les pyrites cuivreuses, des minerais argentifères et aurifères, des agates, l’apatite, le gypse, des argiles, la tourbe, le pétrole et l’asphalte, etc.

Si déjà de nombreuses mines sont exploitées avec avantage,

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un plus grand nombre encore attend des capitaux et des travailleurs industrieux pour donner un produit important.

Sur plusieurs points de la région voisine des Montagnes Rocheuses, on commence à exploiter la houille, plus ou moins anthracitifère, et, bien qu'on n'ait encore guère recueilli le minerai qu'à la surface (il paraît s'améliorer à mesure qu'on opère l'extraction plus profondément), cette houille a la plus grande analogie avec celle de l'île de Vancouver, la plus estimée à San- Francisco. Elle est aujourd’hui employée exclusivement par le Canadian Pacific Railway.

La faune du Canada présente de nombreuses espèces intéressantes, et nous citerons seulement les principales : le Caribou (Tarandus Rangifer), l'Élan (Alces Malchis), le Castor (Castor Fiber), le Bison (Bison americanus)', les Martes (Martes zibellina, Canadensis ; Vison lutreola), la Loutre, le Glouton (Gulu Luscus), le Rat musqué ou Ondatra (Fiber zibethicus), etc.

Parmi les oiseaux, on signale : les Coqs de bruyére, les Ptarmigans, les Cygnes, des Oies et Canards sauvages et les Pigeons

(Tourte), qui se rencontrent en quantités innombrables.

Mais ce qui est surtout remarquable, c’est la richesse ichtyologique du Canada, qui possède sans contredit les pêcheries les plus considérables et les plus productives du monde entier, grâce à son littoral, à ses grands lacs, et à ses nombreux cours d’eau.

! Dans la vallée au-dessus de Maleyville, M. Dougall a rencontré un troupeau de bisons qu'il évaiue à un million d'animaux ; la vallée en était noire.

2 Bien que la richesse ichtyologique du Canada paraisse, au premier abord, devoir être inépuisable, on a constaté que sur divers points la pêche du Saumon diminuait et qu'il y avait intérêt à ne pas laisser péricliter cette source abondante de profits. Aussi M. Samuel Wilmot a-t-il organisé à New-Castle (Ontario' un établissement qui donne les meilleurs résultats au point de vue de la propagation du Saumon et du Coregonus albus. On avait inventé tous les moyens imaginables de tuer le Saumon, et le résultat fut désastreux, surtout dans les petits cours d'eau, car on ne respectait rien, pas même le fretin. Aussi, quand en 1866 M. S.Wilmot pensa à favoriser la reproduction du poisson, trouva-t-il bientôt l’appui du gouvernement canadien, et, bien qu’il ait eu à lutter contre le mauvais vouloir des gent du voisinage, il a obtenu les résultats les plus satisfaisauts. Plus de 119,345,000 alevics

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Les Saumons, les Truites saumonéos, les Aloses (Shad), représentent ‘ » espèces d'eau douce. Le Saumon, dont on trouve de nombreuses espèces dans toute l'Amérique du Nord (Sa/mo Salar, Salmo Amethystus), pourrait, comme l’a fait observer le Rév. W. Adamson (1856), être un aliment économique facilement accessible au plus grand nombre des familles canadiennes. Mais la pêche excessive et d’autre part les barrages des rivières et la corruption des eaux par les détritus des fabriques ont beau-

ar le coup diminué de cet excellent poisson.

La Truite (Salmo fontinalis, Salmo Gloveri), qui était aussi éres- abondante dans toutes les eaux du Canada, où on péchait assez boue souvent des individus de vingt livres, tend à diminuer de plus astor en plus par les mêmes causes.

lina, Il en est de même des Corégones (White fish), poissons us), excellents dont la consommation était autrefois considérable.

L'Alose (Alausa præstabilis au sapidissima), qui abondait Ptar- autrefois et qu’a rendue moins commune une pêche exagérée, reons n'a pas repris son abondance, alors qu'aux États-Unis, grâce

aux soins qu’on a pris d’en assurer la reproduction, la quantité htyo- de ce poisson devient plus g'ande que jamais. s les Les espèces de l'eau salée sont : la Morue, le Merlan, le atier, Harenz, le Maquereau. La Morue, dont la pèche pourrait être cours plus fructueuse si les pêcheurs canadiens possédaient des em-

barcations d’un plus fort tonnage, qui leur permettraient d’opérer plus au large, fournit des produits recherchés, surtout

Min depuis qu’on prend des précautions plus grandes dans sa préabord, paration. Les pêcheurs attribuent la diminution de ce poisson aumon

idante deto tes sortes, dont 26,904,000 alevins de Saumons, ont été amenés à éclosion et io un lâchés dans les divers cours d’eau du Canada, L'accroissement du nombre des gation Saumons a été contrarié cependant, sur divers points, par le changement de la nables nature des eaux par suite des défrichements, sans cesse plus importants, et par d'eau, l'apparition, sur le littoral, de certains animaux marins, tels que requins, marsouins, Vilmot ptoques, etc. Il est cependant incontestable que par la pisciculture on peut nbrier, verne- au moins en grande partie, aux causes qui tendent à dépeupler les rivières et le nt du h oral, et les succès obteuus par M. Wilmot ont été hautement appréciés par les

leviLs divers États de l'Amérique du Nord.

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dans le golfo, dans certaines années, à la destruction du Capelan et des autres Baits par le Marsouin blanc,

Le Hareng est abondant et donne des produits justement estimés. Le Maquereau et le Flétan ne donnent lieu qu’à une pèche peu importante.

La pêche des Huîtres, des Homards, donne des résultats considérables, ainsi que l'huile provenant du Loup marin, de la Baleine et du Marsouin.

Une industrie qui tend à prendre chaque année plus d’importance consiste à utiliser tous les déchets de la pèche par la fabrication d'engrais. On évite ainsi, tout en faisant profiter l’agriculture de ces produits, de dépleupler la mer par la corruption de ces matières a:umales.

La flore du Canada est d'une grande richesse ; mais nous n'indiqueronsici que les espèces forestières les plus intéressantes : le Pin blanc (Pinus strobus, L.), le Pinrouge(Pinus resinosa, Ait.), le Balsam-Fire (Abies balsamea, Marhsh.), le Spruce (4bies canadensis, L.), le Frène blanc (Frarinus americana, L.), le bois de pelon (Dirca palustris, L.), les Ormes (Umus fulva, Mich., U. Americana, L.), les Chènes blanc (Quercus alba, L.) et rouge (Quercus rubra, L.). On emploie avec avantage pour l'ébénisterie les Érables (Acer pensylvanicum, L., A. spicatum, L., À. rubrum, L. et À, saccharinum, Wang, le Prunus serotina Ehrh., les Noyers uoir et tendre (Juglans regia L. etcinerea, L.), le Noyer dur(Carya alba, Nutt.), le Cèdre rouge (Juniperus virginiana, L.), etc.

Les marchés principaux pour les bois du Canada sont Québec et Montréal, où des surintendants sont chargés de classer les madriers, de les estampiller et de mettre au rebut tout ce qui n’a pas qualité marchande. Les prix sont raisonnables. Les bois du Canada passent en France pour être peu résistants et de peu de durée ; ils sont cependant l’objet d'une exportation énorme en Angleterre et aux États-Unis. Les bois nt sont pas seulement vendus au Canada à l’état brut, ils sont aussi vendus sous forme de navires : le Canada est un des pays où les constructions navales se font le mieux et au meilleur marché. Il y aurait donc

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