‹ Notice sur le cartulaire du comté de RéthelChapitre 42 sur 131 · Paris, 1620, in · texte numérisé non relu

Paris, 1620, in

du procès criminel de trahison que le roi Charles VII fit subir avec tant de solennité et de violence au duc d'Alençon , Jean II (1456), et dont le dauphin, son ami, quand il devint le roi Louis XI, le réhabilita. Les pièces originales de ce procès célèbre sont conservées aux Archives de l'Empire et une copie à la Bibliothèque impériale dans les manuscrits de Golbert. Peut-être conviendrait-il d'ajouter à ce volume une autre petite chronique dite de de Thou que Bry a pareillement signalée, et qui est restée, en partie, inédite, quoique existant encore à la Bibliothèque impériale? La publication de ces documents ne pouvait être confiée à des érudits plus compétents que M. Vallet de Viriville, comme éditeur et M. J. Quicherat, à titre de commissaire responsable. Le quinzième siècle leur est, à tous deux, presque aussi familier que le dix-neuvième. En efTet, le premier a vécu de longues années à la cour de Charles VII, et le second a bien longtemps fréquenté Jeanne d'Arc, ainsi que l'évèque de Lisieux, Thomas Basin, qu'il avait reconnu sous le masque ou le pseudonyme d'Amelgard , qu'on n'avait pu deviner avant lui.

Il me reste à signaler, Messieurs, à votre attention, pour ne rien omettre des efforts dirigés avec persévérance par votre Conseil, vers l'étude des sources, les documents et dissertations destinés à la composition des deux parties de X Annuaire-Bulletin et que M. G. Servois, particulièrement chargé de sa rédaction, accompagne d'utiles éclaircissements. L'inventaire de la précieuse collection des manuscrits Godefroy, conservés à la bibliothèque de l'Institut, a été complété par M. L. Lalane, depuis votre dernière assemblée. Le rapport très-savant et très-complet de M. Delisle sur les Cartulaires de France, adressés au concours du Comité des Sociétés savantes du Ministère de l'Instruction publique en 1366, aura fixé votre attention, à l'égal des documents originaux. M. Dupont a bientôt terminé la révision des épreuves d'un travail important, le Dictionnaire des noms de lieux du Martyrologe universel de G. Chastelain, qui forme le complément de premières listes analogues, publiées par le même savant dans l'ancien Annuaire, et qui étaient restées inachevées, comme un autre travail qui a demandé de très-longues recherches, la Topographie ecclésiastique (le la France, dont il a été publié plusieurs parties

t. V, l r# PARTIE. 7

dans les annuaires de 1853 à 1863, et qu'on n'a peut-être pas encore oublié tout à fait.

Entre autres documents susceptibles d'entrer dans la composition de V Annuaire- Bulletin, je vous signalerai, Messieurs : un compte des dépenses de Jeanne de Laval, épouse de René le Bon, roi de Sicile et comte d'Anjou, de 1456 à 1459, communiqué par M. Marchegay ; document fort étendu dont il sera donné des extraits. Plusieurs copies de pièces originales ont été adressées par M. d'ArbaumOnt,

{>ar votre infatigable correspondant M. de La Fons de Meicocq, par M. le duc de La Tremoille mai communique si généreusement les titres de son chartner de Thouars et par quelques autres membres de la Société. M. Camnardon a remis tout récemment la copie d'un Journal inédit du Parlement de Paris exilé à Pontoise en 1720, pendant la Régence, travail trop étendu pour entrer en totalité dans le Bulletin et sur lequel le Conseil sera consulté prochainement.

Si nous nous rappelions les vides nombreux qui restent à combler dans notre collection pour toutes les époques de notre histoire et que j'ai signalés avec détails dans plusieurs de mes précédents rapports, nous verrions pour la Société un avenir qu'on peut dire, sans témérité, inépuisable. Si. d'un autre coté, nous comparions, avec une juste réserve, ces publications à celles que dirigent l'Académie des inscriptions et le Comité historique fondé en même temps que la Société de l'Histoire de France, par M. Guizot votre illustre président, nous verrions que la participation de chacune de ces grandes institutions à la diffusion des sources historiques est parfaitement distincte. L'Académie poursuit, avec une persévérance égale au suvoir de ses laborieux et consciencieux éditeurs, les collectons inappréciables des Historiens de France, des Historiens des Croisades, des Chartes et Diplômes, des Ordonnances des rois de France, de la Table des Diplômes imprimés, du Gallia christiana, de l'Histoire littéraire de la France, trésors d'étude dont elle a recueilli le legs de la Révolution, héritière elle-même des bénédictins, leurs premiers rédacteurs, ou des érudits du dix -huitième siècle.

Le Comité historique retient, pour sa part, la collectiou desCartulaires, les papiers d'État, les Correspondances poliuques, ou administratives telles que les documents de la guerre

OU

de la succession d'Espagne, les rapports des ambassadeurs, les lettres des grands ministres, Granvelle, Richelieu, Mazarin, Colbert, des rois et des reines, Henri IV, Catherine de Médicis, des documents de l'histoire du Tiers-État, des Registres du Parlement, des actes des États-Généraux, etc., de grandes chroniques, telles que celles du Religieux de Saint-Denis, des procès célèbres, celui des Templiers, des manuscrits de l'ancienne langue romane et d'autres documents inédits, trop étendus ou d'une réunion trop difficile pour que la publication puisse en être tentée par l'initiative ndividuelle.

La part de la Société de l'Histoire de France, livrée à ses seules et propres ressources, est encore assez grande, à côté de ces deux savantes institutions, pour occuper une place utile et honorable dans la recherche et la mise au jour des documents originaux. Quoique avant un plan bien arrêté, un cadre qui embrasse, il est vrai, de vastes horizons, elle semble avancer un peu comme au hasard ; mais il n'en est point ainsi ; chaque ouvrage nouvellement mis au jour prend sa place dans la série générale, et les vides nombreux à remplir n'échapperont point à l'attention du Conseil. Ce n'est qu'une question de temps et d'à propos.

Permettez-moi, Messieurs, de terminer ce rapport par l'expression de profonds regrets et de sympathie pour la mémoire de deux de nos plus anciens collègues, qui furent, pour la plupart d'entre nous, d'excellents amis, et dont la vie, utilement et laborieusement remplie dans des voies différentes, fait un grand honneur à leurs familles. Puisse ce témoignage d'une sincère estime auquel vous vous associerez, je n'en doute pas, être pour elles une faible consolation.

M. Alexandre Teulet et M. Albert Dutens, que nous avons perdus depuis notre dernière assemblée générale, presque en même temps que M. de Barante, étaient, l'un et l'autre, membres de la Société depuis son origine : le premier, secrétaire-adjoint et membre du Conseil depuis sa création, le second, censeur de la Société pendant plus de vingt ans et récemment nommé membre du Conseil.

M. Jean-Baptiste-Théodore- Alexandre Teulet était né à Mézières en 1807; il suivit, dès sa réorganisation, de 1829 à 1831 , les cours de l'École des Chartes et sortit le premier

de la promotion de cette dernière année. Il était le doyen des élèves pensionnaires de la nouvelle Ecole, qui depuis a compté dans ses rangs un si grand nombre de jeunes hommes laborieux, méritants à différents titres, occupant aujourd'hui un rang distingué dans les diverses branches des études historiques ou dans les rares carrières dont elles ouvrent les voies , et faisant, pour la plupart, partie de notre Société de l'Histoire de France. L'ancienne École des Chartes, antérieure à la promotion de M. Teulet, comptait avec orgueil dans ses rangs : MM. Guérard, Burnouf, Lacabane, Floquet, et un très-petit nombre d'autres qui, pour la plupart, n'existent plus aujourd'hui.

M. Teulet ne (arda pas à obtenir une double récompense de ses succès à l'Ecole. Il fut, dès l'année 1832, attaché, avec le titre d'archiviste, à la section historique des Archives de l'Empire, alors Archives du Royaume, et devint successivement auxiliaire de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres dans deux des grandes publications qu'elle dirige avec tant de profit pour l'étude des documents originaux de notre histoire : d'abord pour le Recueil des chartes et diplômes de la première race, confié à M. Pardessus; puis, quand cette publication fut achevée, il devint auxiliaire de la Collection des Historiens de France, éditée alors par MM. Daunou et Naudet, et aujourd'hui par MM. N. de Wailly et L. Delisle.

Si la position de M. Teulet aux Archives n'a pas suivi la progression ascendante que son dévouement incessant au travail et bientôt son expérience semblaient devoir lui assurer, c'est peut-être à ses travaux même qu'il en faut attribuer la principale cause. Avide de recherches dans les collections de documents originaux , au milieu desquelles il passait presque toute sa vie, il semblait plus disposé à recueillir dans les Archives des éléments de publications qu'à s'astreindre aux rigoureuses habitudes de 1 employé classificatcur. C'est ainsi qu'à cette source fuient puises, pour la plus grande partie, les matériaux de ses trois principaux recueils de documents originaux : son Inventaire chronologique des documents relatifs à l'Histoire d'Écosse, point de départ de son grand ouvrage intitulé : Papiers a" Etat relatifs à r Histoire d'Ecosse au seizième siècle, publié d'abord en 1849 en trois volumes in-<i°, aux frais du tiannat/ne-

Club d'Édimbourg, puis réimprimé en 1862 en France, avec de nombreuses additions, en cinq volumes in-8° f ous le titre de : Relations politiques de la France et de F Espagne avec V Ecosse au seizième siècle.

Telle fut aussi, en partie, l'origine de la Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Mothe-Eenclon, ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575, publiée de 1838 à 1841 en 7 volumes in-8.

Telle, et bien plus complètement encore, quoique non d'abord officiellement, fut la source de son Trésor des Chartes, travail immense auquel M. Tculet eut le courage de consacrer, de sa propre initiative, plus de vingt années, et dont le premier volume, mis au jour en 1863, reçut alors rattache officielle des inventaires et documents publiés sous la direction de M. le marquis De Laborde, directeur général des Archives, avec tant de profit pour l'étude des sources historiques. Ce monument, dont la composition difficile n'a pas peu contribué à épuiser de fatigue les dernières années de la vie de M. Teulet et qu'on a dit avec justesse avoir été l'œuvTe de sa vie et comme son véritable trésor, lui fera beaucoup d'honneur, quelque réserve qu'on puisse faire sur le plan adopté. M. Teulet s'occupait, sur son lit de mort, de corriger les dernières épreuves du second volume qu'il léguait à sa malheureuse veuve et à ses pauvres enfants ; l'Académie des Inscriptions a favorablement accueilli le dépôt posthume qui lui en a été fait, pour le concours du grand prix Gobert. De son côté, M. le directeur général des Archives a exprimé l'intention formelle de pourvoir à la continuation de cet important recueil.

Ces publications variées de documents ou d'analyses de documents originaux n'ont point été les seuls produits de l'infatigable activité de notre érudit confrère. Il fut chargé

Far le Conseil de la Société de l'Histoire de France de préparer édition du texte et de la traduction des Œuvres complètes d'Eginhard,le premier, le plus important historien de la période Carlovingienne. Cette édition parut en deux volumes en 1840 et en 1843 ; elle valut à son auteur, en cette dernière année, la première médaille d'or du concours des Antiquités nationales de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres. Elle doit être le point de départ de la publication d'autres annales et documents de la même période, qui

prendront place un jour dans la collection de la Société. M. Teulet a encore publié un volume de supplément au Recueil de la Correspondance de Marie Sluart mis au jour par le prince Labanoff, et un Recueil de documents relatifs à Bayart(2 vol. in- 12). Il a aussi inséré d'autres travaux de moindre importance, soit dans les Annuaires ou les Bulletins de notre Société, soit dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes ; mais ceux que je viens de rappeler suffisent pour assurer à sa mémoire une place distinguée parmi les plus laborieux pionniers de l'Académie des Inscriptions, des Archives de l'Empire, de l'Ecole des Chartes, et de la Société

M. Teulet a longtemps reçu des témoignages d'estime et d'amitié de M. Victor de Tracy, membre de la Chambre des députés, ministre de la marine en 1848 et 1849, aussi connu par l'indépendance de ses opinions politiques que par ses grands travaux agricoles dans le Bourbonnais, et qui fut Pun des plus anciens membres de la Société de l'Histoire de France. M. Teulet avait reçu de M. et Mme V. de Tracy uné grande marque de confiance, lorsqu'en 1850, peu de temps avant la mort de celle-ci, elle le chargea de publier un choix de ses nombreux écrits, de ses souvenirs, de ses pensées les plus intimes. M. Teulet s'acquitta consciencieusement de cette honorable mission en publiant, de 1852 à 1855 , un recueil & Essais divers , Lettres et Pensées de madame de Tracy (3 vol. in- 12). Tous ceux qui ont lu ces intéressants écrits d'une femme d'esprit et de cœur ont été frappés de la délicatesse des sentiments, de la finesse, de l'originalité piquante, de la profondeur des études sérieuses que madame de Tracy savait unir aux agréments de la femme du inonde et aux qualités de la mère <le famille.

M. Teulet avait été décoré de la Légion d'honneur en 1847. Son frère, qui est aussi membre de notre Société, est un jurisconsulte distingué dont les ouvrages jouissent d'une estime méritée et presque populaire. M. Teulet est mort le 23 mai 1866, à l'âge de 59 ans, après une très-longue maladie contre laquelle il luttait courageusement et pendant laquelle il reçut de sa digne épouse les témoignages du dévouement le plus affectueux.

Ce sont des mérites différents mais non moins réels, non moins digues de toute notre estime et de toute notre sympa-

uigitizeo uy

thie, que nous rappelle la mémoire de M. Dutens, qui comptait parmi nous tant d'amis, qui en était si digne, et dont l'absence dans cette réunion générale, où il ne manquait jamais d'assister, aussi bien qu'aux réunions mensuelles de votre Conseil, laisse un vide qu'on pourra remplir, sans doute, mais qui ne fera point oublier un excellent collègue que nous regrettons du fond du cœur.

M. Michel-Joseph-Albert Dutens était né à Louviers le 1 2 octobre 1 800, d'une famille qui, depuis deux générations, comptait des hommes distingués dans l'étude des sciences, des arts et de la philosophie. Son père, avec lequel plusieurs membres de cette compagnie ont eu d'intimes relations et dont il fut le collègue à l'Institut, était un des inspecteurs généraux des ponts et chaussées les plus distingués , trèsconnu soit par sa grande Histoire de la Navigation intérieure de la France , publiée en 1829 (2 vol. in-4), soit par ses études sur la Philosophie de C Economie politiaue (1 835 , 1837, 1839), qui le firent recevoir membre de l'Académie des Sciences morales et politiques.

Formé à une si bonne école, M. Albert Dutens, s'il eût suivi la même carrière, s'y serait infailliblement fait un nom et aurait atteint une grande situation, car il montra dans la carrière administrative qu'il embrassa les qualités éminentes qui font les hommes supérieurs, vers quelque voie qu'ils se dirigent : un esprit rigoureusement méthodique, l'amour du perfectionnement des méthodes, le dévouement le plus entier à l'accomplissement du devoir.

Nommé sous-préfet de l'arrondissement de Nogent-le- Rotrou en 1 830, il fut appelé deux ans après (en février 1 833) à remplir les mêmes fonctions dans l'arrondissement d'Abbeville, qu'il continua d'administrer pendant douze ans et où il ne tarda pas à contracter un mariage qui fit le bonheur de toute sa vie.

Ce fut dans ces modestes fonctions de sous-préfet que M. Dutens montra les éminentes qualités d'administrateur dont on voit les preuves dans des rapports annuels au Conseil de son arrondissement. J'ai pu lire plusieurs de ces comptes rendus, pour les années 1835, 1839, 1843 et 1844, et je ne crains pas d'affirmer que si toutes les sous-préfectures avaient été l'objet de semblables travaux, aussi détaillés, aussi méthodiques, on posséderait les meilleurs cléments

d'une véritable statistique de la France. Des rapports analogues sont habituellement présentés par les préfets à leurs Conseils généraux ;mais ceux qui concernent les arrondissements sont peut-être étudiés de plus prés, ils offrent ainsi une plus grande garantie d'exactitude et pourvoient plus directement aux améliorations possibles. L'administration supérieure avait bien reconnu le mérite de M. Dutens; aussi lui offrit-elle

Slusieurs fois des préfectures qu'il refusa toujours. En 1845, donna sa démission pour venir se fixer à Paris, auprès de son père, alors fort avancé en âge et presque aveugle.

En 1846, il fut élu député d'Abbeville. Son élection fut des plus flatteuses, tant à cause de la majorité considérable qu'il obtint que par la spontanéité du choix que les électeurs avaient fait de lui pour les représenter à la Chambre des députés. C'était un témoignage de la reconnaissance du pays pour son excellente et paternelle administration.

En 1845, il avait été nommé maître des requêtes au Conseil d'État, en service extraordinaire, avec autorisation de prendre part aux travaux du Conseil; ce qu'il fit, dans le comité de l'intérieur, avec leslumières deson expérience administrative et le zèle qu'il apportait dans toutes les fonctions dont il était investi.

Dans ces deux situations politiques, au Conseil d'Etat et à la Chambre des députés, il rédigea de nombreux rapports; mais plein de modestie et de réserve, il ne chercha point les honneurs de la publicité ni de la tribune. Ses opinions politiques étaient très -modérées, mais réfléchies et consciencieuses.

La révolution du 24 février 1848 vint briser sa carrière; il rentra dès lors dans la vie privée et résista aux sollicitations réitérées qui lui furent faites depuis pour le décider à rentrer dans la vie publique.

Il aimait à unir aux douceurs de la vie de famille les charmes de l'étude; il possédait une belle bibliothèque que sa grande aisance lui permettait d'accroître. Dès l'origine de la Société de l'Hisloire de France en 1833, il demanda à en faire partie; quelques années après il fut élu par cette assemblée aux fonctions de censeur qu'il a remplies jusqu'en 1866; il rédigea l'an dernier, à la même époque, le rapport annuel sur l'état financier de la Société, comme il l'avait fait plusieurs fois précédemment, avec cette clarté

de vues et cette netteté d'exposition qu'on trouve dans tous ses travaux.

La bonne constitution de M. Dutens, son âge peu avancé, sa vie calme et régulière, le bonheur dont il savait si bien jouir dans sa famille ne laissaient guères prévoir une fin prochaine, quand nous le vîmes à la dernière séance du Conseil, en août 1866. Un mois à peine était écoulé et le 5 septembre suivant, il expirait comme foudroyé par une courte maladie, dont rien ne laissait pressentir la gravité. La mort de cet excellent homme a été le seul chagrin qu'il ait jamais causé à l'épouse dévouée et aux deux fils dont l'éducation avait été une ses plus vives préoccupations. Le plus jeune, qui suit la carrière du barreau, après avoir obtenu de brillants succès dans les concours généraux des lycées de Paris, a demandé à faire partie de la Société de l'Histoire de France. En perpétuant sur nos listés un nom que nous aimions à y voir depuis tant d'années, M. Alfred Dutens nous rappellera un de nos meilleurs confrères, comme l'ont fait les fils de M. de Barante, de M. Beugnot, de M. Lcnormant, que la Société a aussi perdus précédemment, et qui comptaient au nombre des fondateurs de la Société.

Depuis un an, la Société a perdu plusieurs autres de ses membres, également distingués, qui ne méritent pas moins l'expression de nos regrets, mais que nous avons moins connus. Parmi eux je me bornerai à vous signaler, Messieurs, les noms de M. le duc d'Harcourt, de M. le baron Daru, de M. Stourm, sénateur, de M. Varin, membre du Conseil général et du Conseil municipal de la Seine. La Société de l'Histoire de France s'honore de compter dans ses rangs des illustrations de tous les ordres, de toutes les origines, même les plus élevées. L'impartialité de l'histoire semble présider d'avance à cette réunion de représentants d'opinions diverses que rassemblent sur une même liste, sans aucune préoccupation de personnes ou de partis, le goût des études sérieuses, et la recherche de la vérité historique dans ses meilleures sources. Mais quel plus honorable, quel plus puissant encouragement la Société de l'Histoire de France peut-elle ambitionner que de voir aujourd'hui à sa tête l'illustre écrivain, le grand homme d'État, dont l'exemple, les ouvrages, la méthode l'énergique initia-

tive , quand il était au pouvoir, ont exercé, depuis plus de quarante ans, une si grande influence sur la rénovation etla direction des études historiques en Europe, et qui se repose si dignement aujourd'hui, en retraçant devant ses contemporains et devant la postérité les souvenirs d'une vie complètement consacrée à la recherche du vrai et du bien , dans l'intérêt de son pays.

Rapport des censeurs sur les comptes de recettes et de dépenses de l'année 1866.

Messieurs,

Nous n'avons pointa vous présenter, cette année, la situation de notre Société sous un jour aussi favorable que l'année dernière ; sous plusieurs rapports elle laisse à désirer et nous serons obligés d'exprimer quelques regrets et de rappeler certains vœux que nous avons déjà formulés. Rassurezvous, néanmoins, ce ne sont que de légers nuages qui ne sauraient vous inspirer la moindre inquiétude.

Nous avons l'habitude de vous parler d'abord du nombre des Sociétaires, persuadés que c'est le point qui doit nous préoccuper avant tout autre, et à juste titre, car c'est là le point capital et en quelque sorte le thermomètre qui donne la mesure de la prospérité de la Société, Sous ce rapport, l'année 1866 a été moins favorable que la précédente, car le nombre des admissions qui, en 1865, avait été de 61, n'a été que de 47 pendant Tannée dont nous nous occupons. Ces 47 sociétaires nouveaux, ajoutés aux 693 constatés au l pr janvier 1866, auraient porté le nombre total à 740, si 14 démissions et 20 décès, ne fussent venus le réduire à 706. C'est, en somme, une augmentation de 13 membres sur l'année antérieure. Espérons qu'en 1867 la Société reprendra sa marche progressive d'une manière plus prononcée, et nous rappellerons que le meilleur moyeu d'arriver à ce résultat

est la propagande que chacun de nous peut faire dans le cercle de ses relations, propagande honnête et avouable, s'il en fut.

Les recettes de 1866 qui, d'après les prévisions du budget, avaient été évaluées à la somme de 27 244 fr. 40 cent., sont restées de beaucoup au-dessous de ce chiffre, comme vous le verrez par le tableau ci-après :

Solde en caisse au V r janvier 1866 84 f 40

Recouvrement de 34 cotisations arriérées 1 020'

Recouvrement de 647 co- (20430 f tisations de 1866. . . . 19410

fente de livres.

Au Conseil d'État et à la Bibliothèque impériale . . 96

Au Ministère de l'In- ) 1 <>K7 :>n

struction publique .... 1 350

ParMmeRcnouard. . . 3 241 50

Intérêts des fonds placés au Crédit foncier 169 72

Nous nous plaisons à vous signaler le nombre relativement considérable de cotisations arriérées qui ont pu être recouvrées pendant cet exercice, elles figurent pour 34, tandis que les prévisions du huriget ne les avaient évaluées qu'à 20. Notre rapport de l'année dernière vous signalait 100 cotisations arriérées appartenant aux années 1863, 1864 et 1865; les 34 mentionnées plus haut réduiraient ce chiffre à 66, si, malheureusement, il ne fallait y ajouter 59 cotisations de 1866 qui n'ont pas été perçues pendant l'exercice. La Société se trouvait donc au 1 er janvier de cette année en présence de 125 cotisations arriérées, desquelles il faut déduire de suite 13 cotisations de membres démissionnaires (le 14 e avait payé) et 14 de membres décédés, total 27 qui sont absolument perdues; nous retombons donc ainsi au chiffre de 98. Nous uc saurions nous défendre d'un

sentiment pénible en voyant chaque année un aussi grand nombre de membres retardataires, qui négligent de remplir les engagements qu'ils ont contractés envers la Société, en aspirant à l'honneur de lui appartenir. Nous adjurons de nouveau les sociétaires en retard d'acquitter cette dette d'honneur, et nous engageons M. le trésorier à redoubler de zèle pour faire cesser un état de choses préjudiciable à la Société, tant par le vide qu'il apporte dans sa caisse, que par le trop plein qu'il amende dans ses magasins, le tirage des volumes se faisant toujours eu raison du nombre des sociétaires.

La vente des volumes chez Mme Renouard a notablement fléchi en 1866, elle n'a produit que 3241 fr. 50 cent., au lieu de 5 136 fr. 50 cent, qu'elle avait atteints l'année précédente.

Vous aurez pu remarquer que les 360 fr. , produit des obligations romaines, ne figurent pas sur le tableau des recettes de l'exercice qui nous occupe. Vous savez, Messieurs, par suite de quelles circonstances les intérêts des obligations romaines n'ont point été payés en 1866; nous nous hâtons d'ajouter que ces intérêts sont rentrés dans notre caisse depuis le 1" janvier, nous reviendrons en son lieu sur cet article.

Dépenses.

Les dépenses de l'exercice de 1866 ont été les suivantes :

Impressions,

Quatre volumes appartenant à l'année 1866. 13 750 f » Honoraires payés aux éditeurs de ces quatre

volumes 2 000 »

Complément deV Annuaire-Bulletin de lS6b. 1 000 » Remboursement de dépenses, ou honoraires, du secrétaire-général, du trésorier et du rédacteur du Bulletin 1 100 *

Traitement de l'agent 1 000 »

A reporter, 18 850 e »

Report. 18 850' »

Payé à Mme Renouard 1 178 50

Dépenses diverses 1 685 20

Total. ... 21 713' 70 Solde en caisse au 1" janvier 1867 3 557 92

Total égal. ... 25 271' 62

Les dépenses présumées avaient été évaluées à 26 215 fr.60 c, d'où il résulterait un boni de \ 501 fr. 90 c.; mais ce boni n'est qu'apparent, car parmi les dépenses soldées en 1866 ne figure pas V Annuaire-Bulletin, qui n'a pu être terminé et par conséquent soldé avant le 1 er janvier. Cet Annuaire-Bulletin ayant été porté au budget pour une somme de A 000 fr., s'il eût pu être payé en 1866, la dépense totale de l'exercice se fût trouvée portée à 25 713 fr. 70 c, somme inférieure, il est vrai, aux dépenses présunaées, mais supérieure de 342 fr. 08 c. aux recettes effectuées. Il est juste de rappeler ici que, si les intérêts des obligations romaines eussent été payés à leur époque normale, ils seraient venus combler le déficit en laissant même un solde en caisse de 17 fr. 92 c.

Nous ne saurions nous dispenser de revenir sur le retard apporte à l'impression de V Annuaire-Bulletin qui, au moment où non s écrivons, au tiers de l'exercice suivant, n'est point encore distribué ; de pareils retarJs sont doublement fâcheux et regrettables, tant au point de vue de la régularité dans la distribution de nos publications, que de la bonne gestion de nos finances. Tout en reconnaissant que ce retard peut être exceptionnellement justifié pour l'année 1866, nous devons néanmoins appeler sur cet objet la sérieuse attention du Conseil d'administration de la Société.

Il est juste encore de faire remarquer que l'exercice de 1866 a eu à supporter un reliquat de compte de 1 000 fr. qui lui avait été légué par l'exercice précédent. Vous pouvez juger, Messieurs, qu'en résumé, notre position financière n'a rien d'alarmant, car, si l'année 1866 a laissé à l'année 1867 le soin de solder V Annuaire-Bulletin, elle lui laisse en même temps la somme nécessaire pour faire face à cette

dépense, somme représentée par les 3657 fr. 92 c. qui restaient en caisse au l" r janvier, plus les 360 fr. des obligations romaines qui, bien que perçus en 1867, n'en doivent

Sas moins être considérés comme appartenant à l'exercice e 1866.

Il est digne de remarque qu'avec une recette inférieure de 1892 fr. 78 c. aux prévisions du budget, l'exercice de 1866, en supposant payé YJnnuaire-Bulletin^ se serait soldé avec un déficit de 342 fr. 08 c. seulement. Ce résultat sauV faisant tient à ce que non-seulement les dépenses avaient été sagement évaluées bien au-dessous du chiffre des recettes probables ; mais que, de plus, elles sont restées de 501 fr. 90 c. au-dessous de cette évaluation. Si nous vous signalons ce fait, c'est qu'il démontre avec quelle prudence sont administrées vos finances, et il est juste d'en reporter le mérite à votre Comité des fonds et, en particulier, à son digne et zélé président.

Les échanges de volumes ont été nombreux pendant l'année 1866; ce fait trouve sa justification surtout dans l'état avancé des Mémoires de tC Argenson. Le Comité des fonds a pensé qu'il ne serait point juste d'imposer aux membres nouvellement admis l'obligation d'acquérir immédiatement sept ou huit volumes d'un ouvrage sur le point d'être terminé; nous ne pouvons qu'approuver cette conduite, qui nous paraît conforme aux véritables intérêts de la Société, qui, pour ouvrir ses rangs au plus grand nombre possible de nouveaux sociétaires, ne doit point leur en rendre l'entrée trop onéreuse.

Les volumes en magasin qui étaient, au 1 er janvier 1 866, de :

in-8° — - 12 022 in-18 — 2634

se trouvaient au 1 er janvier 1867 au nombre de :

in-8° — 13 926 in-18 — 2599

De l'examen attentif, auquel nous nous sommes livrés, des comptes de M. le Trésorier, pour les recettes et les dépenses de 1866, résulte pour nous la certitude de leur parfaite régularité, et nous venons vous proposer, Messieurs, de leur donner votre approbation.

Anatole de Barthélémy, Docteur H. Laloy,

rapporteur.

Notice sur le Psautier d'Ingebdrge, par M. L. Delisle.

Le 11 avril dernier, M. Scoumanne, notaire à Tours, m'a communiqué un manuscrit dont l'histoire m'a paru assez intéressante pour être brièvement exposée.

C'est un volume in-folio, qui renferme : 1° un calendrier; 2° une suite de vingt-sept grandes miniatures, représentant diverses scènes de l'Ancien Testament, des Evangiles, de la vie et des miracles de la Vierge; 3° le Psautier; A 9 les litanies des saints; et 5° différentes prières. Les caractères paléographiques et le style des peintures dénotent le commencement du treizième siècle. Les légendes qui accompagnent les miniatures ' sont en français très-pur, d'où Ton peut conclure que le manuscrit a été copié en France. De plus, la mention de quelques fêtes particulièrement célébrées dans le diocèse de Paris, comme l'Invention de saint Denis, indique assez clairement une origine parisienne.

Le luxe avec lequel ce Psautier a été exécuté, et qui en fait l'un des plus précieux monuments de l'art français du commencement du treizième siècle, prouve que le livre a été écrit pour un personnage du plus haut rang, dont il s'agit maintenant de rechercher le nom.

Les expressions employées dans les prières qui sont à la fin du Psautier nous font voir qu'il était destiné à une femme. En effet, sous des corrections relativement modernes, on distingue sans peine les mots famuie tue, debitrix, pollicita^ (ligna, peccatrix, etc., qui ont été changés en famulo tuo y débiter, pollicituS) dignus, peccator, etc.

Ainsi, le Psautier a été copié pour une femme qui occupait une haute position dans la société française du commencement du treizième siècle. Ce point établi, jetons un coup d'œil sur le calendrier placé en téte du volume. Nous y remarquerons trois notes tracées à une date tout à fait

1 . Ise texte de ce* légendes se trouve dans Y Alliance chronologique du P. Labbe, p. 628-630, et dans une notice de M. Ch. de Sourdeval qui fait partie des Mémoire* lut à la Sorbonne, eu avril 1863, p. 172-174.

voisine de l'exécution du manuscrit. Elles sont ainsi conçues :

III nonas maii. Obiit Sofia , regina Dacie.

1III idus maii. Obiit Waldcmarus, rex Danorum. XIII kalendas julii. Obiit Alicnor, comitissa Vcremandie.

Ce sont les seules notes nécrologiques que renferme ie calendrier. Il est facile de les expliquer toutes les trois. La dernière s'applique à Eléonore de Vermandois, dont la mort est généralement rapportée à Tannée 1214, mais qui vivait encore en 1219, après avoir successivement épousé Godefrci de Namur, Guillaume, comte de Nevers, Mathieu, comte de Boulogne, Mathieu, comte de Beaumont,et Etienne de Sancerre *. — La deuxième note ne peut convenir qu'à Waldemar le Grand, roi de Danemark, mort le 12 mai 1 182. — La première se rapporte à la reine Sophie, femme de Waldemar le Grand.

Or quelle est en France, au commencement du treizième siècle, quand on avait si peu de relations avec le Danemark \ quelle est la grande dame qui pouvait faire marquer dans son livre de prières le jour anniversaire de la mort de Waldemar le Grand et de Sophie? Ainsi posé, le problème ue peut recevoir qu'une solution. C'est évidemment la malheureuse épouse de Philippe-Auguste, Ingeburge de Danemark, qui a fait inscrire dans son psautier les noms de son père et de sa mère. A ces noms dictés par la piété filiale, el!e avait voulu en associer un troisième, celui d Eléonore de Vermandois, Tune des plus puissantes vassales de Philippe- Auguste, dont l'amitié n'avait sans doute jamais abandonné !a reine au milieu des épreuves qu'elle eut à traverser.

On sait que ces épreuves, commencées en 1 193 le lendemain de la célébration du mariage, se prolongèrent jusqu'en 1213 ou 1214, et qu'à partir de cotte dernière date, Phi-

1. Sur Eléonore de Vermandois, voy. Douet d'Arcq, Rccheirhes historiques et critiques sur Us anciens comtes' fie lhaumont-sur-Oise, p. C-CIX.

2. \ oyez, le Mémoire de I>a Porte du Theil concernant les relations qui existaient, au douzitine siïcle, mire le Danemark et la France, dans Mémoires Je l'Institut, Littérature et becux-arts, IV, 212-333. — Conf. la Vie d'Ingeburge^, par Géraud, dans Uibliotlùque de ficole des Chartes. 2 e série,

lippe-Auguste traita Ingeburge avec les égards dus à l'épouse et à la reine. Un souvenir de la réconciliation a été consigné dans le calendrier. Nous y lisons, au 27 juillet, une quatrième note historique dont voici le texte :

• Sexto kalendas augusti, anno Domini M° GC° quarto decimo, veinqui Phelippe, li rois de France, en bataille, le roi Othon et le conte de Flandres et le conte de Boloigne et plusors autres barons. »

Il est donc démontré jusqu'à l'évidence que le psautier dont je m'occupe a appartenu à la reine Ingeburge, et que cette princesse y a fait inscrire le nom de ses parents, le nom d'une amie et la mention du plus glorieux événement du règne de son mari.

Ingeburge mourut en 1236. Tout porte à croire que son psautier resta dans la maison royale, et qu'il devint la propriété de saint Louis, petit-fils de Philippe-Auguste. Telle est du moins une tradition dont il faut tenir grand compte, puisqu'elle est attestée par une note du quatorzième siècle qu'on lit au revers du dernier feuillet du calendrier : Ce psautier fit saint Loys. Cette tradition est d'autant plus respectable, qu'à la fin du quatorzième siècle, le psautier faisait partie du mobilier de la couronne, et qu'on le conservait au château de Vinceunes, comme une relique de saint Louis, à côté d'un autre psautier que des preuves matérielles démontrent avoir été fait vers 1260 pour saint Louis, celui qui appartient à la Bibliothèque impériale (n° 10525 du fonds latin) et qui est déposé depuis 1 852 au Musée des souverains. On lit en effet dans l'inventaire des meubles de Charles V, rédigé en 1380 :

« Item ung gros psaultier, nommé le psaultier saint Loys, très-richement enluminé d'or et ystorié d'anciens ymages, et se commance le second feuillet cum exarcerit. Et est le dit psaultier fermant à deux fermouers d'or, neellez à fleurs de liz, pendans à deux laz de soye et à deux gros boutons de perles et une pippe d'or.

« Item ung autre psaultier mendre, qui fut aussi à monseigneur saint Loys, très-bien escript et noblement enluminé, et a grant quantité d'ystoires au cominancement dudit livre.

t. V, i" PARTIE. 8

Et le commance ou second fueillet vas fieuli. Ouquel a deux petite fermouers d'or plai, l'un es mai lie de France, et l'autre d'Evreux,à une pippe où il a ung très-gros ballay et quatre très-grosses perles 1 . »

Le second article désigne le psautier n° 10 525 de la Bibliothèque impériale (aujourd'hui n° 32 du Musée des souverains). C'est un point parfaitement constaté dans la notice que M. Barbet de Jouy a publiée en 1866 *.

Le premier article s'applique avec non moins d'évidence au psautier d'Ingeburge, dont le second feuillet commence par les mots cum exarserit, et qui est un assex gros volume, d'un format plus grand que le psautier déposé au Louvre, et dont les ornements sont parfaitement caractérisés par les expressions : très-richement enlumynè dor et ystoriè d'anciens y m âges.

Le psautier d'Ingeburge était encore au château de Vincennes en 1418. Car l'inventaire des joyaux dressé à cette date mentionne, comme l'inventaire de 1380 :

« Un grand saultier nommé le saultier saint Loys, trèsrichement enluminé d'or et vstorié d'anciennes ymages. Et se commance le second feuillet cum exarcerit. Et est le fermant à deuz fermouers de neelles à fleurs de lu, pendant à deux laz de soye et à deux gros boutons de perles, et une petite pippe d'or *. »

Ce psautier disparut dans les troubles qui signalèrent les dernières années du règne de Charles VI. 11 est noté comme manquant lors du récolement de l'inventaire des joyaux de la couronne auquel on procéda en 1420*.

A partir de 1420, je perds la trace du psautier d'ingeburge pendant plus de deux cents ans. Je le retrouve eu Angleterre dans la première moitié du dix-septième siècle.

1. Ces deux articles ont été publiés, d'après 1»? m», français 2705 <le la Bihl. imp., dans V Inventaire ou catalogue des livres Je l ancienne bibliothèque du /.ouvre, p. 205, art. 1207 et 1208.

2. Notice des antiquités, objets du moyen âge, de la renaissance et des temps modernes composant ie musée des souverains, p. ^2.

3 Douet d'Arcq, Choix de pila s inédites relatives au rïgnede Charles I I, II, 324.

k. Ibid., 3-5.

A cette époque un faussaire y ajouta des notes, auxquelles il essaya de donner l'aspect des écritures du quatorzième et du quinzième siècle, et dans lesquelles la série des possesseurs du psautier était établie de la manière suivante * : Le roi saint Louis le donna à Guillaume de Mesme, son premier chapelain ; Guillaume le laissa en mourant à son neveu Renaud de Mesme ; celui-ci le légua au couvent des Cordeliers de Paris. Le 14 juillet 1381, Thomas de Cussy, lecteur du couvent des Cordeliers, vendit le psautier, moyennant une somme de cent quarante-quatre francs, à un clerc de la reine Blanche. En 1426, Jean de Toulongeon acheta le livre pour cent francs d'or, et le donna en étrennes à sa mère Jeanne de Chàlon, le 1 er janvier 1427 (vieux style). Jeanne de Chàlon en fit cadeau à Guillaume Borrelier, qui l'offrit, le 12 mai 1441, à Nicolas Rolin. Guyonue de Solm, veuve dudit Nicolas, en fit hommage à Charles le Témé-

1 . Je reproduis ces notes d'après l'édition que M. Ch. de Sourdeval en a donnée dans le volume intitulé : Mémoires lus à la Sorboane en avril 1863. Archéologie, p. 181-183.

« Ce livre fu au roy sanct Loys, qui en la fin de ses jours le donna à messire Guillaume de Mesme, son premier chappellain, lequel messire Guillaume le donna, au jour de son tresnas, à messire Rrgnaut de Mesme, son nepveu, qui depuis le donna à 1 église et couvent des cordeliers de Paris, où il se iit enterrer. Et là a demouré grant temps, jusque» au temps de maistre Thomas de Cussy, cordelier et liseur dudit courent. Et je le dit frère Thomas, pour la neccessité dudit couvent, ay Tendu ledit saultier en plein marchié, au plus offrant, sept vings et quatre francs, le XI11I C jour du mois de juillet l'an mil CCC IIU»» et un. Et en signe de vérité, je le dit frère Thomas ay mis mon signet manuel en ce présent saultier. F.T. de Crssv. — Et Pachetta messire J««lian, clerc de la chappellc de la royne Blanche, pour la dicte royne. F. T. de Cussy. »

« Et depuis les choses dessus dictes, le présent saultier a esté veu.lu et revendu tant qu'il advint que, le mercredi avant la feste de Toussa ins, l'an courant mil CCCC et vint six, que messire Jehan de Thoulonjon, seigneur dudit li»«u de Seneçay en duché de Bourgogne, acheta ce dit saultier, et lui costa cent frans d'or, d'un revendeur de livres du palaiz de Taris, et lequel saultier il donna à madame Jehaune de Chalon, sa mère, le jourde l'an mil HIT XXVII, présent messire Hemart Bouton, chevalier, seigneur de Quincey, et plusieurs aultres, et moy seigneur de Laumont. »

« Item depuis ce présent psaltier a esté donné par ma dicte darne à mons. Guillaume Borrellier, son compère, pour agréables services qu'il lui a faiz, lequel lui a esté délivré par Jehan de Thoulonjon, seigneur de Braine {ou Traine), présent moy Porthcpin. »

c Item je le dit Guillaume Borrellier ay donné le dit psaltier a mou

i\ù SOCIÉTÉ

raire, le 2 décembre 1468. Marie de Bourgogne l'abandonna, le 10 août 1477, à Charles Soillot, son secrétaire.

Pour compléter ces notes, on ajoutait de vive voix que Philippe II avait porté le psautier en Angleterre et l'avait mis dans la corbeille de sa fiancée la reine Marie. Le livre avait ensuite été déposé dans la bibliothèque royale de Saint-James *.

Il n'est pas besoin d'entrer dans de longs détails pour montrer que tout ceci n'est qu'un roman. Du moment où il

très honoré et douhté seigneur monseigneur d'Authume, chancellier de monseigneur de Bourgogne, le XII e jour de may Pan mil quatre ceci quarante et ung. Tezmoingt mon seingt manuel : Bohbeixikm. »

c Et après le trrspas de noble et puissant seigneur messire Nicolas Rolin, chevalier, seigneur d'Authume, chancellier de très-excellent et très- puissant prince monseigneur le duc Philippe de Bourgogne, Tan mil CCCC soixante huit, je Guyonne de Solm, dame d'Authume, vesve du dit seigneur d'Authume, ay donné à très-excellent, très-hault et très-puissant prince mon très-redoubté et souverain seigneur monseigneur Charles, duc de Bourgogne et premier du nom, cestuy psaultier, et lui ay faict présenter par mon nepveu messire Ey ma rt Bouton, chevalier, son conseiller et chambellan, et pour souvenance et mémoire luy ay fait signer cestes de sa main, le second jour de décembre, Tan comme dessus : Kmart Boutojc. »

« Et le trépas advenu de monseigneur le duc Charles, madame Marie, duchesse de Bourgoingne, sa seullc fille et héritière, qui depuis a espousé monseigneur Maximilien, duc d'Autriche, unique filz et héritier de l'empereur des Romains, donna icellui psaullier à maistre Charles Soillot, son secrétaire, et lui en fist faire le don par Vaultre de Hensdam, son conseiller et garde de ses joyaulx, le X e jour d'auost l'an mil quatre cens soixante dix -sept. Tesmbincts la cedule et descharge de maJicte dame sur ce faietc et expédiée et signée de sa main et y attachée le XVII e du mois de décembre après ensuivant, l'an que

th'SSUS. »

1. c Hune librum, vetustate venerandum regiique prophetœ versibus, olim a sanctissimo Eraucorum rege cantari solitis, uobilitatum, a Philippo, Ilispaniarum principe, Magna m Britanniam petente, ut Mariam, Angliac reginam, uxorem duceret, gratum illi munus oblaturo, in Angliam tandem post mutata nomina, e Belgia allatum, in superba ac vere regia Sancti Jacobi bibliotheca quondam asservatum, Petrus Bellevreus, régi christianissimo a secretionbus consiliis ejusque apud Carolum primum, serenissimuni Magna? Britanniœ regem, orator, e profanis mauibus vindicanduni curavit, antiquum Memmiorum codicem suis servavit, majorumque pictatis tam insigne documentum HenricoMemmio, régi a secretioribus consiliis, supremi sénat us ampUssimo prxsidi, illustrissimar familise principi e legatione rediens, restituit, œternura sut erga colendissimum virum obsequii monumentum. Anno reparatae salutis M DC XL IX. P. de Bellikvrk. >

est établi, comme nous l'avons vu, que le psautier d'Ingeburge fut conservé au château de Vineennes depuis 1380 jusqu'en 1418, il est impossible que ce même psautier ait été vendu le 14 juillet 1381 parle lecteur des Cordeliers de Paris. Je ne relèverai donc pas tous les indices de faux qu'un examen approfondi ferait reconnaître dans l'écriture et dans le style des notes. J'espère que tout lecteur impartial les tiendra désormais pour non avenues.

Mais les parties intéressées ne devaient pas être très-difficiles à persuader. La famille de Mesmes accueillit avec un véritable enthousiasme des notes qui l'autorisaient à faire remonter sa généalogie à l'âge des croisades. Elle en dut la première communication au marquis de Fontenay- Mareuil, qui avait vu le fameux psautier pendant son ambassade en Angleterre. Elle les fit aussitôt servir à la composition d'une généalogie que François Blanchard fit paraître en 1647 *. Onlit au commencement de cette généalogie :

•« Pierre de Mesmes eut pour frère Guillaume de Mesmes, premier chapelain du roy saint Louys, qui est ce que nous appelons aujourd'huy premier aumosnier, duquel la mémoire s'est conservée, non obstant l'injure du temps, dans un ancien psaultier qui se voit en la bibliothèque du roy d'Angleterre à Saint James de Londres, et duquel les lignes suivantes ont esté extraictes de mot à mot par monsieur le marquis de Fontenay-Mareuil, cy-devant ambassadeur en Angleterre et à présent à Rome : Ce livre fut au roy saint Louis, qui en la fin de ses jours le donna à messire Guillaume de Mesme y son premier chappelain, lequel messire Guillaume le donna au jour de son trespas à messire Rejrnaud de Mesme, son nepveu, qui depuis le donna à V église et couvent des cordeliers de Paris, oh il se fit enterrer. »

Deux ans après la publication du livre de Blanchard, Pierre de Bellievre, au retour de son ambassade en Angleterre, offrit au président Henri de Mesmes le précieux manuscrit, qu'il avait réussi, disait-il, à arracher à des mains profanes

1. Les président au mortier dit parlement de Paris y p. 389. — Cet ouvrage fut achevé d'imprimer le 31 juillet 1647.

2. Voy. le certificat de Pierre de BellièvTe, publié dans une note précédente.

Dès lors, la famille de Mesmes se complut à montrer an grand jour le volume qu'elle devait à l'amitié de Pierre de JHellièvre. Elle le fit voir au P. Labbe, qui en donna une description détaillée, en 1651, dans Y Abrégé royal de Vaillance chronologique de l'histoire sacrée et profane *. « Fn la bibliothèque de M. le président de Mesmes, dit le savant jésuite, se voit un tbrésor incomparable, à sçavoir le psautier de sainct Louis, orné de quantité de très-belles figures de l'ancien et nouveau Testament, en fond d'or très-esclatant, apporté d'Angleterre Tan 1640 par monsieur de Bellièvre, retournant de son ambassade en ce rovaume là. »

Un peu plus tard, vers 1670, on fit imprimer trois pages in-folio, intitulées : Généalogie de la maison de Mesmes, comtes d 'A vaux en Champagne, originaire de Béarn , produite devant vous Mgr de Caumartin, intendant en Champagne, au mois de janvier 1670. Au premier paragraphe de cette généalogie figure un Guillaume de Mesmes, qui, pour employer les expressions de l'auteur de la généalogie, « doit avoir esté père d'autre Guillaume de Mesmes, premier chapelain, c'est-à-dire, selon la façon de parler de ce temps-là, le grand aumosnier du roy saint Louis, qui luy fit présent de son beau psaultier, qui est dans la bibliothèque de la maison de Mesmes.» On lit encore à l'article 1 er des preuves de celte généalogie.

« Extraict du premier feuillet du beau psoultier de saint Louis, apporté d'Angleterre par M. de lîellièvre, au retour de son ambassade, certifié par acte sigué de sa main et par le marquis de Fontenay, pareillement ambassadeur en Angleterre auparavant luy : Ce livre fut au roi saint Louis, rjui en la fin de ses jours le donna à Guillaume de Mesmes, son premier chapelain ; messire Guillaume le donna au jour de son trépas à messire Arnault de Mesmes, son neveu, nui depuis le donna à l'église du couvent des Cordeliers de Paris, ou il fut enterré. Et de là, il fut porté en Angleterre, et tiré de la bibliothèque du roy par M. de Bellièvre, qui en fit présent à M. le président de Mesmes. »

Comme le titre l'indique, cette généalogie était destinée à

1. P. 627-630. Le Nain deTillemont {Fie de saint Louis, V, 225, éd. de M. de Gaulle pour la Société de l'Histoire de France) parle d 'âpre* I^ibhe du psautier de la famille de Mesmes.

HO

la recherche de M. de Caumarlin. Une note de d'Hozier nous apprend les circonstances qui en empêchèrent l'insertion dans le procès-verbal officiel :

« Après que cette généalogie et les preuves eurent été dressées à Paris par le feu abbé Le Laboureur, etc., M. de Mesmes les envoya à feu M. de Caumartin, afin de les comprendre dans le nobiliaire de Champagne. On les fit imprimer à ce dessein, et depuis, comme M. de Mesmes changea d'avis, il en fit retirer tous les exemplaires, et il pria M. de Caumartin de ne la point insérer dans son recueil et dans son procès- verbal. Voilà pourquoi ce nom n'est pas compris parmi les races maintenues nobles en Champagne, pendant que feu M. de Caumartin y était intendant et faisait la recherche de la vérification des nobles de cette province. *»

D'Hozier appréciait d'ailleurs cette généalogie à sa juste valeur. Après avoir critiqué un des actes employés pour justifier le huitième dégré; il ajoute cette observation :

« Là-dessus que le lecteur juge de la certitude de cet acte et de ceux qui le précèdent. Aussi sont-ils tous faits exprès, et mal faits, pour supposer une extraction noble et militaire à cette famille glorieuse, qui n'a cependant rien gagné ni établi pour se faire croire autre chose qu'une bourgeoisie originaire de la ville de Mont de Marsan 4 . »

Le duc de Saint-Simon 1 a porté un jugement tout aussi sévère sur la généalogie de la famille de Mesmes :

« Ces Mesmes sont des paysans de Mont de Marsan, où il en est demeuré dans ce premier état, qui payent encore aujourd'hui la taille, nonobstant la généalogie que les Mesmes qiû ont fait fortune se sont fait fabriquer, imprimer et insérer partout où ils ont pu, et d'abuser le monde, quoiqu'il n'ait pas été possible de changer les alliances, ni de dissimuler tout à fait les petits emplois de plume et de robe à travers l'enflure et la parure des articles. >»

Le psautier que Pierre de Bellièvre avait rapporté d'Angleterre en 1649 fut religieusement conservé dans la famille de Mesmes jusqu'au commencement du dix-neuvième siècle.

1. Cette note se trouve sur l'exemplaire de la Généalogie qui est à la Bibl. imp., cabinet des titres, nouveau fond d'Horier, au mot Mesmes.

Page 1