PREMIÈRE PARTIE
PROCÈS-VERBAUX
SÉANCE DU CONSEIL D'ADMINISTRATION
TEJfUX LE 2 JUILLET 1867,
Aox Archive» de l'Empire, à trois heures et demie,
fcOUS LA PMSXDftKCX DE M. L. DILULI.
(Procea-verbal adopté dans la séance du 6 août 4867.)
Le Procès-verbal de la dernière séance du Conseil est lu par le secrétaire, M. J. Desnoyers; la rédaction en est adoptée.
M. le président informe la Société de la perte qu elle Tient de taire d'un de ses membres les plus anciens et les plus dévoués, M. le baron De Laibns de Mélicocq, qui se plaisait à communiquer très-fréquemment à la Société des extraits de documents originaux conservés dans les archives du Nord de la France. M. de Mélicocq a voulu se rendre encore utile aux études historiques, après sa mort, en léguant à l 1 Académie des Inscriptions et Belles-Lettres un capital suffisant pour fonder un prix triennal destiné au
t. V, partis* .0
meilleur travail sur l'histoire et les antiquités de la Picardie et de l'Isle de France. Cette fondation a été acceptée par l'Académie.
M. le président proclame membre de la Société, après son admission par le Conseil
1512. M. P. L. Miot-Frochot, rue de Rome, 81, présenté par MM. J. Desnoyers et Dumoulin.
Ouvrages offerts.
Par M. le ministre de l'Instruction publique :
Mémoires lus à la Sorbonne dans les séances extraordinaires du Comité impérial des Travaux historiques et des Sociétés savantes, tenues les 4, 5 et 6 avril 1866.
Histoire, Philologie et Sciences morales, 1 vol. in-8. Imp. imp. 1867.
Id. — Archéologie, 1 vol. in-8. Imp. imp. 1867.
Revue des Sociétés savantes des départements, 4" série. Tome V. Avril 1867. 1 vol. in-8. Imp. imp. 1867.
Par des Sociétés savantes :
Annuaire de la Société d'émulation de la fendèe, 12 e année, 1865. 1 vol. in-8. Napoléon- Vendée, 1866.
Mémoires de la Société archéologique de Tour aine. Tome XVII. 1 er , 2% 3 e et 4 e trimestres. In-8. Tours,
Bulletin de la Société archéologique de VOrlèanais, 4« trimestre de 1866, n° 54. Broch. in-8. Orléans, 1866.
Bulletin de la Société de Thistoire du Protestantisme français. 2 e série, 2 e année, n° 6. 15 juin 1867. Broch. in-8'. Paris, 1867.
De la part de l'Académie des Sciences de Bavière :
Sitzungsberichte der Konigl, Bayer. Ahademie der Wissenschaften zu Munchen. 1866. II. heft h, m, iv. 3 broch. in-8. Munchen, 1866.
De la part de l'Université de Kiel :
Schriften der Universit'dt zuKieL Jahre 1866. Band XIII, in-4. Kiel, 1867.
Correspondance et Travaux de la Société.
M. SiméonLuce, archiviste aux Archives de l'Empire, remercie le Conseil de l'avoir admis au nombre des membres de la Société, et du témoignage de confiance très-flatteur dont il l'a honoré en le chargeant, à défaut de son excellent maître M. Lacabane, de préparer une édition de Froissart. Il s'efforcera de justifier cette confiance par des actes et des faits plus encore que par des promesses. Déjà l'intervention de S. E. M. le Ministre de l'Instruction publique lui donne lieu d' espérer le prêt de manuscrits de Froissart conservés dans les bibliothèques de plusieurs villes départementales. Il doit aller, pendant les vacances, en Angleterre, pour y examiner et collationner d'autres manuscrits qu'on sait y exister dans différentes collections. Il a d'abord commencé à étudier plusieurs des plus importants manuscrits de la Bibliothèque Impériale et il espère pouvoir être en mesure de soumettre au Conseil de la Société, à la séance du mois de novembre prochain, le plan de publication qu'il compte suivre.
M. Ristelhûber (de Strasbourg), communique plusieurs remarques oui lui ont été suggérées par la lecture du Catalogue alphabétique des noms de lieux cités dans les tables du Martyrologe de Ghastellain, inséré dans la 2 e partie de Y Annuaire-Bulletin de 1866. Ces réflexions et rectifications concernent particulièrement l'Alsace et fixent avec plus de précision quelques localités citées dans le Catalogue ; elles seront communiquées à M. Dupont, auteur de ce travail.
M. Miot-Frochot propose au Conseil de publier pour la Société une nouvelle édition des frigides de la mort du Boi Charles Vil, par Marcial de Paris, dit d'Auvergne (procureur au Parlement de Paris, mort en 1 508) . Il a étudié soigneusement le manuscrit unique conservé à la Bibliothèq ne Impériale, manuscrit de dédicace qui renferme des corrections et des observations de la main de l'auteur et qui a été terminé sous ses yeux en 1484. M. Miot a pu reconnaître des variantes et des passages importants oui manquent aux précédentes éditions, particulièrement à celle d'Urbain Couslellier, publiée en 1724. M. Miot, qui s'occupe depuis plusieurs années de recherches sur l'histoire du quiuzième siècle, prépare aussi une édition des Arrêts d'amour, ouvrage bien connu du même Marcial, et une restitution de la Danse Machabreel des vers inscrits autrefois au-dessous des fresques du charnier des Innocents, de Paris. Il a reconnu, le premier, que ces vers étaient en grande partie de l'auteur des F inities de la mort de Charles VU. La proposition de M. Miot est renvoyée à l'examen du Comité de publication.
Le secrétaire présente l'état des impressions :
Monluc, t. 111, les feuilles 1 à 17 sont tirées, les feuilles 18 à 25 et les placards 48 à 50 sont chez l'auteur.
Annuaire-Bulletin, t. V (1867), l re partie, tirée jusqu'à la feuille 8 ; plusieurs placards sont composés pour les cahiers suivants. — Id. 2 e partie, 8 feuilles (Cartulaire de RetlteC) sont tirées ; 4 placards (Lettres de Louis XI) sont composés.
M. L. Delisle, au nom du Comité de publication, informe le Conseil que la copie du tome II des Chroniques d'Anjou est à peu près terminée, et comprendra seulement toutes les chroniques monastiques. Les chartes des comtes d'Anjou, recueillies par M. Marchegay, en vue de la même publication, sont trop nombreuses pour pouvoir prendre place dans ce volume. M. Marchegay s'en est occupé très-activement pendant son séjour récent à Paris. M. Mabille va terminer le travail, qui ne pourra, toutefois, être complet que vers le mois d'octobre.
Il parait devoir en être de même pour les Chroniques de S. Martial de Limoges. Les œuvres de Suger seront probablement prêtes les premières, M. Lecoy de la Marche ayant promis de faire tous ses efforts pour en déposer le manuscrit à la prochaine séance du Conseil. Le Conseil autoriV de nouveau la mise sous presse immédiate de ces trois ouvrages, dès que la copie en aura été déposée et examinée par les commissaires responsables.
M. de Bouis donne une information plus précise sur le manuscrit de Froissart, dont il avait signalé l'existence dans la bibliothèque de la ville de Rouen. Ce manuscrit, du xv e siècle, provient des Capucins de Mortagne; il paraît conforme à l'édition bien connue d'Eustace en trois volumes infolio. Toutefois, un examen plus attentif paraît nécessaire à M. de Bouis. Il sera donné avis à M. Luce de l'existence de ce manuscrit.
La séance est levée à quatre heures et demie.
VARIÉTÉS
Observations sur la liste ces provinces et pays oe francr, publiée par M. Guérard dans YJnnuaire de la Société de C Histoire de France pour Cannée 1837.
Bien que trente années se soient écoulées depuis la publication de la liste des pays qu'a dressée le savant M. Guérard, son travail est encore celui que consultent aujourd'hui les érudits. Un examen plus approfondi des documents anciennement connus et l'étude de documents nombreux qui ont
été récemment mis en lumière pourraient aisément permettre de compléter ou de rectifier sur divers points la liste des pagi; mais ce n'est pas ce que nous voulons tenter aujourd'hui. Nous nous proposons simplement de signaler le danger que présentait la méthode suivie par M. Guérard, et d'appeler l'attention sur un certain genre d'inexactitudes qui se sont introduites dans sa liste. Nous le faisons, est-il nécessaire de le dire ? avec tout le respect que nous inspire le nom de l'auteur. Ne se dissimulant pas combien il est difficile d'éviter toute erreur « dans l'éloiçnement du pays dont on parle, » M. Guérard lui-même priait ses lecteurs de ne considérer sa liste « que comme des sortes d'épreuves envoyées en correction dans les différentes contrées de la France, » et de les lui rendre « chargées de rectifications ou d'additions. » Venu trop tard pour répondre à cet appel et lui soumettre les observations qui suivent, nous nous permettons de les adresser aux membres de la société pour laquelle il a publié sa liste des pagi.
Dans la' préparation de sa liste, M. Guérard ne s'est pas seulement servi des documents anciens ; il a recueilli les surnoms, ou du moins la plupart des surnoms que la tradition conserve à quantité de lieux en France, et a voulu voir dans un grand nombre d'entre eux le souvenir d'anciens pagi dont les noms ont disparu de l'administration depuis des siècles. Ce procédé accrut considérablement la liste des pays et jeta un certain jour sur la situation de quelques-uns d'entre eux; mais il entraîna M. Guérard à admettre avec trop de confiance l'existence de certains pagi que ne mentionne aucun document.
M. Guérard a pensé que les surnoms qui commencent par la préposition en indiquent toujours les pays ou circonscriptions antiques dont dépendaient les localités ainsi surnommées. Quoique vrai pour un certain nombre, ceci n'aurait pas dû être érigé en principe. C'est là ce que nous voudrions particulièrement démontrer.
La préposition en précède assez souvent des surnoms tirés de la situation topographique des localités. Les prétendus
dont ces surnoms ont causé à tort l'introduction dans te de M. Guérard sont assez nombreux, et nous allons examiner les titres qui au premier abord semblaient justifier leur insertion, pour conclure i leur radiation. Nous suivons Tordre alphabétique.
Angle, Champagne. — Les surnoms de Charmes- en- 1* Angle et de Sogny-en-1' Angle sont les seules raisons qui ont décidé M. Guérard à admettre l'existence de ce pays. Ces deux villages sont à 52 kilomètres de distance, ce qui donnerait une étendue considérable à un pays qui n'est nommé dans aucun document. Nous pensons que ces lieux doivent leurs surnoms à leur position dans des angles. Charmes est situé à l'angle du confluent du Blaiseron et d'un autre petit ruisseau 1 ; Sogny dans un angle formé par la jonction de la Noue de Cru et de la Vieille -Riviere * .
Une troisième localité de Champagne, toutefois assez éloignée des précédentes, portait le même surnom ; nous voulons parler du village de Saint-Just (Marne, arrond. d'Epernay, cant. d' Anglure), dont Pithou a dit en citant un arrêt de 1574 : « Saint-Just en l'angle, in angulo confîuenti Sequanse et Âlbse 1 '. Il exprimait ainsi parfaitement la raison de ce surnom de Saint-Just; ce qui n'a pas empêché, près de deux siècles plus tard, un savant bénédictin, Dom Carpentier, d'introduire dans son supplément au Glossaire de du Gange le mot angula comme le nom d'un territoire du bailliage de Sens, et cela parce qu'il trouvait dans une charte de Louis le Hutin (1315) Saint-Just désigné sous le nom de S a ne tus Justus in Jngula*. Nous croyons devoir ajouter que dans une charte de Guy de Dampierre, seigneur de Saint- Just, en date de mars 1269 (1270, nouveau style), il estques-
1. Carte de l'État-Major, feuille 83, où la position de ce lien est mieux dessinée que sur la carte de Cassini.
2. Carte de l'État-Major, feuille 51 ; ou plutôt feuille 80 de celle de Cassini , dans laquelle la position de Sogny est plus conforme à notre description.
3. Pierre Pithou, Les Cous tûmes du Bailliage de Trojres en Champagne, édition de 1628, p. 157.
k. Du Cange, Glossarium médite et infimfe latinitatis, édition Henschel, 1. 1, p. 257, col. 2.
tiondel 1 'Angle de Saint y ^Just K . Cette expression, qui rappelle simplement l'angle formé par la jonction de la Seine et de l'Aube, suffirait à démontrer que l'ancien surnom de Saint- Just ne contient nullement l'indication d'une circonscription territoriale.
Bois, Poitou. — Nous nous étonnons que le surnom de Villers-en-Bois ait amené M. Guérard à admettre l'existence d'un pays de Bois : la situation de Villers dans la forêt de Chizé* (Deux-Sèvres) indique sûrement d'où lui vient ce surnom.
Gauchies, Hainaut. — Le mot Cauchies étant en rouchi l'équivalent de Chaussée, nous examinerons à l'article Chaussée ce qui est relatif au surnom de Gauchies.
Champagne, Berry.' — Nous ne croyons pas à l'existence de ce pays. Les lieux que M. Guérard y place à cause de leurs surnoms : Lugny-Champagnc, Jussy-Champagne et Mènetréol-en-Champagne, sont d'abord à une trop grande distance', et un pays de cette étendue serait cité dans quelque document. Ensuite les surnoms des deux premiers, n'étant même pas précédés de la préposition en, sont des indices de très-faible valeur.
Il y a tout lieu de croire que ces surnoms sont dus à la situation uniforme de ces trois villages dans des pays plats', et que le mot Champagne y présente le sens du roman champaigne, en bas-latin campania, plaine*.
On pourrait au plus reconnaître dans cette Champagne, ainsi que dans la suivante, une région naturelle; mais rien
1. D'Arbois de Juba inville, Histoire des dues e{ des comtes de Champagne, t. VI. Catalogue det acte», n° 3611.