‹ Notice sur le clergé de Cahors pendant la RévolutionChapitre 5 sur 25 · M. GAIS · texte numérisé non relu

M. GAIS

Claude Caïs, natif de Martel, ancien Jésuite, arrêté à Issy avec trois autres prêtres, massacrés aux Carmes le 2 septembre 1792.

M. JAiMiMES

Jean- Louis Jammes^ de St-Céré, vicaire de Belmont; il fut pris dans la paroisse de Bannes près St-Céré, par des scélérats qu'avait alléchés la récompense nationale qui était accordée à quiconque découvrait et aidait à prendre un prêtre réfractaire. Il fut aussitôt conduit à Cahors ; passant sur une paroisse où il était connu, on lui offrit de le délivrer de force, ce qu'il refusa, ne voulant exposer la vie de personne pour sauver la sienne. Arrivé à Cahors le soir du samedi-saint, 19 avril 1794, Jammes

put encore s'évader. Il était trop tard pour Técrouer ; on lui fit passer la nuit dans une auberge; la maîtresse de la maison lui offrit des habits de son mari pour se déguiser, ce qu'il refusa constamment, ajoutant qu'il en arriverait ce que le bon Dieu voudrait, qu'il ne voulait compromettre personne et qu'il ne refuserait pas de mourir dans la semaine où J.-C. était mort pour tous les hommes.

Le lendemain matin, dimanche de Pâques^ il fut conduit en prison ; presque aussitôt il fut appelé devant le tribunal criminel où les buveurs du sang des justes le condamnèrent au dernier supplice. La sentence portait qu'il serait exécuté à six heures du soir du même jour. En effets le bourreau alla à la prison un peu avant l'heure marquée. On lut à la victime la sentence qui la condamnait à mort. Jammes n'en fut pas du tout ému; il ôta aussitôt sa cravatte et présensta sa tète pour qu'on lui coupât les cheveux : circonstance singulière de la frénésie révolutionnaire 1 C'est qu'après les lui avoir coupés on alla les jeter dans les latrines avec la cravatte, regardant ces choses qui avaient appartenu à un prêtre comme un objet d'horreur.

Au moment où il fallut partir pour l'échafaud, le bourreau lui fit flotter la chemise, ajoutant qu'il devait y aller en cérémonie ; il voulait encore lui découvrir la poitrine, mais les spectateurs en furent si indignés qu'il ne l'exécuta pas. Le vertueux prêtre alla d'un pas ferme au supplice, récitant le Miserere met à haute voix. Il fut guillotiné le 20 avril 1794.

M. BERGON

François Bergon, de Balaguier, près Figeac, lazariste de la maison de Cahors. Il rentra dans le sein de sa famille lors de la destruction des établissements religieux en 1791. Ferme autant qu'instruit dans sa foi, il consacra son ministère à confirmer celle des catholiques de son endroit et à leur procurer les Sacrements de l'Eglise. Il avait fait beaucoup de bien dans sa paroisse natale ; mais, poursuivi par les ennemis de la religion, il fut pris et conduit à Cahors où il fut mis en réclusion au grand Séminaire. Bergon, voyant qu'il allait être déporté, tâcha de s'échapper de sa prison ; il y réussit en effet et revint chez

lui. Son zèle le porta de nouveau à secourir les fidèles quoique avec prudence et de nuit seulement ; cependant il ne put le faire si secrètement qu'il ne fut découvert. Alors il quitta une seconde fois sa maison et s'enfuit dans les bois parce qu'il était vivement poursuivi. Mais enfin la divine Providence, qui nous met dans le danger lorsqu'il lui plaît, voulut que M. Bergon fut rencontré, pendant une nuit très obscure, par un capitaine de garde nationale qui le reconnut et l'arrêta, comme il allait porter le saint Viatique à un malade. C'était le 10 mai 1794. M. Bergon pressentit que Dieu l'appelait à lui et dès ce moment il se prépara à la mort. Arrivé à la première hôtellerie, il prit, dès qu'il fut seul, la sainte hostie, communia en viatique et purifia la custode avec la langue.

Il fut d'abord conduit à Figeac; quatre jours après, on le fit partir pour Cahors. Étant lazariste de la maison de cette ville, il y était très connu, estimé et aimé des gens de bien et détesté des révolutionnaires à cause de son zèle. Comme on le conduisait en prison, il se rassembla beaucoup de monde pour le voir, et ce saint confesseur de J.-C. entendit sortir de la bouche des cannibales qui étaient présents ces horribles paroles : « Voilà du gibier de la guillotine. » Il pouvait de là augurer du sort qui l'attendait.

Le 16, le prisonnier comparut devant le tribunal révolutionnaire. Il répondit à toutes les questions avec dignité et courage. Ainsi il éprouvait l'effet de la promesse du Sauveur : Cum inducent vos.,, ad potestates, nolite solliciti esse qaaliter aut quid respoiideatis,.. Spiritus enim sanctus docebit vos in ipsâ liorà, quid, oporteat vos dicere. (Luca 13. it. v. xi. Xîi.) Il fut condamné à mort dans la même séance. Ce qu'il y a de remarquable dans son exécution, c'est qu'il y avait parmi les satellites qui l'accompagnaient à l'échafaud des prêtres jureurs armés de piques.

Une autre circonstance de sa mort est qu'après que le bourreau lui eut coupé les cheveux, un scélérat, pour ajouter à l'infamie du supplice, lui sortit la chemise de la culotte en lui adressant ces paroles impies : « Te voilà revêtu de la chasuble, va-t-en dire la messe. »

Il récita à haute voix le Miserere mei en allant au supplice.

Du plus loin qu'il aperçut l'instrument fatal, il quitta ses souliers et pria une bonne femme de les prendre, en lui disant : « Donnez-les à un pauvre. J.-C. fut nu-pieds au Calvaire, je veux faire de même, » Dès lors il marcha plus vite, monta les degrés avec fermeté, et consomma son sacrifice avec courage. Il périt le 17 mars 1794, âgé de 37 ans.

M. MEALET

J.-P. de Mealet. — La ville de Cahors a vu périr un troisième prêtre, mais qui n'appartenait pas au diocèse. C'est le respectable J.-P. de Mealet, né en Auvergne, d'une famille distinguée, chanoine-prévùt de l'église" collégiale de Mont- Salvi. Lorsque les chapitres furent supprimés^ il se retira chez lui. Étant noble et prêtre, il ne pouvait y rester longtenps tranquille. Pour se mettre à l'abri de la persécution, il vint se cacher en Quercy, dans un hameau limitrophe du Rouergue et de l'Auvergne. Il y fut quelque temps en sûreté; mais Dieu qui conduit ses élus par des routes difiérentes, permit qu'il fut arrêté au moment où il se croyait à l'abri de tout danger, plus de deux mois après la mort de Robespierre. Il fut traîné comme en triomphe à Figeac et trois jours après à Cahors. Ayant comparu devant le tribunal de sang, il fut condamné à mort après un court interrogatoire et conduit le lendemain, 24 septembre, au supplice. Comme aux deux autres martyrs, on lui fit flotter la chemise en dérision des ornements qui servent au plus redoutable de nos mystères.

M. GAUSSINEL

Jecui Gaussinel, de Salviac en Quercy, curé de Perrenquet, diocèse de Sarlat. — C'était un prêtre très savant et très zélé. Avant d'accepter la cure de Perrenquet, il avait longtemps exercé le ministère dans le diocèse de Cahors. Lorsqu'on exigea le serment de la constitution civile du clergé, il se réfugia en qualité d'instituteur dans une maison dévouée à la Révolution. Là on lui persuada qu'il pouvait prêter le serment de Liberté et Égalité. Malgré cette démarche, il fut mis en prison à Sarlat. Dans cet endroit, plusieurs de ses confrères le décidèrent à rétracter son serment. Il écrivit en conséquence

au comité de surveillance. Environ quinze jours après, il fut conduit à Périgueux, condamné à mort et le surlendemain de son arrivée, il périt sur l'échafaud.

C'était dans le mois de juin 1794.

Au moment où il fut arrêté pour être conduit en réclusion à Sarlat, on lui demanda s'il avait exercé le ministère ; il eut pu sauver sa vie en le niant, mais il préféra la mort au mensonge et répondit que non seulement il l'avait exercé, mais qu'il était prêt à le faire encore, si le salut des âmes le demandait.

M. VAURS

Jean-François Vatirs, natif de Floirac en Quercy, curé de Gramat. — Obligé d'abandonner sa paroisse pour avoir refusé le serment, il se retira à Paris, ou, pour mieux se déguiser, il alla prendre des leçons à l'école vétérinaire, dans le faubourg St-Antoine. Il ne put tellement se contrefaire qu'il ne fût regardé comme suspect; il ne fut cependant arrêté que sur la dénonciation d'une personne de son pays qui, l'ayant reconnu, alla immédiatement avertir la municipalité qu'il était prêtre réfractaire. Il fut guillotiné le 30 juin 1794.

M. GAIX

Jean- Baptiste Caïx, de Martel, curé de Paunac, frère de celui dont nous avons parlé plus haut. — D'après la loi qui ordonnait de déporter les prêtres réfractaires, il fut conduit à Bordeaux pour la déportation, mais ayant plus de 60 ans, il fut envoyé en réclusion à Cahors. Environ un an après, vint un ordre de fouiller tous les prêtres reclus, ce qui fut exécuté avec une indécence telle que le crayon de l'histoire ne peut en peindre l'horreur. M. Caïx se trouva avoir dans ses poches une chanson qu'il y avait laissée par oubli. Cette chanson avait été composée au commencement de nos troubles politiques contre les ennemis du trône et de l'autel, et avait été insérée dans le Mercure de France dont il l'avait extraite. C'en fut assez pour le dénoncer au comité de sûreté générale. Il fut traduit à Paris avec M. Baudus, dont nous parlerons plus bas, et M. Besse, bailli de Malte, et exécuté avec eux le 4 juillet 1794.

Page 1