‹ Notice sur le clergé de Cahors pendant la RévolutionChapitre 8 sur 25 · M. MOLINIER · texte numérisé non relu

M. MOLINIER

Jean Molinier, de Caylus, âgé de 27 ans, étant vivement poursuivi par les révolutionnaires de son endroit, il crut devoir se retirer à Bordeaux afin d'y être plus en sûreté. Ce fut au mois de février 1793. En effet, il réussit assez bien à se cacher pendant plus d'un an, quoiqu'il courût beaucoup de dangers dans ce laps de temps et qu'il fût obligé de changer souvent de demeure. Enfin il fut arrêté avec autres deux prêtres, Louis Soure, de Rochechouart, et Jean Lafon, de Ribeirac.

On se saisit en même temps de la maîtresse du logis, Marie Ginet, et de sa servante, Marie Bouguier.

Tous les cinq comparurent devant le tribunal de sang le 6 juin 1794. Le président ayant demandé aux deux femmes si elles avaient donné retraite aux trois prêtres et pourquoi elles l'avaient fait, sachant que la loi le leur défendait, elles déclarèrent avec fermeté qu'elles les avaient reçus, et ajoutèrent qu'elles avaient mieux aimé obéir à la loi de Dieu qu'à la loi des hommes.

Dans la même séance, les juges s'occupaient de l'affaire d'un prêtre assermenté ; il allait être condamné à mort ; M. Molinier lui dit avec un courage tout religieux :

« Vous voyez^ mon ami, que le tribunal des hommes va vous » condamner ; rendez-vous digne de trouver celui de Dieu propi- » ce. Recueillez-vous ; je vais vous donner l'absolution, puisque » le temps ne vous permet pas de faire l'aveu de vos fautes. »

Ces paroles furent un objet de risée pour le tribunal et pour plusieurs des spectateurs; mais elles portèrent le repentir dans l'àme de ce malheureux prêtre qui s'écria : « Je suis dans l'erreur ; je me rétracte ; je me confesse de tous mes péchés, donnez-moi l'absolution. » Ce qui lui fut accordé avec la charité la plus tendre et la plus empressée.

Quant à M. Molinier, il fut condamné à mort, ainsi que les autres quatre personnes. Il ne furent conduits au supplice que le lendemain. Pendant le trajet, qui dura une demi-heure^ ils récitèrent le petit office. M. Molinier, que les autres regardaient comme leur chef^ en récitait les oraisons.

Il monta le premier sur l'échafaud avec un calme au-dessus du naturel; la joie de son cœur était peinte sur son visage. Il salua ses frères et leur adressa ces paroles : « Si Deus pro nohis, quis contra nos ? » Il leva ses mains au ciel, se mit à genoux et récita le cantique : Nunc dimittis. . . Bientôt après, il avait reçu le coup de la mort .

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