PREFACE
L'étude historique que nous publions aujourd'hui pourra emprunter quelque intérêt aux circonstances dans lesquelles nous nous trouvons. La question de l'organisation municipale est maintenant, plus que jamais, à l'ordre du jour, et nous n'avons eu qu'un but dans ce travail : faire connaî-tre l'histoire de l'administration municipale d'une ville au moyen-âge.
Cette histoire mérite d'être connue. C'est
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dans l'administration intérieure des villes, aux XIII* et XIV® siècles, qu'il faut rechercher la naissance et le développement des principes' sur lesquels repose la société actuelle : l'égalité devant la loi, le gouvernement de la société par elle-même, l'intervention des citoyens dans les affaires publiques. Le maire et ses échevins, dans le nord de la France, les consuls et leurs conseillers, dans le midi, administrent la cité et répondent de leurs fautes devant leurs électeurs. Tous les habitants de la ville, directement ou indirectement, prennent part à l'élection de leurs magistrats. En entrant à Aurillac, le noble laisse se3 privilèges aux remparts et devient simple bourgeois; il contribue, comme le roturier, aux tailles imposées pour les besoins de la ville ; le corps des nobles est représenté dans le conseil consulaire au tnéme titre que celui des avocats et des notaires, au même titre que les diiférentes confréries et corporations.
Il ne faudrait pas croire cependant que
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tout fût parfait dans l'administration des villes à cette époque. Les communes s'étaient établies en dépit des seigneurs féodaux ; chacune d'elles constituait, en quelque sorte, un petit Etat isolé, avec ses lois particulières. Saiis cesse inquiétées, forcées de lutter à chaque instant contre des forces supérieures, ne recevant aucun secours du dehors, elles s'épuisèrent vite et succombèrent de bonne heure. Les dettes s'accumulèrent, la dilapidation s'introduisit dans l'administration des finances municipales , et dès le XI V* siècle, un grand nombre de communes avaient laissé la royauté confisquer leurs privilèges, où même avaient provoqué cette confiscation.
La ville d'Aurillac conserva plus longtemps qu'aucune autre son indépendance et ses franchises, mais ne fut pas exempte de tous les maux qui vinrent londre sur l'administration municipale à cette époque.
Après avoir lutté pendant deux siècles contre les abbés de St-Géraud, pour obtenir leurs privilèges, puis pour les défendre, les bour-
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geois d'Aurillac, maîtres de la situation, songèrent au2( moyens de la conserver. Ils se trouvèrent alors en présence de difficultés nombreuses. N'ayant aucun secours à atten-* dre de la royauté, ils durent s'imposer de rudes sacrifices pour empêcher l'Anglais de pénétrer dans leur ville. L'Anglais était à peine chassé du pays, qu'effrayés de l'état de leurs . finances et des impôts dont ils étaient grevés, les habitants d'Aurillac intentaient à leurs consuls des procès interminables. Enfin, sortis victorieux de cette crise, ils réforment les principes de leur administration, et pour quelque temps encore la prospérité renaît parmi eux. Le XVI* siècle arrive ; la royauté s'efforce de plus en plus de briser les barrières qui s'opposent à son action, d'établir un droit uniforme pour toute la France.
A la variété presque infinie des franchises et des coutumes locales, succèdent les ordonnances générales. La Réforme, en semant la division partout, favorise la royauté dans ses projets, et déjà les privilèges des villes n'exis-
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tent plus que de nom. Au XVII® siècle, les attributions de magistrats municipaux sont restreintes, la liberté des élections disparaît, l'intendant de la province exerce un contrôle actif et incessant sur l'administration communale qu'il dirige à son gré. Au lieu dç former chacune un petit Etat, les villes deviennent les membres d'une grande monarchie et ne se distinguent plus les unes des autres ; leurs magistrats ne sont plus que • les agents du roi; la vie municipale est éteinte; une centralisation administrative, aussi fortement constiKiée et moins contrôlée que celle qui existe de nos jours, règne sur toute la France.
Tels sont les principaux traits de l'histoire que nous avons racontée. Nous ne nous sommes pas arrêtés aux détails, aux faits divers, qui se sont passés à Aurillac et dont le souvenir est parvenu jusqu*à nous; c'est seulement l'histoire du Consulat et de l'administration consulaire d' Aurillac, et non l'histoire <le la ville, que nous avons voulu faire.
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Nous avons suivi cette institution depuis son origine jusqu'à sa décadence et à sa fin ; discutant les diverses opinions émises à son sujet, adoptant les unes et rejetant les autres ; mettant en œuvre les documents connus et publiés, ainsi que ceux restés enfouis jusqu'ici dans les archives de la ville ; en un mot ne négligeant rien pour donner une idée complète du Consulat d'Aurillac, de son organisation intérieure, des transformations qu'il subît, de ses rapports avec l'abbaye St-Géraud et avec la royauté.
Nous avons divisé notre matière en trois parties. La première : Histoire du Consulat, contient le récit des faits qui ont donné naissance au Consulat, arrêté ou favorisé son développement, depuis son origine jusqu'au XVI® siècle. La seconde : Adminislration consulaire, renferme un résumé aussi complet que possible des principes sur lesquels reposent l'organisation intérieure duConsulat et la comptabilité communale. La troisième enfin, n'est que la suite et le complément des
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deux premières : c est Thistoire de la Décadence et de la fin des institutions consulaires. Puisse ce petit opuscule' obtenir bon accueil des habitants d'Aurillac pour qui nous l'avons écrit.
Aurillac, le 21 mars 187i
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