CHAPITRE
ORIGINES DE LA VILLE ET DE l'aBBAYE D*AURILLAC.
La question de rorîgine de la ville d'Aurillac, longtemps agitée, peut être considérée comme résolue aujourd'hui ; ce fut Tabbaye qui donna naissaijce à la yille au IX® siècle. ^
Ce n*çst pas à dire pour cela que le pays resta inhabité jusqu'à cette époque. La décou* verte de haches de pierre et de bronze, silek taillés etc., nous démontre au contr^dre que la Haute-Auvergne commença à se peupler dès.
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les temps les plus reculés. D*autre part, les traces de voies romaines, de camps romains ou gallo-romains, qui existent encore sur différents points du département, prouvent que du P*" au VIP siècle de notre ère le Cantal fut témoin d^évènements importants. Mais si Ton ne peut nier avec M. Delzons la conquête de la Haute-Auvergne par les Romains, il est impossible de soutenir avec M. Dubuisson, qu'Aurillac , bâti par l'empereur Aurélien , oa même par l'empereur Marc-Aurèle , était au IX* siècle une ville impériale et municipale , ou prête à le' devenir. Les arguments invoqués à l'appui de Texistence d'Aurillac à l'époque romaine sont insuffisants. Ils se réduisent à trois : Tétymologie du nom de la ville, la découverte -d'antiquités romaines aux environs, la tradition.
Il faut l'avouer, Aurillac vient bien du radical il ureZ, auquel est venue s'adjoindre la terminaison iacum (lieu, ville, château) ; c'est ainsi que se sont formés un grand nombre de noms de lieu en France. Mais on ne peut induire de là que la ville fut fondée par rempereur Marc-Aurèle ; c'est à peine si l'on peut conclure qu'Aurélius, propriétaire puissant dans le pays, a donné son nom à cet endroit..
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La découverte d'antiquités romaines aux environs d'Aurillac constitue un argument plus sérieuX; et cependant insuffîsant. Elle prouve que le pays fut habité, mais non qu*une ville ait existé.
Quant à l'argument tiré de la tradition, il n'a aucune valeur. La tradition en effet n'est respectable , ne forme autorité, que si elle est incontestée et porte sur des faits appréciables par tous. Or, elle n'a ici aucun de ces caractères. Les auteurs qui la constatërentles premiers, Thomas Dempster, Pierre Bertius, le Père Dominique de Jésus, vivaient au commencement du XVII® siècle, à une époque, où l'on ne voyait partout qu'antiquités grecques et romaines. En outre, cette- tradition n'existait pas; elle est formellement contredite en 1561 par la bulle de sécularisation de l'abbaye. De l'aveu de l'abbé et des ^ moines de Saint-Géraud, des consuls et conseillers de la ville, le monastère, lors de sa fondation , était environné de vastes forêts et ne voyait réuni autour de ses murs qu'un très-petit nombre d'habitants.
Aussi nous n'hésitons pas à affirmer que la ville d'Aurillac auIX* siècle n'était qu'un simple domaine rural ; un château était bâti près de là, dans lequel les serfs et les hommes libres des
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eavirons venaient chercher un refuge contre leurs ennemis (1).
Nous ne voulons pas entreprendre ici i'histoirc de saint Géràud, de sa vie, et de ses miracles; nous ne parlerons point non plus de la gloire monastique et littéraire de Fabbaye qu'il fonda, uiie plume beaucoup plus autorisée que la nôtre s'est chargée de ce soin. Nous considérerons seul^fnent Tabbaye de, Saint-Pierre d'Aurillac, devenue plus tard Saiut<»Géraud, comme seigneurie temporelle ayant Succédé aux droits de son fon-^ dàtettr^ et elterçant dans l'étendue de ses possessions tous les droits féodaux qu'un suzerain q^ielcoaque^ clerc ou laïc, exerçait dans les siennes.
On est loin d'être fixé sur les qualités de saint Géraud. Les auteurs de VArt de vérifier les datet le fbnt descendre de Gérard, comte de Limousin, lequel était fils de Gérard, comte d'Auvergne; ils le rattadient par son aïeule, MaUiilde,' fille de Pépin t d'Aquitaine, à la fa<« mille dé Ghariemagne, et remontant plus haut encore, ils le déclarent descendant de saint
(1) Origine de la mile d'ÀWillae, par M. Delzoas» Clermont-Ferrand, Tliibaud , 1842. — Sainl-Géraud et son iltuHre abbaye, par monseigneur Bouaoge, I, p. 891-400.
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Guillaume de GeUoue. Le pape Clément VU, dans une bulle de 1388, assure même quesaiqt Géraud appartenait 4 la famille de Gonstafitio^le* Grand. Cette noble généalogie nous semble an moins douteuse {1).
Quoi qu'il en soit, Gérard ou Géraud naquit vers 855 , à Aurillaç et fat destiné, dès sa jeunesse, à la carrière militaire ; mais ses parents s'aperçurent de bofme heure que son tempérament n'était pas asse^ robuste pour supporter les fatigijes de la guerre. Ils lui donnèrent des maîtres qui lui enseignèrent les sciences et les lettres connues à cette époque. Le père de notre saint meurt en 880, il semble que son fils va lui suc^ céder au comté de Limousin ; le traité de Kiersy^aur-Oise , intervenu trois ans aupara^ vaut, en 877, entre Gtarles-le- Chauve et les grands du royaume, lui en donne 4e droit.
Cependant, on voit sai^t Gréraud se tenir à Técart. Il aima mieux, noua dit son historien, renoncer au comté de Limousin qu'il eût pu réclamer; il aima mieux ne rien tenir en fief de la çouronniie et se borner à la possession paisible de ses domaines allodiaux. Ce beau désintéresse-
(I) Saint^Géraud et soti ilkuir^ a&&ay«, par Mgr Bouange, I, p. 401-410.
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ment, si peu commun à cette époque, a jeté le doute dans quelques esprits au sujet de la filiation et des qualités attribuées à notre saint. M. Delzons affirme que le titre de comte donné à saint Géraud était purement honorifique.
M. Delalo soutient au contraire que saint Géraud fut réellement un officier royal, un comte ; qu'il ne voulut jamais reconnaître la suzeraineté de Guillaume, comte d'Auvergne et duc d'Aquitaine, et se vit cependant forcé par les nécessités de son temps de recommander son neveu et ses vassaux à ce même duc. (I) Mgr Bouange admet la même opinion, et dit que saint Géraud fut honoré du titre de comte par le roi, postérieurement à la mort de son père, et exerça les fonctions attachées à cette charge jusqu'à la fondation de son monastère. (2) A partir de cette époque, saint Géraud ne s'occupa plus que de l'administration de ses domaines et de ceux de Tabbaye , sur lesquels il continua d'exercer tous les droits alors reconnus aux seigneurs féodaux.
Ce fut vers 894 que saint Géraud commença
(1) JHct. 8tat. I, 457-553.
(2) Saint Géraud et son illuitre abbaye, I, 423-
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à jeter les fondements de son monastère ; il ne négligea rien pour en assurer l'existence et la célébrité. Il le dota richement, le fit mettre hors la juridiction de l'ordinaire (1), et enfin obtint de Gharles-le-8imple, en 899, que les terres de Tabbaye fussent immunices, c'est-à-dire exemptes de toute juridiction séculière. Le monastère ne dépendait plus que de son fondateur, qui s^était réservé sur les bien's donnés la suzeraineté féodale.
Le comte Géraud ne voulut pas mourir sans avoir achevé son œuvre ; il n'avait pas d'enfants^ mais seulement un^eveu nommé Rainaud. Pour ne pas priver ce neveu de l'héritage qu'il attendait, et en même temps pour assurer l'existence de sa fondation, saint Géraud, dans son codicUe du mois de septembre 909, partage ses domaines entre son parent et l'abbaye, et décide que toutes les terres et tous les droits abandonnés à Rainaud feront retour au monastère après la mort de ce dernier. Le 13 octobre de la même
(1) En droit commun, l'évoque exerce sa juridiction sur toutes les églises et abbayes situées dans les limites de son diocèse : c'est la juridiction de l'ordinaire. Mais, au moyen âge, la plupart des abbayes obtiennent des privilèges, et relèvent directement du Saint-Siège ; elles sont dès lors exemptes de la juridiction de l'évéque, de l'ordinaire.
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année, saint Gôraud mourait après avoir assiette à la consécration de la nouvelle église qu^il avait fait bâtir. (1)
La féodalité était établie i Âurillac dès cette époque et même avant la fondation de Tabbaj^. Saint Géraud exerçait, dans l'étendue de ses possessions, tous les droits régaliens ; saint Odon nous en fournit mille preuves. Il levait des tailles, rendait la justice, marchait à la guerre à la tête de ses hommes d'armea, Bxerçait^il ces droits au nom du roi ou en son nom pei^sonnel ? Les tenait-il de la concession royale ou de l'usuipation qu'il en avait fieûte ? Peu. importe, il les ezetça avant Ô94, les conserva après cette époque, et ils lui sont reconnus formellement par Gharles-le-Simple en 899 : a Precipi^ mtts cUqtie jubemus ut ipsi abbas et monaohi ibidem vitam degenies sine ulHus judids potes-» taie niei ipsius Geroldi et sororis stue sub nos-* tro mundebwrdo securi permaneant, (2) » Bien plus, le roi interdit à tous juges, à tous offiders» rentrée des terres de l'abbaye ; il leur défend
(1) Saint Géraud et son illustre Àhbaye, I, p. 482-
(>^) Charte d'immunité de 899. Saint Géraud et son illustre Abbaye^ I, 472.
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d*j exercer leur juridiction, d'y pei*ce^oir des impôts, d*y exiger le service militaire. « £t mullus judex puhlicu^^ vel quislibet ex judi^ ciariâ potestate in ecclésias^ aut loca^ vel agro9^ seu reUguas possessioneê prœfcUi cœnobii...^ ad causas audiendas, vel freda exigenéa, awt mausiotiaticosvelparatas faciendas^ aut fidejussores tollendos seu homines ipsius nionasterii iam ingenuos quam alios super ter^ ram ipsius cammanentes distringendos , -nec ullas redibitiones aut illicitas occasiùnes requirendaSf nostris^ quoque^ futuris temporibus^ ingredi audeat^ vel ea, qum supra memorata sunt^ penUus exigere pœsumat. (i) > Ce n*est point là mne formule banale : c'est la reconnais^ sance formelle du régime féodal. En interdisant à tous ses agents l'entrée des possessions de l'abbaye, la royauté investit par là même l'abbé et ses successeurs de tous les droits régaliens ayant appartenu au comte Géraud et, à une époque plus reculée, au roi, à Gharlcmagne.
L'abbaye devient indépendante : elle devient une seigneurre temporelle sur les terres de laquelle la royauté a renoncé à tous droits utiles, ne se réservant pas même l'hoiiimage ; mais le
(1) Jdem,
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roi n'a pas complètement abdiqué comme on pourrait le croire. L'abbaye est placée sous sa protection immédiate ; elle sera rangée plus tard parmi les abbayes de fondation royale, ce qui permettra à la royauté d'en agir avec elle comme avec les principaux seigneurs du royaume, de changer en domination absolue une suzeraineté qui n'existait que de nom au X^ siècle. Dès le XV® siècle, il ne restera plus de l'antique indépendance de Saint-Géraud que l'exemption de quelques droits.
Nous l'avons dit, ce fut la Charte d'immunité de 899 qui constitua l'indépendance de Tabbaye.
11 ne suffisait pas de s'avouer du pape pour se soustraire au roi de France, il fallait que le roi lui-môme consentît à abandonner ses droits.
Gela est 43i vrai que le comte Géraud n'hésita pas à son retour de Rome à envoyer vers le roi pour le supplier de prendre l'abbaye sous sa protection et de lui accorder quelques franchises. Et lorsque plus tard les papes interdisaient sous peine d'excomunication à tout roi, à tout évêquc, à tout seigneur, de s'arroger le droit de rendre la justice sur les terres de Fabbaye et d'exiger des tailles des personnes qui dépendaient du monastère, ils ne faisaient
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que sanctionner des priTiléges antérieurs provenant de la concession royale.
Cette charte d'immunité n'est point restée lettre morte : les abbés ont exercé tous les droits qu'elle leur conférait ; ils ont su la faire approuver et confirmer toutes les fois qu'ils en ont trouvé l'occasion, en H 69 par Louis-le- Jeune, en 1277 par Philjppe-le-Hardi. (1) C'est cet acte et non leur dépendance immédiate du Saint- Siège qu'ils ont opposé comme une barrière infranchissable à tous les empiétements des rois de France, jusqu'à ce que, un nouvel état de chose intervenant,, la royauté se sentît assez forte pour révoquer les concessions antérieurs et établir un droit nouveau.
Le régime féodal implanté à Aurillac, les serfs et les hommes libres qui vinrent se grouper autour des murs de l'abbaye, furent soumis à la loi commune, eurent la même condition que tous les roturiers de l'époque. Les hommes libres ne furent point main-mortables ni sujets au droit de suite comme les serfs, mais ils ne formèrent point d'association ni de corps commun, et furent, au contraire, livrés à la merci
(1) Archives municipales d'Aurillac, Cârton I^ liasse I.
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de leur seigneur. Au XIQ^siède, l'abbé soutient encore que la nature des privilèges municipaux est incompatible avec la condition des habitants d'Aurillac cùm prœmissa, in respectu eorum^ ncUurâ et eondûione habere seu possidere rym possint, (1) En 1298, l'hôtelier du monastère avait droit à un morceau de la chair de chaque animal tué dans la ville, et ce droit ne fut définitivement racheté par les habitants qu'en 1412.(2)
La question de rétablissement de la féodalité à Âuriliac est intimement liée à celle de l'origine du consulat dans cette même ville. En effet, pour voir dans le consulat et radministration consulaire d'Aurillac la suite naturelle d*usages et d'institutions celtiqites, il faut nier l'établissement de la féodalité. Or, cet établissement nVst pas contestable.
Il ne suffit pas de diçc que les seigneuries temporelles dans le bailliage des montagues d'Aurillac étaient peu considérables, pour pouvoir affirmer que la féodalité ne fit pas sentir son influence dans le pays. Par cela même que
(1) Articles de l'abbé t en 1277, 10*. Arch. mun. FF., 1. 1.
(2) Archives municipales, FF, liasse 4.
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Tabbé était seigneur temporel des domaines du monastère, les petits propriétaires qui avaient reconnu sa 3U2eraineté, ou ceux qui avaient reçu dés concessions à titre de fief ne devaient être que des seigneurs de troisième ou de quatrième ordre, peut-être moins riches que certains bour-* geois. Ne voyait-on pas souvent au moyen-âge un chevalier cultiver lui-môme la terre qu'il tenait en fief noble de son suzerain ? Noblesse et richesse n'ont jamais été synonymes. Ce n'est point d'ailleurs la richesse des propriétaires nobles qui caractérise la féodalité, c'est la condition des terres et des individus, c'est le morcellement de l'autorité royale, l'exercice des droits régaliens par les propriétaires du sol.
Il ne suffît pas de dire que l'espace compris entre les quatre croix placées aux portes d'Aurillac était franc et allodial, pour prouver que la féodalité n'enti'a p»s dans les murs de la ville : la qualité de franc -alleu concédée aux terres d^ l'abbaye était tout à l'avantage des mmaes : c'était pour eux une exemption d'hommage et de redevances vis-à-vis du roi ; mais les habitants d'Aurillac n'étaient pas pour cela déliés des liens féodaux qui les unissaient à l'abbé, seigneur temporel de la ville, au même titre que saint Géraud.
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Quant à la persistance du droit romain sur les terres de l'abbaye, on n'en peut tii*er aucun argument en faveur de Texistence d'un consulat à Aurillac dès le X® siècle. Il faut en effet distinguer entre le droit public et le droit privé. Le droit privé des Romains fut appliqué par la cour de Tabbé, non dans sa pureté classique, mais mélangé de dispositions de toute origine. Quant au droit public, les barbares avaient essayé de le maintenir; ils Pavaient si bien transformé qu'il n'existait plus.
L'abbaye d'Aurillac devint seule propriétaire des terres et des droits qui lui avaient été concédés par son fondateur, après la mort de Rainaud, vers le milieu du X® siècle : elle administra ses biens comme le faisaient tous les seigneurs de l'époque ; elle en inféoda une partie, les plus éloignés, et se réserva l'administration directe des autres.
Déjà autour des murs de l'abbaye étaient venus se grouper les serfs affranchis par saint Géraud, ceux qui avaient obtenu plus tard leur liberté ainsi que des hommes d'origine franche; la ville se formait peu à peu, s'agrandissait tous les jours. La richesse des habitants s'accroissait en même temps que leur nombre. Leurs droits étaient tout individuels à l'origine ; mais ils ne
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devaient pas tarder à s'associer, à lutter contre leur seigneur et à lui arracher un à un tous les privilèges dont la ville eut plus tard la jouissance.
La seconde moitié du X* siècle fut une période de tranquillité relative pour les monastères. L'approche de Tan mil avait effrayé tous les esprits, et les couvents purent se développer, s'enrichir et se livrer à l'-étude des lettres. G*esl ce que fit Tabbaye çle Saint-Géraud, qui à cette époque eut l'honneur de donner un pape à l'Église.
La terreur passée, les mauvais instincts des barons féodaux se réveillèrent ; et l'histoire de l'abbaye, du commencement du XI® siècle à la fin du Xn® et au delà, devient l'histoire de la lutte des abbés contre les seigneurs des environs qui s'efforcent d'usurper les terres du couvent, ou contre des vassaux rebelles qui, après avoir reçu en fief les riches domaines de swnt Géraud, refusent de respecter les clauses du contrat féodal.
Cette lutte eut plusieurs phases. Pendant la première, les abbés ont plutôt recours aux armes spirituelles qu'à la force brutale. Ils obtiennent de différents papes des bulles qui mettent pour un temps les domaines du monastère à l'abri
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des usurpations ; telles soat les bulles de Nicolas II (1061), de Grégoire VII (1079), d'Urbain n (1096), de Pascal II (1103), etc., etc. Toutes ces bulles défendent, sous peine d'excommunication, aux rois et aux seigneurs, de s'arroger le droit de justice sur les terres de saint Gérant, d'exiger des tailles des hommes qui dépendent du monastère, conformément aux anciens privilèges de l'abbaye.
Mais bientôt les sentences d'excooun unication ne suffisant pas, il fallut avoir recours à d'autres armes. Ce fut alors que les abbés place-, rent leur monastère sous la protection d'un seigneur puissant et redouté. La charge d'avoué réservée par saint Géraud pour lui-môme et pour son successeur Hainaud était probablement tombée dans des mains trop faibles, puisque nous voyons en 1180 l'abbé Pierre V rechercher l'appui de Raymond, comte de Toulouse.
A cette époque conunence la lutte des habitants de la ville contre les moines de Ssdnt- Géraud, c'est contre eux que l'abbé réclame les secom*s du comte de Toulouse. Malgré ce puissant appui, obtenu non sans sacrifices, la lutte continue entre le couvent et les bourgeois révoltés. Vers le milieu du XIII® siècle elle prend une nouvelle forme. Â la révolte armée, à la
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guerre effective, aux pillages, aux incendies succèdent les luttes de la parole et deja procédure: la royauté entre en lice. Cette nouvelle puissance se pose d'abord comme médiatrice entre les deux partis; en apparence elle n*a qu'un but, rétablir la paix entre la ville et le monastère. Peu après la royauté viendra implanter son autorité à Aurillac en face de l'autorité abbatiale et de l'autorité consulaire, et finira par tout absorber.
Tel est le sommaire de l'histoire d' Aurillac , des rapports de la ville, du couvent et du bailliage. Nous allons suivre pas à pas les péripéties de la lutte engagée entre ces trois puissances et essayer de mettre en lumière les points importants.
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