LE SOL. — LE CLIMAT. — L’HYGIÈNE
Le sol. — Quand du large cm se dirige vers la côte de Guinée, on aperçoit d’abord, se profilant sur le ciel, la verdure des arbres qui bordent le littoral, puis, au fur el à mesure qu’on
Pirogue de barre à Cotonou
se j'approche, la leinte jaune pâle de la bande de sable unie et régulière du rivage et enfin la ligne d’écume blanche que forme la barre en venant se briser à terre.
Tout le monde connaît ce phénomène qui ne règne nulle part avec la même force et la même continuité que le long du
golfe de Guinée, M. le l)1' Féris en a donné, il y a longtemps déjà, dans les archives de médecine navale, une description restée classique :
« Pendant neuf mois de l'année, les vents du sud-ouest régnent dans le golfe de Guinée. Ils y sont attirés, selon quelques savants, par la raréfaction de l’air, due à l’influence des rayons solaires répercutés par les saldes brûlants du vaste continent africain. Sous son action incessante, l'océan se creuse en longues ondulations qui viennent se briser sur la. plage sablonneuse dont la déclivité vers la haute mer -est presque insensible. Ces gigantesques lames (quelques-unes atteignent 40à 5()pieds de hauteur) sont arrêtées brusquement à leur base par le peu de profondeur du fond, tandis que leur partie supérieure obéissant à l’impulsion reçue, et continuant sans aucun obstacle leur course furieuse, se roulent en énormes volutes qui viennent déferler sur la plage avec un bruit terrible.
« Elles forment ainsi en rebondissant trois lignes de brisants à peu près également espacées et dont la première est à environ trois cents mètres du rivage. C'est un spectacle qu’on n’oublie plus dès qu’on l’a une fois contemplé, et si quelque chose peut ajouter à l’impression qu’il cause, c’est de voir l'homme se jouer dans une frêle embarcation des colères de la nature et en triompher à force de courage et d’adresse. »
Après avoir dépeint la barre elle-même, il décrit la manière de franchir cet obstacle, qui rend si difficiles et si dangereuses les communications avec cette côte qui s’étend sur plusieurs centaines de milles et le long de laquelle ne se trouvent ni un port ni une baie : « Quand les noirs veulent passer la barre, ils roulent leur pirogue sur le sable jusqu’au bord de l’eau et la font entrer dans la mer par secousses successives, profitant chaque fois de l’arrivée de lames qui s’étendent sur la plage en formant une écume bouillonnante.
Une équipe de Kroummen à Cotonou
<( Enfin la pirogue est mise à l’eau et tous les noirs s’embarquent prestement, pendant que le féticheur debout sur le rivage, cherche à calmer le démon de la barre par des’ gestes et des invocations.
)> L'équipage de ces embarcations est généralement composé de 12 à 16 hommes dont 10 ou 14 rameurs, plus l’homme de barre qui est armé d’un aviron de queue, en guise de gouvernail. Les hommes sont assis sur le bord du canot et, munis de pagayes ils nagent en cadence et avec un ensemble parfait. I Chaque fois qu’ils plongent la palette dans les flots, ils font une profonde inspiration et, faisant passer l’air entre leurs dents de devant ils produisent un sifflement prolongé. Dans les moments périlleux, ils s’excitent mutuellement en poussant de grands cris.
«. Le passage de la barre étant toujours dangereux, ils obéissent •ponctuellement aux moindres signes du pilote. Celui-ci veille l’instant propice pour passer avec les meilleures chances,: aussi la pirogue reste-t-elle souvent stationnaire pendant quelques minutes en dedans de la barre, laissant passer les; lames sous sa quille, à mesure qu’elles se présentent. Puis, tout à coup, à un indice parliculier, le pilote, reconnaissant un moment favorable, pousse un cri, et toutes les pagaies frappent violemment les ondes furieuses. Les noirs, animés par leurs exclamations inarticulées, font des efforts si vigoureux qu’ils paraissent surhumains. Pendant ce temps, le pilote, debout et regardant la haute mer, donne des ordres, en même temps qu’il fait des gestes de la main droite, comme i pour calmer les vagues frémissantes. Dès que la barre est passée, les noirs lèvent leur pagaies en l’air, puis se mettent à ramer de la façon tranquille et cadencée qui leur est habituelle.
« Généralement l’obstacle est plus facile à franchir lorsqu'on vient de terre que lorsqu’on veut débarquer. 11 arrive souvent,
surtout dans la mauvaise saison, qu’une lame vient balayer la piroguejet^tremper entièrement le malheureux passager.
« Lorsqu’il atterrit, les derniers rouleaux poussent l’embarcation avec une rapidité vertigineuse^surjla plage. Dès que
Un élégant de Porto-Novo
l’avant a touché, toutes les pagaies sont vivement lancées à terre, les noirs se jettent à l'eau, prennent rapidement l'Européen par la ceinture et le transportent sur le sol. »
Ce qui frappe le plus, quand on longe la côte du golfe de Bénin, c’est sa monotonie. De'Grand-Bassam à Cotonou, elle est toujours semblable à elle-même, plate et unie, défendue
par la barre et bordée île la ligne vert sombre des palmiers d’où émergent par place les arbres immenses des forêts équatoriales, les fromagers et les rocos, qui semblent trouver là leur Habitation de prédilection.
La régularité de toute celte côte s’explique par sa nature alluvionnaire et les courants qui régnent dans le golfe de Guinée.
Il semble hors de doute que tous les terrains qui se trouvent au sud de la lagune allant de Porto-Séguro à Jabon soient de création relativement récente et formés tant parles apports de la mer, toujours houleuse par suite de l’action des vents de Sud-Est. que par suite de l’apport des rivières dont le couranl. très violent pendant la première partie de leur cours, devient presque insensible quand elles se rapprochent de la mer.
D’après le Père Borghère, missionnaire au Dahomey, le littoral aurait, à Badagry, gagné 2 milles environ depuis la découverte de la Guinée par les Portugais.
Entre la bande de sable ainsi formée et la côte proprement dile, les rivières s’écoulent lentement et capricieusement, formant des lagunes qui allaient autrefois, sans interruption, de Porto-Seguro à Jabon (Lagos).
Une solution de continuité s’est produite à une date relativement récente, à Godomey probablement, par suite du changement de direction de l’Ouémé, dontrembouchure s’est brusquement fermée à Cotonou et qui va maintenant se déverser à Lagos par l’estuaire de la rivière Ogoun.
En 1893, à la suite d’une crue exceptionnelle, la lagunes’ouvrit à Cotonou, mais elle se referma à l’époque de la baisse des eaux.
En temps ordinaire, il y a rarement plus de 2 mètres d’eau dans la lagune de Porto-Novo; mais cette profondeur suffit à des chaloupes et à des caboteurs à fond plat, qui l’utilisent
Cotonou vu du large
pour transporter à Cotonou et à Lagos plus de 30,000 tonnes j de marchandises par an.
L’aspect de ces lagunes est riant, les eaux vert sombre, bordées de papyrus de couleur plus claire, se prolongent jusqu’aux rideaux de grands arbres qui indiquent la rive.
De loin en loin, on rencontre des caïmans dormant au soleil, la bouche ouverte, mollement couchés sur les roseaux ou les îlots d’herbe qui parsèment le Toché, ou de grands oiseaux blancs, qui regardent sans bouger les chaloupes passer à quelques mètres d’eux.
Quand on débarque à Cotonou, village élevé au milieu des sables dans un paysage aride et nu, la première impression est triste; mais l’aspect de Porto-Novo, au contraire, dont les maisons se voient de loin, émergeant d'une verdure épaisse, surprend agréablement, après trois heures de traversée sur la lagune.
En débarquant, on remarque d’abord la couleur du sol, formé dans tout le bas Dahomey d’une argile rouge compacte. C’est la terre de barre qui, dans ce pays, où le calcaire n’existe pas, sert aux indigènes à construire les maisons et les murs de clôture.
Ce genre de construction donne aux villes dahoméennes un aspect très particulier lorsque le sol, les murs, flamboient sous le grand soleil de l’Équateur avec un éclat insupportable sur lequel des arbres jettent de loin en loin la tache sombre de leur feuillage.
Lorsqu’on s’éloigne de la côte et que l’on remonte vers le Nord, on trouve d’abord la région des palmiers à huile, qui est sans contredit la plus riche de la colonie; le sol est toujours plat, uni, il faut aller jusqu’à Abomey pour trouver des pierres. Les palmiers y sont là encore très nombreux, et les indigènes cultivent entre eux des plantes vivrières remarquablement bien tenues.
A partir d’Oumbégamé, le palmier devient plus rare et est remplacé par le karité.
Le sol, qui a commencé à s’élever à partir d’Abomey, est découpé par de nombreux petits ravins où émergent des granits. Le terrain est de même nature jusqu'après Atchéribé ; les plantations d’ignames et de mil deviennent plus nombreuses, et les roches de granit se rencontrent plus fréquemment, sans cependant que l'on trouve de véritables montagnes, tout au plus des collines. A partir de Paouignan, on commence à rencontrer les derniers échelons de l’Atacora, et les grandes forêts cessent, tant par suite de la diminution des pluies que du mode de culture des indigènes qui, tous les ans, mettent le feu avant de commencer à préparer le terrain qu'ils comptent ensemencer.
Le climat. — Au point de vue climatérique, le Dahomey peut se diviser en deux zones : la zone des fortes pluies, qui est en même temps celle du palmier, et va de la côte à Paouignan, — la zone des moyennes pluies, qui va de Paouignan au parallèle de Nikki, où l’on fait deux récoltes par an et où l’on compte encore nue grande et une petite saison des pluies.
Placé sur le bord de la mer (1), bordé par de vastes lagunes, situé très près de l’équateur, entre le sixième et huitième degrés de latitude Nord et au fond d’un immense golfe, le Bas- Dahomey jouit d’un climat subissant l’influence de ces diverses causes, et la météorologie de ce pays en est une résultante logique.
11 doit au voisinage de la mer son climat marin, chaud et humide, pendant la saison où dominent les vents compris entre l’Ouest et le Sud-Est, époque des fortes pluies; mais lorsque le soleil descend dans l’hémisphère Sud, entraînant avec
(1) Les renseignements qui suivent ont été recueillis et rédigés par M- Ducoux, pharmacien de première classe des colonies.
lui son éternelle zone de nuages, de'grains et de tornades, les vents passent facilement entre le Nord. et l’Est-Nord-Est.
Ces vents, prolongations des alizés généraux du monde, qui en'hiver,dans l'hémisphère Nord,descendentvers l'Equateur, revêtent du fait de leur passage sur les terres sablonneuses brûlantes et desséchées du centre africain, des allures spéciales.
Le jour ils sont chauds et très secs, mais très froids la nuit; par suite de cette sécheresse même qui occasionne un rayonnement nocturne intense, on a enregistré 14 degrés à Porto- Novo, 4 degrés à Boussa (bord du Niger).
Ces vents sont appelés Harmattan; ils apportent avec eux, jusqu’à la côte, Irop souvent des sauterelles et toujours un sable extrêmement divisé, qui couvre le ciel d'un voile blanchâtre où le soleil parait entouré d’une auréole, bien que l'on ne distingue aucun nuage.
C’est aussi au passage alternatif du soleil des deux côtés de l’Equateur, et par conséquent du Dahomey, qu’est dû le phénomène de la petite saison sèche qui a lieu lorsqu’il passe à 16 degrés au Nord du Dahomey, et de la grande saison sèche lorsqu'il redescend à 30 degrés au Sud.
Quand on s’écarte de la côte, cette régularité de phénomène est la règle, mais près des bords de la mer, au milieu des lagunes, elle n'existe plus, et l’on peut dire que la caractéristique de la constitution météorologique de Porto-Novo et de tout le littoral est l’instabilité, sous le rapport des pluies et des autres phénomènes météorologiques.
Les tableaux suivants, comprenant trois années, et dont les indications sont rendues plus évidentes par les courbes qui y sont annexées, montrent ces variations: