‹ Notice sur le DahómeyChapitre 50 sur 61 · CONVENTION ENTRE LA FRANCE ET LANGLETERRE · texte numérisé non relu

CONVENTION ENTRE LA FRANCE ET LANGLETERRE

Le gouvernement de la République française et le gouvernement de Sa Majesté la reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande, impératrice des Indes, ayant résolu, dans un esprit de bonne entente mutuelle, de confirmer le Protocole avec ses quatre annexes, préparé par leurs délégués respectifs pour la délimitation des possessions françaises de la Côte d’ivoire, du Soudan et du Dahomey et des colonies britanniques de la Côte d’Or, de Lagos et des autres possessions britanniques à l’Ouest du Niger, ainsi que pour la délimitation des possessions françaises et britanniques et des sphères d’influence des deux pays à l’Est du Niger,

Les soussignés :

Son Excellence M. Gabriel Hanotaux, ministre des affaires étrangères de la République française, et Son Excellence le Très Honorable sir Edmund Monson, ambassadeur de Sa Majesté la reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande, impératrice des Indes, près le Président de la République française, dûment autorisés à cet effet, confirment le Protocole avec ses annexes, dressé à Paris le 14 juin 1898, et dont la teneur suit :

Protocole

Les soussignés :

René Lecomte, ministre plénipotentiaire, sous-directeur adjoint à la direction dès affaires politiques du ministère des affaires étrangères;

Louis-Gustave Binger, gouverneur des colonies, hors cadres, directeur des affaires d’Afrique au ministère des colonies ;

Martin Gosselin, ministre plénipotentiaire, premier secrétaire de l’ambassade de Sa Majesté britannique à Paris;

William Everett, colonel dans l’armée de terre de Sa Majesté britannique et « assistant adjudant général » au bureau des renseignements au ministère de la guerre ;

Délégués respectivement par le gouvernement de la République française et par le gouvernement de Sa Majesté britannique, à l’effet de préparer, en exécution des déclarations échangées à Londres le 5 août 1890 et le 15 janvier 1896, un projet de délimitation définitive entre les possessions françaises de la Côte d’ivoire, du Soudan et du Dahomey et les

colonies britanniques, à l’Ouest du Niger, et, entre les possessions françaises et britanniqnes et les sphères d’influence des deux pays, à l’Est du Niger, sont convenus des dispositions suivantes qu’ils ont résolu de soumettre à l’agrément de leurs gouvernements respectifs :

Article premier

La frontière séparant les colonies françaises de la Côte d’ivoire et du Soudan de la colonie britannique de la Côte d’Or partira du point terminal Nord de la frontière déterminée par l'arrangement franco-anglais du 12 juillet 1893, c’est-à-dire de l’intersection du thalweg de la Volta Noire avec le neuvième degré de latitude Nord et suivra le thalweg de cette rivière vers le Nord jusqu’à son intersection avec le onzième degré de latitude Nord.

De ce point, elle suivra dans la direction de l’Est ledit parallèle de latitude jusqu’à la rivière qui est marquée sur la carte n” 1 annexée au présent Protocole comme passant immédiatement à l’Est des villages de Souaga (Zwaga) et de Sebilla (Jebilla). Elle suivra ensuite le thalweg de la branche occidentale de cette rivière en remontant son cours jusqu’à son intersection avec le parallèle de latitude passant par le village de Sapeliga. De ce point, la frontière suivra la limite septentrionale du terrain appartenant à Sapeliga jusqu’à la rivière Nouhan (Nuhan) et se dirigera ensuite par le thalweg de cette rivière en remontant ou en descendant, suivant le cas, jusqu'à un point situé à 3,219 mètres (2 milles), à l’Est du chemin allant de Gambaga à Tingourkou (Tenkrugu) par Bankou (Baioku). De là, elle rejoindra en ligne droite le point d’intersection du onzième degré de latitude Nord avec le chemin indiqué sur la carte n” 1, comme allant de Sansanné-Mango à Dama par Djebiga (Jebiga).

Art. 2

La frontière entre la colonie française du Dahomey et la colonie britannique de Lagos, qui a été délimitée sur le terrain par la commission franco-anglaise de délimitation de 1895, et qui est décrite dans le rapport signé le 12 octobre 1896 par les commissaires des deux nations, sera désormais reconnue comme la frontière séparant les possessions françaises et britanniques de la mer au neuvième degré de latitude Nord.

A partir du point d’intersection de la rivière Ocpara avec le neuvième degré de latitude Nord, tel qu’il a été déterminé par lesdits commissaires, la frontière séparant les possessions françaises et britanniques se dirigera vers le Nord et suivra une ligne passant à l’Ouest des terrains appartenant aux localités suivantes : Tabira, Okouta (Okuta), Boria, Téré, Gbani, Yassikera (Asliigere) et Dekala.

De l’extrémité Ouest du terrain appartenant à Dekala, la frontière sera tracée dans la direction du Nord, de manière à coïncider autant que possible avec la ligne indiquée sur la carte n° 1 annexée au présent Èrolocole, et atteindra la rive droite du Niger en un point situé à 16,093 mètres (10 milles) en amont du centre de la ville de Guéris (Géré) (port d’Ilo), mesurée à vol d’oiseau.

Art. 3

Du point spécifié dans l’article 2 où la frontière séparant les possessions françaises et britanniques atteint le Niger, c’est-à-dire d’un point situé sur

la rive droite de ce fleuve , à 16,093 mètres (10 milles) en amont du centre de la ville de Gniris (G.éré) (port d’Ilo), la frontière suivra la perpendiculaire élevée de ce point sur la rive droite du fleuve jusqu’à son intersection avec la ligne médiane du fleuve. Elle suivra ensuite, en remontant la ligne médiane du fleuve jusqu’à son intersection avec une ligne perpendiculaire à la rive gauche et partant de la ligne médiane du débouché, de la dépression ou cours d’eau asséché, qui, sur la carie n" 2 annexée au présent Protocole, est appelé Dallul Mauri et y est indiqué comme étant situé à une distance d’environ 27,359 mètres (17 milles), mesurés à vol d’oisean d’un point sur la rive gauche en lace du village ci-dessus mentionné de Guiris (Géré).

De ce point d’intersection, la frontière suivra cette perpendiculaire jusqu’à sa rencontre avec la rive gauche du fleuve.

Art. 4

A l’Est du Niger, la frontière séparant les possessions françaises et huit an niques suivra là ligne indiquée sur la carte n» 2 annexée au présent Protocole.

Partant du point sur la rive gauche du Niger indiqué à l’article précédent, c’est à-dire la ligne médiane du Dallul Mauri, la frontière suivra cette ligne médiane jusqu’à sa rencontre avec la circonférence d’un cercle décrit du centre de la ville de Sokoto avec un rayon de 160,932 métrés (100 milles). De ce point, elle suivra jusqu’à sa seconde intersection avec le 1 4' degré de latitude Nord. De ce second point' d’intersection, elle suivra ce parallèle vers l’Est sur une distance de 112,652 mètres (70 milles), puis se dirigera au Sud vrai jusqu’à sa rencontre avec le parallèle 13° 20' de latitude Nord, puis vers l’Est, suivant ce parallèle sur une distance de 402,230 mètres (250 milles), puis du Nord vrai jusqu’à ce qu’elle rejoigne le quatorzième parallèle de latitude Nord, puis vers l'Est sur ce parallèle jusqu’à son intersection avec le méridien vers le Sud, jusqu’à son intersection avec le méridien passant à 35’ Est du centre de la ville de Kiika, puis ce méridien vers le Sud jusqu’à son intersection avec la rive Sud du lac Tchad.

Le gouvernement de la République française reconnaît comme tombant dans la sphère britannique le territoire à l’Est, du Niger compris entre la ligne. susmentionnée) la frontière anglo-allemande et la mer.

Le gouvernement de Sa Majesté britannique reconnaît connue tombant dans la sphère française les rives Nord, Est et Sud du lac Tchad qui sont comprises entre le point d’intersection du 14’ degré de latitude Nord avec la rive occidentale du lac et le point d’incidence sur le lac de la frontière déterminée par la convention franco-allemande du 15 mars 1894.

Art. 5

Les frontières déterminées par le présent Protocole sont inscrites sur les cartes n"s 1 et 2 ci-annexés,

Les deux gouvernements s’engagent à désigner, dans le délai d’un an pour les frontières à l’Ouest du Niger et de deux ans pour les frontières il l’Est de ce même fleuve, à compter de la date de l’échange des ratifications de la convention qui doit être conclue aux fins de confirmer le présént Protocole, des commissaires qui seront chargés d’établir sur les lieux les lignes de démarcation entre les possessions françaises et britan-

niques, en conformité et suivant l'esprit des stipulations du présent Protocole.

En ce qui concerne la délimitation de la portion du Niger, dans les environs d llo et du Dallul Mauri, vjsée à l article 3, les commissaires chargés de la délimitation, en déterminant sur les lieux la frontière fluviale, répartiront équitablement, entre les deux puissances contractantes les îles qui pourront, faire obstacle à la délimitation fluviale telle qu’elle est décrite à l’article 3.

Il est entendu entre les deux puissances contractantes qu’aucun changement ultérieur dans la position de la ligne médiane du fleuve n’affectera ies droits de propriété sur les iles qui auront été attribuées à chacune des deux puissances par le procès-verbal des commissaires dûment approuvé pnr les deux gouvernements.

Art. 5

Les deux puissances contractantes s’engagent réciproquement à traiter avec bienveillance (considération) les chefs indigènes qui, ayant eu des traités avec l’une d’elles, se trouveront, en vertu du présent Protocole, , passer sous la souveraineté de l’autre.

Art. 7

Chacune des deux puissances contractantes s’engage àn’exercer aucune action politique dans les sphères de l’autre, telles qu’elles sont définies par h s articles 1,2, 3 et 4 du présent Protocole. 11 est convenu par là que chacune des deux puissances s’interdit de faire des acquisitions territoriales dans les sphères de l’autre, d’y conclure des traités, d’y accepter des droits de souveraineté ou de protectorat, d’y gêner ou d’y contester l’influence de l’autre.

Art. 8

Le gouvernement de Sa Majesté Britannique cédera à bail au gouvernement, de la République française aux fins et conditions spécifiées dans le modèle de bail annexé au présent Protocole, deux terrains a choisir par le gouvernement de la République française de concert avec le gouvernement de Sa Majesté Britannique, dont l’un sera situé en un endroit convenable sur la rive droite du Niger entre Léaba et le confluent de la rivière Moussa (Mochi) avec ce fleuve et l’autre, sur l’une des embouchures du Niger.

Chacun de ces terrains sera en bordure sur le fleuve sur une étendue de 400 mètres au plus et formera un tènement dont, la superficie ne sera pas inférieure à 10 hectares, ni supérieure à 50 hectares. Les limites exactes de ces terrains seront indiquées sur une place annexée à chacun des

baux.

Les conditions dans lesquelles s’effectue' a le transit des marchandises sur le cours du Niger.de ses affluents, de ses embranchements et issues, ainsi qu’entre le terrain ci-dessus mentionné situé entre Léaba et le confluent de la rivière Moussa (Mochi) et le point à désigner par le gouver nement de la République française sur la frontière française feront l’objet d’un réglement dont les détails seront discutés par les deux gouvernements immédiatement après la signature du présent protocole.

Le gouvernement de Sa Majesté Britannique s’engage à donner avis quatre mois à l’avance au gouvernement de la République française de

toute modification dans le règlement en (|uestion, afin de mettre ledit gouvernement Britannique en mesure de formuler toutes les représentations qu’il pourrait désirer faire.

Art. 9

A l’intérieur des limites tracées sur la carte n° 2 annexée au présent protocole, les citoyens français et protégés français, les sujets britanniques et protégés britanniques, pour leurs personnes comme pour leurs biens, les marchandises et produits naturels ou manufacturés de la France et de la Grande-Bretagne, de leurs colonies, possessions et protectorats respectifs, jouiront pendant 30 années, à partir de l’échange des ratifications de la convention mentionnée à l’article Y, du même traitement pour tout ce qui concerne la navigation fluviale, le commerce, le régime douanier et fiscal et les taxes de toute nature.

Sous cette réserve, chacune de deux puissances contractantes conservera la liberté dérégler sur son territoire et à sa convenance le régime douanier et fiscal et les taxes de toute nature.

Dans le cas où aucune des puissances contractantes n’aurait notifié, douze mois avant l’échéance du terme précité de trente années, son intention de faire cesser les effets du présent article, il continuera à être obligatoire jusqu’à l'expiration d’une année à partir du jour où l’une où l’autre des puissances contractantes l’aura dénoncé.

En foi de quoi les délégués soussignés ont dressé le présent protocole et y ont apposé leurs signatures.

Fait kî’aris en double expédition le quatorze juin mil huit cent quatre-vingt-dix-huit.

Signé : René Lecomte G. Binger Martin Gosselin William Everett

Bien que le tracé des lignes de démarcation sur les deux cartes annexées au présent protocole soit supposé être généralement exact, il ne peut être considéré comme une représentation absolument correcte de ces lignes jusqu’à ce qu’il ait été confirmé par de nouveaux levés- II est donc convenu que les commissaires ou délégués locaux des deux pays qui seront chargés par la suite de délimiter tout ou partie des frontières sur le terrain devront se baser sur la description des frontières telle qu’elle est formulée dans le protocole. Il leur sera loisible en même temps de modifier lesdites lignes de démarcation en vue de les déterminer avec une plus grande exactitude et de rectifier la position des lignes de partage, de« chemins ou rivières ainsi que des villes ou villages indiqués dans les susmentionnées.

Les changements ou corrections proposés d’un commun accord par lesdits commissaires ou délégués seront soumis à l’approbation des gouvernements respectifs.

Signé: René Lecomte G. Binger Martin Gosselin William Everett

Modèle de Bail

1“ Le gouvernement de Sa Majesté Britannique cède à bail au gouvernement de la République française un terrain situé

du Niger

ayant en bordure du fleuve un dévelopement de

et formant un tènement d’une superficie de hectares dont les limites exactes sont indiquées au présent bail.

2" Le bail aura une durée de trente années consécutives à partir de

, maisdans le cas où aucune des parties contractantes n'aura notifié douze mois avant l’échéance du terme susmentionné de trente ans son intention de mettre lin au présent bail, ledit bail restera en vigueur jusqu’à l’expiration d’une année à partir du jour ou l’une ou l’autre des parties contractantes l’aura dénoncé.

3“ Ledit terrain sera soumis aux lois en vigueur pendant cette période dans le protectorat brhannique des districts du Niger.

•1° Une partie du territoire ainsi cédé à bail et dont l’étendue n’excédera pas 10 hectares sera utilisée exclusivement pour les opérations de débarquement, d’emmagasinage et de transbordement des marchandises et pour toutes lins pouvant être considérées comme subsidiaires à c«s opérations et les seuls résidents permanents seront les personnes employées pour le service et la sécurité desdites marchandises avec leurs familles et leurs domestiques.

5° Le gouvernement de la République française s’engage :

(a) A clore la partie dudit terrain mentionné à l’article IX du présent bail (à l’exception du côté bordant le Niger) par un mur ou par une palissade ou par toute autre sorte de clôture continue dont la hauteur ne sera pas inférieure à 3 mètres, il n’y aura qu’une seule porte sur chacun des trois côtés de la clôture.

(b) . — A ne pas permettre dans ladite partie de terrain la réception ou la sortie d’aucune marchandise en contravention avec les règlements douaniers britanniques. Tout acte fait en violation de cette stipulation sera considéré comme équivalant à une fraude de droit de douane et sera puni en conséquence;

(c) . — A ne pas vendre ni autoriser à vendre des marchandises en détail sur ladite partie de terrain. La vente de quantités d’un poids ou d’une mesure inférieure à 1,000 hilogrammes, 1,000 litres ou 1,000 mètres sera considérée comme vente au détail. 11 est entendu que cette stipulation n’est pas applicable aux marehandi-es en transit.

(d) . — Le gouvernement de la République française ou ses locataires ou agents auront le droit de construire sur ladite portion de terrain, des magasins, des maisons, pour locaux et tous autres édifices nécessaires pour les opérations de débarquement, d’emmagasinement, et de transbordement des marchandises et également de construire, dans la partie de l’avantrivage du Niger comprise dans le bail, des quais, des ponts, des docks, et tous autres ouvrages nécessaires au cours desdites opérations, pourvu que les plans de tout ouvrage à construire ainsi, sur l’avant-rivage du fleuve, soient communiqués pour examen aux autorités britanniques, afin que vérification puisse être faite, que ces ouvrages ne sauraient, en aucune manière, gêner la navigation du fleuve ni être en opposition avec les droits de tiers ou avec le système douanier.

(e). — Il est entendu que l’embarquement et l'emmagasinement des marchandises sur ladite partie de terrain seront effectués à tous égards conformément aux. lois alors en vigueur dans le protectorat britannique des districts du Niger.

6° — l.e gouvernement de la République française s’engage à payer annuellement au gouvernement britannique, le 1er janvier de chaque année, un loyer d'un Iranc.

7" — Le gouvernement de la République française aura le droit de souslouer tout ou partie du terrain faisant l’objet, du présent Lai 1 . pourvu que les sousdacataires ne lassent usage de ce terrain à d'autres fins que celle stipulée dans le présent bail, et que ledit gouvernement demeure responsable envers le gouvernement de Sa Majesté Britannique de l’observation des stipulations du présent bail.

8a — Le gouvernement de Sa Majesté Britannique s’engage à remplir à l’égard du preneur à bail toutes les obligations qui lui incombent en sa qualité de propriétaire dudit terrain.

9” — A l’expiration du terme de trente ans spécifié à l’article 2 du présent bail, le gouvernement français ou ses sous-locataires pourront rester pour une période qui, cumulée avec cedit terme ^ e trente ans n’excèdera pas quatre.- vingt-dix-neuf-ans en possession et jouissance des constructions et installations qui auront été faites sur le terrain cédé à bail. Toutefois le gouvernement de Sa Majesté Britannique se réservera, à l’expiration ou à la mise à terme du présent bail, survenue dans les conditions spécifiées à l’article 2, le droit de racheter, à dirv d’experts, qui seront nommés par les deux gouvernements, lesditesconstructionset installations moyennant que notification de son intention soit donnée au gouvernement français, au plus tard dix mois av ant l’expiration ou mise à terme du bail En cas de dissentiment eutre eux, les experts désigneront un tiers arbitre dont la décision sera définitive.

Pour calculer la valeur des constructions et installations ci-dessuc mentionnées, les experts se guideront d’après les coasidérations suivantes :

(a) . — Dans le cas où le bail expirerait à la fin des trente premières années, la valeur de rachat des biens sera la pleine valeur marchande ;

(b) . — Dans le cas où le bail cesserait postérieurement au terme de trente ans, la valeur à payer sera la pleine valeur marchande, moins une fraction dont le numérateur sera le nombre d’années qu’aura durées le bail, diminué de trente, et dont le dénominateur sera soixante neuf.

10’. — Le terrain compris dans le bail sera arpenté et délimité sans retard :

11°. — Dans le cas où une différence d’opinion surgiia't entre les deux gouvernements, sur l’interprétation du bail ou sur tout autre sujet se rapportant à ce bail, la question, sera réglée par l’arbitrage d’un jurisconsulte d’une nationalité tiercs, désigné d’accord par les deux gouvernements.

Signé : René Lecomte G. Binger Martin Gosselin William Everett

La présente convention sera ratifié et les ratifications en seiont échangées à Paris clins le délai de six mois au plus tôt si faire et peut.

En foi de quoi, les soussignés ont signé la présente convention et y ont apposé leurs cachets.

Fait à Paris, en double exemplaire, le 11 fuin 1898.

L S Signé: G. Hanotaux.

L ii Edmond Moxsox.

Le Ilaut-Baliomey a été ^.ganisé par l’arrêté suivant :

Arrêté :

Le gouverneur du Dahomey et dépendances, commandeur de la Légion d’honneur,

Vu le décret du 22 juin 1894 portant organisation politique et administrative de la colonie du Dahomey et dépendances;

Vu la dépêche ministérielle en date du G août 1897 ;

Article premier. — Les territoires situés dans la zone française entre le 9e et le 14” parallèles sont divisés en quatre cercles conformément aux indications de la carte annexée au présent arrêté.

Art. 2. — Chacun de ces cercles est administré par un résident, désigné par le chef de la colonie et placé sons les ordres directs d’un résident supérieur qui. réside à Parakou.

Art. 3. — Le présent arrêté sera enregistré, communiqué partout où besoin sera et inséré au Journal officiel de la colonie.

Porto-Xovo, le 1er octobre 1897.

Victor Ballot.

1° cercle de IÜoryou. — Le cercle du Borgou est formé par les provinces de Xiki. de Parakou et leurs dépendances ; la capitale Parakou, où habite le résident supérieur, est en quelque sorte le chef-lieu du haut Dahomey.

Ce cercle comprend la plus grande partie du Borgou qui formait autrefois un grand Etat borné au Nord par le Gourma au Sud parle Yorouba.;à l’Est par le royaume de Boussang, et à l'Ouest par le Scliabé. 11 va une centaine d’années, il s’est divisé en trois royaumes complètement indépendants et même parfois ennemis les uns des autres: le royaume de Xiki; le royaume de Bouay, qui fait aujourd’hui partie du cercle du moyen Niger; le royaume de Kouandé, de beaucoup le plus important des trois, bien que le roi de Xiki s’in-

litule roi (lu Borgou parce qu'il habite- l’ancienne capitale de cet ancien royaume.

Indépendamment du Borgou, ce cercle comprend le Gambari, dont la capitale est Parakou. Ce royaume est nommé Gambari (qui veut dire étranger) à cause de sa population très mélangée, qui comprend des indigènes de toutes les races, haoussas, baribas, etc.

Parakou, résidence du roi des Gambaris, est divisée en deux parties. La première, dite ville du roi, est petite mais bien tenue ; c’est là qu’avait été construit au début le poste. 11 a été plus tard, ainsi que la résidence, l’ambulance et le magasin de vivres du haut Dahomey, transporté à la seconde ville, dont la population est d’environ 15.000 habitants. Elle contient des marchés très importants où l’administration locale cherche à attirer les caravanes du Boussang et du Yorouba, de façon à profiter de la position centrale qu’occupe Parakou, où viennent aboutir toutes les routes du haut et du bas Dahomey, pour essayer d’en faire un centre commercial comme Kratyé ou Salaga.

Niki, l’ancienne capitale du Borgou, a dû être autrefois fort importante; elle ne se compose plus aujourd’hui que de 7 ou 8 villages groupés autour des cases du roi et pouvant contenir une population de 5.000 habitants.

Tout le Borgou est habité par les Baribas, que nous retrouverons dans le cercle du moyen Niger et de Djougou-Kouandé. Le Dr Bartet, médecin-major de l’expédition du Borgou, les décrit ainsi : « Ce sont de beaux hommes qui habitent un pays relativement riche. La terre rapporte du maïs, du mil, du riz rouge, des ignames, des arachides, des haricots, du tabac. Les pâturages sont beaux et les troupeaux nombreux. La région' est forcément le lieu de passage des caravanes de Haoussas, qui viennent commercer à la côte et acheter des kolas. Aussi grèvent-ils ces commerçants d’un droit très élevé.

Ce sont des pillards de profession. En général, ils sont presque uniformément vêtus d’une tunique sans manches, ouverte en triangle sur le devant de la poitrine et très peu pincée à la taille. La couleur en est presque généralement verte avec des

Êy- * \

Guerrier bariba de Niki

raies longitudinales jaunes ou bleues. Les uns portent le pantalon bouffant de forme arabe, de la. même couleur jaunevert; les autres n'ont qu’un lambeau d’étoffe semblable autour des reins. Le matin, le soir et par les temps humides, ils se drapent tous, hommes et femmes, de grands pagnes bleus foncés dont ils rejettent comme une toge les pans sur

l'épaule gauche. Sur la lèl.e, un bonnet d’étoffe rond affeclant la forme d’un bonnet napolitain, el toujours de la même couleur jaune, vert ou blanc. Les cheveux sont, comme chez les Malus, décomposés en ilôts de toutes les façons possibles. Le bonnet des chefs est plus élevé et est orné de losanges de drap, de peaux de bêles et de plaques de métal. Les chefs sont revêtusd’une longue robe à traîne et portent des sandales. Le Bariba se reconnaît à un tatouage générique. C’est une incision de i à 5 centimètres de long, qui part du milieu du nez pour aboutir au milieu de la joue; les cicatrices diverses que portent .beaucoup de gens sont des tatouages accessoires. La moustache est rare, la barbe existe au menton. Ils portent des bracelets de cuivre rouge, de fer, ou des bracelets avec mélange de ces deux métaux, qui leur sont fournis par les Haoussas.

(( Les femmes portent un grand pagne bleu attaché à la taille et pouvant en même temps recouvrir les seins. Leur grande coquetterie consiste à s'entourer la tête de morceaux d’étoffes de couleur voyante roulées en turban. Elles plient cette étoffe plusieurs fois sur elle-même el s’en parent tous les jours. Comme les hommes, les femmes portent des anneaux de cuivre ou de bois aux bras, quelquefois aux pieds.

«Le Bariba est hospitalier, lorsqu'il est votre ami; mais, sans cela, il est cupide et plein d’orgueil.

« Les villes sont fortes, beaucoup sont défendues par de beaux tatas. Les cases rondes sont en terre de barre ou en paille Iressée. Quelquefois, les deux matériaux sont superposés.

« Les chevaux, nombreux et beaux, sont traités avec grand . soin, mais ils viennent du Gourma ou des rives du Niger et ne paraissent vivre ni facilement ni longtemps.

« L’armement des Baribas comprend le couteau, de sabre, la lance, le bouclier en peau de bœuf pour les cavaliers. Les

Le roi de Parakou

gens de pied ont l'arc, les llèclies et de mauvais fusils à pierre dont ils ne se servent guère que dans les réjouisancess publiques. Les flèches sont enduites d'une composition mortelle, empruntée à un stropliantus. »

On trouve également dans tout le Borgou des Peulils pasteurs qui se livrent activement à l’élevage des bœufs et des moutons, dont ils ont fait une des richesses du pays. Ils nous étaient primitivement fort hostiles et avaient, au début de notre occupation, commencé à émigrer dans les territoires de Boussang et du Yorouba. Une politique ferme et bienveillante, la sécurité absolue qui règne dans le pays ont contribué non seulement à enrayer ce mouvement, mais encore nous oïd ramené la plupart de ceux qui avaient émigré.

L’élément musulman est assez nombreux. Il représente, par opposition aux fétichistes, la partie intelligente et éclairée de la population, qu’il convertit peu à peu. 11 a jusqu’à présent plutôt aidé qu’entravé notre action dans ces régions, contrairement à ce qui se passe plus au Nord.

2° Cercle de Djougou-Kouanclé. — Le cercle depDjougou- Ivouandé est compris entre les neuvième et dixième degrés de latitude Nord et le premier degré d longitude Ouest et le méridien de Paris.

Il est traversé du Nord au Sud par la chaîne de l’Atacora, dont la hauteur maxima ne dépasse pas 800 mètres et [sur laquelle se trouve, à quelque distance du village de Tassigou, la ligne de partage de quelques-uns des sous-affluents du Niger, des Yolta et de l’Ouémé.

Cette région est sillonnée de nombreux cours d’eau qui, dans les régions montagneuses de l’Ouest, deviennent, au moment des pluies, de véritables torrents et s’étalent, au contraire, en marécages dans les régions moins accidentées situées à l’Est.

Le pays est riche, fertile et peuplé. Les villages, fort nombreux, sont entourés de cultures de mil, d’ignames, de maïs et

d’arachides, qui non seulement suffisent largement à nourrr la population, mais encore permettent aux nombreuses caravanes allant du Niger à Kratyé de se ravitailler.

Le cercle de Djoügou-Kouandé est habité, de Bassila à

Guerrier bariba de Boussa

Djougou, par les Kodokolis, indigènes de même race que les mahis de Savalou; à Djougou et jusqu’à Birni, par les Kafiris; à partir de Birni, par les Baribas, et enfin dans le royaume de Konkobiri, par les Gourmabés ou Gourmantchés.

M. le Dr Bartet décrit ainsi les Kodokolis, les Kafiris et le pays qu’ils habitent : « Les villes sont fortes et situées au

milieu de magnifiques forêts, où l’on s’engage sans avoir trouvé un être sur la route, sans avoir d’autres indices de la présence de l’homme que quelques champs cultivés aux alentours. Tout d’un coup, un village se dresse devant vous, il se compose de cases rondes à murs épais en terre de barre, de hauteur d'homme. Un toit de paille les recouvre. Mais leur caractère saillant est le fait qu’elles sont reliées entre elles par des murs demi-circulaires. Seules, deux ou trois ouvertures, qui indiquent l’existence de rues étroites et tortueuses, permettent de s’y engager. Bref, la vue de ces villages est en rapport avec le genre de vie des habitants et le tout conforme à leur air sauvage. C’est le. triomphe de la force physique et de la rudesse chez les hommes et chez les femmes; les hommes sont quelque peu vêtus. Il en est de même de la femme mariée. Quant à la jeune fille, jusqu’au jour où elle est demandée en mariage, elle est entièrement nue et porte seulement des colliers autour du cou et des reins et des bracelets aux bras. Les étoffes sont le meilleur objet d’échange dans la région. La coiffure est curieuse. Les mahis, hommes et femmes, ont la tête rasée, à l’exception de trois ou quatre touffes de cheveux découpées en îlot, situés un à chaque extrémité de la suture sagittale et un sur chaque pariétal, ou, comme les arabes, ils laissent un long toupet sur le sommet de la tête, mais la plus grande diversité existe dans les coiffures que chacun arrange à sa fantaisie. »

C’est dans cette région qu'on commence à trouver des gens en armes, au contraire de ce qui existe dans tout le Dahomey proprement dit. Les hommes sont tous munis d’arcs et de flèches empoisonnées et d'un couteau dont la poignée embrasse la main et dont la lame est par suite dirigée horizontalement à l’extérieur. Les villages les plus remarquables do la région des Kodokolis sont Banté, Akpassi, Pira, Caboli et surtout Bédou.

A partir de Djougou vivent les Kafiris; on remarque sur la carte, à côté du nom de ce village, le nom de « Ouangara ».

C'est qu’en effet on trouve dans ces régions une organisation spéciale. A côté des habitants primitifs du sol sont venus se fixer des commerçants, haoussas surtout. Ceux-ci n’habitent pas au même endroit que les premiers possesseurs du sol. Us

Femme du Yoruba

habitent le « Ouangara », la ville des étrangers, très riche, possédant un grand marché, entourée d'un tata. A la tête du « Ouangara » est un chef qui porte le titre de « Parapei » ou chef des étrangers. Les autochtones ont leur chef propre. Outre ces deux personnages, il faut compter avec les Imans, îhefs religieux musulmans. A partir de Bassila, en effet, on

seul qu’un élément étranger et plus civilisé a fait son apparilion; on voit que l'islamisme ;a déjà jeté les bases de sa conquête morale.

Le gouverneur Ballot décrit ainsi les Kaflris : « Les demeures de ces gens sont en pisés, reliées entre elles par des murs de 3 m. 50 à 4 mètres de hauteur, d’une grande épaisseur et sans ouverture pour y pénétrer. On entre et on sort au moyen d’une pièce de bois entaillée sur lequel les gens grimpent à la façon des singes. Quand l’échelle est retirée, il n’y a plus de moyens de pénétration. Pas de toits en paille, mais une terrasse à l’épreuve de la pluie. ■ /';

« Hommes et femmes sont nus et prennent tous les armes en cas de guerre. Rien n’est plus curieux que l’équipement «le ces guerriers. Des plumes fort hautes sur la tête, des colliers de piquants de porc épie ou de plumes aux bras, aux coudes, aux genoux ; des anneaux dans le nez et dans la lèvre inférieure : tels sont leurs ornements guerriers. Si on leur offre dles étoffes, ils éclatent de rire, disant qu’ils n’en ont que faire. Un peu de sel est la seule chose qu'ils désirent, ils détestent les étrangers, et c'est avec raison que les musulmans les appellent « Ivaliris ou Kéfiris », c’est-à-dire sauvages, infidèles. »

A partir de Birni, la population change et les Kaflris sont remplacés par les Baribas que nous avons déjà décrits plus haut. Ils s’étendent au Nord jusqu’au village de Firou et peuplent le royaume de Kouandé, dont la capitale, qui porte le même nom, est située au pied du massif de l'Atakora, à environ 100 kilomètres de Djougou. C’est un centre important moins par le commerce qui s’y fait que par l'étendue de ses cultures, qui permet lent aux caravanes allant de l'Est à l’Ouest de se ravitailler.

Le royaume de Kouandé faisait autrefois partie du Borgou, dont il s’est séparé il y a une centaine d’années; son chef est parent du roi de Niki, mais Kouandé et lés territoires qui en

dépendent ont été rattachés politiquement avec le royaume de Konkobiri à Djougou pour former le cercle de Djougou- Kouandé.

Jusqu’à notre arrivée, le Djougou était politiquement très divisé; il comprenait les royaumes suivants, dont les rois ou chefs se faisaient entre eux des guerres acharnées auxquelles notre occupation a seule pu mettre fin :

1° Le Sachérou, qui avait pour capitale Djougou. Son chef, le roi Pétoni, est originaire du Ctourma, et il se reconnaissait vassal du roi de Niki. Il a sous son autorité une vingtaine de villages, dont les principaux sont Djougou-Ouangara, Mami et Cécé ;

2° Le Sobroukou, appelé ainsi du nom de sa capitale, dont le roi, Marsa-Saba-Malou, est le chef d’une quinzaine devillages, dont les principaux sont Pédebina et Foumga;

3° Le village de Séméré et le territoire qui l'entoure;

•4° Le village de Pabégou, qui relève du roi de Kouandé, auquel il paye tribut ;

5° Les villages de Bariénou et de Sérou, qui relèvent du roi de Bori;

f>° Les villages d’Aledjo et de Bodi. qui reconnaissent l’autorité du roi de Kirikri.

Enfin, le cercle de Djougou-Kouandé comprend le royaume de Konkobiri, borné à l'Ouest par le pays de Pama, au Nord par le pays de Botou, à l'Est et au Sud par les royaumes de Kandi et de Kouandé.

Bien que d’une superficie de 4,500 kilomètres carrés, il ne comprend que quelques villages peu importants par leur population, à l'exception de Ivadiagara et de Konkobiri, la capitale, qui est située sur la route des caravanes venant de Say ou du Nord du Sokoto et allant à Sansanné-Mango, par Botou, Kodjar et Konkobiri. Elles faisaient autrefois des haltes assez longues dans ce dernier centre pour compléter leurs approvi-

sionnements en boeufs, moutons, ivoire, qu'elles troquaient ensuite, à Sansanné-Mango, contre de la, kola et de l’argent.

Malheureusement, une de ces caravanes fut pillée, à la lin de 1894 ou au commencement de 1895, par Aguari, chef de Lambounti, qui, ayant eu connaissance de la présence à Konkobiri de nombreux marchands haoussas, se rendit dans ce dernier centre avec des guerriers et captura toute la caravane, hommes, femmes et marchandises.

Depuis cette époque, jusqu'au milieu de 1899, il ne vint plus une seule caravane. Mais la prise de Niki et l’occupation complète du Borgou, en assurant la sécurité des routes, ont amené, pendant ces derniers mois, la reprise du mouvement commercial. Elle s’accentuera d’autant plus que le Ivonkobiri, occupé par nous depuis 1897 et habité par des Gourmas et des Peulils, qui s’occupent activement de culture et d'élevage, a retrouvé une certaine prospérité depuis que nous l'avons mis à l’abri des incursions des Baribas.

Les habitants possèdent de nombreux troupeaux de moutons, de chèvres et de bœufs. Les pâturages sont excellents et très favorables à l’élevage. La volaille abonde.

Ils cultivent, en outre, d'une façon très sérieuse le mil, qui est leur principal aliment, le maïs, l'arachide, l’igname, le manioc, le tabac et récoltent enfin le beurre de karité, qu’on trouve en abondance dans toute la région.

Malgré tout, le point de beaucoup le plus important de toute celle région est Djougou, où passent presque toutes les caravanes de l’Est à l’Ouest. Celles-ci, après avoir franchi le Niger, suivent la route Ilo, Kandi, Ouassa, Djougou et apportent de l’ivoire, des plumes, du caoutchouc, de la gomme, des étoffes, des chevaux, des ânes, des bœufs et des moutons.

La plus grande partie de ces marchandises sont échangées contre de la jnoix de kola. Le reste, contre de l’alcool et des étoffes ajourées fabriquées dans le pays et connues sous le

nom de Salas de Djougou. Les caravaniers, après avoir terminé leurs transactions, ce qui dure rarement plus de huit jours, tellement est grande l’activité commerciale de cette région, remontent vers le Nord. Les gens de Djougou forment alors de nouvelles caravanes qui vont à Salaga ou à Katyé échanger leurs produits et s’approvisionner des kolas qui leur sont indispensables pour commercer avec les Haoussas.

Depuis longtemps déjà, l'administration locale a fait tous ses efforts pour détourner sur un point français de la côte les caravanes allant à Salaga et à Kratyé, de façon à faire bénéficier nos commerçants des riches produits du Sokoto et à remplacer par des marchandises françaises les produits étrangers qu’achètent les gens de Djougou. Quant aux kolas, il est facile d’en faire venir de Conakry, où on les trouve en abondance.

Dans ce but, une grande route allant de Djougou à la côte a été entreprise. Elle réduira considérablement la distance entre le premier de ces points et Savalou et permettra à nos commerçants, s’ils sont assez hardis, de bénéficier des nombreuses i caravanes qui alimentent les grands marchés de Salaga el de Kratyé.

3° Cercle du Gourma. — Le cercle du Gourma, formé par l’ancien royaume de ce nom, moins le Konkobiri, est aussi appelé Noungou. 11 est limité au Nord par les territoires de Dori, du Torodi et de Say; à l’Est par le Dendi, le Borgou et la chaîne de l’Atakora; au Sud par le pays des Kafiris cl le territoire de Sansanné-Mango, enfin à l’Ouest parle Mossi et le Boussangsé. 11 a pour capitale Fada N 'Gourma.

Le Gourma, qui, dans le Sud, est accidenté, sillonné de nombreux cours d'eau, est au contraire dans le Nord uni, sablonneux, complètement dépourvu d’eau el les villages s’alimentent avec des puits.

Le pays esFd’aspect Irisle. Le sol esl ferrugineux, la terre

sèche, la couche d'humus faible, les arbres sont rares et de petite taille. Celle contrée étant inondée pendant une partie de l'année, l’herbe pousse partout et sert à la nourriture de nombreux troupeaux.

Les hommes sont vigoureux, leur air est moins intelligent que celui des Baribas. Ils sont bien plus paisibles. Les villes sont peu ou pas fortifiées. Les cases sont rondes, leurs murs sont en terre ou en paille tressée, les toits sont également en paille. Les villages sont formés par des agglomérations étendues de cases groupées par huit ou dix suivant les familles et séparées par des champs. Les cases ne sont reliées entre elles que par des barrières de paille de mil. On sent qu'on n'a pas à faire aux pillards du Borgou ; cependant ils sont loin d’être parfaits. Ils ne s’aventuraient autrefois que rarement en dehorsde leurs villages respectifs, de crainte d’être faits captifs. Les cases des chefs ne diffèrent guère des autres; comme celles de leurs gens, elles sont circulaires. La case d’entrée possède deux ouvertures à- hauteur d’homme : elle sert aux palabres, à la réception des étrangers. Souvent aussi on y loge les chevaux. Les cases ont pour ouverture une porte circulaire, si basse qu'il faut presque s’accroupir pour y entrer. Leur aération est faible, elles sont peu propres. Le groupe des cases du chef se reconnaît aux œufs d’autruche qui les surmontent.

Les hommes sont vêtus de la même façon que les Baribas, pantalon bouffant, large tunique, faite de bandes d’étoffe en coton du pays, larges comme la main, alternativement blanches et bleues. Toutefois les étoffes sont plus grossières que celles du Borgou. Les femmes sont vêtues depagnes bleus et ne portent rien sur la tête, sauf aux jours de grande fête où elles mettent quelquefois une sorte de turban. Les filles sont nues, sauf un linge qui pend au devant des jambes et qui tombe jusqu’à terre. Ce linge est fixé au moyen d'un collier de reins en cauris d’une éclatante blancheur. Toutes les femmes

portent des gris gris suspendus au cou par des lacets de cuir. Ces gris gris ont la forme d’un rectangle de cuir avec troiscauris dans l’axe. Des jracelets de fer, de cuivre, de bois ou de cuir d’éléphant, "témoignant de l’habileté des chasseurs, ornent leurs bras. Les hommes ont les mêmes bracelets et, au-dessus

Un banian à Kouti (Haut-Dahomey)

du coude, ils portent quelquefois une pierre taillée ayant la forme d'un anneau.

Les chefs ne portent pas la robe à traîne de ceux du Borgou. Ils sont vêtus richement, ils portent généralement un bracelet d’argent au bras droit et marchent précédés d’un bâton au sommet duquel pend une queue de bœuf.

Les femmes ont les traits masculins; elles portent dans les oreilles des morceaux de bois aux extrémités desquelles sont des cauris.

Au contraire des Baribas, qui sont propres dans leur mise, les gens du Gourma sont d’un aspect sale et le grand nombre d’affections oculaires dont ils sont affligés par suite de la fréquence de la conjonctivite granuleuse ne contribue pas à les embellir.

Les Gourmabés sont fétichistes, leur croyance aux amulettes est très grande. Les musulmans, nombreux dans le pays, sont tous d’origine étrangère, Foulbés du Soudan, Haoussas ou Zabermah du Dendi.

Le royaume du Gourma présente ce phénomène, assez rare dans les régions si troublées de la boucle du Niger, d’avoir pu se conserver intact sous la même dynastie pendant niés de deux siècles.

Il le doit probablement à ses limites naturelles qui en rendaient l’invasion difficile, à l’unité de sa race qui ne parait avoir été troublée par aucun mélange étranger, et, enfin à l’autorité absolue dont ont joui longtemps les rois de ce pays et qui commençait seulement à s’affaiblir au moment de notre arrivée.

Les rois du Gourma ont toujours été renommés pour leur luxe et leur orgueil. Ils vivent entourés d'une cour nombreuse, composée de dignitaires revêtus de titres pompeux, comme le « Tangari », introducteur des chefs etc, de griots, de cavaliers et de mendiants.

Le roi ne se découvre jamais. Il porte dans les cheveux un fétiche qui vient du fondateur de la dynastie et qu’une femme, la « Matanou », est spécialement chargée de couper à la mort du roi. Cette importante fonction lui donne en outre une certaine autorité dans les conseils.

Le souverain actuel, Bantchandé, 23m° roi du Gourma, fait remonter sa dynastie à un nommé Lompo qui serait tombé du ciel sur un rocher que l’on montre encore près de Madjori.

Tous les rois du Gourma ont soutenu. victorieusement de nombreuses guerres contre leurs voisins: Kafiri de Paina et de Sansanné Mango, Baribas du Borgou et Peuhls du Nord.

S’il faut en croire la légende, les roisduGambakha, du Mossi, du Boussangsé, leur payaient autrefois tribut et les autres grands chefs du Dendi, du Zabermah et du Borgou recherchaient leur amilié.

Lors de notre arrivée en 1895 la puissance des rois du Gourma avait bien diminué. Non seulement tous leurs anciens tributaires avaient repris leur indépendance, mais encore Bantchandé luttait péniblement contre le chef de Matiacouali qui s’était révolté et qu’il ne put réduire qu'avec l'aide de la mission Baud.

Les ressources du Gourma sont assez nombreuses, on y trouve en abondance des chevaux d’une belle race, des bœufs, des moutous, des chèvres, des poules, des pintades, des canards. Le gibier, les éléphants et les fauves y sont nombreux et il y a presque dans chaque village des chasseurs de profession.

Les principales cultures sont le maïs et le mil dont il est récolté des quantités considérables. Viennent ensuite le riz, les ignames, les haricots et enfin l’arachide qui n’est actuellement qu'une culture vivrière, mais susceptible de se développer considérablement quand ce produit pourra être transporté jusqu’à la côte. Les industries du Gourma sont assez peu développées, on n’y trouve guère que quelques forgerons, des selliers, des potiers et des teinturiers.

Cette région est sillonnée de nombreuses routes commerciales ouvertes depuis notre occupation, les principales sont :

Say-Matiacouali. — Fada N Gourma.

Dori-Bii.anga. — Fada- N 'Gourma.

Ouagadougou. — Ivoupéla, Fada N’Gourma.

Fada N'Gourma. — Yanga, Djebiga, Samka, Gambaka, Yendi eL Kratyé (Togo).

Sa y. — Bol ou, Matiacouali, Bozogou, Parna, Sansanné- Mango, Yendi.

Ilo. — Kandi, Baniquara, Konkobiri.

Les « dioulas», commerçants venant du Sud, apportent surtout la kola, qui est le principal produit d’importation, de la verroterie, du sel. des tissus divers, de la poudre, de la quincaillerie, de la chaudronnerie et de la coutellerie. La presque totalité de ces produits sont de fabrication allemande ou anglaise et viennent des marchés de Kratyé. Los tissus recherchés sont les étoffes de couleur voyante : la guinée et les étoffes rouges. Les étoffes blanches très apprêtées sont de vente courante mais peu estimées.

La verroterie et la bimbeloterie comprennent tous les objets de parure, mais surtout les filières de perles bleues, rouges, blanches ou même d’ambre et de corail, ces dernières très recherchées par l’élément peuhl.

Les fils de coton, le salpêtre, l’antimoine, le cuivre en barre viennent de Gamba kha. où ils sont importés par la colonie anglaise de la Gùte d’or. Le Gounna reçoit encore^du sel, des parfums et quelques articles de sellerie de Tombouctou.

Les produits français, inconnus avant notre occupation, commencent à se répandre. La nouvelle route de Djougou à la côte facilitera à nos produits manufacturés l’accès de ces j régions.

Cercle du Moyen-Niger et rive gauche du Niger. — Le i cercle du Moyen-Niger qui s’étend sur les deux rives du fleuve a pour capitale Kandi. Il est formé par les provinces de Bouay et de Kandi, par les pays indépendants de Baniquara et les territoires Zaberma ou Demli situés sur les deux rives du

(1) Les renseignements concernant les provinces du Niger sont extraits des rapports officiels au ministre des colonies.

Le Marché de Kouti (Haut-Dahomey)

fleuve. Il est limité, au nord, par le Soudan français, à l’est par la frontière franco-anglaise, au sud par le cercle de Parakou et à l'ouest par la province de Ivouandé.

Toute la partie sud de ce c rôle, est formée par le royaume de Bouay qui appartenait autrefois au Borgou. Elle est peuplée de ces Baribas que nous avons déjà dépeints.

Voici comment M. le gouverneur Ballot décrivait cette contrée dans le rapport du voyage qu’il fit au Niger en 1895: « Le pays est inculte, les habitants en sont inhospitaliers, menteurs et fourbes.

«Les routes sont impraticables pour l’étranger, les caravanes qui descendent le Niger ou qui arrivent par terre évitent les pays baribas où elles sont rançonnées sans merci.

« Quand une caravane arrive, elle est reçue avec beaucoup d’empressement, surtout lorsque ses marchandises sont riches. Le chef lui fait bonne figure, comble ses membres de prévenances pendant tout son séjour chez lui, en ayant soin cependant de leur soutirer le plus grand nombre possible de cadeaux pour lui et sa famille toujours très nombreuse. Mais, quand les voyageurs désirent continuer leur 'route et demandent à partir, la scène change. Le chef jette tout à coup le masque devient insolent, violent, déclare brutalement que les cadeaux sont insuffisants, peu en rapport avec le grand nombre des charges et la richesse des marchandises, bref, qu’il lui faut tels et tels objets pour autoriser le départ et donner un guide. Ce dernier est d’autant plus indispensable qu’il ne sert pas seulement à indiquer la route, mais qu’il est en même temps un protecteur, une sorte de sauf-conduit sans lequel les villages suivants ne laisseraient pas passer les voyageurs ou feraient des difficultés pour les recevoir. Les malheureuses caravanes doivent, pour continuer leur route, satisfaire aux exigences de ces bandits, en s’estimant encore fort heureuses de n’être pas complètement dévalisées dès la première étape.

« Généralement, le chef se contente de la cinquième partie des marchandises, mais cette opération se répétant dans chaque village, on voit où en est réduite la malheureuse caravane après quelques étapes... »

Depuis notre occupation tout a changé: les routes sont devenues sûres, les caravanes commencent à reprendre la route de Djougou et les habitants, privés des ressources qu’ils tiraient du pillage, se sont remis à cultiver les ignames, les haricots, le mil, le maïs et le riz. L’occupation des territoires du Maouri situés sur la rive gauche du Niger, presque complètement inconnus jusqu’à ce jour et que pour cette raison nous allons décrire longuement, complétera l’œuvre entreprise. Elle assurera la sécurité aux caravanes, de leur sortie du Sokoto à Djougou et contribuera à faire du Dahomey la route commerciale des régions avoisinant le Tchad.

Le Niger (la rive gauche). — Le pays reconnu à la France, par la convention du 14 juin 1898. dans la région comprise entre le Niger et son affluent le Dallol Maouri, affecte la forme d’un grand Y et n’a pas de limites bien précises vers le Nord où il s’étend jusqu’au Sahara. 11 forme une transition entre le désert et les régions boisées du Sud. Bien que sablonneux, le sol de cette région n’est pas stérile et il est couvert d’une brousse épaisse partout où les indigènes n’ont pas mis le feu pour les besoins de leurs cultures. Il semble que c’est au Niger, qu’il faille attribuer cette action bienfaisante, car bien que son influence fertilisante ne s'étende en apparence qu’à quelques kilomètres de ses rives, on trouve lans toute la région, de l’eau en abondance à des protondeurs variables, presque au ras de terre dans les Dallol, larges vallées qui recueillent les eaux de pluie et les conduisent au Viger, et à une profondeur plus grande mais qui ne dépasse pière 40 ou 50 mètres dans tout le reste du pays.

Les eaux qui tombent dans la saison des pluies, sont suffi -

santespour faire pousser les quelques plantes alimentaires que sèment les indigènes, et pendant la saison sèche les Dallol sé couvrent de pâturages où les Peuhls, qui s’adonnent surtout i' l’élevage, trouvent de quoi nourrir leurs troupeaux.

Le Niger qui délimite cette région au sud et à l’ouest s< dirige, dans cette partie de son cours, du N. -N. -O, au S.-S.-E Large de 3 à 500 mètres il est assez rapide et peu profond. Soi lit est souvent embarrassé de rochers et de grandes îles marécageuses. Des terrains d’inondation, quelquefois plus larges qui le fleuve lui-même, rendent son abord malaisé et augmenter; les difficultés du passage. Ils sont couverts par les eaux au moment de la saison des pluies, en septembre et octobre, mais lf crue se prolonge au delà de cette époque par les apports de sor cours supérieur qui atteignent leur maximum en décembre.

Les principaux affluents de gauche sont : le Dallol Bosso et le Dallol Maouri. Ce sont de larges rigoles plates qui ne couleni que pendant trois ou quatre mois de l’année, mais dont le sol constamment humide, estdrès fertile. Leur possession a donné! lieu autrefois à des luttes acharnées entre les différentes peuplades habitant ces régions.

Le Dallol Bosso, le mieux connu, reçoit à l’ouest le Dallo Toumbodi dont la vallée s’étend du Dentchiendou à Tamkalla

Le Dallol Maouri est moins long et moins important, hier que tous deux semblent néanmoins s’étendre fort loin dans le Sahara. Il est formé parla réunion à Massaraoua de deus Dallol venus l’un de l’Areura par Matankari, l’autre du Sokokj par Bindjié. Il reçoit à l’ouest le Goulmandou qui sépare le territoire de Bosso du Maouri et le Fogha venu de l’Immaman.

L’orographie parait assez simple. 11 y a d’abord une longua 1 chaîne de collines qui suivent la vallée du Dallol Bosso paj Sargadjié Ivoigolo et s’affaissent près de Garbou après avoi) détaché vers l’est une chaîne de hauteurs qui couvrent le pay; de Dosso. Au sud de la ligne Say, Tamkalla Tilly, le pays es

bsolument plat. Au nord il y a toute une chaîne de collines ui semblent être les derniers contreforts des montagnes du iahara et diminuent de hauteur au fur [et à mesure qu’elles en éloignent.

O11 trouve dans cette région plusieurs races fort différentes ni sont :

La race Peuhl,

La race Zaberma,

Les Touaregs.

La première, de beaucoup la plus intéressante, est suffisamment connue.

Les Peuhls (Pouls, Foulbés etFoulanis) sont maigres, nerjeux, à peau bistrée, très intelligents, intrigants, mal avec tus leurs voisins, oppresseurs dès qu'ils cessent d’être opprimés, très attachés à leurs chefs et aux gens de leur race, hnemis jurés des blancs, dès qu'ils n’en ont plus besoin, au emeurant grands travailleurs ; ils se livrent surtout à l’éleige du bétail. Les femmes peuhls sont relativement très belles. Les Zabermas, au contraire, sont très noirs de peau et ne itèrent pas moins de leurs voisins au moral qu’au physique, jauvres en bétail, mais possédant de nombreux chevaux, iresseux, ne cultivant que le mil qui leur est nécessaire, peu lidaires les uns des autres malgré leur groupement, de ■ ractère brutal, peu experts en intrigues, ne cédant qu’à la îrce, cavaliers infatigables, pillards invétérés, peu coura- ; ux et naturellement cruels. Les villages et les chemins sont iirt mal entretenus ; les femmes, les enfants et les esclaves t (.vaillent seuls pendant que les hommes se reposent ou font 1 guerre. Par leurs exactions, ils ont fini par détourner de lir pays, dont c’était pourtant la route naturelle, les caravnes, qui l'ont tellement déserté, que Ton n'y trouve aucun i jet d’échange, pas même du savon indigène. L’industrie x est également nulle. Vêtus de haillons sordides à notre

arrivée, ils commencent à être moins déguenillés et moin; sales. Ils sont assez bien avec leur équipement de guern emprunté en grande partie aux Touaregs : la ligure voilée dt litham, vêtus d'un pagne flottant et de grandes jambières dJ cuir, l'anneau de pierre au bras, un poignard passé le longdi l'avant-bras, le large sabre à poignée en croix suspendu à ui baudrier, un bouclier en cuir de bœuf suspendu à la selle leur harnachement est généralement très pittoresque.

Les Touaregs, que les Zabermas appellent Sourongué habitent le pays de Tagazza (en peuhl Tiapari) et d’Immanan Ils sont de race berbère, cuivrés de peau. Ce sont nos ennemi; les plus acharnés, mais la petite fraction qui habite Tagazza et hnmanan est dégénérée, isolée et ne pourrait nous résiste longtemps.

Tous ces indigènes sont de religion musulmane, mais ci sont des croyants fort tièdes attachés à quelques momerie: seulement. Les marabouts, souvent totalement illettrés et ni connaissant que quelques traditions, sont peu influents, et 1; religion chrétienne trouverait ici des gens faciles à converti] et aurait une heureuse influence sur ces polygames abrutis e fainéants.

Les villages sont fort nombreux; le seul chef de Tessa commande à 30 villages ne formant qu'une très faible parti! du Z al )enna. Tous ces villages sont en paillettes (c'est nous qui avons construit les premières cases en maçonnerie) ; ils sont, par suite, aussitôt reconstruits que brûlés, chose qu arrivait souvent autrefois. Beaucoup sont entourés d’un tata ou d’une palissade. Ils sont groupés autour de puits qu! fournissent de l’eau presque toute l'année. Quelques-uns son très profonds et leur forage constitue un véritable tour di force. Les traditions racontent qu’ils ont été creusés autrefoi par des blancs venus du Nord qui sont allés ensuite au Bon gou. On montrait encore récemment à Garbou des chaînes d

«r dont ils se servaient. Quels étaient ces hommes blancs? On e le saura probablement jamais.

La race peuhl a formé le puissant empire du Sokoto avec ses •udataires, le Godobaua, le Gando. le Kantagora, le Yaouri Le., dans lequel sont disséminés de nombreux Haoussasindusiels et commerçants qui, avec les Peulils contribuent à la rospérité du Sokoto et semblent fort bien s'y accorder.

11 n'en fut pas de même autrefois dans le Gando où les aoussas étaient esclaves. Se sentant un jour plus forts que urs maîtres, ils se révoltèrent et, après avoir fait un gros dtin se réfugièrent dans le Kabbi où ils fondèrent les grands tas de Birni, M' Kabbi et d'Argoungou qui devint leur capile.

Malgré tous leurs efforts les Peulils du Sokoto ne purent les i déloger et ils n'aboutirent qu'à cimenter entre les H aoussas i leurs nouveaux voisins, les Zabermah, une alliance qui avait leur faire courir les plus grands dangers.

Les Zabermah viennent, d’après leurs traditions, d’un pays rué à l’ouest et nommé Malé. Faut-il voir dans ce mot une irruption de Malinké, race avec laquelle les Zabermah ont une értaine ressemblance, ou doit-on les considérer comme les trniers débris du grand empire de Mel qui existait il y a pilleurs siècles. On ne sait? Quoiqu'il en soit, chassés par les Jaillis, ils émigrèrent dans ce pays où ils se fondirent avec la i e autochtone dont il ne reste que quelques représentants. L même que les H aoussas, ils considéraient les Peulils comme lirs ennemis séculaires, ils les avaient chassé du Dalloll.sso où ils n’en toléraient qu’un petit groupe.

.a haine des Peulils existait donc chez les II aoussas du I bbi comme chez les Zabermah; il ne fallait plus qu’un i ident pour en faire des alliés. Cet incident se produisit a/'ès le voyage de Barth, en 1853-1854.

Vers cette époque, alors que le Zermacoi, ou chef des

Zabermali était Kossam, un Zabermali nommé Daoudouviu lui demander sa protection. 11 avait commis divers crimes el ses compatriotes voulaient lui faire un mauvais parti. Kossam qui était un homme doux et faible accueillit le proscrit dans sa propre demeure. Mais Daoudou se sentant protégé ne tard; pas à recommencer ses méfaits en même temps qu’il gagnait i sa cause par l’espoir delà guerre et du butin, les Zabermali qu. n'attendaient qu’un chef pour recommencer la guerre contre les Peuhls. Les hostilités commencèrent sous un prétexte futile el il les chassa successivement de tous les villages qu’ils occupaient dans le Dallol Bosso. La lutte fut longue, opiniâtre et les Zabermali actuels se souviennent encore des combats de Tamkalla, Kalia, Keni, Fabedjié, Basclii, Bélandé « oi furent tués beaucoup d’hommes » et qui furent autant de succès pour Daoudou. Il fut pourtant battu une fois à Garbou sur Lroute de Dosso à Karimama. Furieux, il rentra à Dosso el convoqua tous les Zabermali à une revanche ; il invoqua mêmd l’aide du chef des Kabbi qui lui envoya ses guerriers. Cependant Aboul Hassani, chef des Peuhls de la région, vint ; Garbou et décida les habitants à fuir au Sokoto pour éviter ur massacre certain. Furieux, Daoudou se retourna contre lui el après le plus violent combat de cette guerre s’empara de sa résidence, Arkanassou. Il n’y avait plus de Peuhls dans lq pays Zabermali ; tous leurs villages étaient détruits et les survivants s’étalent enfuis au delà du Niger jusqu’à Y agha. Reconnaissant de l’appui prêté par le chef du Kabbi, Daoudou décida le Zermacoi et les Zabermali à reconnaître ce chef coumni leur maître et à le proclamer zerchi (chef) de tout le pays Ainsi fut faite l ’union. L’assistance que prêtèrent peu après le: Zabermali au Kabbi contre le Sokoto la cimenta ; l'adhésioi des habitants du Maouri et de l’Arewa, de race Zabermali, er fit un royaume important.

Daoudou tourna ensuite ses armes contre les Zabermali

établis à l’Ouest du Dallol Bosso et leur fit une guerre d'extermination pendant laquelle il brûla plus de trente villages. Il détruisit également Karimama et menaça Kirtachi {qui se soumit pour éviter le pillage. Au cours d'une de ces expéditions il tomba malade et mourut il y a une vingtaine d'années...

Un Dioulas des bords du Niger

Les Zabermah étaient plus puissants qu’ils ne l'avaient jamais été, ils continuèrent leur existence de pillages et] de vols lorsque l'arrivée d’Ahmadou-Sheikou ancien roi de Ségou faillit amener leur perte.

Celui-ci, qui avait refusé de se soumettre après la prise ale

Nioro, était venu, il y a environ quatre ans, du côté de Say pour tâcher de se constituer un nouveau royaume. Il avait avec lui des bandes éprouvées munies d’armes à feu et pour lieutenant Aly Boury, prince du Djolof, qui avait été notre ennemi acharné. Il vint s’établira Dounga et y fut très bien accueilli, non seulement par les Peuhls des environs, mais encore par ceux du Torodi et ceux qui avaient été chassés du Dallol Bosso. Ils vinrent sous le commandement de leur chef, Ibrahim Galadjo et Bairo, se placer sous ses ordres et le décidèrent à marcher contre les Zabermah.

Ce fut Aly Boury qui conduisit l’expédition. Il se dirigea d’abord sur le Dendi et y brûla les villages Zabermah, isolés sur le fleuve et sur 1a, route Dosso Karimama.

Les Zabermah, commandés par Issa Korombé, successeur de Daoudou, lui livrèrent combat à Boumba. Ils furent défaits et leur chef tué. Aly Boury continua sapointe le long du fleuve et alla brûler des villages jusque- dans le Dallol Foglia. Il marcha enfin sur Dosso et brûla sur sa route Soumakoi, Boumdou, Boalo et Boumdou-Madi. Mais il fut alors averti de l’arrivée d'une colonne française qui marchait sur Say et il s’enfuit précipitamment dans la direction de Souroungué, où l’attendait Ahmadou-Sheikou. Après avoir inutilement essayé de décider les chefs peuhls Bairo et Ibrahim Galadjo à le suivre, ils s’enfuirent dans l’Immanan, où ils guerroyèrent contre les gens de Kourfai. De là, ils passèrent au Sokoto, et c’est, sans nul doute, à leur présence dans ce dernier pays; qu’il faut attribuer la recrudescence de haine qui s’y est manifestée contre nous. Ahmadou-Sheikou, au dire des indigènes, serait mort depuis peu de temps.

A notre arrivée, tout le pays situé au Nord du 14° degré et compris entre le Niger et le Dallol-Maouri faisait partie du royaume du Zerchi-N’Kabbi-Ismail, fils de Baraka, qui habitait Argoungou.

La contrée était divisée en quatre parties, toutes de souche Zabermah :

1° Le Zabermah proprement dit, dont la capitale était Dosso et le chef Zermacoi ou Attibou;

2° Le Maouri. à l'Est du Zabermah, dont la capitale était Bey-Beya et le chef Soumana ;

3° L’Arewa, à l’Ouest du Zabermah, dont la capitale était Mantankari et le chef Bagadge ;

4° A l’Ouest et au Sud, le Dendi oriental presque complètement désert.

Au Nord, cette contrée était bornée par le Fakara et le Terma Ganda, pays habités par les Ziben Haoua, sortes de maures métis de Songhays et de gens de l'Azben. Les liens qui réunissent les cinq troncs du Ivabbi ne sont pas très étroits, l’autorité du chef s'y mesure à sa richesse, représentée par ses esclaves, ses femmes, ses cases, ses chevaux et ses terres, à sa générosité, car l’impôt est remplacé par le pillage, dont le chef a la plus grande part, et surtout à sa valeur comme guerrier et à la crainte qu’il sait inspirer.

D'une façon générale, on peut dire que le pays Zabermah n’était pas exploré avant 1898, date de notre occupation. Le Dr Barth l'avait bien traversé,, à deux reprises en 1853-1854, à l'aller et au retour, de Say à Kallioul (Kaoura). mais il ne s’y était pas arrêté et n’en avait vu, à part Tarn kalia, que la partie la moins importante, actuellement déserte. Il existe encore de vieux FoMlanis qui se rappellent lè voyageur déguisé en marabout, dissimulant ses traits sous une ample coiffure et une barbe noire. Il se rendait, disait-il, aux lieux saints et recevait sur son p alliage le lait et les offrandes que les peuhls offraient à ce saint homme. Il avait bien été surpris à rédiger des notes de voyage, le soir, mais c’était, disait-il, île simples versets du Koran...

Pendant de longues années, cet itinéraire fut le seul rensei-

gnement sérieux qu’on eut sur ce pays. Dosso était à peine marqué, et encore beaucoup trop au Morel; le cours du Niger, de Say à Gomba, était lui-même inconnu.

Le voyage du lieutenant de vaisseau Hourst, en 1896, éclaircit cette dernière énigme. Si les cartes portent actuellement quelques noms de villages inconnus sur les bords du tleuve, il ne faut pas s’en étonner; les brigandages d’Aly- Boury, qui n’eurent lieu qu’après le passage de Hourst, ont fait disparaître un grand nombre de villages.

Auparavant, en 1890, Monteil avait traversé le pays de l'Ouest à l'Est par Say, Dosso-Falakari, il laissa un excellent souvenir dans la mémoire des habitants.

Le commandan t Destenave, du Soudan français, poussa jusqu’à Say qu’il occupa dès les premiers mois de 1897 et il y installa comme résident le capitaine Betbeder. Nous avons vu que l’approche de la colonne avait fait fuir dans l’est Ahmadou Slieikou et Aiy Bory. Malheureusement notre occupation s’arrêta là pendant près de deux ans. L’action de la résidence de Say (dépendance du Soudan) se borna sur la rive gauche du Niger à recevoir la soumission de deux villages riverains, Ivollo et Dounga. La petite colonie du Dahomey au contraire, avec des ressources modestes, faisait tous ses efforts pour atteindre le fleuve en ayal de Say et y réussissait. Au Nord le capitaine Baud arrivait à Karimama et était nommé Résident du moyen Niger ; au Sud la mission Bretonne! occupait Boussa. L'occupation d’Ilo et de Boussa nous assurait le cours du tleuve de Karimama à Boussa (1897).

De plus, en vue des négociations qui allaient s’ouvrir, la mission Cazemajou fut envoyée sur la rive gauche pour recueillir sur place des documents et des renseignements. Elle partit de Karimama en décembre 1897, traversa le Niger et remonta successivement le Dallol Fogha etleDallol Maouri pour aller à Argoungou par la route la plus directe.

Arrivée dans cette ville elle y fut cordialement reçue par le Zerclii qui signa avec elle un traité qui mettait son pays sous le protectorat de la France.

C 'était un événement heureux et s’il se fût produit six mois

Femme Djej

plutôt il nous eût peut être assuré la possession du Rabin; malheureusement quand il arriva à Paris les négociations qui devaient aboutir à la convention de délimitation du 14 juin 1898 étaient trop avancées. Toutefois on en tint compte dans une certaine mesure en adoptant comme frontière sur la [rive gauche du Niger, le thalweg du Dallol Mn.ouri qui coupe en

deux le Maouri et l’Arewa en laissant une moitié à l'Angleterre et l’autre à la France, Nous n’avions pas été malheureux que sur la rive gauche; la même convention du 14 juin 1898 nous faisait perdre les 2/3 de nos belles conquêtes sur la rive droite. Le cercle du moyen Niger, considérablement diminué, eut son chef-lieu transporté à Karimama.

Néanmoins le Dahomey continuait activement sa marche en avant et cherchait à s’établir solidement sur la rive gauche aussi bien pour se rapprocher de la route du Tchad que pour assurer la sécurité du pays et y attirer les caravanes allant de l'est à l’ouest et dont c’était la route naturelle.

A la fin de septembre le capitaine Lorlio, résident du Moyen Niger, établit, conformément aux ordres du gouverneur, un poste à Kirtachi et le 15 novembre envoya le lieutenant Laussu occuper Dosso dont le chef nous avait demandé notre protection.

Cette occupation ne se fit pas sans difficulté. La petite troupe du lieutenant Laussu eut à traverser un désert de cent kilomètres où elle souffrit beaucoup. Enfin le 19 novembre elle arriva à Dosso où elle fut bien accueillie par le chef, mais très mal par les habitants. La situation s'améliora cependant peu à peu grâce au caractère énergique et conciliant du lieutenant Laussu.

Au mois de février suivant, le lieutenant Laussu fut remplacé comme chef du poste de Dosso par le lieutenant Cornu. Cet officier, dès son arrivée, tint un grand palabre auquel vinrent tous les chefs de la région et les envoyés du Serchi M’Kabbi et qui établit d’une façon définitive notre autorité dans le pays.

Quand cette région aura été complètement pacifiée par une administration ténue et prudente, que les villages peuhls, qui commencent à se construire, auront atteint leur complet développement, que les caravanes, certaines d’être respectées

auroul repris la route du Dallol qu’elles suivaient autrefois, le pays sera plus prospère qu'il ne l’a jamais été. Tl peut produire en abondance le petit mil (yéro) base delà nourriture des indigènes, que l'on peut cultiver partout lefenioc (sorte de tapioca) les haricots, les pois, le maïs, les pistaches (arachides). On trouve aussi dans certaines régions, surtout dans le Dendi des arbres à Karité et des caoutchoucs qui atteignent un prodigieux développement et qu'il serait possible d'utiliser. A Sourougué, les indigènes savent travailler le cuir et le fer, dans le pays Zaberraah, on trouve des tisserands, des forgerons et des potiers, enfin certains villages du Dallol Fogha contiennent du sel, qui constitue un produit d’échange important dont vivent plusieurs villages et dont le commerce ne pourra que se développer quand, avec la paix, renaîtra la sécurité des routes.

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