‹ Notice sur le Dahomey, publiée à l'occasion de l'Exposition universelle, sous la direction de Pierre PascalChapitre 12 sur 58 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Dispositions générales

Art. 15. — La nouvelle organisation des Rivières du Sud, des établissements français de la Côte-d'Or et du golfe de Bénin entrera en vigueur à compter du 1er janvier 1890.

Ait. 10. — Toutes les dispositions contraires au présent décret sont

abrOgéCS.

Art. 17. — . Le président du Conseil, ministre du Commerce, de l'Industrie et «les Colonies est chargée de l'exécution du présent décret qui sera inséré au Journal Officiel de la République Française, au Bulletin des /.(>is et au Bulletin Officiel de l'Administration des Colonies. Fait à Paris, le lor août 1889.

Signé : Caknot.

Par le Président de la République, Le Président du Conseil, Ministre du Commerce, de l'Industrie et des Colonies Signé : P. Tirard.

Le premier point qu'il convenait de régler dès le début de cette nouvelle organisation était la question financière. M. Ballot demanda en conséquence au sous-secrétariat d'Etat des colonies que les crédits inscrits au budget colonial pour le protectorat puissent être ordonnancés directement par le Bénin. Il estimait, à très juste titre, qu'il ne devait pas continuer à prendre à cet égard les instructions du chef du service administratif de Saint-Louis (Sénégal); le Résident de France devant, d'après l'esprit et la lettre du décret du 1er août 1889, exercer par délégation les pouvoirs financiers dévolus au lieul niant gouverneur. Il demandait également que les fonctions de préposé du Trésor fussent confiés à l'administrateur adjoint du Résident, en remplacement du Résident lui-même qui opérait jusqu'à ce moment comme délégué du trésorier particulier du Sénégal. Sur ces deux points, M. Ballot obtenait quelque temps après complète satisfaction.

11 établissait en même temps le budget local pour l'exercice 18U0. Ce document, établi pour la première fois sur des bases définitives, était arrêté à la somme de 123,000 fr. Les recettes provenaient en partie du produit des douanes de Grand Popo, en partie des patentes; le reste se composait des perceptions opérées au titre de l'enregistrement, des postes et télégraphes, du droit d'ancrage, etc.

Une imprimerie officielle était créée à Porto-Novo, et le

premier numéro du Journal officiel des Etablissements cl Protectorats français du Golfe de Bénin paraissait le Ie* janvier 1890. Quant à l'administration elle-même, elle était constituée comme suit par arrêté local du 14 décembre 1 88i ) : lre section: Secrétariat et Trésorerie; 2e section: Affaires politiques, justice et détails administratifs; 3e section : Vice- Résidence du Grand Popo et Agoué.

Pendant tout le courant du mois de décembre le Résident prit divers arrêtés dont voici les principaux : 1° arrêté instituant un Comité de commerce (8 décembre); 2° arrêté instituant une commission des mercuriales chargée de déterminer la valeur à la consommation des marchandises et deilréeq françaises et étrangères; (9 décembre); 3° arrêté créant une Commission des contributions en exécution de l'arrêté du Gouverneur du Sénégal du 17 septembre 1889 étendant au territoire de Porto-Xovo le décret du 6 avril 1881 en ce qui concerne les patentes : 4° arrêté instituant un Conseil d'hygiène et de salubrité, etc.

Un peu plus tard, en raison des événements, un arrêté du 5 février formait une milice, recrutée parmi les européens et les indigènes résidant sur le territoire français du Bénin, pour la protection du pays. Cette milice se composait de quatre Compagnies de cent hommes chacune, pouvant être mobilisées par le lieutenant-gouverneur ou, en cas d'urgence et d'événements graves, par le Résident de France. Ceci, bien entendu, en supplément des cinquante gardes civils créés par arrêté local du 9 novembre 1899.

Le 18 février paraissait un arrêté, encore en vigueur aujourd'hui, sur les concessions territoriales.

Enfin, le 5 mars 1890, l'arrangement douanier franco-allemand, prévu par le décret du 6 février 1890, était mis en application. Le 3 avril, un second arrêté établissait le régime douanier dans les territoires de Cotonou, Porto-Novo et à

l'esl de Grand-Popo, conformément aux prescriptions du décret du 1er avril 1890. Dans le courant du môme mois le personnel douanier étant arrivé du Sénégal, le service des contributions indirectes commença à fonctionner régulièrement.

Diverses autres dispositions d'ordre administratif ou municipal, dont il serait trop long de donner ici la liste, furent également prises par le Résident à la môme époque. Nous en retrouverons du reste trace dans les chapitres suivants.

Voyage du lieutenant gouverneur Bayol à Abomey. — Cependant M. Bayol, parti de Porto-Novo, comme nous l'avons dit dans les premiersjours de novembre, était arrivé à Abomey où il fut tout d'abord très bien reçu. On lui donna comme logement la maison du Ghacha disgracié; mais tout en l'entourant de beaucoup d'égards et en lui laissant une certaine liberté apparente, on le soumit à une surveillance très étroite. Il ne fut reçu par Glé-Glé qu'une seule fois au moment de son arrivée et, sous un prétexte d'étiquette, ne put pas l'entretenir de l'objet de sa mission dès cette première entrevue. Ce n'était que le début et sa patience devait, pendant les jours qui suivirent, être mise à une rude épreuve. Les rois du Dahomey avaient en effet pour habitude de faire traîner les choses en longueur de manière à décourager les Européens chargés de traiter avec eux des questions importantes ou simplement embarrassantes. Ce système se pratique évidemment ailleurs qu'au Dahomey; mais à Abomey c'était parait-il la perfection du genre, en tout cas, il fut appliqué sans aucun ménagement à M. Bayol. Il était bien invité à venir tous les aprèsmidi au tamtam royal et tous les soirs à prendre le thé chez le prince Kondo, depuis Béhanzin, on le fît même assister, bien malgré lui, à quelques exécutions mais ce fut tout ; quant aux négociations il n'en était nullement question. Enfin, à bout de patience, il protesta énergiquement contre le procédé dont

il était la victime (cinquante-quatre jours sciaient écoulés depuis son départ de Cotonou) et il insista d'une manière très pressante pour parler au roi Glé-Glé. Kondo lui fit répondre que Glé-Glé était très malade, et dans l'impossibilité de le recevoir, mais qu'il était chargé de régler avec lui les questions en litige, Le 29 décembre au soir, une grande réunion, à laquelle assistaient tous les chefs, eut lieu chez Kondo. M. Bayol commença à expliquer catégoriquement le but de sa mission, mais il n'eut môme pas plutôt commencé à parler du traité de 1878 que Béhanzin se leva très en colère, excité par l'alcool qu'il avait absorbé à très haute dose, et déclara que la bonne foi de Glé-Glé avait été surprise, que la coutume du pays interdisait au roi d'aliéner la moindre parcelle du territoire dahoméen et que pour ce motif les chefs signataires du traité qui s'étaient laissé circonvenir avaient été punis. Il conclut enfin en disant que le Gouvernement français avait renoncé à l'espoir d'occuper Cotonou. Après avoir essayé vainement de l'apaiser, M. Bayol comprit avec raison qu'il n'avait plus qu'à se retirer. Il prit congé de Béhanzin, rentra chez lui, demanda le récadère (messager du roi) chargé de lui faire ouvrir les routes, plia bagages et redescendit très rapidement sur Allada et Abomey- Calavi. Il eut raison de hâter sa marche, car il n'avait pas encore quitté Allada que des messagers partirent à sa poursuite avec l'ordre de l'arrêter en route et de le ramener à Abomey. Ils ne purent^ heureusement pour le représentant de la France, le rejoindre; toute velléité de résistance eut été vaine et, d'autre part Glé-Glé étant mort la nuit même du départ, nul ne peut savoir ce qui serait arrivé si M. Bayol avait été obligé de retourner dans la capitale. Les intentions de Kondo qui, dit-on, n'avait pas été étranger à la mort assez mystérieuse de son père, n'étaient à ce moment rien moius que pacifiques.

Revenu à Cotonou, M. Bayol rendit compte de sa mission au ministre el demanda d'urgence des renforts. L'occupation militaire de Cotonou fut décidée. C'était la guerre.

Occupation de Cotonou.— Dès le 3 janvier 1890, un renfort de soixante tirailleurs et deux officiers arrivaient à Cotonou. Le 18 février le Sanê y amenait également quatre-vingts tirailleurs gabonais; le lendemain arrivaient du Sénégal deux compagnies et deux sections d'artillerie sous les ordres du lieutenant-colonel Terrillon. A la date du 20 février, la colonne concentrée à Cotonou se composait de 15 officiers, 27 sous-officiers, 317 caporaux et soldats (dont 18 européens et 299 indigènes) en tout 359 hommes tout compris.

Le 22 février le débarquement des troupes étant achevé, M. Bayol fit appeler l'agorigan (chef) du village dahoméen de Cotonou et il lui signifia l'intention de la France d'occuper définitivement ce point. Il ajouta que le roi du Dahomey ayant manqué à ses engagements, le gouvernement avait envoyé des troupes pour assurer par la force l'exécution des clauses du traité de 1878. Il s'assura ensuite de la personne des chefs. Le lendemain, le village ayant fait des démonstrations hostiles, était attaqué par les tirailleurs, brûlé en partie et évacué par les Dahoméens.

En vue d'un retour offensif, la garnison employa la journée du 23 à des préparatifs divers ; un ouvrage fut élevé à la hâte sur le bord de la lagune de manière à en protéger le passage.

Les premières hostilités. — Les factoreries Fabre et Régis ainsi que la maison du télégraphe étaient mises en état de défense. Ces précautions n'étaient pas inutiles, car le 24 février les Dahoméens attaquent les retranchements, mais ils sont repoussés et se retirent vers Zobbo et Godomey. Le 1er mars, une reconnaissance est effectuée dans la direction de ce

07 ~ dernier village; après une action assez vive les soldais de Béhanzin sont mis en fuite.

Le 4 mars, au point du jour. Gotonou est de nouveau attaqué, cette fois avec une véritable furie; la situation était très périlleuse, les Dahoméens étant dix fois supérieurs en nombre à nos troupes, car si nos ligues avaient été percées,

La lagune de Cotonou

grâce à la confusion du premier moment, nos hommes étaient jetés à la mer sans aucune espérance de salut; malgré la présence sur rade du Sanê. Le lieutenant Gompérat, de l'infanterie de marine, put heureusement tenir bon et, bien que grièvement blessé dès le début de l'affaire, résister au premier choc. On peut dire que c'est grâce au courage et à la présence d'esprit de ce brave officier, aujourd'hui admi-

oistrateur colonial, que l'attaque de l'ennemi échoua. Après un combat acharné au cours duquel ils subirent de grosses pertes, les Dahoméens durent se retirer.

Les défenses de Cotonou furent augmentées en vue d'une troisième attaque possible mais pendant quelques jours il ne se produisit aucun incident nouveau. Le 21 mars, une reconnaissance fut dirigée sur Godomey, mais elle ne rencontra aucune résistance. Le 25, du côté de Godomey-plage, nos soldats se heurtaient à une troupe de dahoméens qui fut mise en déroute après un court engagement. Il devenait évident que le roi Béhanzin avait modifié son plan et qu'il avait concentré ses troupes du côté de l'Ouémé avec l'intention de tenter un coup de main sur Porto-Novo. Pour s'en assurer, le lieutenant-colonel Terrillon se rendit avec un fort détachement un peu au nord d'Aguéué et rencontra les Dahoméens au village de Décamé. Le capitaine Oudart et le lieutenant Mousset furent tués dans cette affaire. Après avoir brûlé le village, l'expédition revint à Cotonou. Peu de temps après avait lieu le combat d'Atchoupa. Nous en donnons ci-après la relation officielle (Journal Officiel du Dahomey du ier mai 1890) :

Le 17 avril, les troupes dahoméennes occupaient la banlieue de Porto-Novo, dont les villages étaient incendiés et les habitants massacrés. Le gros de l'armée ennemie était signalé entre Bedgi et Gomé, à dix kilomètres N.-N.-E. de Porto-Novo.

M. Victor Ballot, résident de France, chargé du service des renseignements, prévenait aussitôt à Cotonou le lieutenant-colonel Terrillon, commandant les troupes expéditionnaires. Dès le 18, les troupes de Porto-Novo recevaient de Cotonou les premiers renforts consistant surtout en artillerie.

Le 19, le lieutenant-colonel Terrillon et son chef d'état-major, le capitaine breveté Septans, arrivaient à Porto-Novo. Après entente avec le résident, les ordres étaient donnés pour la journée du lendemain. La sortie projetée avait pour but, non seulement de reconnaître la force de l'ennemi et surlout la présence du roi Béhanzin, mais encore de rassurer la population de Porto-Novo.

Le 20, à six heures du matin, la colonne prenait sa formation de rendez-vous à l'est du fort Oudart, face au Nord, et s'ébranlait dans l'ordre de marche suivant :

500 guerriers du roi Toiïa, sous le commandement du prince Bénou Patoutou, chargés de prendre le contact de l'ennemi;

10e compagnie de tirailleurs sénégalais (capitaine Arnoux), formant l'avant-garde ;

Suivait le gros de la colonne, en tête de laquelle marchaient le lieutenant-colonel Terrillon, le résident de France, l'état-m ijor (capitaine Septans et lieutenant Collombier) et une section «le gardes civils de la résidence, un peloton de disciplinaires des colonies (capitaine Pérez), trois pièces de quatre de montagne (lieutenant d'artillerie Roos), 4e compagnie de tirailleurs sénégalais (capitaine Pansier). ambulance (docteurs Dodart et Roux-Fraissineng), convoi de vivres et de munitions ;

Un peloton de la 2e compagnie de tirailleurs sénégalais (capitaine Lemoine) ;

En tout, 350 soldats réguliers.

A sept heures et demie, à sept kilomètres au N.-N.-E. d3 Porto- Novo, à l'entrée du village d'Atchoupa, les guerriers du roi Toiïa qui couvraient le front et les ailes, sont accueillis par une vive fusillade; huit de ces auxiliaires, dont le prince Bénou Patoutou, sont tués. La 10e compagnie de tirailleurs se déploie aussitôt et couvre, par des feux à commandement bien ajustés-, la retraite des auxiliaires; le capitaine Arnoux et son sous-lieutenant Szymansky sont obligés de tenir tête pendant quelques instants à une véritable nuée de Dahoméens qui, dissimulés derrière les murs en terre du village d'Alchoupa et derrière d'épais taillis, font pleuvoir une grêle de projectiles sur les tirailleurs.

Le lieutenant-colonel Terrillon fait aussitôt former le carré et le fait appuyer à droite, de façon à se ménager un champ de tir découvert en avant de chaque face.

A huit heures, l'action est engagée à fond ; l'ennemi, dont la force a, depuis, été estimée à 7.000 guerriers et 2.000 amazones, cherche à entamer le carré. Tirailleurs et disciplinaires les attendant l'arme au pied, et, à 200 mètres, ouvrent le feu; les trois pièces crachent la mitraille.

Aux assauts répétés des Dahoméens, nos tirailleurs et nos disciplinaires opposent leur sang-froid et leurs feux de salve. L'énergie des officiers, la solidité des troupes, la discipline du feu et la supériorité de notre armement ont raison de ces nombreux ennemis qui, de leur côté, montrent une grande énergie dans leurs attaques.

Il n'y a bientôt plus de doute : toute l'armée dahoméenne est devant nous; les amazones, garde royale de Béhanzin, donnent avec la même furie qu'au combat du 4 mars à Cotonou, où elles se firent tuer sur les palanques du fortin Compérat. Ces harpies, ivres de gin de traite, montrent un acharnement incroyable. Les capitaines Arnoux, Perez et Pansier, les lieutenants Lagaspie, Ganaye et Szysmansky tiennent leurs hommes dans la main et ont raison -de leurs féminins, mais redoutables adversaires.

Les Dahoméens, désespérant de rompre le carré, le tournent et gagnent la route de Porto-Novo ; ils veulent profiter de leur supériorité numérique pour nous harceler sur place et, en même temps, tenter un coup de main sur la ville et surtout sur le roi Toffa, dont ils voudraienl rapporter la tête à Béhanzin.

Le soleil es1 déjà haut, l'atmosphère est lourde; l'eau manque; les munitions d'infanterie et d'artillerie s'épuisent rapidement; la colonne a déjà plusieurs hommes hors de combat; le résident de France, à cheval au milieu du carré, toujours aux côtés du colonel Terrillon, a le casque traversé par une balle ; le mouvement enveloppant de l'ennemi s'accuse de plus en plus. Le colonel Terrillon, craignant une diversion sur Porto-Novo, donne au carré l'ordre de marcher face en arrière.

Il est neuf heures du matin ; le carré s'ébranle lentement, serré de près par les amazones qui cherchent à gagner les flancs. Aux sonneries alternatives du clairon : Halte ! et : En avant ! le carré s'arrête pour foudroyer les ennemis qui le serrent de trop près et reprend tranquillement sa marche lorsque la fusillade de l'adversaire semble mollir quelque peu.

L*ennemi no cessa ses attaques que vers dix heures du matin ; à onze heures, la colonne se dispersait et reprenait ses postes de combat autour de la ville.

La sortie du colonel Terrillon a sauvé Porto-Novo ; les Dahoméens ont subi des pertes très sensibles évaluées, d'après les rapports des espions, au quart de l'effectif engagé.

Béhanzin, désespéré d'avoir subi des pertes encore plus considérables que celles du combat du 4 mars à Cotonou, se retire dans le nord, vers Dangbo et Azouicé.

De notre côté, le combat d'Atchoupa nous coûte : 8 guerriers de Toffa tués au début de l'action et 53 blessés, dont le lieutenant Szysmansky, 15 Européens, 17 tirailleurs et 20 guerriers du roi Toffa.

L'honneur de la journée revient à la 10e compagnie de tirailleurs sénégalais qui subit, dès le début de l'action, le choc de l'adversaire, tint pendant tout le combat et protégea la retraite repoussant énergiquement les assauts furieux des amazones.

Le lendemain l'ordre suivant était lu à la colonne expéditionnaire :

« Officiers, sous officiers et soldats,

« Hier vous avez lutté pendant deux heures et demie avec une « bravoure admirable contre les meilleures troupes de l'armée du roi « du Dahomey, au nombre de G. 000 guerriers et de 2.000 amazones. « Vous vous êtes battus un contre vingt et confiants dans l'expérience « de vos chefs qui vous ont, depuis deux mois, conduits huit fois à « l'ennemi, vous avez opposé à ces attaques furieuses une barrière « insurmontable. Honneur à vous, tirailleurs, artilleurs, discipli- ( naires, et ce sera pour moi un précieux souvenir d'avoir été appelé

& à l'honneur de vous commander. La 10e compagnie de tirailleurs,

« électrisée par ses deux braves officiers, MM. le capitaine Arnoux

« et le lieutenant Szymansky, a fait des prodiges de valeur pendant

« la retraite; et je suis sûr d'être l'interprète de tous en La citant tout

« particulièrement à l'ordre de la colonne.

Le lieutenant-colonel commandant la colonne, Terrillon.

Le rôle brillant joué dans cette affaire par le résident de France a été fort bien décrit par le lieutenant-colonel Terrillon, obligé de rentrer en France quelques jours après l'affaire de Atchoupa, pour y rétablir sa santé très ébranlée : « Je ne (( veux pas, dit-il, quitter notre jeune et belle colonie sans « adresser tous mes remerciements à M. Ballot, résident de <( France, qui, par la sûreté de ses renseignements, m'a « permis, avec de faibles effectifs, de faire face sur tous les « points à l'armée dahoméenne, et qui, par sa brillante « conduite et l'énergie déployée pour remettre de l'ordre « parmi les soldats auxiliaires pendant le combat du 20 avril, « a contribué au succès de la journée. » (Ordre n° 9 du 1er mai 1890, Journal officiel.)

On sait avec quel soin la saine tradition de l'abnégation personnelle et de l'entente parfaite a été dès lors établie et maintenue depuis par les représentants de l'autorité civile et militaire au Dahomey. On sait aussi quels heureux résultats elle a produit au point de vue de la pacification du pays et de l'expansion de la Colonie.

Le capitaine de vaisseau L. Fournier. — L 'amiral Cavelier de Cuverville. — Les négociations. — V arrangement du 3 octobre 1890. — M. Bayol était rentré en France au commencement du mois d'avril, laissant la direction des affaires au capitaine de vaisseau Fournier, commandant du Sané.

Le 7 avril, le blocus fut établi sur la cote conformément à la déclaration ci-dessous :

Nous soussigné, Léopold Fournier, commandant supérieur des forces navales françaises dans le golfe de Bénin,

Vu Triât de guerre existant entre la France et le Dahomey, agissant en vertu des pouvoirs qui nous appartiennent;

Déclarons :

Qu'à partir du 7 avril 1890, la côte et les ports compris entre la limite des possessions françaises et allemandes des Popos par 0° 14' 45" de latitude Nord et 0°40'30" de longitude Ouest de Paris (ou 1°39'38" de longitude Est de Greenwich) et la limite orientale des possessions françaises de Porto-Novo déterminée par le prolongement jusqu'à la mer du méridien passant par la crique d'Ajarra, seront tenus en état de blocus effectif par les forces navales placées sous notre commandement et que les bâtiments neutres auront un délai de trois jours pour achever leur chargement et quitter les lieux bloqués.

11 sera procédé contre tout bâtiment qui aura tenté de violer le dit blocus, conformément aux lois internationales et aux traités en vigueur avec les puissances neutres.

A bord du Sané, rade de Cotonou, le 7 avril 1890.

Léopold Fournier.

A Porto-Novo, depuis le combat d'Atchoupa, la situation était satisfaisante; ainsi que l'écrivait M. Ballot au soussecrétaire d'Etat des Colonies, les affaires n'avaient pas été interrompues un seul instant et le budget local de 1890 promettait de se solder par un important excédent de recettes. D'autre part, le service douanier était organisé et les travaux de construction de la ligne télégraphique Porto-Novo-Gotonou étaient poussés activement. Cette ligne put, de la sorte, être livrée au public le 1er juillet 1890. Sans pour cela négliger son service de renseignements politiques, le résident faisait procéder, d'accord avec le colonel Klipfel, qui était arrivé du Sénégal le 24 avril et qui avait remplacé le lieutenant-colonel Tcrrillon comme commandant de la colonne expéditionnaire, à l'achèvement du mur d'enceinte et du fossé de Porto-Novo.

Enfin, le 8 juin 1890, le contre-amiral Cavelier de Cuverville, commandant en chef des forces de terre et de mer et remplissant les fonctions de gouverneur dans les établissements français du Bénin, arrivait sur la Naïade en rade de Gotonou.

Les instructions du département de la marine prescrivaient à l'amiral de chercher par tous les moyens à conclure avec le Dahomey un arrangement réglant définitivement la question de Gotonou : « Aucun succès, disait le ministre, ne saurait a vous faire plus d'honneur que la clôture par voie transac- « tionnelle de l'incident du Dahomey. » 11 ne pouvait résulter de cette manière d'envisager les choses qu'une transaction, comme le désirait le ministre, mais non un règlement définitif de la question dahoméenne. On s'en aperçut bientôt, car moins de deux ans après, Béhanzin, qui avait pris pour de la faiblesse les très larges concessions que, dans sa loyauté bien connue et aussi dans un esprit de discipline très louable, l'amiral avait cru de son devoir de lui accorder, recommença les hostilités.

Dans ces conditions, l'amiral de Guverville pensa qu'il pourrait employer utilement la bonne volonté du Père Dorgère, qui possédait, d'ailleurs, une certaine influence auprès des Gabécères de Ouidah et auprès du roi lui-même. Le 23 juillet, après avoir tâté le terrain, le Père Dorgère se rendit à Abomey pour négocier.

Nous verrons un peu plus loin quels furent les résultats de sa mission. Pendant ce temps, et pour parer à tout événement l'amiral se faisait rendre compte de ïa position des forces dahoméennes ; il essayait également, mais sans succès, de leur opposer les Egbas, leurs ennemis de plusieurs générations. Le 26 juin, le Résident l'informait que six mille guerriers, divisés en trois groupes de deux mille hommes environ se tenaient à Kétou, à Ouéré et à 12 kilomètres au nord de Sakété. Vers le

- ?'i - L6 juillet, il signalail au contraire un commencement de détente dans L'esprit de Béhanzin: le roi avait essayé de son côté de contracter alliance avec Les Mahis, mais avait échoué dans ses démarches el semblail plus disposé, parait-il, à prêter l'oreille aux propositions de paix qui lui avaient été portées tout d'abord par l'interprète Bernardin Durand, envoyé auprès de lui par le Résident. En tous cas, à ce moment, ses soldats reçurent Tordre de se replier vers le Nord et de se concentrer au camp de Zagnanado, Il dut changer bientôt d'idée puisque quelques jours après les mêmes troupes dessinaient un nouveau mouvement vers le Sud. Le Résident exprimait, d'ailleurs, des doutes sur la réussite de la mission confiée au Père Dorgère et sur la sincérité du roi : « Une marche en avant, écrivait-il, peut seule nous faire obtenir une concession de Béhanzin. Il est mal conseillé par son entourage et ne voit pas nettement la situation Je suis convaincu que tout traité sérieux et durable

avec la cour d'Abomey est, en l'état actuel des choses, presque impossible. » Quoi qu'il en soit les mouvements de troupes dahoméennes continuaient, tantôt plus près, tantôt plus loin de Porto-Novo, mais toujours inquiétants.

Enfin à la fin du mois de septembre le Père Dorgère, revenu à Ouidah annonçait à l'amiral que ses pourparlers avec le roi avaient réussi et le 3 octobre un arrangement était signé par le commandant du croiseur le Roland, M. de Montesquiou, assisté du capitaine d'artillerie Decœur, sur les bases ciaprès :

Arrangement conclu entre la France et le Dahomey (3 octobre 1890.)

En vue de prévenir le retour des malentendus qui ont amené entre La France et Le Dahomey un état d'hostilité très préjudiciable aux intérêts des doux pays.

Nous soussignés

assistés de :

Kussugan, Faisant fonctions de Jèvoghan,

ZlZIDOQUÉ )

ZONONHONCON ^

Cabeceres,

Ainadou, Trésorier de la dore,

désignés par Sa Majesté le roi Béhanzin-Ahidjéré,

et le capitaine de vaisseau de Montesquiou-Fezensac, commandant le croiseur le Roland, assisté du capitaine d'artillerie Decœur, délégués par le contre-amiral Gavelier de Guverville, commandant en chef les forces de terre et de mer, faisant fonctions de gouverneur dans le golfe de Bénin, agissant au nom du gouvernement français.

Avons arrêté d'un commun accord l'arrangement suivant qui laisse intacts les traités ou conventions antérieurement conclus entre la France et le Dahomev :

Le roi du Dahomey s'engage à respecter le protectorat français du royaume de Porto-Novo et à s'abstenir de toute incursion sur les territoires faisant partie de ce protectorat.

Il reconnaît à la France le droit d'occuper indéfiniment Cotonou.

La France exercera son action auprès du roi de Porto-Novo pour qu'aucune cause légitime de plainte ne soit donnée à l'avenir au roi de Dahomey.

A titre de compensation pour l'occupation de Cotonou, il sera versé annuellement par la France une somme qui ne pourra en aucun cas dépasser vingt mille francs (or ou argent).

Le blocus sera levé et le présent arrangement entrera en vigueur à compter du jour de l'échange des signatures. Toutefois cet arrangement ne deviendra définitif qu'après avoir été soumis à la ratification du gouvernement français.

Fait à Ouidah, le 3 octobre 1890.

ALADAKA -f-i ZlZIDOQUE -f-, DODEDJI -j-, ZONONHONCON -f-,

Kussugan -|-, Ainadou -f-,

Les témoins :

Candi do J. Rodriguez, Alexandre.

Signé : H. Degœur, capitaine d'artillerie,

chef du service de V artillerie et du génie. De Montesquiou, capitaine de vaisseau,

commandant le croiseur le « Roland ».

T. (TAmbrières, aspirant de ire classe.

Dorgère, Supérieur de la mission catholique de Ouidah.

Le document qui précède fut notifié comme suit :

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