ORDRE DU JOUR
Le contre-amiral commandant en chef les forces de terre et de mer, faisant fonctions de gouverneur dans le golfe de Bénin :
Est heureux de porter à la connaissance des forces de terre et de mer et des services placés sous ses ordres, que la paix a été signée le 3 octobre entre la France et le Dahomey ; le blocus est levé aux termes d'un arrangement soumis à la ratification du gouvernement français ; tous les traités antérieurs conclus entre la France et le Dahomey restent en vigueur. Le roi du Dahomey s'est engagé à respecter le protectorat français du royaume de Porto-Novo et à s'abstenir désormais de toute incursion sur les territoires faisant partie de ce protectorat ; il reconnaît à la France le droit d'occuper indéfiniment Gotonou.
Au moment ou les forces maritimes et militaires en service au Dahomey vont être disloquées, le commandant en chef tient à les féliciter de l'abnégation avec laquelle elles ont supporté de longs mois d'épreuves ; il considère que les mérites n'ont pas été moindres en supportant courageusement les atteintes d'un climat malsain sans avoir les émotions de la lutte, qu'en affrontant les balles d'un ennemi imparfaitement armé. Il s'efforcera de faire récompenser tous les services rendus.
La compagnie de fusiliers marins va être immédiatement rapatriée et le commandant en chef en lui adressant ses adieux, est heureux de s'associer aux appréciations flatteuses dont elle a été l'objet de la part du lieutenant colonel délégué, si bon juge en pareille matière.
Le présent ordre sera lu aux troupes de terre et de mer assemblées par compagnies formées en carré ; il sera lu également à bord de tous les bâtiments au moment de l'inspection.
A bord de la Naïade, Gotonou, le 6 octobre 1890
Le contre-amiral commandant en chef les forces de terre et de mer, faisant fonctions de gouverneur dans le golfe de Bénin.
Cavelier de Cuverville.
L'arrangement étant signé, il fallait en assurer l'exécution et tout d'abord faire opérer le retrait des troupes dahoméennes qui, dans les derniers jours d'octobre, interceptaient encore les routes de l'intérieur et occupaient le territoire de Porto- Novo à une distance de quelques kilomètres de la ville. Sur la demande de l'amiral, M. Ballot parvint rapidement à réglée cette situation difficile et délicate. Il proposa tout d'abord d'envoyer à Ouidah un officier de marine ou le Père Dorgère accompagné des principaux personnages de Porto-Novo, de manière à bien montrer que les difficultés entre Porto- Novo et le Dahomey étaient terminées. De son côté, après avoir visité la banlieue de Porto-Novo et s'être rendu compte que, sur ce point, la tranquillité était complète, il se rendit avec le capitaine Decœur dans l'intérieur du Dahomey, à Fanvié et Azaouissé, où il eut une entrevue avec Kékédé, roi du Décamé, qui avait pendant la guerre pris fait et cause pour le Dahomey contre Tofa. Le Résident remit à Kékédé une lettre pour Béhanzin l'informant de la réconciliation du roi de Décamé avec Tofa et l'engageant à donner, de son côté, des preuves de ses bonnes intentions en retirant ses troupes. Kékédé se chargea de faire parvenir cette lettre à destination, et quelques jours après (le 24 novembre), M. Ballot transmettait à l'amiral la réponse à sa lettre. En même temps, les soldats dahoméens quittaient définitivement la banlieue de Porto-Novo.
Les opérations étant terminées, la colonne expéditionnaire était disloquée, et le 23 décembre 1890 l'amiral de Guverville quittait la rade de Gotonou et faisait paraître l'ordre suivant :
Le contre-amiral commandant en chef les forces de terre et de mer faisant fonctions de Gouverneur dans le Golfe de Bénin :
A l'honneur d'informer les différents services placés sous ses ordres qu'en exécution des instructions du gouvernement, il remet à M. le résident de France Ballot, à compter du 23 décembre, les pouvoirs de
Gouverneur dont il» était investi. La Naïade fera roule ce même jour pour Dakar. Le Roland, tout en prêtant son concours lorsqu'il en sera requis, restera indépendant e1 attendra l'arrivée du Talisman pour rallier Rochefort.
Avant de quitter le Golfe de Bénin, le commandant en chef renouvelle l'expression de sa satisfaction et d<> sa gratitude au résident et aux chefs de service qui l'ont assisté avec tant de dévouement dans sa tâche laborieuse; ils se feront son interprète auprès de leurs subordonnés. Tous les services rendus ont été signalés et le contre-amiral commandant en chef aime à espérer qu'ils recevront leur récompense. Le dévouement avec lequel la Société des Missions africaines de Lyon a mis tout ce qu'elle possédait à la disposition du corps expéditionnaire ne saurait être oublié; nos religieux ont montré une fois de plus que, dans leur affection, ils ne séparent jamais l'amour de Dieu de l'amour de la Patrie, qu'ils en soient remerciés!
Le présent ordre sera communiqué aux différents services et lu à bord du Roland au moment de l'inspection.
Fait à bord de la Naïade, Gotonou, le 20 décembre 1890.
Le contre-amiral commandant en 'clïëf.
Gavelîer de Cuverville.