‹ Notice sur le Dahomey, publiée à l'occasion de l'Exposition universelle, sous la direction de Pierre PascalChapitre 16 sur 58 · C DODDS · texte numérisé non relu

C DODDS

Béhanzin évita de répondre immédiatement à cette mise en demeure et expédia tout d'abord an commandant supérieur, des émissaires chargés de l'entretenir de questions insigniliantes de manière à gagner du temps; le colonel reçut fort bien ses envoyés et eut l'habileté, en flattant leur vanité et aussi un peu leur penchant pour l'alcool, d'en obtenir de bons renseignements. 11 se confirma notamment dans l'idée que Béhanzin était fort mal conseillé par certains commerçants étrangers intéressés polit iquoment ou commercialement à lui persuader que, depuis la guerre de 1870, nous étions un peuple incapable d'oser seulement résister à un aussi grand roi que lui. Le colonel,

par la même occasion, put se rendre un compte à peu près exact de l'importance et de la situation des troupes dahoméennes: le roi avait environ 15,000 hommes de troupes régulières ainsi réparties : 600 hommes dans le Dékamé ; 2.000 dans le Zoumbomé; 3.000 à Zagnanado -, 4.000 sur la route de Garni a Poguessa ; 2,000 entre Gotonou et Godomey ; 3.000 à Allada, le tout armé d'environ 8.000 fusils à tir rapide et de 15 canons. Elles semblaient ainsi disposées pour couvrir Ouidah et Allada et en môme temps garder les points par lesquels les Français pourraient se diriger sur Abomey. A ce moment la famine et la misère étaient extrêmes au Dahomey ; c'est pour ce motif que le roi n'avait pu mettre en ligne un nombre plus considérable de guerriers. En outre, il attendait de jour en jour de Hambourg de nouvelles armes qu'il espérait pouvoir faire débarquer secrètement à Ouidah. L'établissement du blocus l'empêcha fort heureusement de mettre ce dernier projet à exécution.

Le 17 juin, le commandant supérieur écrivait au Yévoghan et au Goussougan de Ouidah :

« J'ai reçu votre lettre du 14 juin adressée à M. Ballot à Porto- Novo et qui m'était probablement destinée.

« Je suis surpris de l'assurance avec laquelle vous affirmez que le roi du Dahomey est l'ami de tous les Européens.

« Il faut croire que dans votre pensée il est fait exception des Français, car je ne m'expliquerais pas sans cela l'attitude du roi Béhanzin depuis quelques mois ; je suis étonné qu'il n'ait pas encore répondu à la lettre que je lui ai adressée dans laquelle je l'informais de mon arrivée au Bénin comme représentant du Gouvernement français.

« Je ne vois aucune raison pour cesser d'interdire l'accès de nos possessions aux Dahoméens lorsque ceux-ci ont ouvert les hostilités en attaquant sans motif et dans des eaux françaises une canonnière que montaient le lieutenant-gouverneur et le commandant des troupes ; lorsqu'ils continuent encore à soutenir des princes de Porto-Novo ennemis de la France, et surtout lorsqu'ils entretiennent des guerriers sur les territoires dépendant de notre protectorat.

« Salut.

« A. Dodds. »

Le premier message du général Dodds au roi eut au moins ce résultat que les prisonniers de Ouidali furent relâchés, mais il n'était nullement fait droit à ses justes revendications en ce qui concernait le retrait des troupes des territoires de Cotonou et de Porto-Novo. Le colonel écrivit à ce propos au roi, le 20 juin, la lettre suivante :

Votre lettre du 10 juin m'est parvenue à Porto-Novo, le 18 du courant. Vous avez bien voulu me l'adresser en réponse à ma lettre du 2 du même mois par laquelle je vous invitais de la façon la plus conciliante :

I" A mettre en liberté les trois Français détenus illégalement par votre ordre à Onidah.

2° A retirer de Cotonou, Kobbo et des villages de la rive gauche de rOuémé, de Dogla à Dogba, les postes et détachements de votre armée qui s'y trouvent encore aujourd'hui.

Je vous remercie d'avoir l'ait droit immédiatement à mon premier desideratum, mais permettez-moi de m'étonner de la réponse étrange, puérile et même ironique que vous avez cru devoir faire à ma seconde demande.

L'arrangement du 3 octobre 1890, dont vous assurez avoir toujours scrupuleusement observé les engagements, stipule « que les traités ou conventions antérieurement conclus entre la France et le Dahomey restent intacts ». Or la convention du 19 avril 1878 concède en toute propriété au Gouvernement français un territoire de six kilomètres de côte sur lequel se trouvent les villages de Cotonou et de Zobbo. Vous me permettrez donc, en conséquence, de considérer comme peu sérieuses vos prétentions sur ces deux vilLages français.

D'autre part, nous sommes en droit de ne pas attacher plus d'importance à vos prétendus droits de propriété sur la province du Bas- Ouémé car le dernier de vos sujets sait fort bien que la limite de vos possessions du côté de l'est est la rivière de So ou Zounou jusqu'à la lagune du Tjibé-Akpomé et la lagune de Ouovimé jusqu'à Dogba.

Quinto, Zougomé, Donkoii, Ahenta, Denko, Biko, Agloloué, Agongué, Dawémé et Kétin-Sota que vous avez pillés et incendiés au mois de mars dernier sont bien sur le territoire français et vos troupes ne pouvaient l'ignorer puisqu'elles ont enlevé, lacéré et détruit les drapeaux français qu'arboraient ces villages du roi Tofa. Il en est de même de la rive gauche de l'Ouémé, de Dogla à Dogba, que vos soldats occupent illégalement encore aujourd'hui ; le chef du Dékamé que vous avez poussé à la rébellion et que vous soutenez encore n'est-il pas un sujet révolté du roi de Porto-Novo?

Je n'insisterai pas davantage sur l'importance qu'il faut attacher à vos affirmations ni sur la valeur des sentiments dont vous dites être

animé à l'égard des Français, sentiments qui sont peu d'accord, vous l'avouerez :

1° Avec l'attaque inqualifiable dont le lieutenant-gouverneur Ballot et le commandant des troupes ont été l'objet lorsqu'ils naviguaient paisiblement à bord d'une canonnière française dan s des eaux appartenant sans contestation à la France ;

2° Avec les lettres antérieures que vous ou vos chefs avez adressées, du 29 mars au 1er mai au représentant de la République à Porto- Novo.

Quoi qu'il en soit, et malgré le peu de crédit qu'il convient d'accorder à vos revendications j'ai cru devoir les transmettre à mon gouvernement qui les appréciera et me fera connaître sa décision à leur égard, décision que je m'empresserai de vous communiquer dès qu'elle me parviendra. En attendant, non seulement je maintiens la défense formelle faite aux Dahoméens de circuler sur les routes et lagunes de Porto-Novo, mais encore je vous fais connaître que cette mesure est complétée par l'interdiction de toute communication avec les ports du Dahomey, le gouvernement français ayant décidé et notifié aux puissances étrangères qu'à partir du 18 de ce mois le blocus serait établi sur les côtes de nos possessions du golfe de Bénin.

Salut.

A. Dodds.

En réponse àcette communication, le commandant supérieur en recevait une du roi le 29 juin tout à fait évasive et contenant des plaintes vagues contre des sujets du roi Tofa qui auraient fait arrêter des Dahoméens.

Pendant ce temps l'échange des négociants français à Ouidah contre des prisonniers dahoméens s'était accompli par l'intermédiaire du capitaine Vicente da Rosa Rolim, gouverneur du fort Portugais. Nos compatriotes s'étaient sans trop de difficulté embarqués à Ouidah sur le Brandon qui les avait ramenés à Cotonou.

Ce point important étant acquis, le colonel Dodds continua activement ses préparatifs. Il réunit les principaux chefs du pays, constata que Tofa possédait sur eux une réelle influence et profita de leur présence pour déterminer les limites véritables du royaume de Porto-Novo. L'autorité de Tofa s'étendait bien, en dépit des prétentions du Dahomey, à l'ouest de la rivière de So qui réunit la lagune de Djigbé-Akpomé au lac

Nokoué ou Denham, au nord jusqu'au village d'Affamé sur l'Ouémé el jusqu'à Sakété dans l'intérieur. Seuls les chefs du Dékamé avaient fait défection et, bien que le roi de ce pays oui été nommé en 1883 par Tofa, il s'était depuis brouillé avec lui et, ainsi qu'on Ta vu en 1890, avait fait cause commune avec le Dahomey.

Les opérations. — Le colonel Dodds résolut de régler tout d'abord la question du Dékamé. Les Dahoméens en effet venaient d'attaquer et de piller le village de Gomé aussitôt après le départ d'une reconnaissance dirigée parle commandant Riou. Les canonnières le Corail, YEmeraude et la Topaze partirent de Porto-Novo le 3 juillet sous les ordres du lieutenant de vaisseau de Fésigny et allèrent bombarder Azaouissé, capitale du Dékamé. Ce village fut détruit ainsi que plusieurs autres, mais les eaux étant très basses il ne fut pas possible de faire davantage. Cette première affaire n'était, d'ailleurs, que le prélude d'une action plus efficace.

Les préparatifs de l'expédition étaient en effet poussés très activement à Porto-Novo. Plus de 5,000 porteurs et 200 grandes embarcations du pays avaient été reunis dès le début des hostilités. Comme récrivait fort bien lecommandantsupérieur au sous-secrétaire d'Etat des Colonies, en faisant allusion aux lettres qu'il recevait de Béhanzin, il n'avait, en effet, obtenu aucun résultat vraiment appréciable en dehors de l'échange des prisonniers de Ouidah: la correspondance de Béhanzin, si insolente au début était peu à peu devenue de plus en plus humble au fur et à mesure que nos troupes débarquaient à Cotonou. Cependant il refusait de retirer ses troupes et n'abandonnait aucune de ses prétentions sur Cotonou et certains villages du protectorat français. On savait d'ailleurs qu'il recrutait des auxiliaires en très grand nombre et qu'il se tenait prêt à toute éventualité.

Dès son arrivée au Bénin le colonel Dodcls avait fortemeut

constitué les divers services de la colonie en vue d'une action prochaine et inévitable.

Le lieutenant-gouverneur restait chargé de la direction des services civils.

Les chefs des différents services militaires étaient :

1° Chef d'Etat-maj or du commandant supérieur, le chef <le bataillon Gonard ;

2° Commandant des troupes d'infanterie et major de garnison à Porto-Xovo, le chef de bataillon Riou ;

3° Chef du service de l'artillerie, à titre provisoire, le capitaine Hazotte ;

A0 Commandant de la flottille du Bénin : le lieutenant de vaisseau de Fésigny ;

5° Chef du service administratif, le commissaire-adjoint Crayssac ;

6° Chef du service de santé, le médecin principal Rangé.

Le service des transports était organisé, ainsi que le service hospitalier ; des tribunaux militaires étaient constitués ; d'importants approvisionnements de vivres et de matériel étaient concentrés à Porto-Novo. Le 17 juillet la garnison de Grand- Popo était renforcée ; le 27 du même mois les navires affectés au blocus de la Côte des Esclaves étaient placés sous l'autorité directe du commandant supérieur. Ces forces navales, dirigées par le capitaine de vaisseau Reynier, comprenaient : le Sané, le Talisman, le Héron, Y-Ardent et, un peu plus tard, la Mésange. Enfin les paquebots des Compagnies des Chargeurs- Réunis et Fraissinet ainsi que le transport le Mytho et le vapeur affrété le Saint-Nicolas débarquaient les dernières troupes. Une troisième compagnie de tirailleurs haoussas était créée.

Au commencement du mois de septembre, l'état-major se trouvait ainsi constitué :

Chef de bataillon Gonard, chef d'état-major ;

Capitaines Lombard, Roget, Schillemans, Marmet, lieutenants Vuillemol el Ferradini.

Abbé Vathelet, aumônier de la marine.

Les chefs des différents services militaires étaient, en dehors du lieutenant-colonel Grégoire nommé commandant en second de la colonne expéditionnaire pour la durée des opérations :

Le commandant Faurax (Légion étrangère).

Le commandant Lasserre (Artillerie).

Le commandant Villiers (Cavalerie).

Le capitaine Roques (Génie).

Le sous-commissaire Noguès (service administratif).

Le 16 août, le commandant supérieur rendait l'ordre du jour suivant :

Le roi du Dahomey, par son langage, son attitude et ses actes hostiles, a lassé la patience du Gouvernement français. Sur son refus de remettre en liberté les habitants du village de Gomé, capturés par ses guerriers le 30 juin dernier, une première leçon vient de lui être donnée.

Le 9 août à 6 heures du matin, la place de Cotonou, les avisos le Héron et l'Ardent, les canonnières Opale, Topaze et Emeraude, ont ouvert le feu simultanément sur les villages de Cotonou indigène et Zobbo ; les villages de Godomey et d'Abomey-Calavi ont ensuite été successivement bombardés. En môme temps, le Talisman couvrait de ses projectiles la ville de Ouidah.

A 7 heures du matin, un détachement, placé sous les ordres du commandant Stéfani et composé d'un peloton de la lre compagnie de tirailleurs sénégalais, de la 9e compagnie de tirailleurs sénégalais et de la 1" compagnie de tirailleurs haoussas, partait de Cotonou et se portait dans la direction de Zobbe.

A trois kilomètres au sud-est de ce dernier village, nos troupes ont rencontré l'ennemi, qu'elles ont chassé de ses positions après un engagement très vigoureux.

Les Dahoméens ont tenté de nombreuses contre-attaques que nos soldats ont reponssôes vigoureusement, en infligeant à l'ennemi des pertes très sérieuses.

Tout étant prêt, le Commandant supérieur quitta Porto- Novo le 19 août, accompagné du Gouverneur Ballot, et établit son quartier général à Kouti. Il le transporta ensuite à

bu

Takon le 24 août, à Gatagon le 26, à Sakété le 28, de manière à bien dégager les abords de Porlo-No'vo. 11 revint ensuite au chef-lieu qu'il quitta définitivement le 10 septembre. Quelques jours après, il se heurtait, à Dogba, aux troupes dahoméennes. Voici la relation officielle de ce combat :

Le L9 septembre L892, à5heuresdu matin, les troupes bivouaquées à Dogba el comprenant le deuxième et troisième groupes, l'infanterie de marine, L'artillerie du premier groupe, la section du génie, ont été attaquées par imparti nombreux de Dahoméens armés de fusils à tir rapide et fort de plus de quatre mille hommes. L'ennemi est arrivé au contact de nos lignes qu'il n'a pu entamer, malgré plusieurs retours offensifs conduits avec la plus grande bravoure.

Après quatre heures de combat, il a abondonné définitivement la lutte, poursuivi par nos feux de salve et laissant le terrain jonché de morts. De notre côté, nous avons eu quatre tués, dont M. le sous- Lieutenant Badaire,de l'infanterie de marine, et onze blessés, dont M. le commandant Faurax.

Le colonel commandant le corps expéditionnaire du Dahomey a constaté avec une légitime fierté que toutes les troupes présentes à Dogba, sous ses ordres, ont résisté à cette attaque inopinée avec un calme et un sang-froid remarquables ; il leur adresse, au nom de la France, toutes ses félicitations.

Les Dahoméens viennent d'éprouver une défaite inoubliable et qui pèsera certainement d'un grand poids sur l'issue de la campagne.

L'affaire avait été chaude en effet et prouvait que nos troupes allaient avoir désormais affaire à un ennemi très brave et très résistant. Le Commandant Faurax succomba deux jours après à Porto-No vo où il avait été transporté ; le nom de ce brave officier, regretté de tous, fut donné au fort établi à Dogba, pour couvrir les derrières de la colonne et assurer ses communications avec le chef-lieu. Le Commandant supérieur reprit ensuite sa marche vers le Nord.

Le 28 septembre, le Corail et Y Opale envoyés en reconnaissance sur l'Ouémé furent attaqués par une partie de l'armée dahoméenne très bien retranchée sur les berges du fleuve. Le combat, qui dura une heure et demie, se termina par la défaite des soldats de Béhanzin et valut au lieutenant de

vaisseau deFésigny, commandant de la flottille, ainsi qu'à l'enseigne de vaisseau Latourette, commandant de l'Opale, les

vives félicitations du Colonel. Celte nouvelle alla ire permit de se rendre un compte exact de la force de l'ennemi et de ses intentions.

A partir de ce moment, le contact avec les soldats de Béhanzin devait devenir presque journalier et l'on peut dire que la marche du corps expéditionnaire, de l'Ouémé à Cana, c'està-dire pendant près d'un mois et demi, ne fut en quelque sorte qu'un combat ininterrompu au cours duquel nos troupes firent preuve d'un courage admirable et d'une endurance à toute épreuve. De leur coté, les Dahoméens défendirent le terrain pied à pied, luttant avec acharnement contre nos soldats et ne se retirant qu'après avoir éprouvé d'énormes pertes. La liste, hélas ! trop longue de nos officiers et de nos hommes tués à cette époque prouve d'une manière très éloquente que des deux côtés on avait combattu avec acharnement.

Les ordres généraux ci-après dont nous citons le texte intégral, pour ne rien enlever à leur intérêt, donnent, en dépit de leur concision toute militaire, une idée complète et très nette de ces nombreux engagements. Ce sont autant de bulletins de victoire, et chaque journée marque un progrès dans la marche en avant de nos troupes vers Abomey.

Le 4 octobre, à neuf heures du matin, le corps expéditionnaire, en marche sur Poguessa, a été attaqué par le gros de l'armée dahoméenne dans un terrain des plus difficiles.

Après deux heures d'un combat acharné, l'ennemi a battu en retraite, laissant devant notre ligne de nombreux cadavres parmi lesquels on a relevé une quantité notable d'amazones formant la garde particulière du roi Béhanzin.

Le colonel félicite toutes les troupes du corps expéditionnaire, et notamment le groupe du commandant Lasserre et la compagnie Bellamy, qui ont eu à supporter l'effort principal de l'action, des qualités militaires dont elles ont fait preuve dans cette circonstance ;

il exprime également sa satisfaction à MM. les commandants du Corail et de l'Opale, qui ont flanqué la ligne de feux de la façon la plus efficace.

Au bivouac de Poguessa, le 6 octobre 1892.

A. Dodds.

Le G octobre 1892, à trois heures quinze du soir, une reconnaissance commandée par M. le commandant Gonard a été attaquée par un très fort parti de Dahoméens.

Cette reconnaissance, qui a reçu le choc de l'ennemi avec une très grande vigueur, a promptement enrayé son mouvement offensif et s'est portée ensuite, après avoir été renforcée, contre des positions dahoméennes fortement organisées en arrière de la rivière de Poguessa, position défendant le passage du pont jeté sur ce cours d'eau.

Grâce à une action méthodiquement conduite et à une charge à la baïonnette des plus brillantes, le pont a été enlevé à la nuit tombante et tout le corps expéditionnaire a franchi la rivière de Poguessa.

Le colonel commandant le corps expéditionnaire félicite vivement toutes les troupes qui ont pris part à cette action et surtout M. le commandant Gonard qui a, dans la conduite de cette opération, fait preuve d'une grande bravoure et de qualités militaires remarquables.

Bivouac de Poguessa, le 7 octobre 1892.

Dodds.

Officiers, sous-officiers et soldats du corps expéditionnaire.

Chacun de vous se souviendra avec orgueil de la semaine du 10 au 17 octobre 1892.

Partis de Poguessa le 10, nous sommes venus camper à Koussoupa, après avoir trouvé évacué le camp de Sabovi encore occupé quelques heures auparavant par le roi Béhanzin.

Le 12 au matin, nous avons repris le contact de l'ennemi et presque toute la journée n'a été qu'un combat au cours duquel nous avons emporté trois lignes de retranchements.

Le 13, vous avez brillamment enlevé le camp qui couvrait Akpa, où l'ennemi, dans sa fuite précipitée, a laissé de nombreux vivres et munitions.

Venus le 14 à la lagune de Koto, pour nous ravitailler en eau, vous avez repoussé victorieusement trois attaques pendant les journées du 14 et du 15.

Le 16, nous avons repris notre bivouac d'Akpa, afin de faciliter notre ravitaillement en vivres et munitions et prendre quelque repos à la suite des fatigues résultant de quatre jours de combats. (Test aussi dans cette journée que les légionnaires, en s'offrant spontanément pendant la marche au transport des blessés indigènes aussi bien qu'européens, ont montré que, chez le soldat, l'esprit de sacrifice et de fraternité militaire est inséparable du vrai courage. Ce fait a encore augmenté l'admiration que leur conduite au feu a provoquée depuis la journée de Dogba.

Bientôt nous repartirons à l'attaque des dernières positions ennemies.

Sûr qu'il peut tout demander à chacun des éléments du corps expéditionnaire, le colonel est convaincu que le succès définitif, qui n'est dû qu'aux tenaces, ne tardera pas à couronner tant de généreux efforts.

Akpa, 18 octobre 1892.

A. Dodds.

Le commandant supérieur profita de ces quelques jours de repos bien nécessaires pour se ravitailler et donner aux quatre groupes de la colonne expéditionnaire, en vue d'une action décisive, une nouvelle organisation.

Voici la liste des officiers placés à la tête des diverses unités nouvellement constituées :

Premier groupe : commandant Riou

lre compagnie de légion, capitaine Démartinécourt ; lrc compagnie haoussa, capitaine Sauvage; 12e compagnie de tirailleurs sénégalais, capitaine Bérard; lre section d'artillerie, capitaine Delestre.

Deuxième groupe : capitaine Drude

3e compagnie de légion, capitaine Drude; 5e compagnie de tirailleurs sénégalais, capitaine Gallenon; 11e compagnie de tirailleurs sénégalais, capitaine Combettes; 2e section d'artillerie, lieutenant Valabrègue.

Troisième groupe : capitaine Poivre lre compagnie de tirailleurs sénégalais, capitaine Robard ;

4e compagnie de légion, capitaine Poivre ; 9e compagnie de tirailleurs sénégalais, capitaine Dessert; 3e section d'artillerie, lieutenant Jacquin.

Quatrième groupe : commandant Audéoud

2e compagnie de légion, capitaine Jouvelet;

3e compagnie de tirailleurs sénégalais, capitaine Rilba;

10e compagnie de tirailleurs sénégalais, capitaine Collinet.

Quelques modifications avaient eu lieu en même temps : le capitaine Scliillmans remplaçait, comme officier d'ordonnance, le commandant Marmet, tué à l'ennemi; le capitaine d'artillerie Montané-Capdebosc était placé à l'état-major, dont le capitaine Lombard était nommé sous-chef.

Demain, la colonne expéditionnaire se portera en avant pour refouler les dernières bandes dahoméennes déjà fortement ébranlées par les échecs nombreux et les pertes énormes que nous leur avons infligées précédemment et surtout dans les journées des 20 et 21 octobre. La ligne de la rivière de Koto, occupée par l'ennemi, constitue le dernier des remparts élevés par Béhanzin sur notre route pour défendre sa capitale. Ce roi, sentant sa ruine prochaine, essaie vainement de retarder notre marche par des pourparlers qui prouvent seulement qu'il a acquis le sentiment de sa faiblesse et celui de notre force.

Ces manœuvres astucieuses ne sauraient retarder notre marche victorieuse, pas plus que n'ont pu le faire les efforts de ses guerriers.

Le colonel sait qu'il peut compter sur le courage et la ténacité de tous pour porter le dernier coup à la puissance dahoméenne et, par une vigoureuse marche en avant, terminer rapidement cette campagne du Dahomey si brillament commencée.

Bivouac d'Akpa, le 25 octobre 1892.

A. Dodds

Officiers, sous officiers et soldats du corps expéditionnaire.

Après avoir, dans les journées des 2G et 27 octobre, enlevé les lignes de Koto, vous venez, dans les trois journées des 2, 3 et 4 novembre, de porter un coup décisif à la puissance dahoméenne.

Partis le 2 novembre du bivouac de Kotopa, vous avez tourné la forte position de Wacon et le soir, après une lutte où l'infanterie et l'artillerie ont montré une fois de plus ce qu'on pouvait attendre d'elles, vous avez forcé l'ennemi à évacuer et le palais de Wacon et les lignes qu'il croyait imprenables.

Le 3 au matin, le roi en personne venait lancer à l'attaque de notre bivouac les dernières troupes qu'il avait pu réunir. Ces hum mes avec la folle audace que donnent le désespoir et l'ivresse se sont précipités sur nos lignes et, après une lutte de plus de quatre heures, ont dû se retirer en désordre, laissant le terrain jonché de cadavres et poursuivis la baïonnette dans les reins jusqu'au réduit de Wacon qui a été brillamment enlevé d'assaut par les troupes du 4P groupe.

Le 4 enfin, après une marche aussi hardie que pénible vous avez refoulé l'ennemi sur la forte position de Dioukoué dont vous l'avez ensuite chassé malgré une résistance opiniâtre.

Vous savez tous le résultat de ces trois mémorables journées.

Le roi, dont l'armée est anéantie, a demandé la paix, nous la voulons durable ; il faut donc qu'elle soit honorable et profitable pour la France. S'il devait en être autrement je sais que je pourrais compter sur la vigueur et l'énergie dont vous avez donné tant de preuves pour aller porter jusque dans Abomey le coup suprême qui anéantirait à jamais la puissance de Bôhanzin.

Je tiens à exprimer encore à toutes les troupes du corps expéditionnaire la fierté que j'éprouve à commander à des hommes dont la valeur et le dévouement ont, seuls, permis de venir porter nos armes jusqu'au pied des murs d'Abomey, pour dicter la paix à notre ennemi.

Gana, le 12 novembre 1892.

A. Dodds

Après ces rudes journées, le colonel Dodds jugea nécessaire de laisser un peu reposer ses troupes. Il tenait aussi naturellement à attendre de nouvelles instructions qu'il avait demandées à Paris au sujet des négociations que Béhanzin avait entamées avec lui. Le 13 novembre, il recevait communication du câblogramme du 9 novembre par lequel le Gouvernement, en lui notifiant sa nomination au grade de général de brigade, le félicitait de nouveau des brillants résultats obtenus. Une touchante manifestation de respectueuse sympathie des officiers de la colonne expéditionnaire, à laquelle assistaient le gouverneur Ballot et l'administrateur Fonssagrives, eut lieu à cette occasion au camp de Gana.

Peiulant ce temps les pourparlers continuaient avec Béhanzin qui se rendait parfaitement compte que s'il pouvait arrêter nostroupes à Cana il lui serait facile de dire ensuite que le général avait reculé devant lui. Il multipliait donc ses offres : otages, armes, canons, énorme indemnité en argent; il se disait prêt à tout donner, même ce qu'il ne possédait pas, car il a été prouvé depuis que les fameux trésors d'Abomey n'existaient que dans l'imagination des indigènes. Ces offres qui ne cachaient de la part du roi que la volonté impuissante et désespérée de rétablir son prestige, furent enfin repoussées par le général Dodds auquel M. Ballot n'avait pas eu de peine à persuader qu'il était indispensable de s'emparer d'Abomey. La marche en avant fut reprise et la capitale du Dahomey tombait en nôtrepouvoir le 17 novembre.

Officiers, sous-officiers et soldats de la colonne expéditionnaire.

Le roi Béhanzin, après avoir demandé lapaix, n'a pas voulu accepternos justes conditions ; nous avons donc repris notre marche en avant et le 17 novembre le drapeau français a flotté sur les murs d'Abomey.

Afin de forcer les princes de sa famille et ses chefs à le suivre, le roi n'a pas hésité à brûler leurs demeures et ses propres palais : il a ainsi porté lui-même le dernier coup à sa puissance et à son prestige.

La pointe poussée sur Vindouté, dans la nuit du 18, a montré qu'il a complètement renoncé à la lutte et fui hors de la portée de vos armes victorieuses.

Depuis plus de deux mois vous avez presque journellement. combattu, vous avez supporté fatigues et privations, sans que jamais votre admirable entrain se soit ralenti un instant ; aujourd'hui l'occupation d'Abomey est le couronnement de vos succès; l'armée dahoméenne est anéantie et il ne reste que quelques hommes suffisant à peine à former une escorte pouvant servir à protéger la fuite du roi.

Aussi suis-je heureux de porter à votre connaissance le câblogramme que je reçois du ministre de la marine:

« .] 'admire avec vous la valeur et le superbe entrain de vos troupes ;. l'éloge quevous en faites est pour elles la première et reste la plus précieuse des récompenses.

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