CHAPITRE VI
Le Haut-l>ahoiiiev
EXPANSION TERRITORIALE. — MISSIONS. — EXPLORATIONS. — TRAITÉS — LE NIGER.
Le Dahomey était à peine conquis qu'il devenait nécessaire, pour conserver à notre nouvelle colonie son complet développement, de mettre son hinterland à l'abri des ardentes convoitises de nos voisins de Lagos et du Togo, qui ne cachaient pas leur désir de profiter de l'ébranlement causé par la chute de la puissance dahoméenne pour prendre possession des territoires de la boucle du Niger et nous couper la route de ce fleuve.
Cette partie de notre histoire coloniale parait devoir se diviser logiquement en deux périodes : 1° celle des traités (1894-1895) ; 2° celle de l'occupation effective (1896-1897). L'une et l'autre eurent pour conclusion les conventions de 1897-1898 passées par la France avec l'Allemagne et l'Angleterre et fixèrent définitivement les limites du Dahomey, en assurant sa liaison au Nord et à l'Est avec le Niger, à l'Ouest avec le Mossi et, par suite, avec le Soudan et le Sénégal. Ajoutons que le décret du 17 octobre 1899, qui a réorganisé le gouvernement général de l'Afrique occidentale française, a déterminé en même temps les frontières respectives du Soudan et du Dahomey auquel il a rendu sa dépendance naturelle : le territoire de Say.
Ce sont les détails de ces opérations très délicates et très mouvementées que nous allons essayer de décrire.
Au mois de juillet 1894, la situation respective du Togo, du Dahomey et de la colonie anglaise de Lagos était la suivante : aux termes des conventions du 24 décembre 1885, avec le Togo, et du 10 août 1889, avec Lagos, la sphère d'influence de chacune de ces colonies avait été réservée jusqu'au neuvième degré, mais au delà le champ était libre et leurs intérêts se trouvaient opposés. La tâche du Dahomey était particulièrement difficile, car il était obligé de devancer, à l'Est, les Anglais qui voulaient déborder du Yoruba pour nous couper la route du Niger, et, à l'Ouest, les Allemands, dont le but était également d'atteindre le Niger à tout prix afin de rendre impossible la jonction du Dahomey et du Soudan.
L'objectif commun des Allemands et des Anglais était donc de faire leur jonction au Nord du Dahomey et de réduire notre colonie à n'être qu'une simple enclave côtière. Il n'y avait pas de temps à perdre pour devancer nos rivaux.
Deux missions, l'une anglaise, commandée par le capitaine Lugard, l'autre allemande, dirigée par M. Gruner, se disposaient à se mettre en route pour le Borgou et devaient s'efforcer de nous devancer dans l'hinterland du Dahomey. A cette époque, la mission Decœur était rentrée en France et le gouverneur du Dahomey n'était pas encore de retour dans la colonie.
M. Ballot reçut l'ordre de repartir au commencement du mois de juillet 1894 pour venir prendre possession de son gouvernement. Il avait reçu comme instructions générales de M. Delcassé, ministre des colonies, l'ordre de mettre en route la mission Decœur, qui allait prochainement quitter la France, et de devancer en même temps, par les moyens qu'il croirait les plus pratiques, les Allemands et les Anglais, qui menaçaient le Gourma et le Borgou, de manière à nous réserver,
- ^39 avec la plus grande étendue de territoire possible, le libre accès au Niger.
Le commandant Decœur avait déjà, dans le courant de l'année 1893, parcouru l'hinterland immédiat du Dahomey, accompagné du lieutenant d'infanterie de marine Baud. Il s'était rendu, tout d'abord, dans le haut Mono, avait atteint Pessi,et,un peu plus tard,Dadjo, Ouécé, Begbéra (Tchaourou). Il était rentré en France au mois d'avril 1894, en exprimant l'avis que, pour pouvoir pénétrer pacifiquement chez les Baribas, il fallait marcher très lentement en établissant des postes à partir du huitième degré.
Premier voyage de M. Ballot (du 26 août ait 28 octobre 1894) de Porlo-Novo à Carnotville. — M. Ballot, arrivé dans la colonie le 29 juillet 1894, se mit en route le 26 août avec le commandant Decœur. La mission du gouverneur se compo sait de :
M. le colonel Nény, de l'infanterie de marine;
M. le capitaine d'artillerie Meunier, chef du bureau militaire du gouvernement ;
M. Deville, administrateur colonial;
M. Xavier Béraud, interprète principal, secrétaire interprète du gouverneur.
L'escorte était composée de 25 gardes indigènes, commandé par l'inspecteur Achille Béraud. et un convoi de 80 porteurs.
Cette mission s'embarqua sur VOnyoo et l'Opale, qui remorquaient chacune deux grandes pirogues.
La mission du commandant Decœur se composait de :
M. Baud, lieutenant d'infanterie de marine;
M. le D1' Danjou, médecin, aide-major de lre classe :
M. Molex, secrétaire ;
M. de Portzamparc, lieutenant d'infanterie de marine aux tirailleurs haoussas,- commandant l'escorte ;
M. Yargoz, sous-lieutenant aux tirailleurs sénégalais;
M. d'Auriac, inspecteur de la garde indigène. Gomme escorte : une section de tirailleurs sénégalais, une
section de tirailleurs haoussas et 50 gardes indigènes; en tout,
150 hommes et un convoi de 250 porteurs.
Chel de Kétou
Les canonnières arrivèrent le 26 août au soir à Dogba, le 27 à Sagoil, le 26 à Ouéméton (Zagnanado), où s'opéra le débarquement du personnel et du matériel.
La mission Decœur resta à Agony pendant que celle du gouverneur se dirigeait sur Zagnanado et Abomey, où elle arriva le 29 août. Elle y séjourna le 30, revint le 31 à Zagna-
— &1L nado, d'où elle partit le 2 pour les Dassas et Savé, où elle avait donné rendez-vous à la mission Decœur, qui devait s'y trouver le 7 ou le 8 septembre.
La mission du gouverneur arriva le 2 à Gahingon, le 3 à Kétou, où elle séjourna toute la journée du h ; le 5 à Agony-
Chel de Savé
Pao, le 6 à la rivière Oepala, le 7 à la rivière Bessi, le 8 à Savé, où elle retrouve le commandant Decœur avec une partie de sa mission, le reste, avec le lieutenant Baud, ayant été dirigé sur Savalou pour s'y réapprovisionner. Le gouverneur reste le 9 à Savé,-passe le 10 à Kaboua, le 11 à Kokoro, le 12 à Ouécé, le 13 à Vossa, le 14 à Dadjo, où il rejoint la mission Decœur.
] /.tissa nt dans ce village une partie de ses bagages, M. Ballot traverse, le 15, la rivière Bido, et enfin, le 16, il arrive à Agbassa il décrit ainsi la dernière partie de son voyage :
« La route suivie est un simple sentier de chasseurs. A six heures du matin, la colonne atteint le pied d'une chaîne de montagnes assez élevées et on commence l'ascension. L'unique chemin qui traverse cette chaîne passe par un des points les
Carnotville
plus bas. La marche de la colonne est forcément ralentie par les difficultés de la montée sur des blocs de marbre et de granit qui roulent sous les pieds. La descente se fait sans trop de peine sur le versant opposé, le sentier ne suivant plus la ligne de plus grande pente.
(( Après avoir franchi un soulèvement beaucoup moins considérable, la route traverse un ruisseau de 8 mètres de largeur à fond rocheux que l'on peut passer en posant les pieds sur les pierres au milieu desquelles une eau claire coule en assez grande abondance.
« Contournant une autre chaîne de direction opposée à celle que la colonne vient de franchir, une route de 6 mètres de large mène à l'Agbassa, région située dans un véritable cirque tirant son nom de l'un des villages qui y sont situés. A neuf heures, la mission arrive au premier village au milieu duquel le campement est établi. Des cases d'indigènes servent d'abri. »
C'est dans ce village d'Agbassa, remarquable par sa situation et par sa proximité des routes conduisant aux grands centres du haut pays, que le gouverneur Ballot établit notre premier poste d'occupation. Il lui donna le nom de Carnotville.
Le 17 septembre, la mission redescend à Dadjo, le 18, franchit l'Ouémé, fort large à cet endroit et présentant certaines difficultés de passage, le 19, atteint Diagbalo, après avoir traversé l'Odouo, arrive le 20 à Agoua, le 21 à Kokoboa, le 22 à Savalou, où une nouvelle résidence venait d'être construite en quelques jours par M. Mounier, adjoint des affaires indigènes, premier résident de Savalou. La mission séjourne dans ce poste le 23 et en profite pour reconnaître le cours de l'Agbado. Elle en repart le 24 et va coucher sur les bords du Zou.
Le 25 septembre, la mission oblique vers l'Ouest et se dirige sur Djalloukou, où elle arrive le même jour. La route a été préparée d'avance par le roi de Djalloukou, prévenu de l'arrivée de la mission. Grossis par les pluies, les ruisseaux qui traversent le chemin peuvent être cependant franchis assez facilement, puis on atteint, à neuf heures trente, la ville bâtie dans un site très pittoresque au pied de rochers élevés et entremêlés de verdure. Le campement est établi dans une case trop rapidement construite par l'escorte, une violente tornade oblige à la quitter dans la soirée ; l'eau, l'envahissant entièrement, contraint la mission à profiter de l'hospitalité peu confortable du roi.
Le 26 septembre, elle se rend de Djalloukou au Gouffo, le 27, elle va du Gouffo à Didja et arrive le 28 à Abomey, où elle séjourne le 29, le 30 septembre et le 1er octobre. Le 2, elle repart dans la direction de Tado, couche à Avégamé et arrive à Tado, où elle séjourne le 4 octobre. Le 5, elle passe à ïoune et campe à Ounbénié, le 6 à Topli. Elle y séjourne le 7 octobre, se rend le 8 à Affagnon, où elle reste un jour, arrive le 10 à Toune et le 11 à Agoué. Le gouverneur y reste le 12 et, le 13, profite de son séjour pour inspecter les postes de douane de la frontière allemande, se rend le 14 à Grand-Popo, y demeure jusqu'au 19 pour régler différentes affaires, arrive le 20 à Ouidah, y reste jusqu'au 23, repart le 24 pour Allada, y arrive le même jour et repart le 23 pour Abomey-Calavi. Le 27, la mission couchait à Godomey et atteignait Gotonou le 28, où l'Opale l'attendait pour l'emmener à Porto-Novo, où elle arrivait le même jour.
Le résultat pratique de la première mission du gouverneur a été de mettre en route la mission Decœur et d'assurer sa subsistance par la concentration d'importants approvisionnements de vivres, d'abord à Savalou et ensuite à Carnotville. Ce voyage permit, en outre, au gouverneur de se rendre compte de la situation générale des pays nouvellement soumis à notre influence dans le Nord de la colonie et aussi de recueillir dans des région* encore inexplorées de précieux renseignements géographiques qui trouveront leur place dans un autre chapitre.
M. Ballot avait également profité de son passage à Agoué pour rendre visite au gouverneur du Togo. Là, il avait appris que M. Polekowski était débarqué à Petit-Pop o le 2 octobre et en était parti le 14 pour Misahohé et Krathyé avec 100 miliciens et un convoi important. Cet officier allemand avait pour instructions de fonder une station à Krathyé et d'y attendre l'arrivée du Dr Gruner. Le but apparent de cette mission était
de visiter Fhinterland de la colonie allemande, son but réel était d'atteindre le Niger entre Gomba et Say. Le 'gouverneur avait immédiatement informé le commandant Decœur de Ja gravité de la situation en lui prescrivant de se hâter. La
Femme Mina d'Alloué
mission Decœur était, à cette époque, revenue au Sud de Carnotville et perdait un temps précieux dans les environs de Bédou et de Manigri, un peu au Nord de Savalou.
Apprenant, d'autre part, que le capitaine Lugard avait quitté Ibadan le 5 septembre, se dirigeant vers le pays des Baribas, afin d'y devancer la mission française, le gouverneur
Ballot mil immédiatement en route M. Alby, administrateur, chef du service des affaires politiques, avec mission de rejoindre le commandant Decœur, de le tenir au courant des progrès des Anglais et des Allemands et surtout de l'inviter à hâter sa marche en avant, sur Niki d'abord, pour y devancer le capitaine Lugard, et ensuite sur le Mossi, pour y devancer la mission Gruner.
Le 6 novembre, M. Ballot écrivait de nouveau au ministre : a J'ai l'honneur de vous adresser, ci-joint, copie de quatre traités passés par le commandant Decœur avec les chefs des villages de Bédou, Blé, Manigri et avec le roi du Gambari.
« Ces documents sont parvenus à Porto-Novo le 24 novembre. Depuis cette époque, je n'ai reçu aucune nouvelle de la mission Decœur, et j'ignore où elle se trouve actuellement. A la date du 24 novembre, le commandant Decœur était encore à Manigri et avait l'intention de partir le lendemain pour Kirikri, Aledjo, Séméré et, de ce point, de suivre l'itinéraire de Wolf jusqu'à Niki.
«J'ai reçu le 1er de ce mois une lettre de M. Alby, datée d'Alafia, le 23 novembre, dans laquelle il dit que tout va bien et annonce son intention de marcher rapidement sur Niki, où il espère arriver le 28. »
La mission Decœur, au lieu de marcher directement sur Niki, avait cru, en effet, devoir suivre la route déjà explorée par WoL en 1889 : Manigri, Pénésoulou, Pélala, Aledjo, Séméré, Ouangara, Bori, N'Dali, Tébo, Péréré, Doroukpara ; elle n'atteignit Niki que le 25 novembre, malheureusement cinq jours après le capitaine Lugard ! Le commandant Decœur parvint à signer cependant avec le roi de Niki un traité régulier, plaçant le Borgou sous le protectorat de la France. Il redescendit ensuite sur Parakou et Carnotville.
La missionDecœur repartit de cette dernière ville le 19 décembre, se dirigeant sur Kouandé et Maka, où elle arriva le 31.
Là, elle se divisa en deux parties : l'une, composée des lieutenants Baud et Vergos, se dirigea sur Say pendant que le commandant Decœur, le lieutenant Yermeersch et M. Molex, partant le 9 janvier de Sansanné-Mango, continuaient leur roule au Nord à travers le Gourma, en essayant de distancer le second du Dr Grimer, le lieutenant allemand de Garnap, lancé en avant par son chef. Malgré les efforts du commandant Decœur, M. de Garnap arriva le premier à Pâma, où il fit signer un traité le 14 janvier. Puis, apprenant que le chef de Pâma n'était pas le vrai roi du Gourma, il continua sa route au Nord, sur Xando, qu'il supposait être la capitale de ce pays. Le roi de Nàndo étant à Kantkantchari, il alla l'y trouver, lui lit signer un traité et attendit dans ce village l'arrivée du Dr Grimer. Mais, au lieu de son chef, ce fut le commandant Decœur qu'il vit arriver. Ce dernier, de Pâma, s'était dirigé sur Fada N 'Gourma ou Noungou, la véritable capitale du Gourma, contrairement à ce que pensait le lieutenant de Garnap. Il avait, dans cette dernière ville, signé un traité avec le roi Bantchandé puis avait continué sa route par Kando et Say, où il rejoignit le lieutenant Baud, qui y était installé depuis le 25 janvier.
Entre temps, M. Ballot, inquiet des progrès des Anglais et des Allemands, désolé de savoir que le commandant Decœur n'était arrivé à Niki qu'après le capitaine Lugard, résolut de partir lui-même pour le haut pays afin -de suivre de plus près la marche des missions et de pouvoir les seconder au besoin. .
La situation politique du bas pays était bonne : le premier voyage du gouverneur à Garnotville avait produit le meilleur effet chez les indigènes et calmé tous les esprits. La création des postes permanents de Kétou, Badagba, Agoua, Dadjo et Garnotville, ainsi que l'installation définitive des résidents de Savalou, de Sagon et d'Athiémé avaient prouvé aux indigènes noire intention bien arrêtée d'organiser et de pacifier leurpays.
(( A Savalou, écrivait le gouverneur à M. Delcassé, 1 ni ni sire des colonies, nous avons été accueillis connue des libérateurs. Grâce au roi Baguidi, les porteurs et les courriers peuvent y être facilement recrutés, les routes de Savalou à Carnotville sont actuellement largement ouvertes et bien entretenues. « En résumé, la colonie tout entière est absolument calme et c'est en toute confiance que je quitterai ces jours-ci le centre du gouvernement pour me rendre de nouveau dans le haut pays.
(( Je sais, monsieur le ministre, quelle importance vous attachez à tout ce qui concerne notre œuvre de pénétration. Je puis vous donner l'assurance que j'y emploierai toute mon énergie et que j'arriverai, si nous n'avons pas été devancés par nos rivaux, à assurer la réussite du plan dont vous avez bien voulu me confier l'exécution. »
M. Ballot partit de Porto-Xovo le 27 décembre, et, après avoir passé par Abomey-Calavi pour y organiser et mettre en route la mission Toutée, qui arrivait de France, il continua sa route sur Abomey, où il parvint le l°r janvier 1895.11 arriva à Savalou le 6, à Garnotville le 11. Après avoir envoyé des instructions aux missions Decœur, Alby, Baud et Toutée, le gouverneur se dirigea sur le Niger par Niki, capitale du Borgou, afin de s'assurer par lui-même de l'existence et de la valeur des traités passés par la Compagnie Royale Anglaise avec les chefs des provinces du Niger. Il voulait aussi étudier de près le Borgou et le Boussang, pays jusqu'alors inexplorés. Il partit de Garnotville le 13 janvier, accompagné, comme lors de son premier voyage, du capitaine Mounier, de l'administrateur Deville et de l'interprète principal Xavier Béraud, avec une escorte de 25 tirailleurs sénégalais, commandés par le sous-lieutenant Macodou M'Baye, et de 50 gardes indigènes, sous les ordres de l'inspecteur Achille Béraud ; 200 porteurs formaient le convoi.
11 arriva sans encombre à Niki le 20 janvier en suivant la route Halatia, Parakou, Guinagourou, Schori et Péréré, où le commandant Decœur avait été fort mal reçu. A Niki, il constata L'existence d'un traité signé par le capitaine Lugard avec l'Iman des musulmans de cette ville, le 10 novembre 1894; mais le roi lui affirma que cet acte avait été passé à son insu et qu'il refusait de le reconnaître. Le 22 janvier, M. Ballot quitta Niki, passa le 23 à Yassikérah et Bétay, à Kayoma le 25, à Ouaoua le 27 et arriva à Boussa le 29 janvier. Là, le roi lui montra deux traités, un du 10 novembre 1885 pour le compte de la National african company limited, l'autre du 20 janvier 1890, signé par un agent de la Roy al Niger company. Ce dernier acte assurait à cette Compagnie anglaise le monopole commercial du Boussang.
Le gouverneur, après être resté quelques jours sur les bords du Grand-Fleuve, repart de Boussa le 31 janvier, passe à Zali le 1er février, à Louma le 2, à Coubli le 3, à Galondgi le 4, à Yagbassou le 5, à Pagnian et Dékala le 6 février, à Péliangou le 7, à Sakamandgi et Niki le 8 février. A partir de ce point, la mission reprend le même itinéraire qu'à l'aller : elle passe le 9 à Sia, le 10 à Ourobérou, le 11 et le 12 elle séjourne à Schori, le 13 passe à Sinagourou, le 14 à Bégourou, arrive à Parakou le 15 février 1895, et, enfin, le gouverneur rentre à Porto-Novo le 11 mars, après avoir, à son passage à Carnotville, envoyé chez les Kodokolis le capitaine Mounier, qui signa un traité avec le chef de ce pays le 24 février 1895 ; et, dans le royaume de Bouay, l'administrateur Deville, qui poussa jusqu'à Kandi et conclut, le 8 mars, un traité de protectorat avec le chef de cette province du Borgou.
Pendant ce temps, la mission Decœur quittait Say, longeait le Niger et redescendait à Carnotville, où elle se disloqua le 21 mars. Le commandant Decœur descendit à la Côte
pendant que le lieutenant Baud et le lieutenant Wnneorsch, contournant le Togo et la Cote d'Or, se dirigèrent sur Grand- Bassam par le Gourounsi, Bouno et Bondoukou.
M. l'administrateur Alby, à son retour de Niki, au mois de décembre, avait été chargé par le gouverneur d'une double mission : 1° rechercher le commandant Decœur et le lieutenant Baud dans la direction de Sansanné-Mango et commu-
Le Niger à Boussa
niquer au commandant les ordres du ministre, prescrivant son retour à la cote et la remise du commandement de la mission au lieutenant Baud ; 2° remonter jusqu'à Ouagadougou, capitale du Mossi, et passer un traité avec le chef de ce pays, de manière à relier le Dahomey au Soudan français, en passant par le Kaarga et la Gambakha et en revenant, si possible, par la capitale du Gourma.
M. Alby ne put tout d'abord rejoindre le commandant
Decœur, qui avait quitté Sansanné-Mango et se dirigeait aussi vite que possible sur Say eu essayant de distancer le lieutenant de Carriap.
M. Alby raconte ainsi son départ de Sansanné-Mango : « D'autre part, tous mes renseignements concordaient pour attester le passage relativement récent de missions anglaises et allemandes, fortement escortées, dans le Kaarga et le Gambakha, venant de Salaga et de Yendi.
« Je ne pus que profiter d'un heureux concours de circonstances pour passer un traité de protectorat avec le roi de Sansanné-Mango, et je pris la résolution de remplir la seconde partie de mes instructions en essayant de gagner Ouagadougou aussi rapidement que possible par une route directe encore inconnue. »
M. Alby, qui avait avec lui 14 gardes indigènes et 50 porteurs, repartit le 29 janvier de Sansanné-Mango, passa par Borgou, Pougno, Djébiga, Découi, Sànka, traversa le Yanga, le Boussangsi et entra sur le territoire du Mossi le 4 février. Il continua par les villages de Bani, ïingourkou, Béri, Boussourima et Konbitchiri. Malheureusement, le sultan de Ouagadougou fut prévenu de son arrivée et lui interdit l'entrée de cette ville. M. Alby dut s'arrêter à Boussourima, à un jour de marche de la capitale. Il envoya des messagers au roi, qui les reçut fort bien mais n'accorda pas l'autorisation demandée. Après avoir vainement essayé à plusieurs reprises de passer outre à cette défense, M. Alby se décida enfin à partir le 24 février.
Il se proposait de redescendre par Noungou (Fada N'Gourma) et, en second lieu, de trouver une route directe de Fada N'Gourma à Pâma ou Kouandé, mais il dut renoncer à ce projet. 11 fut obligé, par suite des troubles qui existaient alors entre le Mossi et le Gourma, de reprendre son premier itinéraire et de passer par Tingourkou, d'où il gagna Pâma, qu'il atteignit
le 8 mars. Il arriva le 14 à Konkobiri, puis continua sa route par Kombogou, Firou, Lambouti Kouandé, Djougou, Ouari, Garnotville et Abomey, où il arrivait le 31 mars.
Quant au commandant Toutée, après avoir traversé le Yoroubah, il s'était installé à Badjibo, ayant constaté que ce point n'avait pas été occupé par les Anglais et qu'aucun bateau à vapeur n'y était venu depuis sept ans; il y fonda en conséquence un fort auquel il donna le nom d'Arenberg.
Après avoir redescendu le fleuve et s'être assuré que l'occupation anglaise ne commençait réellement qu'à Egga (270 kilomètres au Sud de Badjibo), le commandant Toutée se décida à remonter le fleuve et partit le 25 mars, laissant un poste à Arenberg. Il franchit d'abord les rapides de Boussa, après avoir rencontré à Léaba un simple noir se disant représentant de la Royal Niger qui voulut lui créer des difficultés, puis il continua intrépidement son voyage jusqu'à Gao dans une embarcation indigène, à peine escorté de quelques tirailleurs et laptots.
En résumé, les missions Ballot, Decœur, Baud, Alby et Toutée, par les traités qu'elles avaient passé avec les rois de Niki, du Gourma, de Kouandé, Sansanné-Mango, Ouangara, Say, Ilo, Bikini, etc., nous avaient donné sur nos rivaux des droits incontestables. Ces actes furent très bien accueillis en France, mais il n'en fut pas de même à l'étranger, surtout en Angleterre, où la presse se montra fort agressive contre nos explorateurs. Quoiqu'il en soit, grâce aux constatations du gouverneur Ballot, nous pouvions soutenir la validité du traité passe par nous à Niki malgré la convention conclue par le capitaine Lugard avec le chef des musulmans, mais non le roi de ce pays.
Par son traité avec le roi du Gourma, le commandant Decœur avait placé ce royaume tout entier sous notre protectorat. Les premiers, nous étions arrivés à Say, les premiers,
nous avions reconnu la partie inexplorée du fleuve de Say à Boussa.
Le bulletin du Comité de l'Afrique française du mois, de mai 1895 appréciait ainsi les résultats des missions de nos explorateurs :
« Nos lecteurs peuvent maintenant apprécier l'importance des résultats tant politiques que géographiques qu'ont obtenus les missions françaises.
« S'ils considèrent en même temps que le Dahomey, resserré entre le Togo allemand et le Lagos anglais, ne peut prendre tout son développement que s'il a accès aux marchés de l'intérieur comme il a accès sur la côte, ils comprendront l'utilité, au point de vue de l'avenir économique et commercial de notre colonie, des missions qu'ont accomplies avec tant d'énergie, d'abnégation et de succès les explorateurs dont nous venons d'exposer l'œuvre.
« Si l'on jette les yeux sur les cartes de l'influence française en Afrique dressées en 1800 au moment où l'attention publique porta son attention sur les choses coloniales, on y voit que dans la région Nord-Ouest les plus hardis limitaient la partie teintée de notre couleur à une ligne allant d'Assynie à Say par Bandoukou et englobant les territoires récemment visités par M. Binger dans le vaste blanc qui représentait les territoires de la boucle du Niger compris entre cette ligne et le fleuve ; le Dahomey était une petite colonie côtière limitée au Nord par le 9e degré.
« Ce blanc doit être aujourd'hui teinté de notre couleur sur tous les territoires par lesquels s'est faite notre jonction entre notre colonie dahoméenne, le Niger, la Cote d'Ivoire et le Soudan français.
« L'œuvre inaugurée par MM. Binger, Monteil, Crozat, et si brillamment continuée par MM. Ballot, Decœur, Hourst, Todtée, Baud, Marchand, Braulot, Alby, sera accomplie à ce
prix, et c'est dans ces limites agrandie.; que doit être constituée l'Afrique occidentale française telle que l'a faite le grand mouvement de pénétration de 1895. »
On a vu précédemment que, pendant les années 1S94 et 1895, les missions envoyées par la France, l'Angleterre et l'Allemagne n'avaient eu qu'un but : distribuer et faire signer des traités à tous les sultans, rois ou même simples chefs de
roi de Sansanné-Mansro et sa suitt
village qu'elles avaient rencontrés sur leur roule.
Gomme elles employaient pour vaincre la résistance des autorités indigènes, les promesses, les cadeaux et souvent les menaces, celles-ci n'hésitaient pas longtemps à signer des conventions, dont elles ignoraient souvent la valeur, pourvu toutefois, qu'en échange, il leur fut abandonné une quantité suffisante de marchandises.
On comprend que dans ces conditions, chaque natien avait
pu taire une abondante moisson de ces papiers, et les diverses missions étaient rentrées en Europe d'autant plus enchantées du résultat de leur campagne, que chacune d'elles étaitpersuadée que ses traités seuls étaient bons et que ceux de ses rivaux n'avaient aucune valeur.
C'est ainsi que le D1" Grimer publiait dans Deutsche Kolonicà Zeitung du 30 novembre 1895, un long article par lequel il s'efforçait de prouver que nos traités, simples chiffons de papier, n'avaient aucune valeur, alors qu'au contraire, ceux faits par lui et le lieutenant de Garnap, établissaient indubitablement les droits des Allemands sur les régions situées dans l'hinterland du Togo et du Dahomey au nord du 9e degré. Il s'appuyait pour cela sur ce que les traités allemands sont écrits et signés en arabe et qu'ils ont donné lieu à de longues négociations, tandis que les traités français ne portent que la croix des indigènes!
En résumé les deux questions importantes en litige avec les Allemands étaient celles de Sansanné-Mango et du Gourma. Pour la première, (Sansanné-Mango), M. Decœury était arrivé le premier, le 6 janvier, précédant de quelques jours la mission allemande. Quant au Gourma, le traité signé à Pâma et ensuite à Kankantchari par le lieutenant de Garnap ne pouvait avoir aucune valeur en regard de celui signé par nous à Fada N 'Gourma (Noungou) dans la véritable capitale et avec le véritable roi du Gourma. Nous avions également l'avantage du coté de Say : d'abord en vertu du traité Monteil de 1891, ensuite de ce fait que les Allemands n'y étaient arrivés qu'au mois de février, alors que le lieutenant Baud, qui s'y trouvait depuis le 28 janvier, avait déjà renouvelé le traité Monteil et y avait été rejoint par la mission Decœur qui avait ensuite redescendu le cours du fleuve juqsu'à Gomba.
Afin de sauvegarder nos droits, des négociations furent
engagées avec l'Allemagne an commencement de 1896 pour arriver à éclaircir les droits respectifs des deux nations.
Des pourparlers avaient, d'autre part, été engagés avec l'Angleterre dès la fin de 1895. La France était représentée par MM. Roume, directeur des affaires politiques, et Larrony, ministre plénipotentiaire et l'Angleterre par M. Henry Howard, de l'ambassade d'Angleterre, sir A. Hemming, gouverneur de la Guyane anglaise et le colonel Everett.
Bien que commencées depuis plusieurs mois, les négociations n'avaient pu aboutir, tant par suite des prétentions exagérées des Anglais que delà difficulté de se reconnaître parmi tous les traités que présentaient les représentants de chaque nation.
Pas plus que les Allemands d'ailleurs, les Anglais ne voulaient admettre la théorie de l'occupation effective, bien qu'ils s'en fussent autrefois prévalus dans leurs différends avec le Portugal au sujet du Machuanaland et du Matabeleland.
Néanmoins, les négociations n'avaient pas été rompues et elles se poursuivaient péniblement ; lorsque le bruit vint en Europe que pendant (rue la France négociait loyalement, ses rivaux commençaient à occuper effectivement le pays contesté, de façon à essayer de nous placer en présence d'un fait accompli, contre lequel toutes nos protestations ne sauraient prévaloir.
L'éveil fut donné en avril 189!) parmi télégramme venu de Brass et ainsi reproduit par le Times :
(( Au commencement du mois de mars, une dépêche de Brass signale que sir John Taubman Uoldie, président de la Compagnie royale du Niger est rentré à Akassa avec M. Wallace, agent général delà Compagnie, revenant de Boussa, capitale du Borgou.
(( Le roi du Borgou maintient avec fermeté le traité qu'il a « signé en 1890 avec les Anglais. Il refuse formellement de
— 2(1) — ((conclure des traités avec les missions des autres nations.
« La Compagnie royale du Niger a établi des stations milice la ires sur plusieurs points du royaume du Borgou et du pays « d'Ilorin, territoire situé à l'ouest du Niger. »
On ne saurai' contester à cette dépêche l'opportunité avec laquelle elle arrivait pour tenter d'influer sur les négociations actuellement engagées entré la France et l'Angleterre, au sujet de la délimitation du bas Niger.
Elle nous prouvait aussi que la Compagnie du Niger ne restail pas inactive et qu'elle s'efforçait de détruire l'œuvre considérable des missions françaises du Niger.
Quelques mois après, aucune entente n'ayant pu intervenir, les négociations étaient interrompues.
Le Bulletin du Comité de V Afrique Française exposait ainsi la situation des trois puissances dans la boucle du Niger :
« Les négociations engagées depuis de long mois entre la France et l'Angleterre, pour la délimitation du haut Dahomey, sont suspendues et subissent un temps d'arrêt, malgré les efforts très louables des commissaires français.
« Nous n'en serions pas trop alarmés si des faits récents ne nous avaient fait connaître les tentatives faites par nos concurrents, pendant les négociations, pour prendre possession des territoires réclamés par nous. Nous ne voulons pas seulement parler des efforts de l'Allemagne, avec laquelle toute négocialion parait d'ailleurs abandonnée, et qui vient de renvoyer dans l'arrière-pays du Togo le docteur Grimer, chef de h: mission allemande de 1895. Nous sommes inquiets, surtout des | menées de l'Angleterre, ou plutôt delà Compagnie royale du Niger, qui veut sans doute triompher de la campagne menée ï contre elle par les Chambres de commerce anglaises en i prenant une position plus forte et plus étendue dans le Niger, il Ces menées avaient été déjà signalées à notre attention parle j singulier voyage de sir John Taubman Goldie, qui, à l'heur
où s'ouvraient les délibérations de la commission francoanglaise, se rendait à Akassa, remontait à la haie le Niger jusqu'à Boussa et télégraphiait que les populations et les chefs confirmaient avec enthousiasme les prétendus traités de la Compagnie.
(( Un nouveau fait a mis en lumière, pendant le mois de juin, la tactique delà Compagnie royale. Une mission française a
Un fétiche dans la brousse
été attaquée par des indigènes du haut Dahomey. Comme nous sommes tributaires des lignes télégraphiques anglaises pour l'Afrique presque entière, c'est un câblogramme de Brass qui nous en a informés. Il avait grossi considérablement les faits et ne parlait de rien moins que du massacre d'une forte expédition française allant au Niger et dirigée par le commandant Toutée, lequel est actuellement à Paris! On s'aperçut sans peine, en France, de l'exagération voulue de ces nouvelles,
et un télégramme officiel du gouverneur du Dahomey vint quelques jours après rétablir les faits : une mission, dirigée par M. l'administrateur Fonssagrives, était allée dans le nord du Dahomey rechercher les restes du chef de bureau Forget^ parli de la cote vers le Niger, dans un accès de folie et assassiné par des coupeurs de route ; après avoir retrouvé le corps de ce malheureux, elle avait poussé jusqu'à Yagbassou, où avait eu lieu l'assassinat et où elle avait été attaquée par les Baribas, qui lui tuèrent sept miliciens et blessèrent M. Fonssagrives.
« Cet incident, qui n'a eu rien de grave au point de vue politique, a été exploité parla Compagnie royale, qui a tenté d'établir que notre influence dans le Borgou était bien précaire. Mais elle a montré très nettement le but qu'elle poursuit en télégraphiant en Europe « qu'elle envoyait de Badjibo des secours à la mission attaquée » ce qu'elle n'a d'ailleurs jamais fait. Nous n'avons plus à prouver à nos lecteurs que l'autorité de la Compagnie dans le Niger, en amont de Rabba, était une légende, — au moins jusqu'au voyage du commandant Toutée, car, par suite de l'inexcusable évacuation du poste d'Arenberg, on a fait la partie belle à sir John Taubman Goldie, qui a agi dans cette région en toute liberté.
<( Nous sommes, d'ailleurs, persuadés que la situation de la Compagnie royale ne s'est, pas améliorée de façon si sensible, et la dépèche disant qu'elle a envoyé des secours de Badjibo tend surtout à faire croire en Europe qu'elle possède maintenant des traités et des factoreries dans les territoires nigériens, en aval de Say et dans le Borgou. C'est ainsi que les Anglais avaient réussi à accréditer, avant les voyages du commandant Mizon, la légende de la toute-puissance de l'Angleterre dans la Bénoué, le Mouri, l'Adamaoua et les pays haoussas du triangle Say-Lokodja-Barroua .
(( Il n'en est pas moins certain qu'elle tente de substituer en fait son influence à la notre dans les territoires sur lesquels
portent les négociations franco-anglaises. Il semble, dès lors, qu'il ne suffise plus de réclamer nos droits. Le gouvernement a des mesures à prendre dans le haut Dahomey et au Niger pour leur donner une sanction. Il pourrait sembler plus convenable de n'exercer aucune action dans le territoire en litige pendant les négociations dont il est l'objet. Mais la Compagnie du Niger n'ayant pas respecté cette convenance et cherchant des arguments dans le fait accompli, il faudrait de la part de notre gouvernement, la plus regrettable apathie pour qu'il nous laissât, à cet égard, dans un état d'infériorité vis-à-vis de nos entreprenants rivaux. »
Dans un nouvel article du mois de septembre, le Bulletin du Comité de V Afrique signalait de nouveau, et en ces termes, les agissements des Anglais et des Allemands :
(( Au commencement de 1896, le comité de l'Afrique française jetait un cri d'alarme : il faisait observer que depuis 1896, il n'avait cessé de mettre le gouvernement en garde contre les dangers d'une inaction où il paraissait se complaire. Du jour où les négociations diplomatiques engagées à Paris, d'une part officiellement avec l'Angleterre, d'autre part, officieusement avec l'Allemagne, traînèrent en longueur, nous avons dit qu'il convenait de prendre en Afrique, dans les territoires en litige, telles mesures conservatoires qu'exigeait la sauvegarde de nos droits. Nos soupçons étaient éveillés par les agissements singuliers de la Compagnie royale du Niger, dont le président, sans même attendre l'arrêt des négociations engagées, alla dans le Niger pour tenter d'annihiler notre influence et d'y faire disparaître toute trace de ce poste d'Arenberg que nous réclamons avec plus d'énergie que jamais comme le poste le plus en aval du cours français du Niger. L'attitude de nos rivaux du Togoland éveillait également notre inquiétude, car nous avions appris et annoncé la présence, au Togo, du docteur Gruner, le chef de la mission allemande de 1895, et nous
savions que le parti colonial allemand n'a rien abandonné de ses prétentions.
(( In l'ait 1res grave est venu nous apprendre que l'action de nos rivaux duTogôétail aussi dangereuse, et malheureusement aussi avancée, que celle des Anglais des bouches du Niger. Pendant que sir G. Taubman Goldie accomplissait son voyage au Niger, les Allemands ont commencé une campagne décisive dans le haut Togoland, et notre gouvernement ne connaissait pas encore leur marche en avant que déjà ils avaient fait acte de possession effective dans un des points les plus importants du conflit, à Sansanné-Mango,
« Nous avons fait d'une façon si complète la critique des prétentions des Allemands et nous en avons si nettement montré l'exagération qu'il nous semble superflu d'exposer de nouveau les arguments si probants que nous leur avons opposés. Il nous suffira de rappeler que c'est à nos dépens que le parti colonial allemand et le gouvernement impérial projettent de développer le Togoland : du Togo resserré entre la mer et le 9e parallèle, ils veulent faire une colonie allant s'appuyer au Niger et s'étendant môme au delà sur la rive gauche, à travers la partie du Haut-Dahomey que les missions Ballot, Decceur, Baud et Alby nous ont acquise et qui est la voie d'accès de notre colonie au Soudan français, à la Côte d'Ivoire et au cours moyen du grand fleuve commercial de l'Afrique occidentale.
« L'occupation de Sansanné-Mango et la création d'un service de courriers ne sont que les premiers pas de la marche des Allemands au Niger. Sansanné-Mango est le point de départ, mais Say et Ho sont les objectifs. Les Allemands ont demandé au mois de mars dernier, qu'on donnât au Togo un point d'accès au Niger. Les négociations n'ayant pas abouti, ils vont sur place occuper ce point d'accès. Ils n'en sont plus très éloignés peut-être y sont-ils déjà.
<( Nous professons le plus grand respect pour les négociations
diplomatiques engagées à Paris; nous en avons attendu, et, puisqu'elles ne sont pas rompues, mais seulement suspendues, nous en attendrons encore la réalisation des espérances que nous avons conçues. Mais il ne nous semble pas que noire gouvernement ait pris des mesures suffisantes pour appuyer ses demandes. L'administration locale du Dahomey avait commencé, Tannée dernière, à pousser une ligne de postes sur la route du Niger et à établir des agents dans la région, convoitée par le Togoland. Nous suivions cette action avec le plus vif intérêt : après l'explorateur, qui établissait notre influence sur des régions nouvelles, venait ensuite ragent de l'administration prenant possession effective et précédant le commerçant et le colon. Il semble qu'aujourd'hui toute action soit arrêtée.»
On voit que l'opinion publique s'était vivement émue. Le Ministère des Colonies qui avait suivi de près les agissements de nos rivaux avait déjà pris des mesures et, en novembre 18.96, M. le gouverneur Ballot, alors en congé en France, regagnait le Dahomey suivi à un mois d'intervalle du lieutenant de vaisseau Bretonnet et des capitaines Baud et Yermeersch.
Dans un article du 1er avril, le Bulletin du comité annonce ainsi l'envoi de ces missions et le rôle qu'elles auront à jouer.
« La reprise de notre expansion dans la boucle du Niger a soulevé des protestations aussi bien en Allemagne qu'en Angleterre. On pouvait facilement s'y attendre et nous les avions prévues. Les protestations ont été assez vives et assez précises pour que nous ne les laissions point sans réponse.
(( Avant même la rupture des négociations entreprises avec les Anglais et les Allemands ils avaient repris la marche en avant, ne dissimulant plus leur intention de s'emparer du Borgou, du Mossi, du Gourma, du Gourounsi et du Mampoursi. Non seulement les territoires acquis par nos missions allaient nous échapper, mais le Dahomey allait être réduit à une simple colonie cotière, sans issue vers le Nord.
« Pour défendre nos droits contestés à la fois au Mossi et dans h1 haut Dahomey, le gouvernement conçut le plan d'occuper effectivement les territoires que nous revendiquions en faisant partir du Dahomey deux missions qui, s'avançant vers le Nord, pour ainsi dire en éventail iraient, l'une sur le Niger pour s'y établir, l'autre dans le Mossi pour donner la main au lieutenant Youlet et à nos avant-postes du Soudan français.
<( Les deux missions furent placées sous la haute direction de M. Ballot, gouverneur du Dahomey, dont l'initiative et le dévouement ont certainement contribué pour une large part à leur succès et elles furent confiées par lui : la première au lieutenant de vaisseau Bretonnet, l'ancien second de Mizon dans la Benoué; l'autre au capitaine Baudde l'infanterie de marine, dont on connaît le beau voyage du Dahomey à la Cote d'Ivoire. »
Mission Baud. Pour comprendre le but de la mission Baud il est nécessaire de donner quelques explications surlamissioil Youlet qui opérait alors dans le Mossi. Après la défaite des partisans d'Amadou Gheikou à Bandiagara, les lieutenants Youlet et Chanoine avaient reçu l'ordre d'occuper le Mossi de manière à faire échec aux projets des Anglais et des Allemands dans ce territoire. Ils entrèrent à Ouagadougou le 1er septembre 1896, redescendirent jusqu'à Sati, où ils signèrent le 19 septembre un traité établissant notre domination sur le Gourma; puis ils rentrèrent à Ouagadougou et de là à Bandiagara (Soudan).
La mission Baud quitta Bafilo le 6 janvier 1897 pour commencer ses opérations et presque immédiatement des difficultés se produisirent entre elle et les Allemands. M. Oruner et le lieutenant de Garnap qui, en 1895, avait, poussé jusqu'au delà du Niger, étaient revenus au Togo et avaient recommencé à s'établir dans l'arrière pays. Au moment où M. le gouverneur
Ballot était à Carnotville pour mettre en roule les missions Baudet Bretonnet, il apprit qu'un officier allemand, le lieutenant Von Sicfried avait installé un poste à Bafilo^malgré le traité signé avec nous par le roi de cette ville et la présence d'une garnison française, et que les Allemands depuis qu'ils avaient brûlé Bembilla et Yendi, cherchaient à établir leur domination par tous les moyens. M. Ballot, en compagnie du capitaine Baud, fit réunir une assemblée du roi et des notables le Bafilo, ceux-ci reconnurent la fausseté du traité que nous opposaient les Allemands et nous assurèrent de leur fidélité ; le roi intima l'ordre à la garnison allemande de se retirer et le gouverneur installa à Bafilo une nouvelle garnison de 25 hommes. Après avoir mis MM. Baud et Yermeersch en route vers le nord, M. Ballot se rendit à Kirikri où il trouva la même situation qu'à Bafilo. Depuisle matin, le lieutenant comte de Zech y avait établi une garnison d'une quarantaine de miliciens allemands quoiqu'une garnison française y lut établie depuis plus de dix-huit mois. En réponse à une protestation de M. Ballot, M. de Zech répondit que cette occupation était fondée sur un traité passé depuis longtemps avec le roi de Sogaday, souverain des chefs de Bafilo et de Kirikri. Le gouverneur lit également réunir les chefs qui reconnurent que Kirikri et Bafilo étaient indépendants et avaient le droit de signer des traites exclusifs avec la France. Le comte de Zech sommé, par M. Ballot, de se retirer répondit, d'abord, qu'il agissait conformément aux ordres de son gouvernement; mais sur de nouvelles instances du gouverneur il consentit à se retirer à Sogoday. Pendant ce temps le capitaine Baud, après avoir installé des postes à Dako et à Kountoun, continuait sa route sur Fada N' Gourma, résidence du roi Bantchandé, où il arrivait le 1er février. Il commença par aider le roi à réduire des rebelles qui s'étaient soulevés à Toucouna et c'est à cette époque qu'il prit contact, à ïibga, avec la mission Youlet-Chanoine. Les deux missions s'aidèrent
quelque temps pour mettre de Tordre dans le pays et consolider l'autorité de Bantchandé avec lequel Adama (Tourintouriba),
que nous opposaient les allemands, ne put désormais lutter, ni comme puissance ni surtout comme prestige. Le capitaine Baud rejoignit ensuite le lieutenant allemand Thierry à Pâma et en sa présence reçut du chef du village la déclaration que Pâma, comme Matiaeouali, dépendait du roi de FadaN' Gourma, ce qui annihilait complètement les effets du traité passé à Pâma par le lieutenant de Garnap et surtout réduisait à rien les prétentions du pseudo roi Adama.
Sur ces entrefaites la France et F Allemagne nommèrent une commission mixte dont le rôle a été défini par le Bulletin du Comité de V Afrique française comme suit : « Les gouvernements français et allemand se sont mis d'accord pour nommer une commission mixte chargée d'examiner les prétentions de la France et de l'Allemagne sur l'arrière-pays du Dahomey et du Togo et de jeter les bases d'une délimitation. Cette nouvelle sera bien accueillie de tous ceux qui s'intéressent à notre expansion dans l'Afrique occidentale car les compétitions actuelles ne peuvent que nuire au développement économique de notre colonie du Dahomey. Nous ne contestons pas la valeur des efforts de pénétration que les allemands ont faits depuis latin de 1894 dans l'arrière-pays du Togo mais nous estimons que ces efforts ne peuvent être comparés à la politique de pénétration que nous avons suivie dans le haut Dahomey et dont la guerre sanglante et coûteuse contre Béhanzinn'a été que le premier acte. Après avoir établi nos droits par des traités, nous avons procédé à l'occupation effective des territoires qui nous étaient acquis et les renseignements déjà connus ont montré que grâce à la vigoureuse impulsion de M. Ballot, gouverneur du Dahomey, et à l'énergie des capitaines Baud, Vernieersch et du personnel du haut Dahomey, l'occupation effective était chose faite. »
La commission mixte commença ses travaux le 24 maH897. Les délégués français étaient MM. Lecomte, secrétaire d'ambassade, et Binger, directeur des affaires d'Afrique au ministère des Colonies, pour la France; et MM. F. Muller, conseillede l'ambassade d'Allemagne, le consul Zimmerman et M. Vohsen, consul en retraite, pour F Allemagne. A ces trois délégués étaient adjoints à titre technique MM. de Denkelmann et Kœhler, gouverneur du Togo. Les négociateurs aboutirent à nous conserver le Gourma et à donner àrAlleniagne Sansanné- Mango et la rive droite du Mono. Une couvent ion, dont on trouvera plus loin le texte, fut signée sur ces bases le 23 juillet 1897.
Mission Bretonne! . — On vient de voiries heureux résultats obtenus par la mission Baud. Le lieutenant de vaisseau Bretonnet n'avait pas moins bien réussi : parti de Carnoi ville le 28 décembre 1896, accompagné de MM. Garronel Carrérot, inspecteurs de la garde indigène, de Bernis, maréchal de logis de cavalerie, de 50 gardes indigènes et 101) tirailleurs auxiliaires sénégalais, il suivit d'abord jusqu'à Kandi l'itinéraire de l'administrateur Deville. Le 20 janvier il arriva à Ilo où il laissa comme résident l'inspecteur Carrérot et le 4 février il parvint à Boussa. Sur une réclamation faite quelques jours après par la. compagnie du Niger, Bretonnet répondait avec fermeté qu'il était venu à Boussa sur l'invitation du roi, et qu'il était chargé par le gouverneur du Dahomey des fonctions de résident de France dans le Moyen Niger.
Dans le courant du mois de mars, ayant appris qu'un chef compétiteur du roi de Boussa se dirigeait en armes sur cette ville, Bretonnet marcha à sa rencontre et le mit en déroute près de Zabi. Quelque temps après ayant reçu des renforts il se dirigea sur Ouaoua, où étaient concentrées les forces du chef rebelle, et emporta cette ville d'assaut le 14 avril. Dans cette affaire le maréchal des logis de Bernis se fit particulièrement
remarquer par sa brillante conduite. La mission revint ensuite à Boussa d'où elle remonta vers le Nord laissant M. Garron, résident de France à Boussa. Au retour il eut une deuxième affaire du coté de Kandi où s'étaient concentrés les rebelles réunis à Yagbassou après la prise de Ouaoua. Le 6 juillet, Bretonnet revint à Ho, il en repartit le 22 et retourna à Boussa où M. Garron serré de près avait dû livrer combat.
Cependant le roi de Kayoma menacé par des Baribas révoltés contre son autorité nous avait fait demander du secours. M. Bretonnetlui envoya MM. Garron et Garrérot qui dégagèrent la ville où ce dernier resta comme résident.
En résumé nous étions installés sur toute la rive droite du Niger, du pays de Say à Boussa, et sur la ligne Boussa, Kayoma, Kissi, c'est-à-dire de Boussa au 9e degré.
Cependant les Baribas s'étaient de nouveau concentrés clans les environs de Yagbassou et menaçaient Kayoma. Bretonnet se rendit dans cette ville et après avoir essayé une tentative de conciliation qui ne réussit pas, se porta rapidement sur le village de More, très fortifié, où 1500 hommes se trouvaient retranchés. Il donna un assaut qui réussit complètement, mais M. Garrérot malheureusement fut blessé d'une flèche empoisonnée dont il mourut en moins d'une heure. Le lendemain la mission livra un nouveau combat à Barou. Ce fut le dernier, les Baribas terrifiés cessèrent dès lors toute résistance.
Les succès de ces missions avaient soulevé de violentes colères en Angleterre : les journaux anglais de nouveau jetèrent feu et flammes.
De nouvelles négociations furent alors ouvertes entre la France et l'Angleterre, mais les opérations militaires au lieu d'être interrompues, comme elles l'avaient été en 1896, furent poussées avec d'autant plus d'activité que le gouverneur avait demandé et obtenu de nouvelles troupes sénégalaises pour réprimer un soulèvement qui s'était produit dans le Borgou.
En août 1rs villages baribas de Schori, Bori, Saoré, Bouay et Kandi s'étaieni révoltés el les postes établis sur ces points avaient dû se replier surParakou. Le. capitaine Vermeersch fut chargé tout d'abord de dégager Kouandé. Il y arriva le 20 août accompagné de MM. de Bournazel et de la Villéon, inspecteurs de la garde indigène, Lan, garde principal et de 200 gardes indigènes. Il décima les rebelles et nomma un nouveau chef. Il retourna ensuite à Parakou où arrivèrent en même temps que lui le capitaine Ganier, avec une compagnie de tirailleurs sénégalais, une compagnie de tirailleurs auxiliaires sénégalais et une compagnie de tirailleurs auxiliaires haoussas, envoyées de la cote par le gouverneur. Toutes ces troupes firent leur jonction à Parakou le 1er novembre.
Colonne ('.rpédllionnalre du Borgou. — La colonne ainsi formée lu! placée par le gouverneur Ballot sous les ordres de l'officier le plus ancien en grade, le capitaine Ganier; le capitaine Vermeersch fut désigné comme chef d'état-major.
La colonne, forte de 090 fusils, fut répartie en trois groupes commandés par les capitaines Dumoulin, Duhalde et Gliambert, de l'infanterie de marine.
L'expédition quitta Parakou le 4 novembre 1897, emmenant avec elle le daoudou ou second de la ville. A peine avait-elle passé le village de Bégourou qu'elle fut attaquée par les gens de ce village et de Bénassi. Ceux de Guinagourou et de Sinagourou qui voulaient participer à l'attaque hésitèrent devant la rapidité de la répression et s'enfuirent à Schori où se fit la concentration des rebelles. Là, s'étaient réunis les guerriers de Pêrêrê, de Bornou, de Tébo, de Daroupara, de Schori, de Ouëmou et de Bori, soit en tout, près de 8.000 hommes. Pour être prête à tout, la colonne adopta la marche en carré : la face avant était formée de quatre petites colonnes de tirailleurs, chacune d'une section, l'une suivant le sentier, les trois autres
marchant à la môme hauteur dans la brousse; derrière ces quatre sections, et dans les sentiers ainsi frayés, suivait le convoi également partagé en quatre groupes ; la face arrière était formée des quatre sections de tirailleurs fermant la marche des fractions correspondantes du convoi.
Enfin, deux pelotons, marchaient dans la brousse en avant et sur les côtés.
Le 5 novembre, après avoir traversé Bénassi, la colonne passa l'Okpara et campa à la petite rivière Pésida. Elle traversa successivement Sinago.ur.ou et plusieurs villages peulhs, Guinagourou, ville bariba qu'elle trouva évacuée. Le 8 novembre, elle se heurta aux rebelles, partis de Guina gourou en plusieurs colonnes : l'une, celle de Péréré, suivait le sentier; celles de Bérou, Tébo et des autres villes marchaient à la même hauteur dans la brousse. La rencontre eut lieu à neuf heures du matin, dans un épais fourré, au delà des ruines de Tiare. La surprise fut pour les Baribas. Les éclaireurs de notre colonne, entendant la rumeur faite par cette cohue d'hommes, se replièrent précipitamment et donnèrent l'alarme, les sections se formèrent rapidement en ligne et ouvrirent le feu. Les gens de Péréré, atteints les premiers, s'enfuirent en déroute et le pavillon du général en chef Ghaca-Yérouma tomba entre nos mains. Les autres groupes, ignorant la fuite des gens de Péréré, attaquèrent le carré, mais sans pouvoir l'entamer. Au bout d'une heure et demie, ils s'enfuirent en déroute complète. Le 9 novembre, la colonne occupait Schori, trouvant à chaque pas des cadavres et des blessés abandonnés par l'ennemi. Elle traversa successivement Ourobérou, Kénou, Gourou, Péréré, Daroupara, où les habitants, tout en s'enfuyant, avaient laissé un pavillon français planté sur la place devant la case du chef. Le 13 novembre, à neuf heures du matin, la colonne arrivait à Nikki. La ville était évacuée. Un seul homme s'y trouvait, un notable musulman, que le roi et l'iman avaient laissé avec la
mission d'entrer en relations avec les Français. Le roi de Nikki Sirré-Torou, faisait dire par son représentant qu'il était complètement étranger aux crimes que notre colonne venait punir, qu'il avait subi la loi de son entourage, notamment de Chaca- Yérouma, et qu'il désirait se rendre. Pendant que l'on installait le poste, le 19, Sirré-Torou venait se soumettre. Un acte constatant sa soumission et annexant son royaume à la colonie du Dahomey fut aussitôt dressé et signé par lui et par ses ministres. Divers vassaux, les chefs de Schori, de Dounkassa, imitèrent son exemple, qui fut bientôt suivi par Sinaouarigui grand chef de guerre, rival du roi de Kayoma, avec lequel la mission Bretonne t avait dû soutenir une lutte acharnée.
Pendant ce temps les négociations poursuivies entre la France et l'Angleterre aboutissaient à la signature de la convention du 14 juin 1898 dont nous donnons plus loin le texte et qui était ainsi appréciée à son apparition : « Ce n'est pas sans une vive satisfaction que nous enregistrons la fin des contestations qui s'étaient élevées entre la France et l'Angleterre pour la répartition des territoires nigériens. Aucune de ces deux puissances n'avait intérêt à voir prolonger le conflit. Pendant les dix mois Qu'ont duré les négociations, on a pu craindre bien souvent qu'aucune base d'entente ne fut possible. Nous apportions à la discussion la ténacité et la résolution que nous donnaient la confiance dans nos droits et dans notre situation de fait. Nos concurrents affirmaient sans cesse des prétentions nouvelles qui auraient dû s'effacer devant les renseignements apportés par chaque courrier sur les progrès de notre occupation effective. Toutes ces difficultés sont résolues.
« En résumé si cette convention ne mérite pas que des éloges, elle est cependant très acceptable. Nous aurions pu, certainement, aller moins loin dans la voie des concessions si l'action de nos négociateurs n'avait été dès le début entravée par les résultats de cette injuste convention de 1890 qui avait si préma- j
turément et si légèrement tracé à notre expansion sespremières limites théoriques.
« C'est à cette convention, et à l'arrêt de notre expansion, àla fin de 1895, que nos concurrents doivent d'avoir pu limiter notre expansion sur le Niger.
« Heureusement, nos droits ont été défendus par une belle pléiade de français, dont il faut aujourd'hui rappeler les noms. Ce sont les soudanais Binger, Grozat, Monteil, Destenave, Voulet, Hourst et ses compagnons et les dahoméens Dodds, Ballot, Decœur, Toutée, Baud,Vermeersch,Bretonnet, Alby et tant d'autres qui ont travaillé et lutté de leur coté. (Bulletin du Comité de V Afrique française.) »