ANNEXE
Bien que le tracé des lignes de démarcation sur les deux cartes annexées au présent protocole soit supposé être généralement exact, il ne peut être considéré comme une représentation absolument correcte de ces lignes jusqu'à ce qu'il ait été confirmé par de nouveaux levés-
II est donc convenu que les commissaires ou délégués locaux des deux pays qui seront chargés par la suite de délimiter tout ou partie des frontières sur le terrain devront se baser sur la description des frontières telle qu'elle est formulée dans le protocole. Il leur sera loisible en même temps de modifier lesdites lignes de démarcation en vue de les déterminer avec une plus grande exactitude et de rectifier la position des lignes de partage, de« chemins ou rivières ainsi que des villes ou villages indiqués dans les susmentionnées.
Les changements ou corrections proposés d'un commun accord par lesdits commissaires ou délégués seront soumis à l'approbation des gouvernements respectifs.
Signé: Kené Lecomtb G. Binger Martin Gosselin William Everett
- ÏH3 -
ANNEXE Modèle de Bail
1° Le gouvernement de Sa Majesté Britannique cède à bail au gouvernement de la République française un terrain situé
du Niger ayant en bordure du fleuve un dévelopement de
et formant un tènement d'une superficie de hectares dont les limites exactes sont indiquées au présent bail.
2° Le bail aura une durée de trente années consécutives à partir de
, mais dans le cas où aucune des parties contractantes n'aura notifié douze mois avant l'échéance du terme susmentionné de trente ans son intention de mettre fin au présent bail, ledit bail restera en vigueur jusqu'à l'expiration d'une année à partir du jour ou l'une ou l'autre des parties contractantes l'aura dénoncé.
3° Ledit terrain sera soumis aux lois en vigueur pendant cette période dans le protectorat britannique des districts du Niger.
4° Une partie du territoire ainsi cédé à bail et dont l'étendue n'excédera pas 10 hectares sera utilisée exclusivement pour les opérations de débarquement, d'emmagasinage et de transbordement des marchandises et pour toutes fins pouvant être considérées comme subsidiaires à ces opérations et les seuls résidents permanents seror.t les personnes employées pour le service et la sécurité desdites marchandises avec leurs familles et leurs domestiques.
5° Le gouvernement de la République française s'engage :
(a) A clore la partie dudit terrain mentionné à l'article IX du présent bail (à l'exception du côlé bordant le Niger) par un mur ou par une palissade ou par toute autre sorte de clôture continue dont la hauteur ne sera pas inférieure à 3 mètres, il n'y aura qu'une seule porte sur chacun des trois côtés de la clôture.
(b). — A ne pas permettre dans ladite partie de terrain la réception ou la sortie d'aucune marchandise en contravention avec les règlements douaniers britanniques. Tout acte fait en violation de cette stipulation sera considéré comme équivalant à une fraude de droit de douane et sera puni en conséquence ;
(c). — A ne pas vendre ni autoriser à vendre des marchandises en détail sur ladite partie de terrain. La vente de quantités d'un poids ou d'une mesure inférieure à 1,000 hilogrammes, 1,000 litres ou 1,000 mètres sera considérée comme vente au détail. 11 est entendu que cette stipulation n'est pas applicable aux marchandi-es en transit.
(d). — Le gouvernement de la République française ou ses locataires ou agents auront le droit de construire sur ladite portion de terrain, des magasins, des maisons, pour locaux et tous autres édifices nécessaires pour les opérations de débarquement, d'emmagasinement, et de transbordement des marchandises et également de construire, dans la partie de l'avantrivage du Niger comprise dans le bail, des quais, des ponts, des docks, et tous autres ouvrages nécessaires au cours desdites opérations, pourvu que les plans de tout ouvrage à construire ainsi, sur l'avant-rivage du fleuve, soient communiqués pour examen aux autorités britanniques, afin que vérification puisse être faite, que ces ouvrages ne sauraient, en aucune manière, gêner la navigation du fleuve ni être en opposition avec les droits de tiers ou avec le svstème douanier.
(e). — Il est entendu que l'embarquement et l'emmagasine ment des marchandises sur ladite partie de terrain seront effectués à tous égards conformément aux lois alors en vigueur dans le protectoiat britannique des districts du Niger.
6° — Le gouvernement de la République française s'engage à payer annuellement au gouvernement britannique, le 1er janvier de chaque année, un loyer d'un franc.
7° — Le gouvernement de la République française aura le droit de souslouer tout ou partie du terrain faisant l'objet du présent bail, pourvu que les sous-locataires ne lassent usage de ce terrain à d'autres fins que celle stipulée dans le présent bail, et que ledit gouvernement demeure responsable envers le gouvernement de Sa Majesté Britannique de l'observation des stipulations du présent bail.
8° — Le gouvernement de Sa Majesté Britannique s'engage à remplir à l'égard du preneur à bail toutes les obligations qui lui incombent en sa qualité de propriétaire dudit terrain.
9° — A l'expiration du terme de trente ans spécifié à l'article 2 du présent bail, le gouvernement français ou ses sous-locataires pourront rester pour une période qui, cumulée avec cedit terme ''e trente ans n'excédera pas quatre- vingt- dix-neuf-ans en possession et jouissance des constructions et installalions qui auront été faites sur le terrain cédé à bail. Toutefois le gouvernement de Sa Majesté Britannique se réservera, à l'expiration ou à la mise à terme du présent bail, survenue dans les conditions spécifiées à l'article 2, le droit de racheter, à dir^ d'experts, qui seront nommés par les deux gouvernements, lesditesconstruclionset installalions moyennant que notification de son intention soit donnée au gouvernement français, au plus tard dix mois avant l'expiration ou mise à terme du bad En cas de dissentiment entre eux, les experts désigneront un tiers arbitre dont la décision sera définitive.
Pour calculer la valeur des constructions et installations ci-dessus mentionnées, les experts se guideront d'après les considérations suivantes :
(a). — Dans le cas où le bail expirerait à la fin des trente premières années, li valeur de rachat des biens sera la pleine valeur marchande ;
(b). — Dans le cas où le bail cesserait postérieurement au terme de trente ans, la valeur à payer sera la pleine valeur marchande, moins une fraction dont le numérateur sera le nombre d'années qu'aura durées le bail, diminué de trente, et dont le dénominateur sera soixante -neuf.
10°. — Le terrain compris dans le bail sera arpenté et délimité sans retard :
11°. — Dans le cas où une différence d'opinion surgira't entre les deux gouvernements, sur l'interprétation du bail ou sur tout autre sujet se rapportant à ce bail, la question sera réglée par l'arbitrage d'un jurisconsulte d'une nationalité tierca, désigné d'accord par les deux gouvernements.
Signé : René Lecomte
G. BlNGER
Martin Gosselin William Everett
La présen'e convention sera ratifié et les ra'ifications en seiont échangées à Paris dans le délai de six mois au plus tôt si faire et peut.
En foi de quoi, les soussignés ont signé la présente convention et y ont apposé leurs cachets.
Fait à Paris, en double exemplaire, le 14 fuin 1898.
L S Signé: G. Hanotaux.
L S Edmond Monson.
Le Haut-Dahomey a été ^ganisé par l'arrêté suivant :
Le gouverneur du Dahomey et dépendances, commandeur de la Légion d'honneur,
Vu le décret du 22 juin 1894 portant organisation politique et administrative de la colonie du Dahomey et dépendances ;
Vu la dépêche ministérielle en date du 6 août 1897 ; Arrête :
Article premier. — Les territoires situés dans la zone française entre le 9e et le 14° parallèles sont divisés en quatre cercles conformément aux indications de la carte annexée au présent arrêté.
Art. 2. — Chacun de ces cercles est administré par un résident, désigné par le chef de la colonie et placé sons les ordres directs d'un résident supérieur qui réside à Parakou.
Art. 3. — Le présent arrêté sera enregistré, communiqué partout où besoin sera et inséré au Journal officiel de la colonie. Porto-No vo, le 1er octobre 1897.
Victor Ballot.
1° Cercle de Borgou. — Le cercle du Borgou est formé par les provinces de Niki. de Parakou et leurs dépendances ; la capitale Parakou, où habite le résident supérieur, est en quelque sorte le chef-lieu du haut Dahomey.
Ce cercle comprend la plus grande partie du Borgou qui formait autrefois un grand Etat borné au Nord par le Gourma au Sud par le Yorouba; à l'Est par le royaume de Boussang, et à l'Ouest par le Schabé. Il y a une centaine d'années, il s'est divisé en trois royaumes complètement indépendants et même parfois ennemis les uns des autres : le royaume de Niki ; le royaume de Bouay, qui fait aujourd'hui partie du cercle du moyen Niger ; le royaume de Kouandé , de beaucoup le plus important des trois, bien que le roi de Niki s'in-
— 28G — titule roi du Borgou parce qu'il habite l'ancienne capitale de cet ancien royaume.
Indépendamment du Borgou, ce cercle comprend le Gambari, dont la capitale est Parakou. Ce royaume est nommé Gambari (qui veut dire étranger) à cause de sa population très mélangée, qui comprend des indigènes de toutes les races, haoussas, baribas, etc.
Parakou, résidence du roi des Gambaris, est divisée en deux parties. La première, dite ville du roi, est petite mais bien tenue ; c'est là qu'avait été construit au début le poste. Il a été plus tard, ainsi que la résidence, l'ambulance et le magasin de vivres du haut Dahomey, transporté à la seconde ville, dont la population est d'environ 15.000 habitants. Elle contient des marchés très importants où l'administration locale cherche à attirer les caravanes du Boussang et du Yorouba, de façon à profiter de la position centrale qu'occupe Parakou, où viennent aboutir toutes les routes du haut et du bas Dahomey, pour essayer d'en faire un centre commercial comme Kratyé ou Salaga.
Niki, l'ancienne capitale du Borgou, a dû être autrefois fort importante?; elle ne se compose plus aujourd'hui que de 7 ou 8 villages groupés autour des cases du roi et pouvant contenir une population de 5.000 habitants.
Tout le Borgou est habité par les Baribas, que nous retrouverons dans le cercle du moyen Niger et de Djougou-Kouandé. Le Dr Bartet, médecin-major de l'expédition du Borgou, les décrit ainsi : « Ce sont de beaux hommes qui habitent un pays relativement riche. La terre rapporte du maïs, du mil, du riz rouge, des ignames, des arachides, des haricots, du tabac. Les pâturages sont beaux et les troupeaux nombreux. La région'est forcément le lieu de passage des caravanes de Haoussas, qui viennent commercer à la côte et acheter des kolas. Aussi grèvent-ils ces commerçants d'un droit très élevé.
Ce sont des pillards de profession. En" général, ils sont presque uniformément vêtus d'une tunique sans manches, ouverte en triangle sur le devant de la poitrine et très pou pincée à la taille. La couleur en est presque généralement verte avec des
Guerrier bariba de Niki
raies longitudinales jaunes ou bleues. Les uns portent le pantalon bouffant de forme arabe, de la même couleur jaunevert ; les autres n'ont qu'un lambeau d'étoffe semblable autour des reins. Le matin, le soir et par les temps humides, ils se drapent tous, hommes et femmes, de grands pagnes bleus foncés dont ils rejettent comme une toge les pans sur
l'épaule gauche. Sur la tête, un bonnet d'étoffe rond affectant la forme d'un bonnet napolitain, et toujours de la même couleur jaune, vert ou blanc. Les cheveux sont, comme chez les MahiSj décomposés en ilôts de toutes les façons possibles. Le bonnet des chefs est plus élevé et est orné de losanges de drap, de peaux de bêtes et de plaques de métal. Les chefs sont revêtus d'une longue robe à traîne et portent des sandales. Le Bariba se reconnaît à un tatouage générique. C'est une incision de 4 à 5 centimètres de long, qui part du milieu •du nez pour aboutir au milieu de la joue; les cicatrices diverses que portent beaucoup de gens sont des tatouages accessoires. La moustache est rare, la barbe existe au menton. Ils portent des bracelets de cuivre rouge, de fer, ou des hracelets avec mélange de ces deux métaux, qui leur sont fournis par les Haoussas.
a Les femmes portent un grand pagne bleu attaché à la taille •et pouvant en même temps recouvrir les seins. Leur grande coquetterie consiste à s'entourer la tête de morceaux d'étoffes de couleur voyante roulées en turban. Elles plient cette étoffe plusieurs fois sur elle-même et s'en parent tous les jours. •Comme les hommes, les femmes portent des anneaux de cuivre ou de bois aux bras, quelquefois aux pieds.
« Le Bariba est hospitalier, lorsqu'il est votre ami ; mais, sans cela, il est cupide et plein d'orgueil.
« Les villes sont fortes, beaucoup sont défendues par de beaux tatas. Les cases rondes sont en terre de barre ou en paille tressée. Quelquefois, les deux matériaux sont superposés.
(( Les chevaux, nombreux et beaux, sont traités avec grand soin, mais ils viennent du Gourma ou des rives du Niger et ne paraissent vivre ni facilement ni longtemps.
« L'armement des Baribas comprend le couteau, le sabre, la lance, le bouclier en peau de bœuf pour les cavaliers. Les
gens de pied ont l'arc, les flèches et de mauvais fusils à pierri dont ils ne se servent guère que dans les réjouisancess publiques. Les flèches sont enduites d'une composition mortelle, empruntée à un strophantus. »
On trouve également dans tout le Borgou des Peuhls pasteurs qui se livrent activement à l'élevage des bœufs et des moutons, dont ils ont fait une des richesses du pays. Ils nous étaient primitivement fort hostiles et avaient, au début de notre occupation, commencé à émigrer dans les territoires de Boussang et du Yorouba. Une politique ferme et bienveillante, la sécurité absolue qui règne dans le pays ont contribué non seulement à enrayer ce mouvement, mais encore nous ont ramené la plupart de ceux qui avaient émigré.
L'élément musulman est assez nombreux. Il représente, par opposition aux fétichistes, la partie intelligente et éclairée de la population, qu'il convertit peu à peu. Il a jusqu'à présent plutôt aidé qu'entravé notre action dans ces régions, contrairement à ce qui se passe plus au Nord.
2° Cercle de Djougou-Kouandé. — Le cercle de Djougou- Kouandé est compris entre les neuvième et dixième degrés de latitude Nord et le premier degré d longitude Ouest et le méridien de Paris.
Il est traversé du Nord au Sud par la chaîne de l'Atacora, dont la hauteur maxima ne dépasse pas 800 mètres et sur laquelle se trouve, à quelque distance du village de Tassigou, la ligne de partage de quelques-uns des sous-affluents^ du Niger, des Yolta et de l'Ouémé.
Cette région est sillonnée de nombreux cours d'eau qui, dans les régions montagneuses de l'Ouest, deviennent, au moment des pluies, de véritables torrents et s'étalent, au contraire, en marécages dans les régions moins accidentées situées à l'Est.
Le pays est riche, fertile et peuplé. Les villages, fort nombreux, sont entourés de cultures de mil, d'ignames, de maïs et j
d'arachides, qui non seulement suffisent largement à nourrr la population, mais encore permettent aux nombreuses caravanes allant du Niger à Kratyé de se ravitailler. Le cercle de Djougou-Kouandé est habité, de Bassila à
Gueerier bariba de Boussa
Djougou, par les Kodokolis, indigènes de môme race que les mahis de Savalou; à Djougou et jusqu'à Birni, par les Kaflris; à partir de Birni, par les Baribas, et enfin dans le royaume de Konkobiri, par les Gourmabés ou Gourmantchés.
M. le Dr Bartet décrit ainsi les Kodokolis, les Kafiris et le pays qu'ils habitent : « Les villes sont fortes et situées au
milieu de magnifiques forêts, où l'on s'engage sans avoir trouvé un être sur la route, sans avoir d'autres indices de la présence de l'homme que quelques champs cultivés aux alentours. Tout d'un coup, un village se dresse devant vous, il se compose de cases rondes à murs épais en terre de barre, de hauteur d'homme. Un toit de paille les recouvre. Mais leur caractère saillant est le fait qu'elles sont reliées entre elles par des murs demi-circulaires. Seules, deux ou trois ouvertures, qui indiquent l'existence de rues étroites et tortueuses, permettent de s'y engager. Bref, la vue de ces villages est en rapport avec le genre, de vie des habitants et le tout conforme à leur air sauvage. C'est le triomphe de la force physique et de la rudesse chez les hommes et chez les femmes; les hommes sont quelque peu vêtus. Il en e<st de même de la femme mariée. Quant à la jeune fille, jusqu'au jour où elle est demandée en mariage, elle est entièrement nue et porte seulement des colliers autour du cou et des reins et des bracelets aux bras. Les étoiïes sont le meilleur objet d'échange dans la région. La coiffure est curieuse. Les mahis, hommes et femmes, ont la tête rasée, à l'exception de trois ou quatre touffes de cheveux découpées en îlot, situés un à chaque extrémité de la suture sagittale et un sur chaque pariétal, ou, comme les arabes, ils laissent un long toupet sur le sommet de la tête, mais la plus grande diversité existe dans les coiffures que chacun arrange à sa fantaisie. »
C'est dans cette région qu'on commence à trouver des gens en armes, au contraire de ce qui existe dans tout le Dahomey proprement dit. Les hommes sont tous munis d'arcs et de flèches empoisonnées et d'un couteau dont la poignée embrasse la main et dont la lame est par suite dirigée horizontalement à l'extérieur. Les villages les plus remarquables de la région des Kodokolis sont Banté, Akpassi, Pira, Caboli et surtout Bédou.
A partir de Djougou vivent les Kafiris ; on remarque sur la carte, à côté du nom de ce village, le nom de « Ouangara ».
C'est qu'en effet on trouve dans ces régions une organisation spéciale. A côté des habitants primitifs du sol sont venus se, fixer des commerçants, haoussas surtout. Ceux-ci n'habitent pas au même endroit que les premiers possesseurs du sol. Ils
Femme du Yoruba
habitent le « Ouangara », la ville des étrangers, très riche, possédant un grand marché, entourée d'un tata. A la tête du « Ouangara » est un chef qui porte le titre de « Parapei » ou chef des étrangers. Les autochtones ont leur chef propre. Outre ces deux personnages, il faut compter avec les Imans, chefs religieux musulmans. A. partir de Bassila, en effet, on
sent qu'un élément étranger et plus civilisé a fait son apparit ion ; on voit que l'islamisme a déjà jeté les bases de sa conquête morale.
Le gouverneur Ballot décrit ainsi les Kafiris : « Les demeures de ces gens sont en pisés, reliées entre elles par des murs de 3 m. 50 à 4 mètres de hauteur, d'une grande épaisseur et sans ouverture pour y pénétrer. On entre et on sort au moyen d'une pièce de bois entaillée sur lequel les gens grimpent à la façon des singes. Quand l'échelle est retirée, il n'y a plus de moyens de pénétration. Pas de toits en paille, mais une terrasse à l'épreuve de la pluie.
« Hommes et femmes sont nus et prennent tous les armes en cas de guerre. Rien n'est plus curieux que l'équipement de ces guerriers. Des plumes fort hautes sur la tête, des colliers de piquants de porc épie ou de plumes aux bras, aux coudes, aux genoux ; des anneaux dans le nez et dans la lèvre inférieure : tels sont leurs ornements guerriers. Si on leur offre des étoffes, ils éclatent de rire, disant qu'ils n'en ont que faire. Un peu de sel est la seule chose qu'ils désirent. Ils détestent les étrangers, et c'est avec raison que les musulmans les appellent « Kafiris ou Kéfiris », c'est-à-dire sauvages, infidèles. »
A partir de Birni, la population change et les Kafiris sont remplacés par les Baribas que nous avons déjà décrits plus haut. Ils s'étendent au Nord jusqu'au village de Firou et peuplent le royaume de Kouandé, dont la capitale, qui porte le même nom, est située au pied du massif de l'Atakora, à environ 100 kilomètres de Djougou. C'est un centre important moins par le commerce qui s'y fait que par l'étendue de ses cultures, qui permettent aux caravanes allant de l'Est à l'Ouest de se ravitailler.
Le royaume de Kouandé faisait autrefois partie du Borgou, dont il s'est séparé il y a une centaine d'années; son chef est parent du roi de Niki, mais Kouandé et les territoires qui en
dépendent ont été rattachés politiquement avec le royaume de Konkobiri à Djougou pour former le cercle de Djougou- Kouandé.
Jusqu'à notre arrivée, le Djougou était politiquement très divisé ; il comprenait les royaumes suivants, dont les rois ou chefs se faisaient entre eux des guerres acharnées auxquelles notre occupation a seule pu mettre fin :
1° Le Sachérou, qui avait pour capitale Djougou. Son chef, le roi Pétoni, est originaire du Gourma, et il se reconnaissait vassal du roi de Niki. Il a sous son autorité une vingtaine de villages, dont les principaux sont Djougou-Ouangara, Mami et Cécé;
2° Le Sobroukou, appelé ainsi du nom de sa capitale, dont le roi, Marsa-Saba-Malou, est le chef d'une quinzaine devillages, dont les principaux sont Pédebina et Foumga;
3° Le village de Séméré et le territoire qui l'entoure;
4° Le village de Pabégou, qui relève du roi de Kouandé, auquel il paye tribut ;
5e Les villages de Bariénou et de Sérou, qui relèvent du roi de Bori;
6° Les villages d'Aledjo et de Bodi, qui reconnaissent l'autorité du roi de Kirikri.
Enfin, le cercle de Djougou-Kouandé comprend le royaume de Konkobiri, borné à l'Ouest par le pays de Pâma, au Nord par le pays de Botou, à l'Est et au Sud par les royaumes de Kandi et de Kouandé.
Bien que d'une superficie de 4,500 kilomètres carrés, il ne comprend que quelques villages peu importants par leur population, à l'exception de Kadiagara et de Konkobiri, la capitale, qui est située sur la route des caravanes venant de Say ou du Nord du Sokoto et allant à Sansanné-Mango, par Botou, Kodjar et Konkobiri. Elles faisaient autrefois des haltes assez longues dans ce dernier centre pour compléter leurs approvi-
- 29G sionnements en bœufs, moutons, ivoire, qu'elles troquaient ensuite, à Sansanné-Mango, contre de la kola et de l'argent.
Malheureusement, une de ces caravanes fut pillée, à la fin de 1894 ou au commencement de 1895, par Aguari, chef de Lambounti, qui, ayant eu connaissance de la présence à Konkobiri de nombreux marchands haoussas, se rendit dans ce dernier centre avec des guerriers et captura toute la caravane, hommes, femmes et marchandises.
Depuis cette époque, jusqu'au milieu de 1899, il ne vint plus une seule caravane. Mais la prise de Niki et l'occupation complète du Borgou, en assurant la sécurité des routes, ont amené, pendant ces derniers mois, la reprise du mouvement commercial. Elle s'accentuera d'autant plus que le Konkobiri, occupé par nous depuis 1897 et habité par des Gourmas et des Peuhls, qui s'occupent activement de culture et d'élevage, a retrouvé une certaine prospérité depuis que nous l'avons mis à l'abri des incursions des Baribas.
Les habitants possèdent de nombreux troupeaux de moutons, de chèvres et de bœufs. Les pâturages sont excellents et très favorables à l'élevage. La volaille abonde.
Ils cultivent, en outre, d'une façon très sérieuse le mil, qui est leur principal aliment, le maïs, l'arachide, l'igname, le manioc, le tabac et récoltent enfin le beurre de karité, qu'on trouve en abondance dans toute la région.
Malgré tout, le point de beaucoup le plus important de toute cette région est Djougou, où passent presque toutes les caravanes de l'Est à l'Ouest. Celles-ci, après avoir franchi le Niger, suivent la route Ilo, Kandi, Ouassa, Djougou et apportent de l'ivoire, des plumes, du caoutchouc, de la gomme, des étoffes, des chevaux, des ânes, des bœufs et des moutons.
La plus grande partie de ces marchandises sont échangées contre de la jnoix de kola. Le reste, contre de l'alcool et des étoffes ajourées fabriquées dans le pays et connues sous le
nom de Salas de Djougou. Les caravaniers, après avoir terminé leurs transactions, ce qui dure rarement plus de huit jours, tellement est grande l'activité commerciale de cette région, remontent vers le Nord. Les gens de Djougou forment alors de nouvelles caravanes qui vont à Salaga ou à Katyé échanger leurs produits et s'approvisionner des kolas qui leur sont indispensables pour commercer avec les Haoussas.
Depuis longtemps déjà, l'administration locale a fait tous ses efforts pour détourner sur un point français de la côte les caravanes allant à Salaga et à Kratyé, de façon à faire bénéficier nos commerçants des riches produits du Sokoto et à remplacer par des marchandises françaises les produits étrangers qu'achètent les gens de Djougou. Quant aux kolas, il est facile d'en faire venir de Conakry, où on les trouve en abondance.
Dans ce but, une grande route allant de Djougou à la côte a été entreprise. Elle réduira considérablement la distance entre le premier de ces points et Savalou et permettra à nos commerçants, s'ils sont assez hardis, de bénéficier des nombreuses caravanes qui alimentent les grands marchés de Salaga et de Kratyé.
3° Cercle du Gourmet. — Le cercle du Gourma, formé par l'ancien royaume de ce nom, moins le Konkobiri, est aussi appelé Noungou. Il est limité au Nord par les territoires de Dori, du Torodi et de Say; à l'Est par le Dendi, le Borgou et la chaîne de l'Atakora ; au Sud par le pays des Kafiris et le territoire de Sansanné-Mango, enfin à l'Ouest par le Mossi et le Boussangsé. Il a pour capitale Fada N' Gourma.
Le Gourma, qui, dans le Sud, est accidenté, sillonné de nombreux cours d'eau, est au contraire dans le Nord uni, sablonneux, complètement dépourvu d'eau et les villages s'alimentent avec des puits.
Le pays est^d'aspect triste. Le sol est ferrugineux, la terre-
sèche, la couche d'humus faible, les arbres sont rares et de petite I aille. Cette contrée étant inondée pendant une partie de l'année, l'herbe pousse partout et sert à la nourriture de nombreux troupeaux.
Les hommes sont vigoureux, leur air est moins intelligent que celui des Baribas. Ils sont bien plus paisibles. Les villes sont peu ou pas fortifiées. Les cases sont rondes, leurs murs sont en terre ou en paille tressée, les toits sont également en paille. Les villages sont formés par des agglomérations étendues de cases groupées par huit ou dix suivant les familles et séparées par des champs. Les cases ne sont reliées entre elles que par des barrières de paille de mil. On sent qu'on n'a pas à faire aux pillards du Borgou ; cependant ils sont loin d'être parfaits. Us ne s'aventuraient autrefois que rarement en dehors de leurs villages respectifs, de crainte d'être faits captifs. Les cases des chefs ne diffèrent guère des autres; comme celles de leurs gens, elles sont circulaires. La case d'entrée possède deux ouvertures à hauteur d'homme : elle sert aux palabres, à la réception des étrangers. Souvent aussi on y loge les chevaux. Les cases ont pour ouverture une porte circulaire, si basse qu'il faut presque s'accroupir pour y entrer. Leur aération est faible, elles sont peu propres. Le groupe des cases du chef se reconnaît aux œufs d'autruche qui les surmontent.
Les hommes sont vêtus de la même façon que les Baribas, pantalon bouffant, large tunique, faite de bandes d'étoffe en coton du pays, larges comme la main, alternativement blanches et bleues. Toutefois les étoffes sont plus grossières que celles du Borgou. Les femmes sont vêtues de pagnes bleus et ne portent rien sur la tête, sauf aux jours de grande fête où elles mettent quelquefois une sorte de turban. Les filles sont nues, sauf un linge qui pend au devant des jambes et qui tombe jusqu'à terre. Ce linge est fixé au moyen d'un collier de reins en cauris d'une éclatante blancheur. Toutes les femmes
portent des gris gris suspendus au cou par des lacets de cuir. Ces gris gris ont la forme d'un rectangle de cuir a.vec troiscauris dans l'axe. Des jracelets de fer, de cuivre, de bois ou de cuir d'éléphant,r témoignant de l'habileté des chasseurs, ornent leurs bras. Les hommes ont les mêmes bracelets et, au-dessus
Un banian à Kouti (Haut-Dahomey)
du coude, ils portent quelquefois une pierre taillée ayant la forme d'un anneau.
Les chefs ne portent pas la robe à traîne de ceux du Borgou. Ils sont vêtus richement, ils portent généralement un bracelet d'argent au bras droit et marchent précédés d'un bâton au sommet duquel pend une queue de bœuf.
Les femmes ont les traits masculins; elles portent dans les oreilles des morceaux de bois aux extrémités desquelles sont des cauris.
Au contraire des Baribas, qui sont propres dans leur mise, les gens du Gourma sont d'un aspect sale et le grand nombre d'affections oculaires dont ils sont affligés par suite de la fréquence de la conjonctivite granuleuse ne contribue pas à les embellir.
Les Gourmabés sont fétichistes, leur croyance aux amulettes est très grande. Les musulmans, nombreux dans le pays, sont tous d'origine étrangère, Foulbés du Soudan, Haoussas ou Zabermah du Dendi.
Le royaume du Gourma présente ce phénomène, assez rare dans les régions si troublées de la boucle du Niger, d'avoir pu se conserver intact sous la même dynastie pendant près de deux siècles.
Il le doit probablement à ses limites naturelles qui en rendaient l'invasion difficile, à l'unité de sa race qui ne paraît avoir été troublée par aucun mélange étranger, et, enfin à l'autorité absolue dont ont joui longtemps les rois de ce pays et qui commençait seulement à s'affaiblir au moment de notre arrivée.
Les rois du Gourma ont toujours été renommés pour leur luxe et leur orgueil. Ils vivent entourés d'une cour nombreuse, composée de dignitaires revêtus de titres pompeux, comme le « Tangari », introducteur des chefs etc, de griots, de cavaliers et de mendiants.
Le roi ne se découvre jamais. Il porte dans les cheveux un fétiche qui vient du fondateur de la dynastie et qu'une femme, la « Matanou », est spécialement chargée de couper à la mort du roi. Cette importante fonction lui donne en outre une certaine autorité dans les conseils.
Le souverain actuel, Bantchandé, 23me roi du Gourma, fait remonter sa dynastie à un nommé Lompo qui serait tombé du ciel sur un rocher que l'on montre encore près de Madjori.
Tous les rois du Gourma ont soutenu victorieusement de nombreuses guerres contre leurs voisins: Kafiri de Pâma et de Sansanné Mango, Baribas du Borgou et Peuhls du Nord.
S'il faut en croire la légende, les rois du Gambakha, du Mossi , du Boussangsé, leur payaient autrefois tribut et les autres grands chefs du Dendi, du Zabermah et du Borgou recherchaient leur amitié.
Lors de notre arrivée en 1895 la puissance des rois du Gourma avait bien diminué. Non seulement tous leurs anciens tributaires avaient repris leur indépendance, mais encore Bantchandé luttait péniblement contre le chef de Matiacouali qui s'était révolté et qu'il ne put réduire qu'avec l'aide de la mission Baud.
Les ressources du Gourma sont assez nombreuses, on y trouve en abondance des chevaux d'une belle race, des bœufs, des moutous, des chèvres, des poules, des pintades, des canards. Le gibier, les éléphants et les fauves y sont nombreux et il y a presque dans chaque village des chasseurs de profession.
Les principales cultures sont le maïs et le mil dont il est récolté des quantités considérables. Viennent ensuite le riz, les ignames, les haricots et enfin l'arachide qui n'est actuellement qu'une culture vivrière, mais susceptible de se développer considérablement quand ce produit pourra être transporté jusqu'à la côte. Les industries du Gourma sont assez peu développées, on n'y trouve guère que quelques forgerons, des selliers, des potiers et des teinturiers.
Cette région est sillonnée de nombreuses routes commerciales ouvertes depuis notre occupation, les principales sont :
Say-Matiacouali. — Fada N'Gourma.
Dori-Bilanga. — Fada-N' Gourma.
Ouagadougou. — Koupéla, Fada N'Gourma.
Fada N'Gourma. — Yanga, Djebiga, Samka, Gambaka, Yendi et Kratyé (Togo).
Say. — Botou, Matiacouali, Bozogou, Pâma, Sansanné- Mango, Yendi.
Ilo. — Kandi, Baniquara, Konkobiri.
Les « dioulas», commerçants venant du Sud, apportent surtout la kola, qui est le principal produit d'importation, de la verroterie, du sel, des tissus divers, de la poudre, de la quincaillerie, de la chaudronnerie et de la coutellerie. La presque totalité de ces produits sont de fabrication allemande ou anglaise et viennent des marchés de Kratyé. Les tissus recherchés sont les étoffes de couleur voyante :laguinée et les étoffes rouges. Les étoffes blanches très apprêtées sont de vente courante mais peu estimées.
La verroterie et la bimbeloterie comprennent tous les objets de parure, mais surtout les filières de perles bleues, rouges, blanches ou même d'ambre et de corail, ces dernières très recherchées par l'élément peuhl.
Les fils de coton, le salpêtre, l'antimoine, le cuivre en barre viennent de Gambakha où ils sont importés par la colonie anglaise de la Côte d'or. Le Gourma reçoit encorejiu sel, des parfums et quelques articles de sellerie de Tombouctou.
Les produits français, inconnus avant notre ^occupation, commencent à se répandre. La nouvelle route de DjougoujUa côte facilitera à nos produits manufacturés l'accès de ces régions.
Cercle du Moyen-Niger et rive gauche du Niger. — Le cercle du Moyen-Niger qui s'étend sur les deux rives du ileuve a pour capitale Kandi. Il est formé par les provinces de Bouay et de Kandi, par les pays indépendants de Baniquara et les territoires Zaberma ou Dendi situés sur les deux rives du
(1) Les renseignements concernant les provinces du Niger sont extraits des rapports officiels au ministre des colonies.
fleuve. Il est limité, au nord, par le Soudan français, à l'est par la frontière franco-anglaise, au sud par le cercle de Parakou et à l'ouest par la province de Kouandé.
Toute la partie sud de ce c rcle,est formée par le royaume de Bouay qui appartenait autrefois au Borgou. Elle est peuplée de ces Baribas que nous avons déjà dépeints.
Voici comment M. le gouverneur Ballot décrivait cette contrée dans le rapport du voyage qu'il fit au Niger en 1895 : <( Le pays est inculte, les habitants en sont inhospitaliers, menteurs et fourbes.
« Les routes sont impraticables pour l'étranger, les caravanes qui descendent le Niger ou qui arrivent par terre évitent les pays baribas où elles sont rançonnées sans merci.
« Quand une caravane arrive, elle est reçue avec beaucoup •d'empressement, surtout lorsque ses marchandises sont riches. Le chef lui fait bonne figure, comble ses membres de prévenances pendant tout son séjour chez lui, en ayant soin cependant de leur soutirer le plus grand nombre possible de cadeaux pour lui et sa famille toujours très nombreuse. Mais, quami les voyageurs désirent continuer leur [route et demandent à partir, la scène change. Le chef jette tout à coup le masque devient insolent, violent, déclare brutalement que les cadeaux sont insuffisants, peu en rapport avec le grand nombre des charges et la richesse des marchandises, bref, qu'il lui faut tels et tels objets pour autoriser le départ et donner un guide. Ce dernier est d'autant plus indispensable qu'il ne sert pas seulement à indiquer la route, mais qu'il est en même temps un protecteur, une sorte de sauf-conduit sans lequel les villages suivants ne laisseraient pas passer les voyageurs ou feraient des difficultés pour les recevoir. Les malheureuses caravanes doivent, pour continuer leur route, satisfaire aux exigences de ces bandits, en s'estimant encore fort heureuses de n'être pas complètement dévalisées dès la première étape.
« Généralement, le chef se contente de la cinquième partie des marchandises, mais cette opération se répétant dans chaque village, on voit où en est réduite la malheureuse caravane après quelques étapes... »
Depuis notre occupation tout a changé: les routes sont devenues sûres, les caravanes commencent à reprendre la route de Djougou et les habitants, privés des ressources qu'ils tiraient du pillage, se sont remis à cultiver les ignames, les haricots, le mil, le maïs et le riz. L'occupation des territoires du Maouri situés sur la rive gauche du Niger, presque complètement inconnus jusqu'à ce jour et que pour cette raison nous allons décrire longuement, complétera l'œuvre entreprise. Elle assurera la sécurité aux caravanes, de leur sortie du Sokoto à Djougou et contribuera à faire du Dahomey la route commerciale des régions avoisinant le Tchad.
Le Niger (la rive gauche). — Le pays reconnu à la France, par la convention du 14 juin 1898. dans la région comprise entre le Niger et son affluent le Dallol Maouri, affecte la forme d'un grand V et n'a pas de limites bien précises vers le Nord où il s'étend jusqu'au Sahara. Il forme une transition entre le désert et les régions boisées du Sud. Bien que sablonneux, le sol de cette région n'est pas stérile et il est couvert d'une brousse épaisse partout où les indigènes n'ont pas mis le feu pour les besoins de leurs cultures. Il semble que c'est au Niger, qu'il faille attribuer cette action bienfaisante, car bien que son influence fertilisante ne s'étende en apparence qu'à quelques kilomètres de ses rives, on trouve dans toute la région, de l'eau en abondance à des profondeurs variables, presque au ras de terre dans les Dallol, larges vallées qui recueillent les eaux de pluie et les conduisent au Niger, et à une profondeur plus grande mais qui ne dépasse guère 40 ou 50 mètres dans tout le reste du pays. Les eaux qui tombent dans la saison des pluies, sont suffi-
- 30G santespour faire pousser les quelques plantes alimentaires que sèment les indigènes, et pendant la saison sèche les Dallol se couvrent de pâturages où les Peuhls, qui s'adonnent surtout à l'élevage, trouvent de quoi nourrir leurs troupeaux.
Le Niger qui délimite cette région au sud et à l'ouest se dirige, dans cette partie de son cours, du N.-N.-0,au S.-S.-E. Large de 3 à 500 mètres il est assez rapide et peu profond. Son lit est souvent embarrassé de rochers et de grandes îles maréca^ geuses. Des terrains d'inondation, quelquefois plus larges que le fleuve lui-même, rendent son abord malaisé et augmentent les difficultés du passage. Ils sont couverts par les eaux au moment de la saison des pluies, en septembre et octobre, mais la crue se prolonge au delà de cette époque par les apports de son cours supérieur qui atteignent leur maximum en décembre.
Les principaux affluents de gauche sont : le Dallol Bosso et le Dallol Maouri. Ce sont de larges rigoles plates qui ne coulent que pendant trois ou quatre mois de l'année, mais dont le sol, constamment humide, esftrès fertile. Leur possession a donné lieu autrefois à des luttes acharnées entre les différentes peuplades habitant ces régions.
Le Dallol Bosso, le mieux connu, reçoit à l'ouest le Dallol Toumbodi dont la vallée s'étend du Dentchiendou à Tamkalla. Le Dallol Maouri est moins long et moins important, bien que tous deux semblent néanmoins s'étendre fort loin dans le Sahara. Il est formé par la réunion à Massaraoua de deux Dallol venus l'un de l'Areura par Matankari, l'autre du Sokoto par Bindjié. Il reçoit à l'ouest le Goulmandou qui sépare le territoire de Bosso du Maouri et le Fogha venu de l'Immaman.
L'orographie parait assez simple. Il y a d'abord une longue chaîne de collines qui suivent la vallée du Dallol Bosso par Sargadjié Koigolo et s'affaissent près de Garbou après avoir détaché vers l'est une chaîne de hauteurs qui couvrent le pays de Dosso. Au sud de la ligne Say, Tamkalla Tilly, le pays est
absolument plat. Au nord il y a toute une chaîne de collines qui semblent être les derniers contreforts des montagnes du Sahara et diminuent de hauteur au fur [et à mesure qu'elles s'en éloignent.
On trouve dans cette région plusieurs races fort différentes qui sont :
La race Peuhl,
La race Zaberma,
Les Touaregs.
La première, de beaucoup la plus intéressante, est suffisamment connue.
Les Peuhls (Pouls, Foulbés et Foulanis) sont maigres, nerveux, à peau bistrée, très intelligents, intrigants, mal avec tous leurs voisins, oppresseurs dès qu'ils cessent d'être opprimés, très attachés à leurs chefs et aux gens de leur race, ennemis jurés des blancs, dès qu'ils n'en ont plus besoin, au demeurant grands travailleurs ; ils se livrent surtout à l'élevage du bétail. Les femmes peuhls sont relativement très belles.
Les Zabermas, au contraire, sont très noirs de peau et ne diffèrent pas moins de leurs voisins au moral qu'au physique. Pauvres en bétail, mais possédant de nombreux chevaux, paresseux, ne cultivant que le mil qui leur est nécessaire, peu solidaires les uns des autres malgré leur groupement, de caractère brutal, peu experts en intrigues, ne cédant qu'à la force, cavaliers infatigables, pillards invétérés, peu courageux et naturellement cruels. Les villages et les chemins sont fort mal entretenus ; les femmes, les enfants et les esclaves travaillent seuls pendant que les hommes se reposent ou font la guerre. Par leurs exactions, ils ont fini par détourner de leur pays, dont c'était pourtant la route naturelle, les caravanes, qui l'ont tellement déserté, que l'on n'y trouve aucun objet d'échange, pas même du savon indigène. L'industrie y est également nulle. Vêtus de haillons sordides à notre
arrivée, ils commencent à être moins déguenillés et moins sales. Ils sont assez Lien avec leur équipement de guerre emprunté en grande partie aux Touaregs : la figure voilée du litham, vêtus d'un pagne flottant et de grandes jambières de cuir, l'anneau de pierre au bras, un poignard passé le long de l'avanl-bras. le large sabre à poignée en croix suspendu à un baudrier, un bouclier en cuir de bœuf suspendu à la selle, leur harnachement est généralement très pittoresque.
Les Touaregs, que les Zabermas appellent ÏSourongué, habitent le pays de Tagazza (en peuhl Tiapari) et dTmmanan. Ils sont de race berbère, cuivrés de peau. Ce sont nos ennemis les plus acharnés, mais la petite fraction qui habite Tagazza et Immanan est dégénérée, isolée et ne pourrait nous résister longtemps.
Tom ces indigènes sont de religion musulmane, mais ce sont des croyants fort tièdes attachés à quelques momeries seulement. Les marabouts, souvent totalement illettrés et ne connaissant que quelques traditions, sont peu influents, et la religion chrétienne trouverait ici des gens faciles à convertir et aurait une heureuse influence sur ces polygames abrutis et fainéants.
Les villages sont fort nombreux; le seul chef de Tessa commande à 30 villages ne formant qu'une très faible partie du Zaberma. Tous ces villages sont en paillottes (c'est nous qui avons construit les premières cases en maçonnerie) ; ils sont, par suite, aussitôt reconstruits que brûlés, chose qui arrivait souvent autrefois. Beaucoup sont entourés d'un tata ou d'une palissade. Ils sont groupés autour de puits qui fournissent de l'eau presque toute l'année. Quelques-uns sont très profonds et leur forage constitue un véritable tour de force. Les traditions racontent qu'ils ont été creusés autrefois par des blancs venus du Nord qui sont allés ensuite au Borgou. On montrait encore récemment à Garbou des chaînes de
fer dont ils se servaient. Quels étaient ces hommes blancs? On ne le saura probablement jamais.
La race peuhl a formé le puissant empire du Sokoto avec ses feudataires, le Godobaua, le Gando, le Kantagora, le Yaouri etc., dans lequel sont disséminés de nombreux Haoussas industriels et commerçants qui, avec les Peuhls contribuent à la prospérité du Sokoto et semblent fort bien s'y accorder.
11 n'en fut pas de même autrefois dans le Gando où les Haoussas étaient esclaves. Se sentant un jour plus forts que leurs maîtres, ils se révoltèrent et, après avoir fait un gros butin se réfugièrent dans le Kabbi où ils fondèrent les grands tatas de Birni, M'Kabbi et d'Argoungou qui devint leur capitale.
Malgré tous leurs efforts les Peuhls du Sokoto ne purent les en déloger et ils n'aboutirent qu'à cimenter entre les Haoussas et leurs nouveaux voisins, les Zabermah, une alliance qui devait leur faire courir les plus grands dangers.
Les Zabermah viennent, d'après leurs traditions, d'un pays situé à l'ouest et nommé M aie. Faut-il voir dans ce mot une corruption de Malinké, race avec laquelle les Zabermah ont une certaine ressemblance, ou doit-on les considérer comme les derniers débris du grand empire de Mel qui existait il y a plusieurs siècles. On ne sait ? Quoiqu'il en soit, chassés par les Peuhls, ils émigrèrent dans ce pays où ils se fondirent avec la race autochtone dont il ne reste que quelques représentants. De môme que les Haoussas, ils considéraient les Peuhls comme leurs ennemis séculaires, ils les avaient chassé du Dallol- Bosso où ils n'en toléraient qu'un petit groupe.
La haine des Peuhls existait donc chez les Haoussas du Kabbi comme chez les Zabermah; il ne fallait plus qu'un incident pour en faire des alliés. Cet incident se produisit après le voyage de Barth, en 1853-1854.
Vers cette époque, alors que le Zermacoi, ou chef des
Zabermah était Kossam, un Zabermah nommé Daoudou vint lui demander sa protection. Il avait commis divers crimes et ses compatriotes voulaient lui faire un mauvais parti. Kossam qui était un homme doux et faible accueillit le proscrit dans sa propre demeure. Mais Daoudou se sentant protégé ne tarda pas à recommencer ses méfaits en même temps qu'il gagnait à sa cause par l'espoir de la guerre et du butin, les Zabermah qui n'attendaient qu'un chef pour recommencer la guerre contre lesPeuhls. Les hostilités commencèrent sous un prétexte futile et il les chassa successivement de tous les villages qu'ils occupaient dans le Dallol Bosso. La lutte fut longue, opiniâtre et les, Zabermah actuels se souviennent encore des combats de Tamkalla, Kalla, Keni, Fabedjié, Baschi, Bélandé <$ où furent tués beaucoup d'hommes » et qui furent autant de succès pour Daoudou. Il fut pourtant battu une fois à Garbou sur la route de Dosso à Karimama. Furieux, il rentra à Dosso et convoqua tous les Zabermah à une revanche ; il invoqua môme l'aide du chef des Kabbi qui lui envoya ses guerriers. Cependant Aboul Hassani, chef des Peuhls de la région, vint à Garbou et décida les habitants à fuir au Sokoto pour éviter un massacre certain. Furieux, Daoudou se retourna contre lui et après le plus violent combat de cette guerre s'empara de sa résidence, Arkanassou. Il n'y avait plus de Peuhls dans le pays Zabermah ; tous leurs villages étaient détruits et les survivants s'étaient enfuis au delà du Niger jusqu'à Yagha. Reconnaissant de l'appui prêté par le chef du Kabbi, Daoudou décida le Zermacoi et les Zabermah à reconnaître ce chef comme leur maître et à le proclamer zerchi (chef) de tout le pays. Ainsi fut faite l'union. L'assistance que prêtèrent peu après les Zabermah au Kabbi contre le Sokoto la cimenta ; l'adhésion des habitants du Maouri et de l'Arewa, de race Zabermah, en fit un royaume important.
Daoudou tourna ensuite ses armes contre les Zabermah
établis à l'Ouest du Dallol Bosso et leur fit une guerre d'extermination pendant laquelle il brûla plus de trente villages. 11 détruisit également Karimama et menaça Kirtachi fqui ; se soumit pour éviter le pillage. Au cours d'une de ces expéditions il tomba malade et mourut il y a une vingtaine d'années...
ti
mu
^i^jflH m.£\
Un Dioulas des bords du Niffer
Les Zabermali étaient plus puissants qu'ils ne l'avaient jamais été, ils continuèrent leur existence de pillages et]-de vols lorsque l'arrivée d'Ahmadou-Sheikou ancien roi de Ségou faillit amener leur perte.
Celui-ci, qui avait refusé de se soumettre après la prise^de
Nioro, était venu, il y a environ quatre ans, du côté de Say pour tâcher de se constituer un nouveau royaume. 11 avait avec lui des bandes éprouvées munies d'armes à feu et pour lieutenant Aly Boury, prince du Djolof, qui avait été notre ennemi acharné. Il vint s'établir à Dounga et y fut très bien accueilli, non seulement par les Peuhls des environs, mais encore par ceux du Torodi et ceux qui avaient été chassés du Dallol Bosso. Ils vinrent sous le commandement de leur chef, Ibrahim Galadjo et Bairo, se placer sous ses ordres et le décidèrent à marcher contre les Zabermah.
Ce fut Aly Boury qui conduisit l'expédition. Il se dirigea d'abord sur le Dendi et y brûla les villages Zabermah, isolés sur le fleuve et sur la route Dosso Karimama.
Les Zabermah, commandés par Issa Korombé, successeur de Daoudou, lui livrèrent combat à Boumba. Ils furent défaits et leur chef tué. Àly Boury continua sa pointe le long du fleuve et alla brûler des villages jusque dans le Dallol Fogha. Il marcha enfin sur Dosso et brûla sur sa route Soumakoi, Boumdou, Boalo et Boumdou-Madi. Mais il fut alors averti de l'arrivée d'une colonne française qui marchait sur Say et il s'enfuit précipitamment dans la direction de Souroungué, où l'attendait Ahmadou-Sheikou. Après avoir inutilement essayé de décider les chefs peuhls Bairo et Ibrahim Galadjo à le suivre, ils s'enfuirent dans l'Immanan, où ils guerroyèrent contre les gens de Kourfai. De là, ils passèrent au Sokoto, et c'est, sans nul doute, à leur présence dans ce dernier pays qu'il faut attribuer la recrudescence de haine qui s'y est manifestée contre nous. Ahmadou-Sheikou, au dire des indigènes, serait mort depuis peu de temps.
A notre arrivée, tout le pays situé au Nord du 14e degré et compris entre le Niger et le Dallol-Maouri faisait partie du royaume du Zerchi-N'Kabbi-Ismail,-fils de Baraza, qui habitait Argoungou.
La contrée était divisée en quatre parties, toutes de souche Zabermah :
1° Le Zabermah proprement dit, dont la capitale était Dosso et le chef Zermacoi ou Attibou;
2° Le Maouri, à l'Est du Zabermah, dont la capitale était Bey-Beya et le chef Soumana;
3° L'Arewa, à l'Ouest du Zabermah, dont la capitale était Mantankari et le chef Bagadge ;
4° A l'Ouest et au Sud, le Dendi oriental presque complètement désert.
Au Nord, cette contrée était bornée par le Fakara et le Terma Glanda, pays habités par les Ziben Haoua, sortes de maures métis de Songhays et de gens de l'Azben. Les liens qui réunissent les cinq troncs du Kabbi ne sont pas très étroits, l'autorité du chef s'y mesure à sa richesse, représentée par ses esclaves, ses femmes, ses cases, ses chevaux et ses terres, à sa générosité, car l'impôt est remplacé par le pillage, dont le chef a la plus grande part, et surtout à sa valeur comme guerrier et à la crainte qu'il sait inspirer.
D'une façon générale, on peut dire que le pays Zabermah n'était pas exploré avant 1898, date de notre occupation. Le Dr Barth l'avait bien traversé à deux reprises en 1853-1854, à l'aller et au retour, de Say à Kallioul (Kaoura), mais il ne s'y était pas arrêté et n'en avait vu, à part Tamkalla, que la partie la moins importante, actuellement déserte. 11 existe encore de vieux Foulanis qui se rappellent le voyageur déguisé en marabout, dissimulant ses traits sous une ample coiffure et une barbe noire. Il se rendait, disait-il, aux lieux saints et recevait sur son passage le lait et les offrandes que les peuhls offraient à ce saint homme. Il avait bien été surpris à rédiger des notes de voyage, le soir, mais c'était, disait-il, de simples versets du Koran...
Pendant -de longues années, cet itinéraire fut le seul rensei-
gnement sérieux qu'on eut sur ce pays. Dosso était à peine marqué, et encore beaucoup trop au Nord; le cours du Niger, de Say à Gromba, était lui-même inconnu.
Le voyage du lieutenant de vaisseau Hourst, en 1896, éclaircit cette dernière énigme. Si les cartes portent actuellement quelques noms de villages inconnus sur les bords du fleuve, il ne faut pas s'en étonner; les brigandages d'Aly- Boury, qui n'eurent lieu qu'après le passage de Hourst, ont fait disparaître un grand nombre de villages.
Auparavant, en 1890, Monteil avait traversé le pays de l'Ouest à l'Est par Say, Dosso-Falakari, il laissa un excellent souvenir dans la mémoire des habitants.
Le commandant Destenave, du Soudan français, poussa jusqu'à Say qu'il occupa dès les premiers mois de 1897 et il y installa comme résident le capitaine Betbeder. Nous avons vu que l'approche de la colonne avait fait fuir dans l'est Ahmadou Sheikou et Aly Bory. Malheureusement notre occupation s'arrêta là pendant près de deux ans. L'action de la résidence de Say (dépendance du Soudan) se borna sur la rive gauche du Niger à recevoir la soumission de deux villages riverains, Kollo et Dounga. La petite colonie du Dahomey au contraire, avec des ressources modestes, faisait tous ses efforts pour atteindre le fleuve en aval de Say et y réussissait. Au Nord le capitaine Baud arrivait à Karimama et était nommé Résident du moyen Niger ; au Sud la mission Bretonnet occupait Boussa. L'occupation d'Ilo et de Boussa nous assurait le cours du fleuve de Karimama à Boussa (1897).
De plus, en vue des négociations qui allaient s'ouvrir, la mission Gazemajou fut envoyée sur la rive gauche pour recueillir sur place des documents et des renseignements. Elle partit de Karimama en décembre 1897, traversa le Niger et remonta successivement le Dallol Fogha et le Dallol Maouri pour aller à Argoungou par la route la plus directe.
Arrivée dans cette ville elle y fut cordialement reçue par le Zerchi qui signa avec elle un traité qui mettait son pays sous le protectorat de la France.
C'était un événement heureux et s'il se fût produit six [mois
Femme Djej
plutôt il nous eût peut être assuré la possession du Kabbi; malheureusement quand il arriva à Paris les négociations qui devaient aboutir à la convention de délimitation du^l4 juin 1898 étaient trop avancées. Toutefois on en tint compte dans une certaine mesure en adoptant comme frontière sur la [rive gauche du Niger, le thalweg du Dallol Maouri] qui coupe en
deux le Maouri et l'Arewa en laissant une moitié à l'Angleterre et l'autre à la France. Nous n'avions pas été malheureux que sur la rive gauche; la même convention du 14 juin 1898 nous faisait perdre les 2/3 de nos belles conquêtes sur la rive droite. Le cercle du moyen Niger, considérablement diminué, eut son chef-lieu transporté à Karimama.
Néanmoins le Dahomey continuait activement sa marche en avant et cherchait à s'établir solidement sur la rive gauche aussi bien pour se rapprocher de la route du Tchad que pour assurer la sécurité du pays et y attirer les caravanes allant de l'est à l'ouest et dont c'était la route naturelle.
A la fin de septembre le capitaine Lorho, résident du Moyen Niger, établit, conformément aux ordres du gouverneur, un poste à Kirtachi et le 15 novembre envoya le lieutenant Laussu occuper Dosso dont le chef nous avait demandé notre protection.
Cette occupation ne se fit pas sans difficulté. La petite troupe du lieutenant Laussu eut à traverser un désert de cent kilomètres où elle souffrit beaucoup. Enfin le 19 novembre elle arriva à Dosso où elle fut bien accueillie par le chef, mais très mal par les habitants. La situation s'améliora cependant peu à peu grâce au caractère énergique et conciliant du lieutenant Laussu.
Au mois de février suivant, le lieutenant Laussu fut remplacé comme chef du poste de Dosso par le lieutenant Cornu. Cet officier, dès son arrivée, tint un grand palabre auquel vinrent tous les chefs de la région et les envoyés du Serchi M'Kabbi et qui établit d'une façon définitive notre autorité dans le pays.
Quand cette région aura été complètement pacifiée par une administration ferme et prudente, que les villages peuhls, qui commencent à se construire, auront atteint leur complet développement, que les caravanes, certaines d'être respectées
auront repris la route du Dallol qu'elles suivaient autrefois, le pays sera plus prospère qu'il ne l'a jamais été. Il peut produire en abondance le petit mil (yéro) base delà nourriture des indigènes, que l'on peut cultiver partout lefenioc (sorte de tapioca) les haricots, les pois, le maïs, les pistaches (arachides). On trouve aussi dans certaines régions, surtout dans le Dendi des arbres à Karité et des caoutchoucs qui atteignent un prodigieux développement et qu'il serait possible d'utiliser. A Sourougué, les indigènes savent travailler le cuir et le fer, dans le pays Zabermah, on trouve des tisserands, des forgerons et des potiers, enfin certains villages du Dallol Fogha contiennent du sel, qui constitue un produit d'échange important dont vivent plusieurs villages et dont le commerce ne pourra que se développer quand, avec la paix, renaitra la sécurité des routes.