CHAPITRE IX
Pe la perspective des objets dont on n a que le plan et l’élévation.
Si nous voulions entrer ici clans tous les details dont ce chapitre est susceptible , il faudrait pour lui seul un volume entier , et ce volume serait un cours complet de perspective expliqué au moyen du Diagraphe. Il faudra donc nous contenter de donner sur ce sujet des idées générales , et la personne qui aura cjuelques connaissances delà géométrie pourra suppléer, en étudiant, atout ce cjui ne pourrait être parfaitement explicjué que dans un cours complet de perspective , que je compte faire paraître un jour.
Le plan d’un corps est l’image formée par l’intersection d’une surface plane , avec une série de lignes tombant verticalement de tous les points de ce corps sur la surface. Ainsi , le cercle sera le plan du fut d’une colonne ayant partout le meme diamètre ; un carré sera le plan du piédestal delà colonne, etc. etc.
L’elëvation est Fintersection dWe surface plane avec les lignes horizontales partant de tous les points d’im corps et dirigées perpendiculairement à cette surface, qui est ordinairement parallèle à la face principale du corps. Deux lignes parallèles seraient Félèvation du fût de la colonne.
Supposons maintenant que nous ayons le plan d’un fût de colonne d’un égal diamètre dans toute sa longueur : ce plan sera un cercle dix fois plus petit que le diamètre de la colonne , si nous avons le plan au dixième.
Si cette colonne était placée devant nous à 5o mètres , et si notre œil était placé a deux mètres au-dessus du soi , on sait comment avec le Diagraphe on en obtiendrait la perspective.
Dans le plan que nous avons de la colonne , nous povivons placer celui de notre œil, qui ne sera représenté sur le papier que par un seul point (le trou de l’oculaire doit être regardé comme un point mathématique ). Ce point sera à ou 5 mètres du cercle-plan de la colonne, puisque sur la nature il était a 5o mètres , et que nous avons le plan au dixième.
L’élévation sera représentée par deux lignes droites parallèles et verticales ; la meme élé-
vation contiendra celle de l’œil , qui ne sera qu’un seul point à au-dessus de la ligne dite de terre , qui représente la base de la colonne.
La ligne d’aspect sur la nature pourra être représentée par une ligne droite sur le plan , et cette ligne droite passera par l’œil et par le centre du cercle , si cette ligne doit passer par le centre de la colonne.
Si maintenant nous posons le Diagraphe sur le plan, en plaçant la règle conductrice perpendiculairement à la ligne d’aspect , et l’oculaire à au-dessus du plan et de telle sorte que la verticale qui en partirait tombât sur le point qui le représente , le Diagraphe serait placé absolument dans les memes conditions que si on l’avait posé sur le terrain ; seulement , il ne sera pas réduit comme la colonne , et , par contre , la perspective n’éprouvera pas une aussi forte réduction.
Si dans cette position (le plan horizontal et le tube vertical) , nous dessinons le cercle, nous aurons la perspective de la base de la colonne ; pour avoir la perspective du cercle qui en fait le sommet, il faudrait en placer un de meme grandeur à ^ ou 2 mètres , bien verticalement au-dessus de la base tracée sur le plan ; si 20™
est la hauteur de la colonne , en le dessinant alors on aurait la perspective du sommet.
On conçoit que si elle e'tait compose'e de 8o pierres placées les unes sur les autres , on aurait de la meme manière la perspective exacte de toutes les assises de pierre, en portant chaque fois le cercle aux differentes hauteurs ou seraient places ces assises.
Au lieu d’une colonne , on pourrait en avoir plusieurs et en agissant sur toutes successivement , comme sur la première , on mettrait tout l’ensemble en perspective.
On pourrait avoir a mettre en perspective un objet dont le plan serait beaucoup plus compliqué. Si , par exemple, on avait le plan d’un cloître gothique et l’élévation d’une des portes ogives qui le compose , d’après ce que nous venons de dire , on placerait sur ce plan la position de l’œil, puis la ligne d’aspect et enfin le Diagraphe y en mettant toujours l’oculaire audessus du point, et la règle conductrice perpendiculairement à la ligne d’aspect. L’oculaire serait placé d’après l’échelle du plan , à la hauteur d’où on voudrait prendre la vue du cloître.
Une petite planchette qui peut , au moyen d’un pied , se tenir verticalement sur la table , et la toucher en suivant un de ses côtés, sert a
recevoir Félevation de la porte ogive de manière à faire concorder la ligne de terre avec la ligne de la planchette c|ui peut toucher à la table ; la plaçant ensuite de manière à poser l’élévation de la porte au-dessus de son plan , elle en représentera le relief, du moins pour toute la partie de la face qui se trouve à la place indiquée par le plan; si alors on la dessine avec le DiagrapJie ^ on fait la perspective de cette partie.
On conçoit facilement d’après cela que portant cette élévation sur toutes les parties du plan où elle se répète , on construira ainsi la perspective du cloître entier.
Dans une élévation , il se trouve toujours des objets en saillie qui se trouvent représentés sur la meme face que les objets plus reculés. Mais comme un plan bien fait doit indiquer toutes ces saillies , on porte la planchette pour chaque ligne sur le plan qui les représente , puis on ne dessine avec le Diagraphe que la partie de la saillie qui doit occuper cette place.
L’élévation d’une voûte ne pourrait s’obtenir en perspective que par coupes successives , ou par points. Pour les calculer exactement par les moyens ordinaires, il faut, avec la règle et le compas , faire une opération qui
demande encore assez de temps , tandis qu’a-? vec le Diagraphe il suffit de poser la planchette sur chaque point pour en avoir la perspective. On trouvera donc de cette manière un moyen plus prompt et plus facile.
Si on avait le pian d’un plafond plat ou d’un pavé d’intérieur, souvent composé de ligures si compliquées , que la perspective ne s’en peut calculer qu’à peu près , soit à cause du temps qu’il faut y employer, soit à cause de la difficulté, le Diagraphe y remédierait aisément : pour cela , on placerait le dessin à la hauteur et dans la direction qu’il doit avoir par rapport à l’oculaire et à la règle conductrice , et il ne resterait plus qu’à le dessiner.
Tout ce que nous avons dit est applicable à un plan d’une assez grande étendue , pour y pouvoir placer rioslrument , sans en couvrir une partie. Mais si noos avions à mettre ainsi en perspective l’intérieur d’une église , faite meme sur une assez grande échelle , il est plus que probable , qu’après avoir placé notre œil et la ligne d’aspect sur le plan, nous ne trouverions jamais la place nécessaire pour y poser le Diagraphe.
Dans ce cas , on ne se contente plus d’indiquer le plan de l’œil , on l’y place en elfet , en
le représentant par un point de couleur, qu’on pose sur un fil à la place meme où serait l’œil si l’ëglise était construite en petit sur le plan; en se servant alors du Diagraphe à oculaire mobile , et suivant toujours la meme marche que celle indiquée pour les cas précédons , on aurait encore la perspective dësirëe.
Des Ombres.
Les ombres peuvent être portées , soit par une lumière , soit par le soleil. Quand les ombres sont portées par une lumière , elles donnent sur la surface qui les reçoit , la perspective du corps prise du point où se trouve placé la lumière. Si les ombres sont portées par la lune ou par le soleil tous les rayons lumineux étant alors parallèles , l’ombre n’est plus c[ue la projection du corps sur la surface qui le reçoit.
On conçoit , que dans le premier cas , l’ombre d’un objet cfuelconque pourrait être obtenue avec le Diagraphe ordinaire, en plaçant l’oculaire à l’endroit où on voudrait que la lumière fut placée, et dans le deuxième, elle pourrait être obtenue par le Diagraphe a deux montans , en rendant la ligne qui joint l’ocii-
laire au point de mire , parallèle au rayon lumineux. Dans les deux cas le tube et la règle conductrice doiTent former un plan parallèle à celui qui doit recevoir l’ombre.
Pour obtenir les ombres des corps de petites dimensions , le Diagraphe pourrait servir; mais pour ce cas particulier , son premier, et nous pouvons dire son seul mérite, est de poiiv oir donner au professeur le moyen d’expliquer à ses élèves la manière dont les ombres se portent , et comment elles doivent être calculées.
Il est sans doute encore bien des circonstances o\x\e Diagraphe ^^owTY^ être d’un grand secours , et la personne qui connaîtra bien cet instrument , et qui en fera souvent usage , pourra peut-être découvrir d’autres propriétés que je ne connais pas moi-même. Nécessité est mère de F industrie ^ et si le Diagraphe a pris autant de développement, il le doit aux différentes demandes ou objections qu’on a pu lui faire. Comme je tiens à rendre cet instrument aussi parfait cpie possible, je ne négligerai jamais les avis qu’on pourra me donner , et qui pourront m’aider à atteindre ce but. Si je ne puis faire du Diagraphe une machine à composer des tableaux (ceci pourrait paraître in-
croyable, mais on me l’a demandé ; et je n*ai pas besoin de dire que ce n’était pas un artiste). Si je ne puis l’amener à une telle perfection , je ferai en sorte de le rendre applicable au plus grand nombre de cas possible.
On a déjà cherché à le contrefaire , j’ai heureusement pu arrêter cette contrefaçon qui aurait , en livrant au commerce des machines défectueuses, détruit dans sa naissance la réputation de cet instrument qui doit, si j’en crois mes espérances comme inventeur , et Tassurance des artistes qui le comprennent bien , devenir un instrument tout-à-fait indispensable pour bien des personnes. Une fois bien connu, il en sera de lui comme du compas ; les mauvais résultats ne seront pas attribués à l’instrument, mais a l’ouvrier qui l’aura construit, ou à la personne qui en fera usage .