CHAPITRE PREMIER
Considérations préliminaires.
Tous les efforts que l’on a faits juscjuà ce jour pour procurer aux dessinateurs un moyen de calquer la nature , prouvent assez de quelle importance serait un instrument €|iii atteindrait ce but. Il est inutile de parler ici de toutes les machines qu’on a imaginées pour y parvenir . Il suffit de dire que les plus exactes qu’on ait employées sont celles à mettre en perspective ; mais soit à cause de la difficulté de procurera ces machines un mouvement doux et aisé, soit à cause de leur trop grand volume et de leur complication , on s’en est peu servi jusqu’à présent et on ne les a employés que comme moyen d’abréger un travail dont l’exécution rigoureuse eût été longue et pénible.
Les deux instrumens connus sous le nom de chambre claire et de chambre obscure sont le plus en usage ; mais maigre les perfectionnemens que des opticiens célèbres de notre époque ont pu y apporter , elles n’ont été adoptées que par peu de personnes. Elles ont en effet des défauts auxquels il sera peut-être impossible de remédier.
La chambre obscure ^ instrument très-peu portatif, n’étend son champ de vision que sous un angle de 3o a 35 degrés, et on ne peut que difficilement apercevoir les points qui sont dans l’ombre. D’ailleurs, tous les objets se déforment d’autant plus, qu’ils s’écartent davantage du centre de la vision. Si la chambre claire n’a pas tous ces défauts , elle en a d’autres qui lui sont particuliers et qui en rendent l’usage pénible. Elle fatigue extrêmement la vue, et , quoi qu’on fasse, il est des parties que l’on ne peut jamais distinguer. Ajoutons que dans la chambre claire tous les objets de même grandeur à l’œil , qui doivent par conséquent être de même grandeur sur le dessin , y sont projettes d’une manière différente ; ils y de viennent d’autant plus grands qu’ils s’éloignent davantage du pied de la perpendiculaire abaissée de l’œil : la chambre claire ne peut donc
jamais donner un dessin parfaitement exact.
L’instrument auquel s’appliquent les explications dans lesquelles nous allons entrer semble réunir toutes les conditions nécessaires pour atteindre le but vers lequel on s’est constamment dirigé ; car il est d’une construclion simple et d’une exactitude telle qu’en traçant deux fois de suite le meme dessin , il îi’apparaitra qu’un seul trait. Ce trait se iliit par im mouvement mécanique; la persoime qui en fait usage ne fixe pas les yeux sur ce qu’elle dessine .) elle ne regarde que l’objet qu’elle veut représenter. Four en donner un trait nct^ elle n’aura meme pas besoin de savoir tenir son crayon ; et quelque étrangère qu’elle soit à Fart du dessin , non-seulement elle calquera trèsexactement la nature dans ses moindres détails, mais elle pourra,. et tout cela inécaniijiiement , donner de Felfct au paysage qu’elle voudra représenter en augmentant la force du trait, a mesure cjnellc dessinera les objets les plus rapprochés; elle pourra, avec la meme facilité , copier soit un tableau , soit une statue ; faire un portrait aussi grand et meme plus grand que nature , ou a toute autre échelle ; obtenir les projections d’ime machine sur toute espèce de plan , en ,'ivoir les ombres portées ,
ou enfin , tracer un panorama sur un cylindre ou un cône quelconque.
Cet instrument dans tout son développement exigerait un cours particulier pour celui qui voudrait le raisonner et l’étudier attentivement ; car c’est la perspective mécanisée ^ et comme il donne à volonté toutes les intersections coniques , il n’est pas de problème de géométrie qu’on ne puisse résoudre par son secours.
heDiagraphe est donc une science nouvelle, ou du moins , c’est un nouveau moyen de faire comprendre la perspective dans toute son étendue. Ainsi , il ne faudra pas s’étonner si dans cette notice il est des choses difficiles à concevoir; car, quoi qu’on fasse, il sera peut-être impossible de se rendre intelligible pour tout le monde. Je le tenterai cependant, et si je n’y réussis pas complètement , j’engage les personnes qui voudront s’instruire dans cette science , à ne pas se laisser rebuter par les difficultés ; car en étudiant l’instrument dans toutes ses propriétés , elles en tireront des connaissances de perspective qu’elles seront d’autant plus étonnées d’avoir acquises quelles les auront trouvées elles-mêmes.
Celui qui voudra se contenter d’employer le
Diagraphe comme moyen de faire promptement et exactement un paysage ou un portrait, n’aura nullumeut besoin d’ëtudier cette notice, il lui suffira d’examiner comment on place l’instrument et comment on s’en sert; il dessinera ensuite tout ce qu’il voudra sans s’inquiéter du pourquoi. Je lui recommande seulement de faire attention à la position que doivent avoir les mains pour dessiner facilement.
Mais pour celui qui voudrait s’instruire, il trouvera dans cette notice , non pas un cours complet de perspective, mais la solution des principaux problèmes et les moyens de résoudre tous les autres, quelles que soient les difficultés qu’ils présentent.
Ayant et par état et par goût étudié le dessin linéaire et la géométrie descriptive , j’ai pu me convaincre que le Diagraphe est réellement le meilleur maître cpie l’on puisse prendre ; car la géométrie descriptive seule m’a fait imaginer cet instrument. Mais si , sans connaître cette science , j’eusse eu le Diagraphe entre les mains , en l’étudiant attentivement , je serais nécessairement remonté aux causes de ses résultats , et par ce moyen j’aurais pu découvrir tous les problèmes qui m’y avaient conduit.
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Je suis donc certain que non - seulement on peut ài’aide ànDiagraphe expliquer toutes les lois de la perspective , mais encore avec son secours seul et une ferme volonté de s’instruire , apprendre le dessin linéaire.
Si je me contentais d’indiquer ce fait, j’aurais contre moi , et avec raison , toutes les personnes qui s’occupent du dessin avec succès ^ et qui, tout en rendant exactement les contours appareils des corps, semblent les peindre avec le trait seul , et portant leur génie jusque dans la simple ligne droite, la font voir s’éloignant ou s’avançant a leur gré , et font de cette science un art.
Loin de moi la pensée de vouloir montrer le dessin aux Raphaëls de nos jours, je ne parle et ne parlerai toujours que du dessin linéaire , de ce dessin matiiématicpie , qu’on doit toujours reclierclier pour foire juste. Qu’un peintre ne reste pas dans les lignes que la nature lui présente, que son imagination lui en fosse voir d’autres, je le conçois : cependant, il ne peut trop s’en écarter, yelles sont immuables dans bien des cas , et s’il ne connaît pas les lois de la perspective, il pourra, par de légères erreurs, foire le plus grand tort a la plus belle production. Erreurs ipii se présen-