Notice sur le général baron Delzons
En écrivant une première notice sur le général Delzons , nous n'avons fait que tracer une simple esquisse, un précis succinct de sa vie militaire.
Nous avons cédé, tout d'abord, au profond sentiment d'admiration personnelle qu'a fait naître en nous la lecture de l'histoire, en nous révélant tout ce qu'il y a de noblesse dans sa vie, de grandeur dans sa mort, et quelle place il s'était faite, à 36 ans^ parmi les hommes éminents d'une époque héroïque.
Toutefois, nous n'avons pu nous dissimuler que, pour peindre dignement une figure d'un caractère si sévère et si peu connu, il eût fallu une plume habile, et surtout ayant quelque autorité.
Mais, pouvons-nous regretter d'avoir suivi nos inspirations !
Tout incomplet qu'il était, notre premier travail a suffi pour remuer de généreux sentiments parmi les compatriotes du gêné-
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*!;ràl 5 \et :1a: pensée toute patriotique qui Fa ' àîcteJ 'a* rëcii elle-même une consécration ^•aCfss.i- pçrécjœîuse qu'inespérée.
L'historien de Tempire, M. Thiers, à qui nous l'avions adresse, a daigné nous répon- . dre par une lettre dans laquelle, en sanctionnant les pages chaleureuses qu'il a consacrées, dans son histoire, au général Delzons, il rehausse encore sa mémoire et celle de son frère.
Tout ce qui sort de la plume de M. Thiers porte l'empreinte des nobles sentiments qui l'animent , de cet ardent amour pour la France qui l'élève bien au-dessus des questions de personnes et de dynasties, et lui fait célébrer toutes nos gloires, comme un patrimoine commun, dans cette histoire de nos temps, œuvre de vérité et de justice, de modération et de grandeur, qui en sera comme les tables impérissables.
Excité par le chaud patriotisme de notre historien, nous avons dû poursuivre nos recherches.
Malgré la perte bien regrettable des fourgons du général, et d'une partie de la correspondance du prince Eugène, qui commandait le quatrième corps d'armée, restés
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ensevelis sous les neiges de 1812, les archives du dépôt de la guerre nous ont fourni de précieux documents. Il nous a été donné de puiser quelques détails intéressants dans des chroniques locales ayant acquis déjà la sanction du temps. Nous avons cherché la confirmation ou le redressement de nos appréciations dans les ouvrages assez nombreux qui ont raconté la campagne de Russie, et, avec ces nouveaux éléments, nous avons refait notre travail.
Enfin au moment où cette notice était écrite et déjà livrée à l'impression, une fortune inespérée nous a permis de puiser des détails nouveaux dans les feuilles manuscrites où le général Delzons a lui-même retracé Fhistoire de la quatrième demi-brigade légère pendant la campagne d'Egypte.
Les extraits que nous empruntons à ce manuscrit dans lequel la personnalité du général s'efface plus qu'on ne pourrait le désirer, et avec eux, quelques-unes de ces pages intimes de sa correspondance, — miroir fidèle des sentiments et du caractère de l'homme, — qu'il nous est permis de donner, présentent un véritable intérêt. ^/
Restait à réaliser un vœu qui nous était cher, celui de joindre à notre notice la lettre de M. Thiers; nous en avons demande et obtenu rautorisation.
Heureux, pour le sujet que nous traitons, d'avoir à lui donner cette page d'introduction, nous sentons d'autant plus vivement le besoin de réclamer toute l'indulgence de nos compatriotes pour une œuvre qui leur est principalement destinée.
Ils comprendront que si, après avoir poursuivi nos études sur la vie du général Delzons, aux sources de l'histoire, nous avons cru devoir reprendre sous une forme nouvelle et développer toutes les phases de sa vie, nous ne l'avons fait que pour combler des lacunes regrettables, relever des erreurs échappées à l'insuffisance de nos études ou des éléments qui étaient sous notre main.
Si la lecture des documents que nous avons réunis dans ce nouveau travail, donne la conviction que le général Delzons fut un de ces hommes rares, nés pour être supérieurs aux situations qui leur sont faites, aux postes qu'ils ont occupés, et dont les services grandissent au récit de leurs actes, qui
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ont peut-être moins d'éclat que de mérite; Si surtout, le caractère propre du guerrier, les vertus qu'il pratiqua, la moralité , la dignité de sa vie, son dévouement, recommandent essentiellement sa mémoire qui apparaît si touchante sous la plume des historiens (1)^ et en font l'une des gloires les plus pures de son pays, on nous pardonnera d'être entré si avant dans la vie intime du général, dans les sentiments qui inspirèrent ses actions , d'avoir groupé autour de son nom de nobles figures qui lui appartiennent, — bien faites pour en accroître le sympathique respect, — d'avoir en un mot étendu, agrandi le tableau de son exist?«ice.
Lettre de M. Thiers.
Paris, le 3 mars 4862.
a Monsieur,
» L'état de ma santé m'oblige de recourir à une main étrangère, pour vous accuser réception de la lettre que vous avez bien voulu
A M. Aug. Garnier, à Aurillac.
(Ij Voir nos citations historiques et celle du général Gourgaud.
m'ëcrire, le 9 février dernier, ainsi que de votre notice sur le général Delzons. Agréez, je vous prie, mes remercîments pour cet envoi, et pour les choses trop flatteuses que vous m'adressez dans votre lettre. L'historien n'est que juste en consacrant, lorsque cela est possible, quelques lignes aux hommes qui ont payé de leur vie l'honneur de servir leur pays, et je m'estime heureux toutes les fois que le récit d'un fait d'armes me permet de recommander à l'admiration de la postérité, l'un de ces noms dont l'armée française et la nation avec elle, ont le droit de s'enorgueillir^ c'est ce que j'ai fait pour le brave général Delzons et pour son frère, tous deux tombés si glorieusement dans la sanglante journée de Malo-Jaroslawetz. La notice que vous avez publiée sera lue avec le plus vif intérêt par tous ceux que touche la gloire militaire.
» En vous remerciant de nouveau. Monsieur, du plaisir que vous m'avez procuré, je vous offre l'assurance de ma considération la plus distinguée.
A. Thiers. »