‹ Notice sur le Jardin botanique de GenèveChapitre 1 sur 3 · IMPRIMERIE GH. GRUAZ, RUE DU PUITS SÂINT-PIERRE · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE GH. GRUAZ, RUE DU PUITS SÂINT-PIERRE

Août 1845.

làcisÂpi/f^y,

NOTICE

SUR

A répoque où Genève recouvra son indépendance, un sentiment général porta ses habitants à développer tout ce qui concerne l'instruction publique. On les vit alors fonder le Musée académique, la Société de Lecture, plusieurs écoles primaires, et donner à d^anciens établissements, tels que la Société des Arts, un développement tout nouveau.

Le Jardin Botanique devança ces diverses créations. Ce n^est'pas que son objet fût en lui-même d'une importance plus grande ; mais on voulait fixer à Genève Augustin-Pyramus De Candolle, qui témoignait le désir de rentrer dans son pays, et qui sacrifiait dans ce but une position avantageuse et un avenir plus ou moins brillant à Tétranger. Le Gouvernement venait de créer pour lui une chaire de professeur d'histoire naturelle dans TAcadémie, et il accueillit avec faveur le projet du nouveau titulaire de changer en un Jardin Botanique la promenade des Bastions, abandonnée du public depuis qu'elle avait été le tliéàtre d'exécutions révolutionnaires. L'heureuse transformation de ce terrain fut accélérée par le désir qu'on eut de faire travailler des ouvriers pauvres dans l'hiver désastreiix de 1816 à 1817.

On abauii alors des arbreç, qui donnèrent le premier fonds pécuniaire du Jardin, et on planta des pommes de terre, qui servirent à diminuer la souffrance causée par la famine. Ainsi, la fondation du Jardin Botanique fut déterminée et favorisée par les sentiments les plus honorables, et cette heureuse impulsion continua pendant plusieurs années.

Une souscription, ouverte dans le but de contribuer avec la ville aux frais de premier établissement, s'éleva bientôt à une somme de plus de 30,000 fr« Les personnes qui pouvaient souscrire s'empressaient de le faire ; plusieurs propriétaires envoyaient des plantes, des outils ou des engrais, tandis que de simples ouvriers donnaient des objets en nature, ou faisaient des ouvrages de menuiserie et de serrurerie sans demander plus que leurs déboursés.

Grâce à ce zèle de toute la population, le Jardin arriva promptemenl à un certain degré de prospérité. Les serres, le large bassin situé au centre et orné d'un jet-d'eau, la grille de clôture, les bancs, * et en général toutes les constructions, ont été faites au moyen d'abord de la souscription primitive, et ensuite de legs et de dons divers qui ont continué de l'alimenter. L'Administration municipale a volé pour l'entretien une somme qui depuis plusieurs années est de i,615 francs ('), et dans quelques occasions elle a supporté en outre les frais de réparations majeures faites aux bâtiments. A Tépoque du dernier Rapport, imprimé en 1821 , les çlons et legs, compris la souscription primitive, s'étaient élevés à 35,702 fr. IT c. Depuis, un don considérable, de 25,384 fr. 60 c. (55,000 florins), fait par un anonyme, a permis de construire le bâtiment du Conservatoire, et des dons ou legs divers, montant à 14,086 fr. 25 c, ont montré l'intérêt que le public genevois ne cesse de porter au

(i) L*emp1oi de ceUe somme est indiquée dans U note supplémentaire, marquée A.

Jardin Botanique (*)• .La Commission qui le dirige estime que dans Téiat aciuel des finances de la ville, ei en regard d'une allocation annuelle sufSsanie pour Tentrelien, il ne serait pas convenable d'attendre de plus grands sacrifices de TAdminislraiion municipale* Elle espère donc la continuation de legs et de dons 3es particuliers, afin de pouvoir opérer les améliorations encore nombreuses dont le Jardin est susceptible.

Un coup d'œil jeté sur les diverses parties qui fe composent peut eu donner Fidée. Celte revue sera en même temps un exposé de Fétat aciuel du Jardin et un guide commode pour les personnes qui le visitent, en particulier pour MM. les membres de la Société helvétique des Sciences naturelles, qui nous font Thonneur de se réunir pour la trot* sième fois dans nos murs.

Pour mettre un certain ordre dans celte Notice, je supposerai un promeneur entrant dans le Jardin par la porte ordinaire, voisine du Théâtre, et je parlerai des objets qui se présentent successivement à ses regards en avançant vers Texirémité opposée du Jardin.

En entrant ainsi dans le Jardin, on remarque sur la droite deux enclos carrés, destinés à des cultures qui varient d'une année à Taulre. Le premier, et le plus considérable, renferme des plantes vivaces et certaines plantes annuelles dont on désire avoir de la graine en abondance. C'est là que les amateurs peuvent trouver des échantillons en grande quantité de la même espèce. Le professeur de botanique en emploie quelquefois trente ou quarante pour une seule démonstration, lorsque le nombre des élèves l'exige. A l'angle le plus

(1) La liste des dons et legs, depuis plusieurs années, est impri» mée à la suite de cette Noticei sous la lettre 6»

voisin (Je la porte d'enirée, on voit un pied de Paulownia^ le plus grand qui soit dans le pays. Il a été planté en 1843 ; mais, dans le premier hiver, la pousse de Tannée a été gelée, cl, aGn d'éviter le renouvellement de cet accident, on a entouré le tronc de paille dans l'hiver de 1844 à 1845. On peut douter, d'après cette expérience, que le Paulownia puisse réussir à Genève comme il réussit à Paris, où les hivers sont moins rigoureux. A Tangle opposé du même carré, se trouve un petit bassin destiné aux plantes aquatiques. Son établissement, dans un terrain très-léger, n'a pas été exempt de difficultés. Il a été construit au moyen des dons et legs faits au Jardin.

Le carré voisin de Tallée du Bastion renferme des plantes à double, une collection de plantes officinales, et une de plantes fourragères. On y fait aussi de temps en temps des essais de céréales ou de plantes servant à des usages spé* ciaux. Dans ce moment, il y a une collection de mais, principalement des variétés précoces, les seules q^- conviennent dans nplre pays : elles nous ont été communiquées par M. Bonafous, de Turin, auteur du bel ouvrage sur l'histoire naturelle du mais. Le t^rain en a été fumé avec du guano.

A gauche de rentrée du Jardin, se trouvent quelques arbres ou arbustes rares, entre autres un Magnolia aciiminafa^ . dont le tronc a une circonférence de 17 pouces à 1 pied audessus du sol; un Aralia spinosa^ qui a fleuri plusieurs fois; un Syringa Josikœa^ espèce indigène en Hongrie, d'une jolie couleur, entre le lila et le bleu, mais d'une odeur désagréable.

La petite serre dite bâche^ qui longe Tallée, a été construite en 1821, puis agrandie et améliorée au moyen des dons et legs. Elle a réussi complètement. Elle sert surtout à conserver des plantes qui exigent peu de chaleur ; mais an fond, dans un compartiment peu étendu, se trouvent des

Orchidée, entre autres la vanille, pour lesquelles il faui doDoer beaucoup de chaleur, beaucoup d^bumidité et peu de lumière. Les plantes renfermées dans cette espèce d^étuve ne sont pas aussi nombreuses qu'on pourrait le désirer. La plupart sont des Orchidées du Mexique données par MM. Paccard, de Bahia données par M. Moricadd, et d'aaires pays données parJa Société d'Horticulture de Londres, et par M. le secrétaire de la Société d^Agriculiure de Ch&lons.

Une petite couche, voisine de celle dont nous venons de parler, sert à élever les semis de plantes exotiques.

Entre ces constructions et le mur de dessous la Treille, on remarque un jujubier {Zityphus s^ulgaris) dont le tronc a 23 pouces de eireonCérence, à un pied du sol. Rien ne montre mieux à quel peint la proximité d'un mur, dans une exposition méridionale, change les conditions du climat. Il est vrai que le jujubier, emblème de la prudence dans les poésies des troubadours, est un des arbres qui mettent leurs feuilles le plus tard au printemps. Dans cette même exposition, des oliviers ont quelquefois passé plusieurs hivers, tandis que les autres parties du jardin sont plutôt défavorables à la culture des plantes méridionales.^

Au-delà de ces constructions et des enclos dont nous avons parlé, commence la série des plate-bandes appelée Ecole botanique. Les plantes y sont arrangées uniquement d'après leur place dans la classi6caiion botanique, en suivant l'ouvrage commencé par De Candolle, sous le nom de Prodromus systemaiis naturalisa et d'autres ouvrages du même auteur. On comprend que cet ordre, absolument indépendant de ce qui conviendrait à la végéiation de chaque genre de plantes, et dans lequel se trouvent môles des herbes et des arbres, ne permet pas d'obtenir une bonne culture, ni un beau développement des espèces un peu délicates, de celles surtout qui exigent des coudiiions particulières pour réussir. Les plantes arrangées ainsi méthodU

qnement eo vue de riostructioD da public, sont comme à la toriure : leur vie est courte, et des vides sans cesse renaissants Tout le désespoir du directeur. Dans quelques jardins botaniques on cultive à part les plantes annuelles et les arbres, afin de se rapprocher davantage de ce qui convient pour Tapparence et pour la culture. Ici on a subordonné tout à rinstruction. LTcple est autant que possible un livre : c'est un livre qui montre les choses au lieu de donner des. phrases ou des théories^

Ce n'est pas sans avoir beaucoup hésité que le fondateur du Jardin de Genève a suivi l'arrangement par plate-bandes rectilignes, tel qu'il existe dans tous les jardins botaniques i» J'ai trouvé dans ses papiers des esquisses d'un plan fondé sur une idée bien plus élevée, bien plus philosophique. Le célèbre Liuné avait dit: toutes les plantes montrent entre elles des rapports de côté et d'autre, comme les terres dans une carte de géographie (^). Ce mot, d'une vérité frappante pour ceux qui ont étudié l'histoire naturelle, De Can«* dolle voulait l'appliquer sur le terrain. Des groupes représentant les familles naturelles étaient dessinés et disposés de manière à représenter auiaut que. possible les affinités connues. De larges allées séparaient les grandes classes; d'autres plus ou moins étroites, les diverses familles d'une même classe. On aurait dit sur la carte un archipel immense, ei sur le terrain, une fois planté, un beau jardin anglais avec mille détours, offrant ici des groupes d'arbres et d'arbustes, chacun d'un certain aspect différent, là des plantes herbacées offrant un autre genre de variété. Le coup d'œil aurait pu être fort agréable ; la représentation de la nature aurait été infiniment plus exacte que dans toute série linéaire; mais des obstacles très-graves ont dâ faire renoncer à ce plan ingénieux. Il aurait fallu beaucoup plus

(1) Planlae omnes utrinque arûnilatem monstraiit uti terr.itoriqm iq roapp^ geograpbicà (Pbil. bol.)-

d^espace que celui dont on pouvait disposer. D'ailleurs la science est trop peu avancée, elle l'était surtout trop peu en 1816, pour que certaines familles pussent être placées d'une manière satisfaisante. Enfin le climat de Genève ne permettant pas de cultiver en plein air un nombre immense de plantes, certaines iles qui occupent dans la- carte de la nature un grand espace, ou qui font passage d'un groupe à un autre, n'auraient pas pu figurer ; ainsi l'imitation aurait toujours été imparfaite. La série rectiligne l'est aussi, seulement elle l'est d'une manière évidente et avouée : tous les botanistes savent qu'elle est artificielle en grande partie, el tous les professeurs enseignent aux élèves que les êtres organisés ne se suivent pas rig/oureusement comme les degrés d'une échelle, que par conséquent les pages d'un livre et les plate-bandes d'un jardin botanique sont des arrangements pommodes plutôt que conformes à la nature.

Les 50 plate-bandes de TEcole renferment environ 2600 espèces vivaces ou ligneuses. An printemps de chaque année on ajoute environ un millier d'espèces annuelles ou bis-* annuelles, dont le plus grand nombre n'a qu'une durée éphé* mère. De là des vides qui sont apparents di&s le mois de juillet, et qui portent constamment sur certaines familles, telles que les Crucifères, l«s Cariophyllées et quelques autres. L'usage de plusieurs jardins botaniques est de cultiver à part les espèces annuelles, ainsi que les arbres dont Tonw bre et les racines sont nuisibles aux petites plantes. Celsi convient mieux pour Tapparence et pour la culture, mais cela s'éloigne du but principal d'un jardin botanique, qui est de montrer au public le plus grand nombre de végér taux arrangés selon les classifications les plus estimées. Le Jardin de Genève diffère aussi de la plupart des autres jardins, en ce que les plantes obtenues par correspondance el semées ou plantées, sont placées dans l'Ecole sous certains noms, avant que les noms en aient été vérifiés. Comme il y

a souvent des erreurs dans tes noms sous lesquels on reçoil les graines ou les boutures, et que les plantes ne peuvent être déterminées exactement que par la fleur ou par le fruit qui se développent tardivement , il en résulte que beaucoup de pieds ne portent pas d'étiquettes. Mieux vaut en effet ne pas en mettre que de risquer d'induire le public en erreur. Plus tard, lorsque les noms ont été vérifiés, le directeur fait faire les étiquettes ; mais souvent le pied est mort quand le nom est préparé. Pour que toutes les plantes montrées au public dans TEcole fussent étiquetées, il faudrait en réduire le nombre, et cuiti* ver dans des enclos séparés les espèces douteuses que les deux ou trois mille paquets de graines obtenus de divers jardins introduisent chaque année. On ne placerait dans TEcolc que les pieds vérifiés, ou provenant de graines prisses sur des pieds vérifiés. Cela donnerait probablement plus de peine au jardinier. Le public verrait moins d'espèces^ et surtout il verrait plus rarement des espèces remarquables, d'une culture nouvelle ou difficile. Chaque mode a ainsi ses avantages et ses inconvénients.

Pour diminuer ceux-ci, le fondateur du Jardin botanique de Genève a établi un système de registres et une disposition matérielle des plantes dans TEcole, qui sont assez particulières et méritent d'être connues.

Les 50 plate-bandes de FEcole sont coupées par Tallée centrale du jardin. Elles présentent ainsi deux subdivisions, ayant chacune deux rangées de plantes. Les buis des bordures sont taillés de manière à ménager de cinq en cinq pieds une petite touffe. On peut ainsi mesurer à la vue la dislance où se trouve chaque plante du commencement de Tune des rangées. Aucune plante n^est introduite qu'à la place qui lui. est assignée dans un registre tenu par le directeur. Sur ce registre on trouve à la place de chaque plante sa mention et un numéro dit de semis qui indique sous quel nom et de quel jardin on a obtenu les graine^ de la plante. Lorsque le

nom a é(é vérifié» on ajoute au registre un signe particulier (le point d^exclamation usité dans les livres de botatiique), et on change le nom s'il y avait eu erreur. Par ce mode on peut toujours, la place étant donnée dans la platebande, savoir l'origine et le nom au moins probable de la plante ; ou bien, le registre étant donné, savoir si Ton trouvera actuellement dans le jardin telle ou telle espèce. Il y a, en d^aûlres termes, un inveniaire méthodique des trois à quatre mille plantes de TEcole, et cet inventaire est tenu constantment à jour*

Par ce moyen ingénieux, le directeur peut faire placer des espèces dans un ordre scientifique, sans employer des jardiniers qui connaissent cet ordre. Il peut le faire presque du fond de son cabinet, ou du moins sans avoir à se transporter Successivement dans chaque point particulier du jardin. Les semis sont faits en vases et chaque vase est envoyé à sa place par une méthode qui a toute la'précision d'une opération faite par une machine. Au moyen du registre, les noms et Torigine des plantes ne reposent pas sur la seule mémoire des employés, comme cela n'arrive que trop dans la plupart des Jardins Botaniques. On peut changer de jardinier sans qu'il en résulte aucun désordre. De plus, TAdmînistration peut savoir à chaque instant combien de plantes et quelles plantes se trouvent dans TEcoIe : elle ne peut se faire aucune illusion sur leur augmentation ou sur leur diminution. Le public voit les étiquettes des plantes qui ont été déterminées; quant aux autres, les étudiants et les amateurs peuvent consulter le registre, et voir alors sous quel nom chaque pied a été obtenu.

Les plantes rares qui se trouvent dans PEcole varient trop d'une année à l'autre pour qu'il vaille la peine de les mentionner dans une notice imprimée (*). Je citerai seulement

(1) Les botanistes eo Irooveront quelques-unes décrites dans les ouvrages relalifs aux plantes rares du Jardin de Genèye» ouvrages dont la liste est donnée en supplément, sous la lettre C.

quelques arbres ou arbustes remarquables par leur rarelé ou leur belle venue. Je les désignerai par leur place sur le terrain et dans le registre. Les quatre séries ou côtés de cha-^ que plate*bande sont désignés par les lettres A, B, C etD, en commençant par le côté de droite à partir de Tallée qui passe devant les serres, et en contournant la plate*bande de droite à gauche ; ainsi, une plante située à 26. A. 25, est dans la 26"*' plate-bande, dans la rangée la première à droite, au 25'"' pied, soit à la 5*°® touffe de buis.

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