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Notice sur le musée conchyliologique de M. le Baron Benjamin Delessert

Toutes les productions de la nature sont admirables, toutes méritent la même attention, le même intérêt; et l’on ne pourrait en négliger une seule sans nuire à la connaissance de l’ensemble.

Mais chacun, suivant son goût, s'occupe de telle ou telle branche de l’histoire naturelle, et forme une collection plus ou moins complète des objets qui lui plaisent.

On manquerait cependant le but qu'on se propose, si lon se contentait de rassembler une foule de productions remarquables par la beauté de leurs couleurs ou la variété de leurs

formes. Pour qu'ane collection soit utile, il faut qu'elle instruise,

RU — il faut que l'ordre dans lequel sont classés les objets qui la composent permette de saisir les rapports et les caractères des espèces et des genres, il faut enfin que l’on connaisse les habitudes ou l'instinct des animaux que l'on a sous les veux et quon sache de quelle partie du monde viennent tant de richesses.

Deux branches de l'histoire naturelle ont particulièrement occupé les loisirs de M. Benjamin Delessert, que des goûts prononcés altiraient vers l'étude des sciences, la botanique et la conchyhologie; et, dans le musée qu'il a formé, ces deux branches sont représentées d'une manière si complète qu'on a peine à comprendre comment un seul homme, si activement occupé d'ailleurs et d’affaires du plus haut intérêt, a pu suffire aux soins que nécessitent la réumon et la conservation de choses précieuses dont la valeur ne peut être appréciée que par les savants. Les collections de M. Benjamin Delessert présentent en outre l'immense avantage de ne pas séparer les espèces qu'on veut étudier des livres qui sont nécessaires aux recherches. Ainsi, chaque galerie comprend une collection riche et choisie, classée méthodiquement, nommée avec soin, et une bibliothèque composée des ouvrages les plus remarquables et souvent les plus rares. Cet avantage ne peut se rencontrer dans les établissements publics où les bibliothèques sont toujours indépendantes des collections.

Nous ne parlerons ici que de la galerie de coquilles (1) et nous

(1) M. Lasegue, conservateur de la galerie de botanique, est sur le point de publier une histoire complète des collections qu’elle renferme, et il y fait entrer l'exposé géographique des voyages entrepris dans l'intérêt de la science.

croyons devoir dire un mot de son origine. M. Benjamin Delessert a commencé, il y a environ quarante ans, à réunir quelques coquilles curieuses. L'étude des espèces fossiles l'intéressa d'abord, et il s’y livra avec ardeur ainsi que son frère M. Étienne Delessert. Ils pareoururent ensemble les environs de Paris, ne négligeant aucune des espèces qu'ils trouvaient, et successivement ils visitèrent la Suisse et l'Angleterre.

Chaque voyage enrichissait la petite collection d'un assez grand nombre de coquilles, et son développement rapide est la preuve du zèle des collecteurs.

Plus tard M. Benjamin Delessert, obligé de s'occuper des affaires de sa maison de commerce, ne perdit pas de vue, pour cela, l'étude à laquelle il continua de consacrer quelques moments; mais ne pouvant plus voyager lui-même, pour augmenter sa collection, il se procura les plus beaux échantilions qu'il put rencontrer; et, en 1833, il donna une grande importance à son cabinet, jusque-là ignoré, en achetant la collection de coquilles faite par Dufresne, et composée de 8.200 individus bien nommés et classés.

Plus la collection s’enrichissait, plus aussi M. Delessert se trouvait entrainé à l'augmenter; et c'est depuis cette époque surtout qu'il reçut un grand nombre de coquilles vivantes de toutes les parties du monde, mais surtout du cap de Bonne- Espérance, du Sénégal, de l'Inde, du Présil et de la mer Pacifique. De nombreux voyageurs ont beaucoup contribué au développement d'un musée qui intéressait déjà la science: mais c'est seulement en 1840 que la collection de M. Delessert s'éleva au premier rang qu'aucune autre ne lui dispuie.

On connaissait dans le monde savant plusieurs cabinets du

ve

plus haut intérêt, celui de Linnée d’abord, et celui de Chemmtz ; malheureusement ils ont été partagés, disséminés et perdus pour la science ; celui de Draparnaud était vendu hors de France ; il ne restait d’intact que celui de Lamarcek : c'était aussi le plus important, parce qu'il avait servi à ce célèbre naturaliste pour la publication de son ouvrage, qui est encore de nos Jours généralement apprécié par les conchyliologistes.

Ce riche cabinet faisait depuis long-temps partie du magnifique muséum du prince Masséna, qui voulut s’en défaire pour s'occuper exclusivement d'ornithologie. Cette collection précieuse, classée par Lamarck et étiquetée de sa main, allait sans doute aussi être divisée et passer peut-être à l'étranger. M. Delessert en fit l'acquisition pour la conserver à la science, et il éleva de cette manière le plus beau monument à la gloire de Lamarck; elle se composait, au moment où ee savant la vendit, de 13,288 espèces, dont 1,243 n'étaient pas encore décrites, et l’on y comptait au moins 50,000 coquilles. Le prince Masséna, collecteur enthousiaste, l’enrichit encore d’un très-grand nombre d'espèces rares ou nouvelles, en y ajoutant les collections de madame Pandeville et de M. Sollier de la Touche, et la plupart des belles coquilles de la collection Castellin.

Ce n'était point assez pour M. Delessert d’avoir réuni tant d'éléments de travail, précieuses reliques de la science; plusieurs des espèces de ces collections, après avoir passé par d'illustres mains, payaient leur noble et vieille origme par la perte d’une partie de leurs couleurs, fâcheux tribut payé aux années, sans cependant rien perdre de leur mérite scientifique. Il fallait autant que possible mettre à côté de ces anciennes co-

quilles, parfois un peu fanées, quelques échantillons frais et ri-

ches de leurs couleurs : c’est ce qu'a fait M. Delessert en ajoutant à son musée la collection de M. Teissier, colonel du génie, directeur des fortifications des colonies.

Ce collecteur n'admettait dans ses cartons que les coquilles fraiches et intactes, la moindre égratignure était un motif d’exelusion : aussi cette collection brillante et de création moderne, pour laquelle M. leissier avait dépensé plus de cent mille francs, vient-elle se placer heureusement à côté des anciennes, et cette réunion établit avec avantage pour l'étude toutes les différences d'âge, de grosseur et de coloration. Ces richesses conchyliologiques sont réunies dans une belle galerie de 50 mètres de longueur , et sont contenues dans 440 tiroirs, dont la surface est d’un peu moins d’un mètre carré. Les espèces trop grosses pour entrer dans ces üroirs et celles destinées aux échanges sont arrangées avec soin dans 18 armoires vitrées et exposées à la vue des nombreux curieux qui visitent la collection.

Les coquilles sont en partie collées sur des cartons dont la couleur indique la patrie de chaque espèce, et en partie libres dans des boites pour pouvoir se prêter plus facilement à l'étude. Les couleurs bleu, jaune, rouge, vert et violet indiquent à la première vue les espèces d'Europe, d'Asie, d’Afrique, d'Amérique et de l'Océanie. Toutes les espèces fossiles sont aussi collées sur des cartons brun-clair. Cette collection classique est consultée journellement par toutes les personnes qui s'occupent de conchyliologie. Le conservateur communique à ceux qui veulent se livrer à l'étude, non-seulement les espèces, mais encore les livres qui leur sont nécessaires, et Ia cha-

eun travaille avec toutes les facilités qu'il aurait de la peine à

réunir partout ailleurs. La bibliothèque conchyliologique s’enrichit chaque jour des ouvrages nouveaux sur la science, français el étrangers ; et jamais M. Delessert ne manque l’occasion de se procurer les livres anciens devenus rares aujourd'hui et qui ne se trouvent plus dans le commerce de la librairie.

Notre intention étant d'en donner plus tard un catalogue raisonné, nous ne citerons ici que les plus importants : ce sont ceux de Regenfuss, de Martini et Chemnitz, de Férussac, de Séba, de Sowerby, de Poli et delle Chiaje, de Martyn, etc.

Enfin, non content de communiquer ainsi ses collections et ses livres aux conchyliologistes qui habitent Paris et aux étrangers qui veulent venir nommer ou étudier des espèces, M. Benj. Delessert a eu la pensée de publier un gros volume in-folio, orné de 40 planches, gravées et coloriées avec le plus grand soin, afin de faire connaître à tous ceux qui ne peuvent profiter de l’aceneil qu'il fait aux hommes studieux, les espèces qui, décrites par Lamarck dans son Histoire naturelle des animaux sans vertèbres, n'avaient pas encore été figurées par les auteurs.

Nous ne pouvons manquer cette occasion d'offrir à M. Penjamin Delessert un témoignage de notre vive reconnaissance pour les encouragements de toute espèce qu'il veut bien nous accorder, et qui nous permettent de publier sous le titre Bllustrations conchyliologiques un spéciès général de toutes les coquilles connues vivantes et fossiles. Dans cet ouvrage nous donnons la description et la figure coloriée de chaque espèce, et nous espérons que nos efforts, secondés par les peintres et les graveurs les plus distingués de Paris, répondront à tant de bienveillance.

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Il y a loin de cette générosité à la jalousie de certains collecteurs qui attachaient autrefois tant d'importance à être seuls possesseurs des coquilles rares. Ainsi l’on en à vu d'assez passionnés, ou pour mieux dire assez égoistes, pour acheter à des prix souvent élevés des coquilles qu'ils avaient déjà et qu'eux seuls avaient pu se procurer jusque-là, et les briser afin de conserver leur privilége de possession exclusive. D'autres cachaient leurs collections à tous les veux, les conservaient sans profit pour la science et aussi inutilement que l’avare qui enfouit son trésor. Heureusement ce genre de jalousie ne se rencontre plus si souvent aujourd'hui, l'amour vrai de la science fait qu'on en comprend mieux les intérêts.

L'étude de l'histoire naturelle devrait être considérée comme le compiément de toute bonne éducation, pour les jeunes gens comme pour les demoiselles qu'une position sociale élevée condamne trop souvent à l'ennui dans certains moments qu'ils ne savent pas occuper. Ce qui ne veut pas dire que chacun doit être naturaliste, mais bien seulement qu'on doit ne pas ignorer certaines notions générales sur la constitution du globe, les révolutions qui se sont succédé à sa surface, et les prmeipes sur lesquels repose la division des animaux, des végétaux et des minéraux. C’est par l'étude, et particulièrement par celle de certaines parties de l’histoire naturelle, comme la

botanique, la conchyhiologie et l'entomologie, dont les éléments

se trouvent partout et à chaque pas, que, loin des bruyantes folies du monde, on trouve encore du charme à la solitude. L'étude de la nature, la contemplation des choses qui nous environnent, en nous habituant à ne pas tout rapporter à nousmêmes, peut Corriger nos mauvais penchants et nous rendre meilleurs. Alors nos idées s'étendent et se perfectionnent, notre àme s'élève vers l’auteur de toutes choses ; et voilà comme le cœur , l’esprit et la raison trouvent à gagner dans ces douces occupations, qui, outre les avantages qu’on en retire, ont encore le mérite de procurer les jouissances les plus pures et les distractions les plus agréables.

L'étude de l'histoire naturelle, dit l'auteur des Leçons de Flore, a l'avantage immense de se prêter à tous les âges et à tous les goûts. En effet, elle est d’abord restreinte au plaisir que goûte l'enfant à poursuivre un insecte où un papillon qui voltige sans cesse, et au bonheur de s’en rendre maitre; de cueillir quelques fleurs, ou d'appeler l’escargot au dehors de sa coquille. Bientôt ce même enfant ne se contente plus de ces jeux; il conserve précieusement les objets qui flattent sa vue; il ne les étudie pas encore, mais 1l cherche à surprendre des secrets qui sont loin de lui être dévoilés. Dans sa jeunesse, sa curiosité se trouve excitée par la lecture des livres qu'il a entre les mains , et qui tous lui parlent des œuvres de la création : e’est alors qu'il commence à comparer les êtres qui jusque-là n'avaient eu pour lui d'autre intérêt que celui de charmer ses moments de récréaon. Enfin, quand il est homme, il n’a point oublié les jeux de son enfance; le spectacle de la nature, qu'il n'a considéré qu'isolément dans quelques-unes de ses productions, s’offre à lui

avec un caractère de grandeur qui élève l'âme, lui donne une

vie nouvelle, et répand sur tous les objets qui Fenvironnent un intérêt qu'il n’y avait Jamais Soupconné. Cel intérêt est même, dans quelques imaginations plus ardentes, porté à un tel point d'exaltation, que l'étude de la nature, convertie en une noble passion, devient l'unique objet qui les occupe, tant il est vrai que le beau réel de la création l'emporte sur le beau idéal des inventions humaines. C’est alors que la science lui ouvre les portes de son sanctuaire, qu'elle lui apprend à généraliser ses idées. à considérer, dans l’ensemble des êtres, leurs rapports entre eux, leur harmonie avec les autres êtres de la eréation, et qu'elle lui fait connaitre ces ressorts secrets qui leur donnent le mouvement et la vie. Ainsi, ce qui n’est qu'un jeu dans l'enfance, une distraction agréable dans l’âge qui lui succède, devient une source de souvenirs délicieux pour le reste de la vie. Ajoutons que, nous obligeant sans cesse à comparer les objets entre eux, à les considérer sous tous leurs rapports, à les rapprocher, à les grouper, cette étude nous donne un esprit d'observation et d'ordre qui se reporte sur tous les autres actes de notre existence; elle perfectionne notre jugement, développe nos facultés intellectuelles en mulüpliant nos idées. Est-il, en effet, de moyen plus puissant, pour agrandir notre être, que l'acquisition de nouvelles connaissances? Est-il des jouissances plus réelles, plus indépendantes des circonstances et des temps? Placés au milieu des œuvres de la création, pouvons-nous fermer les yeux sur tant de merveilles, ou nous borner à une simple admiration quand tout nous invite à les étudier? [I est vrai de dire qu'on est quelquefois découragé dès le début à la lecture de certains livres, dits élémentaires, qui masquent les agré-

ments d'une science par l’exposition trop sévère des principes

el par les changements interminables d'une nomenclature livrée à l'arbitraire et au mauvais goût des réformateurs. En débarrassant la science de ce cortége pédantesque , en la présentant avec ces notions simples et claires qui doivent la guider et non la surcharger, on la rendrait plus accessible et plus agréable à tous ceux qui veulent s’en occuper, et la science y gagnerait autant qu'à la plus brillante découverte.

Soit qu'on se contente de rassembler les espèces du pays qu'on habite ou qu'on se procure celles des pays étrangers, on ne tardera pas à être embarrassé de ses richesses si, à l’aide d’une méthode quelconque, on ne parvient à les classer avec ordre. En effet, si une collection, quelque peu nombreuse qu’elle soit, des matériaux d’une science qu'on veut étudier, est réellement indispensable, si le plaisir qu'on éprouve, par exemple, à la vue de quelques coquilles aux brillantes couleurs ou aux formes élégantes suffit pour exciter l'admiration , c’est une Jjouissance dont il ne résulte, avons-nous déjà fait remarquer, aucune instrucüon si l’on n’y joint quelques notions sur ce qui les concerne.

Nous dirons donc quelques mots des coquilles et des animaux qui les construisent et les habitent ; et, comme nous ne voulons faire ni de la science ni de l’érudition, nous n’emploierons, pour cette exposition superficielle, que les mots dont la simplicité vient si bien en aide à la mémoire. Il en est un cependant que nous ne pouvons éviter, et nous allons de suite en donner l'explication.

L'étude des coquilles, la science qui a pour objet la connaissance , la description et l’arrangement de ces êtres , a reçu le nom de Conchyliologie. Ce mot, un peu difficile à prononcer

d'abord , est formé de deux mots grecs, dont l’un signifie coquille et l’autre discours, c’est-à-dire discours sur les coquilles; et par extension ce mot s'applique aussi aux animaux dont elles sont l'ouvrage et qui les habitent, et qu'on désigne sous le nom de Mollusques ou animaux mous. Les formes si singulières d’un grand nombre de coquilles, l'éclat de leurs couleurs, de leurs taches aux ondulations parfois si brillantes, et leur conservation si facile, suffiraient, indépendamment du charme qui s'attache à leur étude scientifique, pour justifier le plaisir qu'éprouvent certaines personnes à réunir et à conserver des productions si variées. Leur beauté ne pouvait échapper à l’observaion des hommes; et, dans les premiers âges de la science comme de nos jours, de grands philosophes ne dédaignèrent pas de s'occuper des coquilles. Ce serait le cas de citer Aristote, Pline et quelques autres ; mais tant de gravité nous effraie, et nous nous abstenons.

Une coquille, en général, n’est autre chose qu'une enveloppe dure, calcaire, plus ou moins épaisse, qui protège un animal en le recouvrant entièrement ou en partie, et dans laquelle il trouve un abri contre les accidents qui peuvent provenir de causes extérieures ; et, soit dit en passant , cette coquille remplace le squelette, cette charpente osseuse qui soutient le corps des animaux d’une organisation supérieure.

La coquille est intimement unie à l’animal ; elle croît avec lui et par lui. Aussi pensons-nous que quelques généralités sur cette classe d'animaux assez singuliers ne seront pas sans intérêt. On désigne donc, sous le nom général de. Mollusques , un groupe particulier et très-nombreux d'êtres aux formes les plus variées et les plus bizarres. Ce groupe trouve sa place

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