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dans la seconde des deux grandes divisions par lesquelles on est convenu de partager le règne animal, et qui présentent deux types principaux, savoir :
1° Les animaux vertébrés qui ont un squelette intérieur, une charpente osseuse ;
2° Les anrmaux invertébrés qui n’ont point de squelette intérieur, mais dont l’organisation extérieure suflit pour soutenir et protéger les organes nécessaires à la vie.
Cette seconde division renferme une série immense de créatures que des différences d'organisation et de facultés ont fait subdiviser en plusieurs classes distinetes, dans l’une desquelles se trouvent les Mollusques.
Les Mollusques sont des animaux dont le corps est mou et d'une substance comme gélatineuse. Aucune articulation ne S'y fait remarquer, et l'on entend par articulation la réunion de deux pièces qui peuvent se plier sans se détacher, comme les Jointures des membres.
Le plus grand nombre des animaux de cette classe est recouvert d’une coquille, mais tous ne sont pas pourvus de cette enveloppe extérieure. Chez quelques-uns la coquille est intérieure, c’est-à-dire qu'elle est contenue dans l’épaisseur de la peau, n est pas apparente, et présente un plus ou moins grand développement ; chez quelques autres elle est nulle. Ces différences assez remarquables ont fait désigner sous le nom de Mollusques nus ceux chez lesquels la coquille n’est pas apparente où manque entièrement, pour les distinguer des Mollusques à coquille.
On remarque de grandes diversités dans le mode de repro-
duetion des Mollusques : les uns sont vivipares; les autres
= = sont ovipares et pondent des œufs semblables à ceux des o1seaux : les coquilles terrestres sont de ce nombre. IT y en a dont les œufs ressemblent assez au frai de grenouille; quelques autres enfin font des œufs enveloppés d’un sac membraneux et réunis en Chapelets ou en masse. Au moment de l’éclosion, le Mollusque sort de l'œuf avec sa coquille déja formée, mais très-mince, et comme à l’état de pellicule transparente; ce n’est qu'en grandissant qu'elle devient calcaire.
Ainsi les Hélices ou Escargots de nos jardins pondent au printemps un grand nombre d'œufs, gros comme des petits pois; ils les déposent dans les endroits ombragés et humides, au pied des arbres, entre des racines, sous des pierres. Ces œufs éclosent peu de temps après, et les petits sortent tout formés. Les jardins ne sufliraient pas à leur nourriture s'ils ne trouvaient de nombreux ennemis dans les oiseaux de passage, qui en sont très-friands.
On voit, d'après ce que nous venons de dire, que les Mollusques ne sont pas également favorisés sous le rapport des organes qui nous semblent les plus importants. Leurs formes, leurs allures s’éloignent de celies des animaux qui nous environnent. Nous ne retrouvons pas ces contours élégants, ce mouvement, cette vivacité qui caractérisent tant d'autres animaux; mais ces différentes combinaisons par lesquelles les formes de tous les êtres se trouvent modifiées à l'infini, rentrent dans le plan général de la création ; elles sont d’ailleurs merveilleusement appropriées aux mille circonstances de besoins et de conditions qui varient le mode d'existence imposé aux nombreux groupes d'animaux répandus sur la terre, et nous devons nous incliner devant cette prévoyance supérieure qui à
= me
réglé et harmonisé ainsi les lois les plus disparates de la nature.
Pour jeter un peu d'intérêt sur les Mollusques, on doit dire qu'avec ces formes si étranges un certain nombre de ces animaux se fait remarquer par les ornements les plus somptueux. Dans quelques espèces, en effet, la peau présente les couleurs les plus vives et les plus agréables. Si l’on ajoute à cette recherche les nuances admirables qui font de la coquille un des corps les plus richement ornés, on ne prendra plus en pitié ces animaux inconnus à tant de monde, ces pauvres Mollusques dont on connait généralement peu les mœurs, les instincts el les habitudes.
Les coquilles ont de tout temps été divisées en trois grandes classes bien distinctes : elles sont bivalves, univalves, multivalves; ces divisions se comprennent si facilement qu'il ne sera pas nécessaire d'insister beaucoup sur leur signification. Nous dirons seulement que le mot valve est en quelque sorte synonyme du mot coquille, et qu'on y ajoute les augmentatifs en usage dans le langage ordinaire lorsqu'elles se composent de deux ou de plusieurs pièces distinctes. Les Bivalves, comme les Huitres, les Moules, sont composées de deux pièces le plus souvent symétriques, et réunies par une espèce de charnière plus ou moins compliquée et maintenue par un ligament solide. Cette charnière, analogue à celle d’une boite, diffère dans chaque genre ; elle se distingue par l'absence ou la présence de dents ou pièces saillantes qui s’engrènent dans celles dela valve opposée ou dans des trous correspondants. La forme, le nombre, la distance respective et la direction de ces dents sont
autant de caractères qui, ajoutés à ceux qu'on üre de l'animal
Si
et de la forme générale de la coquille, servent à établir la dislinetion des genres et même des espèces.
Les coquilles uuivalves, par opposition aux précédentes, sont formées d'une seule pièce, comme on le voit chez l'Escargot ; et les caractères qui servent à l'établissement des genres et des espèces de cette classe se tirent principalement de la forme et des accessoires de l'ouverture par laquelle lanimal sort ou rentre dans l'intérieur de sa coquille. Un assez grand nombre de coquilles univalves ont ce qu'on appelle un opercule calcaire ou membraneux; c'est une pièce attachée à l'animal, mobile à sa volonté et qui s'adapte parfaitement à l'ouverture. Quand le Mollusque veut sorur, l’opereule s’abaisse pour lui livrer passage, et se relève pour fermer la coquille lorsqu'il
sera rentre.
Quelques espèces d’univalves présentent l'ouverture de la coquille à gauche, au lieu de lavoir à droite comme le plus grand nombre; celte disposition est accidentelle pour certains Escargots, tandis qu'elle parait être naturelle pour deux ou trois Bulimes et une Agathine:.
Les coquilles multivalves sont composées de plusieurs pièces symétriques ou irrégulières réunies par des ligaments, comme dans l’Anaufe et l'Oscabrion, ou soudées, comme dans quelques Palanes ou Glands de mer. Les Anatifes doivent leur nom au préjugé qui, dans les temps d'ignorance, les faisait considérer comme donnant naissance aux Canards.
Toutes ces coquilles présentent un grand nombre de earactères différentiels qu'il serait inutile d'indiquer ici, car on ne
comprend la nécessité de préciser mathématiquement ces for-
mes que lorsqu'on arrive à l’étude de chaque espèce en parti culier.
Si la forme des coquilles varie à l'infini, on peut en dire autant de leurs couleurs, souvent si vives et si belles : elles sont nuancées de rouge, de blanc, de jaune, de bleu; les unes sont marbrées, les autres tachetées régulièrement sur un fond plus ou moins brillant; d’autres enfin sont richement nacrées à l'intérieur.
Nous ne pouvons rien dire de la cause qui produit ces couleurs; chaque espèce, dans toutes les classes d'animaux, présente une nuance qui lui est propre et qu’on retrouve assez constamment sur les espèces analogues, sauf quelques anomalies ou quelque influence locale. Il en est donc de la cause des couleurs des coquilles comme de celles des fleurs; on signale les différences, mais on ne peut en expliquer la raison d'une manière bien satisfaisante. Il ÿ a des secrets que nous ne pouvons pénétrer; ce sont autant de limites placées par le Créateur entre lui et la plus intelligente de ses créatures, comme pour lui rappeler sans cesse son infériorité et confondre son orgueil.
L'influence d’une température élevée, celle d’une vive lumière ou d’un soleil brûlant, qui peuvent expliquer certains phé- nomènes propres aux pays chauds, ne suffisent plus lorsqu'il est question d'animaux qui vivent dans la mer et à de grandes profondeurs où la température est basse, où les rayons solaires ne pénètrent peut-être plus et où la lumière est bien modifiée par le milieu qu’elle traverse. Cependant ce n’est que dans ces mers profondes que vivent et se développent ces belles coquilles qui étalent à nos yeux cette nacre éblouissante qu'on ne re-
trouve sur aucune espèce terrestre, tandis qu’on commence à
la rencontrer sur quelques espèces fluviatiles. Il faut done croire que la lumière exerce une influence particulière lorsqu'elle traverse l’eau, et que le degré de cette influence est en raison directe de la profondeur et de la densité du liquide.
Nous ajouterons que la lumière parait jouer un rôle beaucoup plus important que la température pour la formation des couleurs ; car chez lous les animaux les teintes les plus vives se remarquent uniquement sur la partie du corps qui se trouve constamment exposée à la lumière directe, tandis que la partie tournée vers la terre et ne recevant qu'une lumière réfléchie est généralement plus pâle. Cette observation s'étend aux coquilles ; ainsi, pour ne parler que des espèces qui restent constamment fixées aux rochers ou aux corps solides sur lesquels elles sont nées, on remarque que la valve supérieure est vivement colorée, tandis que l’inférieure est blanche ou plus ou moins pâle, comme on le voit pour les Huîtres et les Peignes. Cet effet ne peut donc être attribué à la température, qui est la même pour l’une et l’autre valve, mais seulement à l’action des rayons lumineux.
Les noms spécifiques qu'on impose aux coquilles sont le plus souvent tirés de leurs formes, de leurs couleurs, du pays qu'elles habitent, de l'usage qu'on en peut faire, afin que ce nom soit en quelque sorte caractéristique de l'espèce.
Mais comme beaucoup de coquilles, quoique d'espèces différentes, présentent les mêmes formes et les mêmes couleurs, on leur donne comme témoignage de reconnaissance le nom du voyageur qui le premier les à rapportées, ou celui d'hommes éminents dans la science.
Ainsi nous citerons les noms suivants tirés :
de la forme.
La Figue.
La Grenade.
La Fraise.
Le Bec-de-Flüte.
La Bille-d'Ivoire.
Le Cœur.
Le Bénitier.
La Lanterne.
Le Labyrinthe.
Le Télescope.
La Tèête-de-Bécasse.
La Harpe.
Le Cadran.
La Navette.
La Grimace.
La Corbeille.
Le Marteau.
Le Parasol-Chinois. Le Marron.
La Peau-de-Serpent.
La Tulipe.
Le Manche-de-couteau.
Le Sabre.
Le Fuseau.
Le Maillot.
La Vis.
de la couleur.
Le Damicr.
La Pie
L'Iris.
Le Ruban.
Le Drap-d’Or.
Le Soleil-Levant.
Le Soleil-Couchant.
L’Abricot.
Le Damier.
L'Opale.
Le Café-au-Lait.
La Bouche-d'Or.
La Bouche-d’Argent.
La Bouche-de-Sang.
La Musique.
L’aile-de- Papillon.
Le Tigre.
L'Arlequine.
Le Bois-Veiné.
La Carte-Géographique.
de noms d'hommes.
De Durville. De Cook.
De Lamarck.
De Chemnitz.
De Lister.
De Linnée.
De Hurmbold.
De Delessert.
De Blainville.
De Richard.
De Brongniart.
De Geoffroy.
De Quoy.
De Gaimard.
De Gray.
De Sowerby.
De Léa.
D’Adanson.
De Draparnaud.
De Deshayes.
De Bruguières.
De Muller.
Le même séjour ne convient pas à tous les Mollusques. Ceux de ces animaux qu'on ne trouve pas dans les eaux salées des mers ou dans les eaux douces, soit dormantes, soit stagnantes, vivent sur la terre où ils recherchent de préférence les lieux frais et humides. Ces différents modes d'habitation ont fait distribuer les Mollusques en trois sections, selon la nature du milieu dans lequel ils existent :
1° Marins ; 2° fluviaules; 3° terrestres.
On sait que tous les animaux sont doués d’une organisation propre qui rend chacun d'eux apte à vivre et à se maintenir dans la condition où il se trouve irrévocablement placé : de là ces modifications de structure qui nécessitent les différences des milieux où se meuvent tant d'êtres organisés.
Je pense qu'il ne sera pas sans intérêt de parler de quelques genres remarquables et même de quelques espèces de la collection de M. Delessert, en ayant soin d'appeler l'attention sur les particularités les plus curieuses, quelquefois même en racontant les faits qui s’y rattachent, ou en parlant de l'instinct et des mœurs de quelques-uns des animaux qui ne sont représentés dans cetle collection que par leur coquille.
Ainsi nous dirons quelques mots de l’organisation de la peau de certains Mollusques ; et si nous parlons d’abord des Poulpes, c'est que leur histoire à donné lieu à un grand nombre de récits étranges et fabuleux.
La peau de la plupart des espèces de Poulpes est parsemée d'un grand nombre de petites taches de diverses couleurs, chacune ayant sa teinte propre, et où dominent principalement le jaune, le rose ei l'indigo. Ces taches ne paraissent pas quand l'animal est dans son état de repos et de tranquillité habituels ; mais s'il croil avoir quelque danger à redouter ou s'il est placé sous l'influence d'une excitation extérieure, ces taches se mettent aussitôt en mouvement, et paraissent et disparaissent avec la plus grande rapidité.
On ne saurait dire quel parti l'animal espère tirer de la contracuon et de l'expansion de ses taches. Peut-être pense-t-il que leurs mouvenients répétés doivent en mmposer et faire peur
à l'ennemi qui le tourmente ou dont il prévoit que l'atteinte lui
sera funeste. Cette explication fera peut-être sourire, mais pourquoi l'irritation et la colère portées à un certain degré chez ces animaux, ne meltraient-elles pas en mouvement quelque hquide intérieur qui augmenterait ou changerait momentanément leur couleur? L'homme lui-même n'est-il pas soumis à ces alternatives, selon que les mouvements d’une passion vive viennent l’agiter ?
Quoi qu'il en soit, s'il était possible que le jeu de ces taches fût un épouvantail pour quelques animaux , les Poulpes posséderaient encore un moyen de se dérober aux attaques de leurs ennemis. En effet, un de ces Mollusques, appelé Seiche, est-il poursuivi par un animal dont la présence lui donne quelque inquiétude, le voilà qui disparait aux regards de celui-là ; sa trace se perd dans la teinte soudainement obseure de l’eau qui lenvironne, et c’est lui qui produit à volonté ce nuage en laissant échapper de son corps une liqueur noire très-foncée, soigneusement renfermée dans un sac, et qu'il tient en réserve pour en faire usage dans des cas urgents.
Cette liqueur est à peu près de même nature que l'encre de la Chine. On pense aussi que l'instinet porte ces animaux à troubler l’eau de cette façon afin de n'être pas aperçus de la proie qui les tente et qu'ils veulent saisir à l’improviste. Quelques naturalistes, mettant en doute le courage des Poulpes, attribuent cette action au sentiment de la peur poussé à l'extrême, ce qui, par parenthèse, ferait peu d'honneur à ces animaux et ne s’accorderait guère avec la force et la voracité qui les distimguen£.
La tête des Poulpes est couronnée par quatre paires de longs appeudices charnus, presque égaux, terminés en pointe et aux-
ff.
quels on a donné le nom de bras ou de pieds. M: Cuvier a décrit un Poulpe dont les bras avaient un pied et demi de longueur et 18 lignes de diamètre. Ces bras, disposés en cercle, sont liés l’un à l’autre à leur base par une membrane à peu près semblable à celle qu'on remarque aux pattes des Oiseaux naseurs, comme les Canards.
Leur ensemble figure assez bien un cône renversé ou entonnoir, dans le fond duquel est placée la bouche, orifice cireulaire, muni de deux mâchoires dures, cornées, et ayant la forme d’un bec de Perroquet.
Les ventouses ou suçoirs qui garnissent ces bras servent à l'animal à se fixer à un corps quelconque, et c’est par leur moyen qu'il étreint assez vigoureusement sa proie pour qui soit impossible qu'elle lui échappe. Ces sucoirs, disposés symétriquement sur un double rang, font absolument, par le vide qu'ils opèrent, l'effet de véritables ventouses. Leur quantité peut s'élever à 200 et plus; et comme un grand nombre agit toujours simultanément, on comprend la ténacité extraordinaire qui fait adhérer ces animaux aux corps qu'ils embrassent, ténacité tellement puissante qu'on ne trouve d'autre moyen pour leur faire lâcher prise que de leur déchirer ou de leur couper les bras, et encore ces débris continuent-ils à. tenir avec une grande force après cette opération.
Les formes bizarres des Poulpes , leur taille qui surpasse celle des autres Mollusques, leurs mœurs singulières avaient depuis long-temps appelé l'attention des observateurs sur ces animaux.
La difficulté d'observer les Poulpes ne permet cependant pas de déterminer au juste la taille à laquelle ils peuvent parvenir.
Le Poulpe commun peut arriver à peu près à une longueur de deux pieds. On prétend qu'il en existe une espèce dans l'océan Pacifique qui a près de six pieds de long, et un auteur dans lequel nous voudrions avoir toute confiance dit avoir rencontré au milieu de l'océan un Poulpe ayant les bras courts et de la grosseur d’un tonneau. Ces mesures ne sembleront que médiocres si on les compare à celles que l’on trouve dans d’autres auteurs moins dignes de foi. En effet, ils citent une espèce dont les bras avaient trente pieds de long et étaient si gros qu'à peine un homme aurait pu les embrasser. Un fait de ce genre est encore rapporté par des voyageurs modernes qui, du ton le plus grave et avec un sérieux qui ne se dément pas, évaluent même à soixante pieds la longueur des bras d’un Poulpe qu'ils disent avoir vu. Ce qui justifierait assez bien le nom de Poulpecolossal donné à cet animal. D’autres n’ont pas craint de répéter ce fait et d'appuyer de l'autorité de leur nom les récits les plus fantastiques et les plus invraisemblables.
En admettant cette énorme dimension, la force attribuée à un tel animal ne doit pas laisser que d’être merveilleuse. Arrivé à une certaine taille il pourrait, dit-on, se défendre contre le lon le plus vigoureux et le terrasser; un éléphant même ne lui ferait pas peur. On ne devrait done plus s'étonner de voir ce même Poulpe attaquer un vaisseau, s’y cramponner et le faire chavirer par son poids ou s'emparer des hommes que ses bras rencontrent sur le pont et qu'il entraine avec la plus grande facilité pour s’en repaitre au fond de la mer! !
Nous avons sous les yeux une gravure faite à plaisir, quoique faisant partie d'un ouvrage sérieux ; elle représente ce ter -
rible animal embrassant toute la circonférence d’un vaisseau et
l'étreignant de ses bras formidables, dont trois s'enroulent autour des mâts et en atteignent l'extrémité. Quel bâtiment pourrait résister à un tel choc, à un tel ennemi ? Aussi ce navire est-il près de couler bas, et si nous admettions la possibilité d’une telle reucontre, il nous semblerait tout simple que des marins, surpris à l'improviste par une attaque de celte nature, aient été saisis d’une terreur profonde, et qu’à la vue d’un pareil danger ils aient fait un vœu de pèlerinage à saint Thomas, si, par son intercession , il parvenait à les délivrer de ee péril. C’est ce qu'on raconte. être arrivé à des marins de Saint-Malo qui, ayant puisé dans ce vœu un courage nouveau, coupèrent, à laide de haches et de sabres, mais non sans peine, les bras du Poulpe immense dont le corps disparut dans les flots.
Quelque fabuleuses que soient ces dimensions données à un Poulpe, elles n'approchent pas de celles plus mensongères encore d'une espèce célèbre, connue généralement sous le nom de Kraken.
Un auteur grave qui vivait dans le siècle dernier et qui parle du Kraken, le regarde comme le plus grand et le plus surprenant de tous les animaux de la création. A l'en croire, son dos ou sa partie supérieure n'aurait pas moins d’une demi-lieue de circonférence, et, pour donner plus de poids à son assertion, il ajoute que quelques-uns disent plus, mais que, pour plus grande cerlitude, 1l préfère le moins.
Au sujet des apparitions et disparitions soudaines d'îles qu'on a signalées dans les mers du nord et que les marins de ces contrées attribuent au diable, le même auteur explique ces phénomènes par la présence du Kraken dans ces mers.
IL est au moins singulier qu'avec une pareille idée, qu'il sou-
nn
ent fort gravement, notre auteur puisse regarder comme notoirement fabuleux et traiter de roman ridicule ce que dit un auteur plus ancien d’une Baleine qui était si grande que son dos pouvait être considéré comme une île, avec d'autant plus de raison qu'une certaine quantité de sable le recouvrait quelquefois. On aurait pu y aborder, enfoncer des pieux, allumer du feu pour la cuisson des aliments, dernière opération qui, du reste, paraissait n'être pas toujours du goût de l’animal qui, pour se débarrasser de cette sensation importune, ne trouvait d'autre moyen que de s’enfoncer doucement dans la mer et de disparaître aux regards des matelots ébahis qui se croyaient sur une ile !!
L'Argonaute, à plus juste titre, mérite quelques observations ; cette coquille, une des merveilles de la nature suivant Pline, est mince, fragile, et représente assez exactement la forme d’un navire, ce qui fait supposer que c’est d'elle que l’homme a pris les premiers principes sur la navigation ; mais si la coquille est remarquable, l'animal qui l'habite l’est bien davantage par l'instinct qu'on lui prête. Voici ce qu’en dit un naturaliste : Cet animal est herbivore; après s'être repu au fond de la mer des plantes qui font sa nourriture ordinaire, veut-il s'élever à la surface de l'onde, il tourne sa coquille, y forme un vide par la manière dont il s’y place, et s'élève, ainsi qu'un aérostat, par sa propre légèreté spécifique. Si le temps est beau et la mer calme, 1l déploie alors deux légères membranes qui lui servent de voiles, il les présente au vent qui les tend par le plus leger souffle, et ce sont deux de ses pattes qui les soutiennent, quatre autres lui servent de rames lorsque le vent, trop calme, ne l’aide pas assez, et deux
autres, croisées en arrière, lui tiennent lieu de gouvernail. Ce
charmant coquillage, ainsi qu'une élégante frégate, vogue légèrement sur la surface de la mer, remplissant en même temps les fonctions de matelot, de rameur et de pilote. La nature ne lui a donné ni arme offensive pour punir un agresseur, ni arme défensive pour combattre un ennemi; aussi est-il d’un naturel crantif, car il n’a d'autre moyen, pour échapper à la voracité des habitants des mers, que l'emploi constant de son adresse, aidée d’une active surveillance. Craint-il la tempête, aperçoit-1l un ennemi, dans l'instant ses voiles sont pliées, il retire ses rames, rentre son gouvernail, se resserre dans la partie la plus profonde de la coquille, la submerge, et acquérant par cette manœuvre plus de poids que le volume d’eau qu'il déplace, il coule bas et retourne au fond de la mer jusqu'au moment où le calme le rappellera à la surface. Si tous nos physiciens et nos navigateurs avaient été appelés à fare l’éducation de ce coquillage, que lui auraïent-ils enseigné de mieux ?
Tous les naturalistes ne sont cependant pas d'accord sur les habitudes et l’instinet de l’Argonaute; les uns prétendent que l'animal que nous venons de décrire n’est pas né dans la coquille. Ils veulent que ce soit un parasite qui s’y est logé après en avoir chassé ou mangé le véritable maître; cette opinion est facilement combattue, et heureusement, pour l'intérêt qu'on porte à l'habile constructeur, il est reconnu qu'elle est fausse. Les autres veulent que l’instinet du Poulpe de l’Argonaute soit très-borné, et que les organes qu’on prend pour des rames soient tout simplement destinés à maintenir le Poulpe dans sa coquille. Quoi qu'il en soit, cette charmante espèce n’en mérite pas moins l'admiration de tous les curieux.
Nous ne pouvons dire qu'un mot des genres que nous signa-
lons à la curiosité des visiteurs de la galerie ; ainsi nous nous bornerons à dire que les coquilles connues sous le nom de Cônes avaient d’abord été rassemblées par M. Hwvass au nombre de 146 espèces, qui ont été décrites par Bruguières et figurées dans l'Encyclopédie méthodique.
Ce genre compte aujourd’hui dans la collection de M. Delessert plus de 250 espèces et plus de 2000 individus, parmi lesquels on remarque le Cône Gloire de la mer, une suite de Cônes Cédonulli, le Cône d'Oma, le Cône Noble où Danuer de la Chine, l'Amiral d'Orange et le Cône Delessert, espèce aussi rare qu'elle est remarquable par sa forme et sa fraicheur.
Le genre HErIX est composé d'environ 400 espèces et de 3000 individus. il a été nouvellement enrichi des belles coquilles des iles Philippines si habilement explorées par M. Cuming.
Le genre CyxpreA (Porcelaine), formé des coquilles, sinon les plus intéressantes, du moins les plus belles, comprend environ 180 espèces et 2000 individus. Plusieurs sont remarquables : nous citerons la Porcelaine aurore, qui sert de signe de distinction aux chefs de la Nouvelle-/élande ; ils la portent suspendue sur la poitrine, aussi la plupart des échantillons qu'on observe dans les musées sont-ils percés d’un trou. Nous ne parlerions pas de la Porcelaine monnaie de Guinée, Si commune d’ailleurs dans les collections, s'il n’était curieux de savoir qu'elle sert encore de monnaie dans certaines parties de l'Inde et de l'Afrique.
Dans le genre VoLuTE, composé de plus de 50 espèces et de 400 individus au moins, on remarque les échantillons les plus
beaux et les plus frais, mais on s'arrête avec plaisir devant la
he —
Volute Queue de paon, dont la forme gracieuse ajoute au mérite d’une coquille riche en couleurs.
Le genre le plus complet dela collection estsans contredit celui connu sous le nom de SPONDYLE, aucun musée n'en présente un aussi grand nombre d'espèces ni d'aussi riches variétés. L’espèce la plus remarquable de ce genre est nommée Spondyle royal, c’est le plus bel échantillon qu'on connaisse d’une coquille très-rare, car on en comple trois à peine dans les collections ou musées royaux français et étrangers.
L'acquisition de cette coquille a donné lieu à un acte peu commun de dévouement à la science, et qui prouve le fol enthousiasme des collecteurs. M. R*%, professeur de botanique d’une faculté de Paris, et plas savant que riche, voulut, sur la proposition d'un marchand étranger, acheter ce Spondyle à un prix très-élevé, qu'on dit être de 3,000 à 6,000 fr. Le marché débattu et le prix convenu, il fallait payer. Les économies en réserve ne faisaient qu'une faible partie de la somme, etle marchand ne voulait pas abandonner sa coquille sans en recevoir la valeur. M. R%, consultant alors plus son désir de posséder une coquille unique encore, que ses faibles ressources et l'étendue du sacrifice, fit secrètement un paquet de sa modeste argenterie et alla la vendre pour compléter la valeur de son acquisition, et, sans oser en parler à sa femme, il remplaça de suite son argenterie par des couverts d’étain, et alla chercher le malheureux Spondyle, qu'il nomma fastueusement Spondyle royal.
Mais l'heure du diner arriva; on comprend aisément la stupéfaction de madame R..., qui ne put expliquer de suite une telle métamorphose, et se livra à mille conjectures pénibles.
M. R%%, de son côté, revenait heureux chez lui, et sa coquille