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bien emballée dans une boite placée dans la poche de sa capote ; mais, en approchant, il ralentit le pas, devint soucieux, songeant pour la première fois à la réception qui allait lui être faite. Les reproches qu'il attendait étaient bien un peu compensés par la jouissance du trésor qu'il rapportait. Enfin 1l arrive, et madame R% fut plus sévère que le pauvre savant ne l’espérait; aussi son courage l’abandonna : tout pénétré du chagrin qu'il causait à sa femme, 11 oublia sa coquille, et, se plaçant sans précaution sur une chaise, 1l eut la douleur d'être rappelé à son trésor en entendant le craquement de la boîte qui le protégeait. Heureusement le mal ne fut pas grand; deux épines seulement de la coquille furent cassées, et la peine qu'il
en éprouva fit à son tour tant d'impression sur madame R°*
qu’elle n’osa plus se plaindre, et ce fut encore monsieur R°* qui eut besoin de ses consolations.
Je dois parler d’une coquille terrestre connue sous le nom de Bulime, et qui n’a rien de remarquable par elle-même; mais on l’examine avec intérêt, parce que l’on peut suivre son développement presque jour par Jour depuis l'âge adulte et parfait jusqu'au moment où elle sort de l'œuf. Ces suites d’âges, fort curieuses pour les naturalistes, ne le sont pas moins pour les gens du monde.
On voit aussi dans la collection deux petites coquilles noires qu'on nomme Monodonte bicolore ; elles ne se font remarquer ni par la beauté de leurs couleurs ni par leurs formes ; mais elles ont servi de boucles d'oreilles à la reine d'Otaïti, qui les a données au capitaine Cook, et c’est là leur titre de noblesse.
Dans le voisinage de ces coquilles, on trouve plusieurs es-
pèces singulières : je veux parler de celles qu'on désigne
vulgairement sous les noms de Fripière et de Maconne : elles appartiennent à la même espèce; mais la première se couvre complétement de débris d'autres coquilles qu’elle attache à son test en se développant; par cette ruse, elle échappe à ses ennemis, qui ne l’attaquent que pour la manger, et qui, voyant des coquilles cassées et vides, passent sans se douter que ces débris cachent une proie. +
La seconde se couvre de pierres au lieu de coquilles, et elle les arrange symétriquement en cercle en commençant par de petits cailloux qui occupent le centre, sommet de la coquille, et en terminant par de plus grosses jusqu’à la bouche.
On en trouve encore qui, dans le même but, se couvrent de débris de Madrépores.
Enfin, la plus singulière de ces espèces attache à son test une série de petites coquilles bivalves ouvertes, et les arrange par gradation et avec tant de soin qu'il serait impossible de dire de combien l’une d'elles est plus grande que celle qui la précède, quoique la première soit à peine visible, tandis que la dernière présente une surface d’un centimètre.
Il nous reste à signaler une petite coquille fort redoutable et qui produit de grands dégâts sur les vaisseaux, le Taret : c’est une espèce perforante qui se loge dans le bois des navires et perce même les pierres les plus dures; c’est le Taret qu’on accuse de détruire les digues qui protégent la Hollande contre l'invasion des eaux.
Ces renseignements sont bien incomplets, mais nous n’avons fait que nous promener rapidement dans la galerie, et nous n'avons parlé que des espèces qui attirent généralement l’attention des curieux. Îl s’en trouve cependant un très-grand
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PAR ee nombre encore qui mériteraient d'être citées, quoique peu remarquables par leur couleur ou leur forme. Nous ne parlerons que d’une de ces dernières connue sous le nom de Gryphée; elle est fort intéressante et on ne peut plus rare; c’est la seule espèce vivante connue d'un genre très-riche en espèces fossiles. On peut dire en passant que les coquilles fossiles sont comme des médailles caractéristiques des terrains et comme les contemporains de leur formation : aussi le parti que la géologie a su en tirer leur à assuré une place importante daus l'étude de cette science.
Pour donner une idée de la richesse de la collection, nous dirons qu'elle se compose de 300 genres environ, comprenant 25,000 espèces et au moins 150,000 coquilles. De nombreux voyageurs ont contribué à son développement; nous citerons particulièrement MM. Gaudichaud, Perrottet, Leprieur, Goudot et Cuming. |
Quelques coquilles ont beaucoup perdu de la valeur qu’elles avaient autrefois, parce qu'elles étaient très-rares et très-recherchées. Ainsi la Scalaire précieuse S’est vendue jusqu'à 3,000 franes, tandis qu'aujourd'hui elle vaut à peine 40 franes ; la Phasianelle-faisan a été achetée souvent 600 franes ; le Cône cedo-nulli, 1,000 francs ; le Cône gloire-de-la-mer, 1,400 francs ; la Porcelaine aurore et le Nautile ombiliqué, 1,060 francs, etc. ; mais depuis que les voyages de circumnavigation sont plus fréquents et que nos bâtiments visitent tous les points du globe, on a rapporté un grand nombre de coquilles, et leur prix à beaucoup diminué; cependant il v en a encore de fort chères, et il faut toujours payer la nouveauté.
Nous terminerons en disant un mot de l'usage qu'on fait de
certaines coquilles et des animaux qui les habitent. Ainsi, dans tous les temps, elles ont servi de nourriture à Phomme, el elles sont encore une des grandes ressources des navigateurs.
On servait beaucoup de coquillages sur les tables somptueuses des Romains, et Sénèque nous apprend que le luxe qu'on déploya devint si grand, qu'on fut obligé de prohber l'usage de ce mets par une loi spéciale, moins pour arrêter la destruetion complète des habitants des mers que pour mettre un terme aux folies que ce luxe enfantait.
De nos jours, on sait avec quelle passion certains amateurs recherchent les Huitres, et quels soins on prend pour les rendre plus abondantes, ou leur donner une couleur et un goût particuliers. C’est ainsi qu'on parque des Huitres pêchées dans la mer, et qu'on les garde dans de grands étangs formés par les hautes marées, afin que, la tranquillité de l’eau favorisant le développement des plantes marines que ces animaux mangent, ils prennent la couleur et le goût de ces plantes et deviennent par à beaucoup plus estimés des amateurs. Faut-il s'étonner si Apicius, ce célèbre gourmand dont parle Pline, avait inventé une méthode pour les conserver, el s'il proposait de les soumettre à un certain régime pour les engraisser! Alors les plus grosses étaient les meilleures ; aujourd’hui on choisit les plus petites. Les premières ont-elles changé de goût par instinct de conservation, ou les amateurs sont-ils moins gourmands ? Les hommes ne sont pas les seuls amateurs d'Huitres ; on dit que les Crabes en sont très-friands, et je re parlerais pas plus de ces animaux que des Oiseaux qui s’en repaissent, si, pour les manger à leur aise ou sans craindre d’être
pris comme le Rat de la fable, les Crabes n'avaient le soin de
placer entre les valves de l'Huitre qu'ils convoitent, lorsqu'elle est entr'ouverte, une petite pierre qui empéche la coquille de se fermer, el leur assure une retraite facile.
L'ostracisme, cette loi célèbre en usage à Athènes , doit son nom à la manière dont on l’appliquait. Le mot ostracon, en grec, sigmfie coquille, et les citoyens donnaient leurs suffrages en écrivant sur une coquille enduite de cire le nom de celui qu'ils voulaient envoyer en exil.
Les Romains faisaient des coquilles un plus noble usage : ils se servaient des grandes espèces connues sous le nom de Buccins, comme de trompettes pour conduire leurs soldats au combat.
Les Tyriens et les Carthaginoiïs savaient extraire des Murex cette belle couleur qu’ils nommaient pourpre et avec laquelle ils teignatent les étoffes de luxe. On dit que les Mexicains emploient encore le même procédé.
Plusieurs peuples se servent de coquillages comme d’ornements : ils en font des colliers, des coiffures, des meubles, et ils en couvrent les brides de leurs chevaux.
En Calabre et en Sicile on file la soie que produit le Jambonneau, espèce de coquille bivalve qui produit une houppe soyeuse dont on fait des étoffes très-belles et très-fines. Enfin, dans plusieurs parties de l'Inde, on fait de la chaux avec les grosses coquilles, et en Angleterre on se sert de l’animal qui les habite comme d’engrais pour les terres.
Les grosses coquilles connues sous le nom de Casques sont employées pour faire des camées ; la différence de couleur des couches superficielle et profonde de ce coquillage permet de
graver un sujet quelconque d’une teinte jaune ou rouge sur un fond blane.
La coquille appelée le Pénitier, employée comme ornement de cheminée, et les grands individus de cette espèce, servent quelquefois de bénitiers dans les églises. Le Pénitier qu’on voit à l’église de Saint-Sulpice pèse 500 livres.
Nous ne dirons pas ici à quel usage on emploie toutes les coquilles, nous n'avons pas la prétention d'en faire une histoire complète; mais nous ne pouvons nous dispenser de parler des Perles et de la coquille qui les produit.
Les Perles sont une excroissance de la partie intérieure, solide et nacrée de la Mère-Perle; plusieurs espèces d'Huîtres et de Moules de rivière en fournissent, mais les seules précieuses se trouvent dans l’Huître perlière, nommée Pintadine mère-perle. H ya, dit-on, des Perles de plusieurs couleurs; les blanches sont préférées en Europe, les jaunes et les noires que nous ne connaissons pas sont les plus estimées dans l'Inde. Les Perles, pour avoir de la valeur, doivent être rondes, polies et trèspesantes.
Le savant Linnée, ayant remarqué que ces excroissances étaient dues à une blessure ou maladie de l'animal , a proposé de faire pêcher un grand nombre de coquilles nacrées à l’intérieur, de les percer sur un point avec une tarière très-fine, de les parquer comme on le fait pour les Huitres , et d'attendre le temps nécessaire pour que la Perle soit formée. Ce procédé, que le gouvernement suédois crut assez important pour en faire un secret, à bien réussi à fournir quelques Perles, mais, la dépense l'emportant de beaucoup sur la recette que ces Perles médio-
cres pouvaient produire, on fut obligé d'y renoncer.
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Je suis persuadé que les Perles ne seraient pas aussi recherchées comme ornement de toilette si on savait que la pêche de la coquille qui les fournit occasionne la mort d’un grand nombre
d'esclaves qu'on dresse à cette opération dès le jeune âge, et qui pour la plupart meurent avant d’avoir atteint leur vingtième
année. C’est à Ceylan, sur les côtes du Japon, et surtout dans le golfe Persique, qu’on se livre à cette spéculation imhumaine. De malheureux nègres sont obligés de plonger à de grandes profondeurs où leur poids ne les entrainerait pas. Une corde sous les aisselles, une pierre aux pieds el un panier à la ceinture, voilà leur tenue de pêche. [ls vont ainsi détacher les Huitres des rochers, et lorsque leur panier est plein ou que l'air leur manque, on les enlève à l’aide de la corde qu'ils agitent pour demander à remonter. Mais que de voyages sont-ils obligés de faire avant de rencontrer une perle! on le comprendra si l’on apprend qu'il s’en trouve une à peine sur dix mille coquilles qu'on rapporte. On dit que les fameuses Perles qui ornaient les oreilles de Cléopâtre avaient été achetées à un prix qu’on évalue à quatre millions de franes ; on devrait plutôt se demander combien elles ont coûté de victimes. L'histoire rapporte qu’elle en fit dissoudre une dans du vinaigre et l’avala à son repas comme le mets le plus recherché, pour qu'il fût dit qu’elle surpassait Antoine en magnificence.
Les Perles ne sont pas le seul produit qu’on retire des Huitres perlières; elles fournissent encore la nacre qu'on emploie à tant d’usages, mais principalement dans la coutellerie fine, l'ébénisterie de luxe, l'incrustation des armes ou de mille autres
objets précieux.
Dans cette courte notice nous avons cherché à prévenir la plupart des questions qui nous sont habituellement faites par les personnes qui visitent la galerie de coquilles de M. Benj. Delessert, et nous aurons complétement atteint le but que nous nous proposons, Si nous parvenons à convaincre nos lecteurs de la nécessité d'étudier les productions si variées de la nature, et à leur faire comprendre les avantages moraux qui résultent de cette étude, indépendamment des Jouissances vraies qu’elle
procure.
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