SUR LE
Specnlum Éjnmanae Salvationis.
Le Speculum humanæ salvationis, appelé aussi par quelques auteurs Speculum nostræ salutis, est un poëme latin du xiv° siècle. Ce poëme, qui fut traduit en plusieurs langues ct dont nous possédons encore de nombreux manuscrits, a été un des livres les plus populaires et les plus renommés de son temps. Les bibliographes en ont souvent parlé, mais ils ont négligé l’ouvrage et son contenu, pour ne s'occuper que de quelques-unes de ses éditions. Chose étrange! la gloire du poëte a été envahie par les imprimeurs qui ont publié son œuvre ; au xiy* siècle, la célébrité du Speculum était purement littéraire; aujourd'hui, elle est devenue purement typographique.
Dans la première partie de cette Notice, nous examinerons Île poëme; nous indiquerons des manuscrits qui, suivant nous, ne laissent aucun doute sur l’époque où il fut composé. Nous donnerons ensuite une liste des diverses éditions et traductions de l'ouvrage. Dans la seconde partie, nous chercherons à découvrir quelle est la plus ancienne édition; les sentiments des bibliographes sont sur ce point d’une variété singulière : les uns font paraître cette édition en 1428, d’autres en 1470; ceux-e1 l’attribuent à Laurent Coster de Harlem et ceux-là à Jean Gutenberg de Mayence. Ces questions complexes se rattachent essentiellement à l’histoire des origines de l'imprimerie.
Le Speculum humanæ salvationis appartient à cette nombreuse famille de livres ascétiques qui, du x° au xviI° siècle, forme à elle seule la majeure partie des productions littéraires en Europe. Longtemps oubliés, ces livres, dont le fond est emprunté aux doctrines chrétiennes, méritent cependant de üxer l'attention des critiques ; leur ensemble offre
un tableau complet et varié des mœurs et des croyances religieuses pendant le moyen-âge. Le Speculum contient une histoire moralisée de la rédemption du genre humain; l’auteur a puisé tout à la fois dans les littératures grecque et latine, dans l’Ancien et le Nouveau Testament, dans les légendes et les traditions populaires de son époque. Cette dernière partie u’est pas la moins intéressante du poëme. Ou peut comparer le Speculum à la Bible des pauvres; les auteurs de ces deux ouvrages ont traité le même sujet sous des titres différents ; ils ont suivi le même plan. Fournier appelle le Speculum un Recueil d’estampes (1) ; cette dénomination peut convenir à la Bible des pauvres et à quelques livres xylographiques du xv° siècle, mais non au Speculum, dans lequel les figures ne sont que l’accessoire et l’ornement, ou, comme on le dirait aujourd’hui, l'illustration.
Les manuscrits du Speculum contiennent, lorsqu'ils sont complets, 45 chapitres et 192 figures. Le volume, écrit sur deux colonnes, commence assez ordinairement par un prologue et une table des matières ; indication des chapitres et des figuxes domnexa au lectaur une idée exacte du poème et de ses GISI |
6 ; De l'origine et des productions de imprimerie primitive en laille de bois, pags. 190. Cd