L’assomption de Maric; 7° joie
Les chapitres 1 — Ati sont composés chacun de quatre sujets : le premier est le sujet principal que nous appellerons letype ; les trois suivauts sont les sujets correspondants, les antitypes; ainsi, dans le chapitre xxx1, le type représente la résurrection ; ét les antitypes : Samson enlevant. les portes de Gaza, Jonas sortant du ventre de la baleine et la construction du temple de Salomon. L'auteur du Speculum regarde ces trois derniers sujets comme des figures prophétiques de la résurrection de Jésus. Cette manière de rapprocher des faits analogues tirés des différentes parties de la Bible était une méthode ingénieuse et facile pour démontrer les rapports qui existent entre le Nouveau Testament et l'Ancien, qui, selon les commentateurs, n’en est que la figure. Les chapitres xLIn1, xLIV et xLv forment une espèce de supplément ou d’appendice qui, comme nous le verrons bientôt, a été retranché dans la plupart des éditions.
Les xzv chapitres du Speculum, le prologue et jus-
qu'à la table des matières sont écrits en prose latine rimée; les mots barbares, Îles constructions vicicuses employés dans cet ouvrage montrent dans quel état de décadence était tombée l'étude de la langue latine au x1v° siècle. Le poëte ne s’est imposé aucune règle, ni de mesure,ni dequantité ; des vers ont dix syllabes, d’autresen comptent jusqu’à vingt-cinq: on essaierait en vain de les scander comme ceux des anciens poëtes latins. L'auteur du Speculum n'avait égard qu’à la rime, qui cest chez lui d’une grande richesse, et à l'accent tonique qui tombe or dinairement sur la pénultième et quelquefois sur l’antépénultième du mot qui termine le vers ; nous citerons comme spécimen les premiers vers du premier chapitre :
Incipit speculum humane salvacionis
In quo patet casus hominis et modus reparacionis
In hoc speculo potest homo considerare
Quam ob causam creator omnium decrevit hominem creare Pater omnia videns quomodo per dyaboli fraudemsit damnaius Et quomodo per misericordiam dei sit reformatus
Lucifer ergoerexitse contra deumet creatorem suumeternum Etinictu oculideexcelso celorum solio projectus est in infernum Et ob causam deus decrevit hominem creare
Ut per ipsum possit casum luciferi et ejus sociorum reparare Qua propter dyabolus hominem invidens sibi insidiabatur Et ad precepti transgressionem ipsum inducere nitebatur Quoddam ergo genus serpentis sibi dyabolus cligebat
Qui serpens tunc ereclus et virgincum caput habebat
( 29 ) Hunc serpentem fraudulentem deceptionis artifex intrabat Et per os ejus loquens verba deceptiora mulieri enarrabat Temptavit autem mulierem tanquam minus providam Reputans prudentemetindustrium virum esse adam, etc. etc.
«Le plus ancien manuscrit que j'aie vu, dit Heinec+ « ken en parlant du Speculum, me paroît être du « douzièmesiècle, et quelques citations que je trouve « dansl’ouvrage,semblent indiquer le même âge(1)». L'auteur du Speculum cite l'Histoire scolastique de Pierre Comestor, mort en 1185; la Légende dorée de Jacques de Voragine, mort en 1298; saint François d’Assise et saint Dominique, le premier morten 1226, etle second en 1221. Ces citations, que sans doute Heinecken n’a pas remarquées, prouvent évidemment que le Speculum ne peut remonter au xn'° siècle.
En 1449, Jehan Mielot, chanoine de Lille en Flandre, traduisit le Speculum en prose française, par ordre de Philippe le Bon, duc de Bourgogne; il attribue l'original latin au célèbre encyclopédiste Vincent de Beauvais. La Bibliothèque royale possède un manuscrit de cette traduction, intitulé : Miroir de la salvation humaine (2). On lit sur le recto du feuillet 2, colonne 2, la souscription suivante, qui termine le prologue :
(1) Idée générale d’une collection complette (sic) d’estampes. Leipsick et Vienne, 1771, in-8°, pag.f468.
(2) Manuscrits francais, suppl n° 10.
- Gi fine le prologue du miroir de la salvation humaine que frere vincent de beauvais de lordre des prescheurs et maistre en theologieJadis confesseur du Roy de France monseigneur saint loysfist
® et compila en latin rime par doublettes
lequel a este depuis translate en prose par Jo. mielot lan de grace mil. cccc,
xLix en la fourme et stile qui sensuit.
Vincent de Beauvais mourut selon quelques biographes en 1256, et selon d’autres en 1264. Or, les auteurs cités dans le Speculum semblent déjà contredire l’assertion de Jehan Mielot: plusieurs étaient contemporains de Vincent de Beauvais, et la Légende dorée ne fut connue en France qu'après sa mort. Aucun critique n’a attribué le Speculum à Vincent de Beauvais ; M. Paulin Paris (1) a très judicieusement remarqué que le mot Speculum, qui se trouve également dans les titres des gigantesques compilations du confesseur de saint Louis (2), a pu jeter dans l'erreur les copistes et peut-être Jehan Mielot lui-même ; enfin, nous avons vu à la Bibliothèque
(1) Les manuscrits françois de la Bibliothèque du Roi. 1838, T. Il, p. 111.
(2) Le Speculum majus ou Bibliotheca mundi de Vincent de Beauvais, est composé de quatre parties, intitulées: 1. Speculum saturale ; 2. Speculum morale ; 3. Speculum ductrinale ; 4. Specudun historiale,
(31) royale un manuscrit latin du Speculum qui com mence ainsi :
Incipit prohemium cujusdam nove compilationis edite sub anno millesimo ccc 24. nomen nostri auctoris humilitatesiletur et titulus sivenomen operis est speculum humane salvationis, etc. (1)
La Bibliothèque de l’Arsenal (2) possède aussi un manuscrit latin de ce poëme, où se trouve la même indication.
Ces deux manuscrits achèvent de démontrer que le Speculum ne fut composé ni au xn° siècle, comme le veut Heinecken, ni au x111°, comme Île prétendent Mielot ou ses copistes ; mais seulement
au XIV‘, par un auteur qui jusqu'ici est resté inconnu.
(1) Manuscrits latins, suppl. n° 1041, fol. 1, recto, colonne 1. Ce manuscrit récemment acquis est imparfait ; il ne contient que 18 feuillets ; la forme des caractères et le style des miniatures indiquent les dernières années du x1v° siècle.
(2) Bibliothèque d’Artois, ci-devant de Paulmy. Théologie, n° 384, in-fol.