IV. Les caractères de l’édition hollandaise B
A l'exception des 20 feuillets xylographiques de l'édition latiné B., tous les caractères employés dans les Speculam sont des caractères mobiles.
Nous croyons que ces caractères mobiles sont fondus; c’est l'opinion de Scriverias (1), de Bruyn (2), de Chevillier (3), de Enschédé (4), des rédacteurs
(1) Laurecrans., p. 101.
(2) Stadt Harlem, p. 256.
(3) Origine de Pimprimerie de Paris. 1694, in-4°, p. 20, 23 et 282. Chevillier avait d’abord dit que le Speculum était imprimé avec des planches de bois; plus tard , ayant reconnu son erreur, il fit examiner l’ouvrage par trois experts, un imprimeur, ur fondeur et un graveur. Ces trois artistes décidèrent que les caractères étaient fondus ; Chevillier se rangea à leur opinion.
(4) C’est Enschédé , imprimeur et fondeur de car actères à Har-
du catalogue de la Bibliothèque du Roi (1), de Papillon (2), de de Bure (5), de Heinecken, de La Serna Santander ,de MM. Ottley, Horne{4), Koning, Ebert (5), etc., etc. Nous renvoyons le lecteur qui douterait de cette assertion aux ouvrages de Papilion, de MM. Ottley et Koning, qui nous 15 paraisent l'avoir démontrée.
On connaît des livres et des fragments de livre imprimés avec des caractères semblables à ceux du Speculum; mais ces monuments sans indication d’année, de lieu ni d'imprimeur, ne peuvent jeter aucune lumière sur l’origine de l'ouvrage que nous examinons.
La plupart des bibliographes ont cherché la première édition du Speculum parmi les quatre éditions sans date que nous avons décrites et qui sont imprimées en caractères mobiles ; à notre avis , ces
lem, qui découvrit l’Horarium et les fragments de Donat, attribués à Laurent par Meerman. Enschédé, tout en étant un défenseur de la cause de Laurent, ne put s'empêcher de convenir que l’Horarium, les Donat et les Speculum étaient imprimés avec des caracteres de fonte. Voy. Heinecken, Zdee générale, p. 451.
(1) Catalogue des livres impriméz de la Bibliothèque du Roy. Taiorocie, première partie, p. 134, n. 1866.
(2) Traité de la gravure en bois, T. 1, p. 100 et suiv,
(3) Bibliogr. instructive. THÉOLOGIE, n. 117, p. 127.
(4) An introduction to the study of bibliography. T. IL, app., p. x-xui.
(5) Lexicon.T. IL, n. 21576-7-8.
éditions ont été précédées d’une édition xylographique. |
Jean Saubert indique un Speculum salutis imprimé avec des planches de bois (librum ligno incisum), et dont un exemplaire se trouvait dans la bibliothèque de Nuremberg (1). Maichelius , après avoir dit que les uns attribuent le Speculum aux Allemands et les autres aux Hollandais, ajoute : Ego arbitror totom hanc controversiam evanescere, si primo attendamus, hunc librum non typis impressum, sedin tabulis sculptum atque incisumesse (2). Leich (3), l'abbé Pluche(4),Celsius(5) etc. , parlent également d’un Speculum imprimé avec des planches de bois. Qu’on rejette ou non le témoignage de cesécrivains,nous croyons pouvoiradmettre avec Fournier (6), et M. Koning (7) une première édition entièrement xylographique. L'existence de cette édition nous paraît suffisamment démontrée par les 20 feuillets xylographiques de l'édition latine B. En effet, celle-ci est la troisième imprimée avec des
(1) Historia biblioth. reip. Noriberg. 1643, p. 116.
(2) Introd. ad hist. liter. de præcipuis biblioth. Parisiensibus. 1721, Pe 110.
(3) De Orig. et Increm. typogr. Lipsiensis. 1640, p. 116.
(4) Spectacle de la nature. 1746. T. VIT, p. 203 et suiv.
(5) Biblioth. regiæ Stockolmensis histor. 1951, p. 208 et seq.
(6) De l’origine et des productions de l’imprimerie,, p. 176 et 258.
(7) Dissertation, p. 54.
caractères de fonte ; or, comment supposer qu’un artiste habitué aux opérations de la typographie ait concu le projet de graver sur des planches de bois les 63 feuillets du Speculum, après avoir publié deux éditions du même ouvrage avec des types fondus, ou qu'’il'ait fait graver 20 feuillets pris au hasard dans le volume et destinés à être joints à 43 feuillets imprimés avéc des lettres mobiles? L’imprimeur des Speculum possédait dans son atelier quelques planches de texte , reste de l’édition xylographique ; peu soucieux de productions qu’il ne signait pas, cet artiste se servit de 20 planches pour 20 feuillets de l'édition latine B., préférant imprimer 20 pages avec des planches toutes préparées que de les composer péniblement avec des caractères mobiles.
Il suffit de jeter les yeux sur l'édition latine B. pour se convaincre que les figures et les textes de l'édition xylographique ont été gravés par deux artistes différents (1). Si nous en croyons Fournier (2) et Papillon (3), les figures du Speculum furent destinées dans l’origine à accompagner un
(1) « La gravure des caractères est négligée par endroits, et in- « férieure de beaucoup à l’exécution des vignettes. On n’a pas non « plus employé pour les unes le même bois bont on s’est servi pour « les autres. » De l’origine et des productions de l’imprimerse, etc, par Fournier, p. 156.
(2) Ibid. p. 176.
(3) Traité hist. et prat. de la gravure en bois. T. X, p. 101.
( 118 ) texte manuscrit. On pourrait citer à l'appui de cette conjecture plusieurs livres du-xv° siècle où les figures sont gravées sur bois et les textés écrits à la main.
Nous ne eroyons pas avec Fournier (1) que les les feuillets 49 et 60 de l'édition hollandaise À. représentent une troisième édition hollandaise. Cette singularité, que quelques auteurs ont voulu expliquer $oit par un vol commis dans l'imprimerie où étaient publiés les Speculum , soit par la mort de l’imprimeur, ne nous paraît qu’un témoignage de l'ignorance , de l’incurie ou de la pauvreté de l’artiste qui donna ces éditions. -
Heinecken , La Serna Santander, M. Daunon et plusieurs écrivains favorables à la cause de Mayence, prétendent que les éditions latines À. et B. ont été imprimées en Allemagne; cependant rien n'indique dans ces volumes une origine allemande. Les éditions latines A. B. et hollandaises A. B. offrent entre elles une conformité si remarquable dans les figures, dans les caractères , dans la qualité du papier , dans le tirage et en un mot dans tout ce qui tient à l'exécution typographique, qu’il est évident pour nous que ces quatre éditions ont été publiées dans le même pays et chez les mêmes imprimeurs; or, comme
(1) De Porigine et des productions de l’imprimerie primitive en taille de bois, p. 255. a
tous les bibliographes, quel que soit leur système sur l’origine de l’imprimerie, attribuent sans difficulté les éditions hollandaises aux Hollandais, les éditions latines furent également publiées en Hollande. |
L'édition latine A. (première édition imprimée avec des caractères de fonte) a-t-elle paru avant l’année 1461, c’est-à-dire avant la dispersion des imprimeurs de Mayence ? Cette question est, à notre avis, la question décisive et la seule de celles qu'a soulevées le Speculum parmi les bibliographes, qui touche directement aux origines typographiques.
Les partisans de Harlem soutiennent tantôt que la première édition du Speculum a été imprimée en 1428 , tantôt en 1430, tantôt en 1439, tantôt en 1440 , etc. Nous n’essayerons point de concilier ces contradictions ; nous poserons la question plus largement et nous dirons : le premier livre daté et imprimé avec des caractères de fonte hors de la ville de Mayence est un recueil de fables en allemand, connu sous le titre de Liber similitudinis, et imprimé par Albert Pfster, à Bamberg, en 1461. Cette époque est vraisemblablement celle où l’imprimerie en caractères mobiles, concentrée jusqu'alors dans la ville de Mayence, se répandit en Europe (t); si donc
(1) L'histoire de la propagation de l’imprimerie est encore trèsincomplète, et, malgré les recherches de Visser , de l’abbé Ghes-
les Hollandais prétendent ne pas avoir reçu de l'Allemagne l'invention des caractères de fonte avec lesquels ils imprimèrent la première des quatre éditions sans date (latine A.), il faut au moins qu'ils prouvent que cette édition est antérieure à l’année +461. LL
Le premier argument des écrivains de Harlem est le témoignage de Junius. Nous l'avons déjà dit, il est impossible d'appliquer la narration de Junius à aucun des systèmes de ses divers commentateurs ; ce récit contient des assertions insoutenables; il ne fut composé que cent vingt-huitans aprèsl’événement et sur des oui-dire; aucun critique n’a pu jusqu'ici coordonner entre-eux les faits rapportés par Junius, tant sa narration est inexacte et contradictoire; les
quiere , de Desroches, de Lambinet, de La Serna Santander et de plusieurs autres bibliographes, on ne saurait préciser avec certitude l’époque de Pintroduction de l’art typographique dans les Pays-Bas. L’ignorance où nous sommes des premiers progrès de l’imprimerie hors de la ville de Mayence tient à deux causes principales : les nombreux déplacements des imprimeurs pendant le xv° siècle, et l’usage de quelques-uns d’entre eux, qui omettaient d’indiquer par uñe souscription leslivres sortis de leurs presses. Ainsi nous voyons, parmi les éditions de cette époque, plusieurs types qui, comme ceux du Speculum, appartiennent à des imprimeurs inconnus aujourd’hui, Ce n’est qu’après avoir recueilli des notions nouvelles sur ces types anonymes, et sur la résidence des artistes qui les ont employés , queles bibliographes pourront enfin tracer un tableau complet et fidèle de l'établissement de l’imprimerie en Europe.
(121) moindres. particularités de cette narration sont encore à prouver ; Junius n’écrivit son livre que dans la seconde moitié du xvr° siècle, et de tous les écrivains et chroniqueurs du xv‘° et de la première moitié du xvi° siècle , aucun n’attribue l'invention des caractères de fonte à Laurent Janssoen, ni même aux Hollandais ; Meerman, homme plein d’érudition et de savoir, qui s'était livré particulièrement à l'étude des origines typographiques, qui connaissait tout ce que les auteurs du xv° au xvr° siècle ont écrit sur la découverte de l'imprimerie, était convaincu que les caractères de fonte avaient été inventés à Mayence et non à Harlem; les partisans de Junius , malgré des investigations sans nombre, n’ont pu produire jusqu'ici un livre dont la souscription parle de Laurent ou de ses successeurs ; ils n’ont pu découvrir même à Harlem un document contemporain où l’on donne à Laurent la qualité de graveur, d’imprimeur ou d'artiste; mais il faudrait un volume pour examiner la narration de Junius dans tous ses détails , et nous ne devons nous occuper ici que du Speculum. Or, M. Ottley a prouvé que la première édition de ce livre imprimée avec des caractères mobiles était une édition latine, et MM. Koning, Ottley, etc. ont prouvé que cette même édition était imprimée avec des caractères de fonte. De deux choses l’une : ou Junius ignorait les faits principaux qui avaient ac-
(12) compagné la publication du Speculum, la langue dans laquelle ce livre était écrit, la nature des caractères qui avaient servi à l’imprimer , etc. ; ou Junius a voulu parler d’une édition inconnué aujourd’hui.
Dans le premier cas, Junius, parlant d'un livre qu'il ne connaissait pas, avançant sur ce livre des assertions reconnues fausses, ne mérite aucune créance. |
Dans le second cas Junius indiquant une édition du Speculum que personne jasqu’ici n’a sa découvrir; les Hollandais ne peuvent se prévaloir du témoiguage de cet écrivain pour assigner une date aux éditions connues de l’ouvrage.
M. Ottley, qui défend avec chalenr Junius et son récit, veut faire remonter l'édition latine À. à l’année 1440. La Biblia paxperum, dit-il, a été imprimée en 1450; les figures du Speculum ont étè gravées dix ans après par le même artiste; donc, la première édition du Speculum (latine À.) a paru vers 1440 (1). Dans cette circonstance, M. Ottley a confondu Île graveur et le typographe, et il suffira pour le réfuter , de poser nettement la question. |
Quelques bibliographes, Papillon (2}entreautres,
(1) An inquiry. T. I, p. 230-233.
(2) Traité hist. et pratique de la gravure en bois. T. 1, p. 100 et
ont prétendu que les figures du Speculum avaient été imprimées longtemps avant les textes , c’est-àdire que peu après la découverte de la typographie, des artistes se procurèrent des exemplaires du Speculum où 8e trouvaient seulement les figures, et qu'ils ajoutèrent les textes au moyen des caractères mobiles nouvellement inventés. MM. Ko-. ning (1) et Ottley (2) se sont élevés contre cette conjecture, qui nous paraît dénuée de vraisemblance; mais la question n’est point là : car, dire avec M. Ottley que les figurés et les textes du Speculum ont été imprimés en même temps et dans le même atelier , ce n'est point prouver que Îles Caractères soient de la même époque que les planches des figures. Lorsqu'on imprima pour la première fois le Speculum avec des caractères de fonte, les planches pouvaient avoir trenté ans de service , et les caractères n'être fondus qué de la veille. Et quand M. Ottley aurait démontré que Îa Biblia pauperum est de l’année 1450; qu’elle fut publiée en Hollande (hypothèse contredite par le manuscrit de: Parcimonius, dont M. Ottley n’a pas jugé à propos. de parler), et enfin que les figures du Speculum furent gravées en 1440; il lui resterait toujours à prouver le fait principal, à savoir que les caractères de fonte du Speculum sont antérieurs à l’année 1461.
(1) Dissertation , p. 26.
(2) An inquiry, T. 1, p. 204, note.
Pour fixer la date des éditions du Speculum, M. Koning a eu recours aux filigranes du papier (1): il désigne les suivants (2) : Une tête de bœuf; — une tête de bœuf avec les armes de Bavière; —un lys ; — une licorne ; — une double clef ; —une main ; —une roue; — un cercle contenant les lettres MA et les armes de Bavière ; — un P ; —et deux écussons indéchiffrables. « Le lys, continue M. Koning, la licorne, la double clef, la main et la roue ne se rencontrent jamais dans les livres imprimés à Mayence ; la tête de bœuf avec les armes de Bavière , et le filigrane où se trouvent les lettres MA avec les armes de Bavière , indiquent un papier fabriqué sous le règne de la comtesse Jacqueline en Brabant et dans le Haivaut. Le filigrane avec les lettres M A indique un papier fabriqué sous le règne de Marguerite, mère de Jacqueline et veuve de Guillaume VI, comte de Hollande. La lettre P se voit dans la plupart des livres imprimés en Hollande vers la fo du xv° siècle , et non dans les livres imprimés en Ita-
(1) Meerman dit, en parlant des filigranes des Speculum : « Ex- « perientia vero edoctus sum, veterum librorum pluribus inter se « collatis exemplis diversa nonnunquam in eodem libri folio pro- « dire insignia ; sive quod a diversis chartariis papyrum emerit ty- « pographus , sive quod pluribus signis idem quandoque usus fuerit « chartarius. Manca igitur sunt omnia, quæ ex signis chartaceis pe- « tuntur, argumenta, ut bene quoque Gros de Boze, Dav. Clemens « et Fournierus ostenderunt ». (Origines typogr. T. I, p. 102.)
(2) Dissertation, p. 32-38.
(15) lie et en Allemagne: ce filigrane indique un papier fabriqué sous le règne de Philippe de Bourgogne ». De tout cela, M. Koning conclût que le papier des quatre éditions sans date du Speculum n’a été fabriqué ni à Mayence ni en Allemagne , mais dans le Brabant (1) ; et il ajoute : » Que si les marques (les « filigranes) ne prouvent pas suffisamment en quelle « année ces ouvrages (les quatre Speculum) ont été « imprimés , cependant les marques du papier prou- « vent que les susdits ouvrages imprimés ont vu le « jour entre les années 1420 et 1440 (2) ». Et sur quoi se fonde M. Koning pour tirer cette conclusion? La lettre P se voit dans les livres imprimés en Hollande vers la fin du xv° siècle; cela prouve apparemment que les caractères du Speculum ont été fondus en 1440; plusieurs filigranes ne se trouvent point dans les livres publiés à Mayence : voilà un argument qui prouve que les Speculum n’ont pas été imprimés à Mayence. Et quand M. Koning aurait démontré, ce qu'il n’a pu faire, que les papiers des Speculum ont été fabriqués à Harlem, en 1420 ou 1440, aurait-il la prétention d’avoir prouvé par là que les Speculum ont été imprimés à Harlem en 1440? Ce papier ne pouvait-il pas
(1) M. Koning dit, p. 35, que les moulins à papier n’existaient point encore en Hollande vers le milieu du xv° siècle, (2) Dissertation, p. 57.
rester vingt ou trente ans en magasin , soit chez le fabricant , soit chez le marchand , soit chez l’imprimeur : de pareilles hypothèses ne valent pas la peine d’être réfutées. M. Ottley (1) a été plus circonspect ; il a voulu seulement prouver par les filigranes du papier que les Speculum avaient été publiés en Hollande , fait qui nous paraît démontré par des arguments plus solides ; mais il n’a pas eu la prétention de prouver que le poëme avait été imprimé en 1440 , par cette raison que le filigrane était un P ou tout autre signe aussi concluant.
Pour dernier argument , les partisans de Harlem disent que Les éditions du Speculum portent en #ilesmêmes les preuves de leur haute antiquité. Le papier est de mauvaise qualité ; les lignes sont irrégulières; plusieurs syllabes sont coupées par le milieu ; excepté le point qu’on trouve dans l’édition latine À. et dans les deux éditions hollandaises , il n’y a aucune ponctuation. L’imprimeur ignorait l’art d’espacer les mots; la justification est inégale ; l’encre est pâle ; les fautes d'impression sont nombreuses ; les caractères grossièrement taillés , etc. Toutes ces imperfections montrent Pignorance et l'incapacité de l’imprimeur des Speculum , mais elles ne nous paraissent nullement de nature à démontrer que l’édition latine A. ait paru avant
(1) An inquiry. T. I, p. 220 et suiv.
(12) l’année 1461. Il est impossible de &xer , avec des données aussi vagues, l’époque précise de l’impression d’un livre ; et , sans aller fort loin chercher des exemples de la faiblesse de ces arguments , rappelons aux écrivains du parti de Harlem leurs propres opinions sur les quatre éditions sans date du Speculum. Meerman et M. Koning ont toujours prétendu que l'édition hollandaise B. étant la plus incorrecte et la plus défectueuse , devait être regardée, pour cette raison , comme la plus ancienne des quatre. Meerman dit, en parlant de cette édition (hollandaise B.) : « Figuræ hic pallidiore atramenti « genere, quamin seauentibus editionibus , impres- « sæ; quod aqua modo dilutum fuisse probat exem- « plum bibliothecæ publicæ (urbis Harlemi).. Ty- « pus paulo minutior est, quam qui ad reliquas edi- . « tiones usurpatus, sed minori cura et fabricatus et « ad impressionem adhibitus.….... Denique tot tan- « taque in hoc opere elucent antiquitatis vestigia, « ut bona fide pronunciare possim, nullum sese mihi « (qui principes Fausti aliorumque éditiones , par- « Lim in propria mea bibliotheca, partim apud alios, « Cum Cura examinavi bene multas) obtulisse un- « quam librum alibi terrarum excusum ,qui cum eo « (Speculo editionis Batavæ B.) de primatu certare « possit (1) ». M. Koning est aussi explicite : « La
(1) Origines typogr. T. I, p. 118—120.
(128 ) multitude des fautes d'impression que l’on rencontre dans le premier Speculum hollandois (édition hollandaise B.), et qui ne se trouvent point en si grand nombre dans aucun autre livre , prouvent déjà que celui-là est un des premiers (1) ». Dans
un autre passage, après avoir dit que l’encre de l'édition hollandaise B. était plus pâle que celle des trois autres , M. Koning ajoute : « Particularité qui
prouve déjà par elle-même que le premier Speculum hollandois (édition hollandaise B.) est effectivement le plus ancien, et a précédé le Speculum latin (2) ». Enfin, dans les conclusions qui termi-
uent son ouvrage, M. Koning s'exprime ainsi : « Les
LS
mæ
nombreux défauts que l’on découvre dans tous les objets et les instruments employés à ce livre (édition hollandaise B. du Speculum) nous démontrent incontestablement qu’il a été exécuté à l’époque où (sic), et par les personnes par qui (sic) les lettres fondues ont été inventées ; que si, selon le cours naturel et ordinaire des choses dans toutes les inventions des hommes , les premiers essais se distinguent par la simplicité, la défectuosité et l'imperfection , le premier Speculum hollandois (édition hollandaise B.) peut et doit, à juste titre, être regardé comme le premier essai complet de
(1) Dissertation, p. 28, note.
(2) Ibid. p. 25.
( 129 ) « l’art nouvellement inventé de l'imprimerie avee « des lettres fondues et mobiles (1). » Eh bien ! je le demande, que deviennent tous ces arguments ? M. Ottley n’a-t-il pas fait voir que cette édition hollandaise B. , si incorrecte et si grossière, était la dernière des quatre, c’est-à-dire que loin d’avoir été imprimée à l’époque de l'invention des caractères de fonte, et par leur inventeur, elle fut publiée quelques années avant 1485 , lorsque déjà les imprimeries d'Allemagne, de France et d'Italie avaient produit des chefs-d'œuvre de correction et d’élégance ? Avouons franchement que pour prouver qu’un livre est le premier monument de l’art typographique , il ne suffit pas de produire un volume sans date , plein de fautes , imprimé avec une encre pâle et des caractères usés ; avouons que, pour infirmer les témoignages des auteurs du xv° et de la première moitié du xvi° siècle , il ne suffit pas de produire le récit incohérent d’un compilateur de la dernière moitié du xvi°, écrivain convaincu d’ignorance ou de mepsange; non, ce n’est pas ainsi qu’on renversera l'opinion d’une foule de critiques éclairés, opinion fondée sur les témoignages des contemporains, sur des monuments authentiques , sur des livres datés et signés par les premiers imprimeurs de Mayence. Les types des Speculum apparte-
(1) Dissertation, p. 164.
haient à un imprimeur inconnu aujourd'hui. Prétendre que cet imprimeur est l’inventeur de son art, qu'il se nomme Jean Gutenberg, Pierre Schoiffer ou Laurent Janssoen, c'est une supposition que personne jusqu'ici n’a pu appuyer d'aucune preuve. Les éditions latines A. B. et hollandaises A. B. sont sans date; rien, ni dans les figures, ni dans les filigranes du papier, ni dans les caractères n’indique que l’une d’elles ait été imprimée avant l’année 1461.
De ce que nous avons dit sur le Speculum et ses diverses éditions , nous tirerons les conclusions suivantes :
1° Le poëme a été composé en 1324, l’auteur est
inconnu. | 2° La première édition est une édition latine, xy-
lographique , et sans doute conforme , pour son
contenu , aux éditions latines A. et B.
3° La première édition imprimée avec des caractères
mobiles est l'édition latine A.
4° Les éditions latines A. B. et hollandaises A. B.
furent publiées en Hollande entre les années 1461
et 1483.
On nous demandera de préciser la date de chacune de ces éditions, d'indiquer la ville où elles furent publiées, de nommer l’imprimeur : toutes ces questions ne peuvent être résolues qu'à Faide de découvertes nouvelles ; jusque-là ces faits reste-
( 131 ) ront douteux. L'esprit de parti donne des suppositions pour des arguments, des conjectures pour des preuves; l'esprit de critique se contente des faits qui sont démontrés vrais et authentiques ; il laisse au nombre des choses douteuses ce qu'il ignore ou ne peut expliquer.