livre avec date orné de figures gravées sur bois qui
ait été imprimé en France.
Si, pendant la seconde moitié du xv° siècle, la ville de Lyon était pauvre de graveurs sur bois, elle était du moinsabondamment pourvue de traducteurs féconds et laborieux; la Bible historiée, le Propriétaire des choses de Barthélemy de Glanville, le Bélial, le Fardelet des temps, le Miroir de la vie humaine de Rodriguez, et d’autres ouvrages furent à cette époque traduits en français et imprimés à Lyon. Julien Macho, frère de l’ordre de Saint-Augustin de Lyon, est auteur de plusieurs de ces traductions; c’est en-
core lui qui traduisit le Speculum. L'édition de 1478 D
ne porte point de nom d’imprimeur. M. Brunet (1) suppose qu’elle fut imprimée par Guillaume le Roy; cependant les caractères n'ont aucune ressemblance avec ceux des livres publiés par cet artiste; ils auraient plutôt de l’analogie avec ceux de Mathias Husz, qui imprima, comme nous le verrons plus loin, quatre fois la traduction française du Speculum. | |
B. Le mirouer de laredemption de lumain lignage. Lyon, 1479, grand in-folio. (2)
195 feuillets ; 256 figures gravées sur bois ; caractères semi-gothiques , avec signatures, sans chiffres , initiales ni réclames ; imprimés à deux co- Jonnes de 47 lignes chacune ; sur le recto du feuillet 1, colonne 1 , on lit: |
Ous ceux qui éseignerôt les hômes a faire iustice serôt resplendissans ainsi q les estoilles
en perpetuites eternelles. Et pour ce moyennät la grace de dieu ie suis
Le Miroir commence sur le recto du feuillet 4, colonne 1, par ces mots :
Cy commence le mirouer de la redemption de lumain lignage translate de latin en fran coys selon lintencion de la saincte escripture
(1) Nouvelles recherches bibliogr. T. JI, p. 248. (2) La Bibliothèque royale possède un exemplaire de cette édition.
( 67 ) * Et premieremèt côment lucifer par son or gueil fut iette de la hautesse du ciel au par fond défer. au. xiiii. c. de ysaye, 2 au. xii.c. de . lapocalipse.
Sur le verso du 195° et dernier feuillet, colonne 2: on lit la souscription suivante :
Cy finist le liure du mirouer de la redèp |
. æion de lumain lignage translate de latin en francoys selon linteneion de la saincte
- escripture veu 2 corige 2 trâäslate par re uerëd docteur en theologye Frere iulyen des augustins d’ lyon. selon le sens de la lre comme yl porra apareystre a ceux à diligenmen mectront paine a le Iyre et bien entendre et a este imprime lan de lin carnation nostre seigneur couràt. Mille.
£ece. Ixxix. le xxviii. iour daoust,
Cette édition est conforme pour le contenu à la précédente, les figures ont été imprimées avec les mêmes planches. Les caractères sont les mêmes que ceux du Bélial. Lyon, Mathias Husz, 1484, in-4°, du Miroir de la redemption de l'humain lignage, Lyon, Mathias Husz, 1485, in-folio ; du Boccace, Dechiet des nobles hommes et femmes. Lyon, Mathias Husz et Jehan Schabeler, 1483, in-folio ; l'identité des caractères du Miroir de 1479 et de ceux des livres imprimés quelques années plus tard par Mathias Husz prouve
( 68 ) que cet imprimeur qu’on croyaits’être établi à Lyon seulement en 1482, y exerçait déjà son art en 1479, date de cette édition. 7
C. Le mirouer de la redemption de lumain lignage. Lyon, 1482, in-folio. |
5 Feuillets préliminaires non chiffrés et 201 feuillets chiffrés; 257 figures gravées sur. bois; imprimé à deux colonnes de 46 lignes chacune, sans signatures, réclames ni initiales ; sur le recto du feuillet 1, colonne ?, on lit :
Oous ceulx qui éseignerôt les hômes a faire iustice serût resplendissans ainsi G les estoilles en perpetuites eternelles. Et pour ce moyennät la grace de dieu ie suis
Sur le recto du feuillet 4, colonne 1, on lit:
Ny Commance le mirouer de .la redemp Ci de lumain lignage träslate de lati en frâäcoys selô lintétion de la saïcte escripture. Et premierement comment lucifer par son orgueil fut gecte de la haultesse du ciel au parfond défer au. xiiii. chapitre de ysaie. et au. xii. chapitre de lapocalipse.
(69) Sur le recto du dernier feuillet, colonne 2, on lit la souscription suivante :
Cy finist te mirouer de la redemptio de lumaïin lignage träslate de latin en frà coys selon lintencion de la saincte escripture veu corrigé 2 translate par reuerend docteur en theologie Frere iulien des au gustins de lyon. selon le sens de la lectre comme 1l pourra apparestre a ceulx qui diligèément mectront paine a le lire et bié entendre et a este imprime lä de grace mil cecc. Ixxxit. le. xu. iour de may.
Cette édition, conforme pour les textes aux deux précédentes et dont un exemplaire se trouve à la Bibliothèque royale et un autre au Musée Britannique (1), aété impriméeavec les caractères de Mathias Husz; les figures sont les mêmes que celles de l’édition allemande de 1476, et dés éditions lyonnaises de 1478 et 1479.
D. Le miroir de la redemption de lumain lignaige. Lyon , Mathias Husz, 1485. In-folio,
5 Fenillets préliminaires non chiffrés et 201 feuillets chiflrés: avec signatures, sans réclames,
(1) Catal, biblioth. Musæi Britannici. in-8° vol. 1v.
(70) imprimés à deux colonnes de 46 lignes chacune; 258 figures gravés sur bois. Sur le recto du feuillet
1, colonne 1, on lit :
Ous ceulx qui enseigne-
ns ront les hômes a faire iu-
T stice seront resplendissans
| ainsi q les estoilles en per petuites eternelles. Et po?
ce moyennant la grace de dieu ie suis dispose de côposer ung liure
Sur le recto du feuillet 5, colonne 1, on lit:
y commence le mirouer de la redem pti de lumain lignaige träslate de latin en fräcoys selon lintecion de la sairi te escripture. Et pmieremet 9omèt lucifer p son orgueil fut gecte de la haultesse du
- ciel au pfond denfer au. xüii. chapitre de ysaie. et au. xii. chapitre de lapocalipse.
Sur Îe recto du dernier feuillet, colonne 2, on lit la souscription suivante :
Gy finist le miroer de la redéption delu main lignaige translate de latin en francoys selon lintècion de la saincte escriptu re/ veu corrige 2 translate p reuerend docteur en theologie Frere iulien des augustins de lyon/ selon le sens de la lectre côe il pourra apparaistre a ceulx à diligémèt mectront peine a le lire et bien entèdreet
re mn
(71) a este imprime p maistre mathis huz lan de grace mil. cccc. Ixxxiii.
La Bibliothèque royale possède un exemplaire de cette édition, quiest conforme aux précédentes ; les figures ont été imprimées avec les mêmes planches.
E. Le mirouer de la redempcion de lumain lignaige. Lyon, 1488. In-folio. (1)
172 Feuillets chiffrés; 257 figures gravées sur bois ; avec signatures, sans réclames ni initiales ; imprimés à deux colonnes de 50 lignes chacune; le Miroir commence sur le recto du feuillet 2, co lonne 1, par ces mots:
Cy commence le mirouer de la redépcion de lumain lignaige translate de latin en francoys selon lintencion de la saincte escripture. Et pmieremét coment lucifer par son orgueil fut iecte dela haultesse du ciel au parfont den: ferau. xiili. c. de ysaie 2 au xil. C. d’ lapo@Mipse
Sur le verso du feuillet 169, colonne 2, ou lit la souscription suivante :
Cy finist le mirouer de la redempcion delu main lignaige translate de latin en francoys se
(1) La Bibliothèque royale possède un exemplaire de cette édition ; il est imparfait des feuillets 1, 8, et 42.
fon lintencion dela saincte escripture par reue: rend docteur en theologie Frere Julien de lor: dre des augustins du couuent de lyon selon le sens de la lectre comme il pourra apparoistre a ceulx à diligéement mectront peine de lelire et bien entendre. Et puys apres corrige et mys plus au vray par reueret docteur en theologie frere Guillaume lemenäd de lordre des freres mineurs de lobservance. Lan mil. cccc. et Ixxxviii.
Les trois derniers feuillets contiennent : 1° une table des matières par ordre alphabétique; 2° une table des Épttres et des Évangiles pour tous les dimanches de l’année; 3° Une table des Epiîtres et des Evangiles pour les fêtes des saints et des saintes. Le volume finit sur le recto du feuillet 172, colonne 2, ainsi : |
Cy finit la table de ce present liure intitule le Mirouer de la redempcion humaine.
Au is de la page se trouve le monogramme de Mathias Husz, une M. et une H gothiques, terminées par une croix; une marque semblable se trouve à la fin de la Legenda sanctorum, Lyon, Mathias Husz, 1486; petit in-folio. Les caractères sont les mêmes que ceux de l'édition précédente; les ligures unt été imprimées avec les mêmes plauches; revuc et corrigée par Guillaume Lemenand,
Qu de Pr de
(73) de l’ordre des Frères Mineur de l’Observance, cettes édition , indiquée par Duverdier (1) n’a reçu aucune augmentation.
Voilà donc six éditions du Speculum ( Bâle, 1476; Lyon, 1478, 1479, 1482, 1485 et 14838), dont les figures ont été imprimées avec les mêmes planches ; Mathias Husz employa encore quelques-unes de ces planches dans d’autres livres imprimées par lui, entre autres la Vita Christi, Lyon, 1493; 2 vol. petit in-folio. Le cardinal de Loménie de Brienne possédait un ouvrage. in-folio composé de 33 feuillets, et dont les 52 premiers contenaient sur chaque page 4 figures gravées sur bois, accompagnées d’un texte manuscrit, tantôt latin, tantôt allemand (2); les figures, dit le Père Laire, quoique plus grossières, étaient semblables à celles du Miroir de la . Rédemption de l'humain ligraïige, Lyon, 1479 et 1483.
F. Miroir de la Rédemption humaine, transi. par E. Julien. Paris, 1493. In-folio.
Un exemplaire de cette édition se trouve au Musée Britannique. (3)
(1) T. IV, pag. 552, édit. de Rigoley de Juvigny.
(2) Fr. Xav. Laire, Index librorum. T. I, pag. 4, n° 4. Ces 33 feuillets étaient reliésavec un manuscrit de l’année 1344, intitulé : Compilatio librorum historialium totius bibliæ & fratre Johanne de Utino. Le volume fut veadu 700 fr.
(3) Catal. biblioth. Musæi Britannici, in-8°, vol. 1V.
(74) G. Le Miroir de l'humaine Rédemption, Paris, Philippe le Noir, 1531, in-folio.
Traduction de Julien Macho, indiquée par Duverdier. (1)
H. Le mirouer de la redemption humaine. In-folio.
211 Feuillets; 231 figures gravées sur bois (2); caractères gothiques; avec chiffres et signatures, sans réclames ; imprimés à deux colonnes de 41 lignes chacune ; sur le recto du feuillet, 1 on voit une figure en bois qui occupe toute Îa page ; sur le verso, colonne 1, on lit: |
Ous ceulx qui enseigneront les hômes a faire iustice serôt resplé dissans ainsi que les estoilles en perpetuites eternelles. Et pour ce moyennäat la grace de dieu ie suis dispo
L'ouvrage finit au verso du dernier feuillet, colonne 2, par ces mots:
si voient noz crois qui ne voient pas nos oïgtures. Et celui q aura ces choses en soy
(1) Edition de Rigoley de Juvigny. T. V, p. 101. |
(2) La Bibliothèque royale possède de cette édition un exemplaire imprimé sur vélin; les figures sont plus petites que celles des éditions précédentes, clles sunt dues à un autre artiste.
(75 ) sera temple de dieu en lonneur de dieu et .
sera plainement digne % dieu habite en lui par grace 3 par gloire. Laquelle chose celui nous vueille dôner qui vit 2 regne par to9 les siecles des siecles. Amen. |
Cette édition ne porte aucune indication d'année, de ville, ni d’imprimeur. Selon M. Van Praët (1), elle fut publiée à Paris par Antoine Verard, vers l’an 1500. L’exemplaire de la Bibliothèqne royale est, je crois, imparfait ; il ne contient ni table, nt prologue ; on a ajouté à la fin une table manuscrite pour les Épiîtres et les Évangiles.
I. Le miroir de la redemption humaine, Paris, Antoine Verard ; sans date. In-folio. |
224 Feuillets chiffrés et 4 feuillets non chiffrés, caractères gothiques imprimés sur deux colonnes de 41 lignes chacune, avec signatures et 252 figures gravées sur bois. Un grand nombre de ces figures ont été imprimées avec les mêmes planches que celles de Pédition précédente. Sur le recto du feuillet 1 on lit: |
| | Es miroir de la redemption humaine Imprime a paris. |
(1) Catal, des livres imprimés sur vélin de la Bibliothèque d= Roi. T. I, p. 47.
Sur le verso du feuillet 1, colonne 1, commence la préface ainsi :
Ous ceulx à enseigneront les
T hôme’ à faire iustice seront res plédissans ainsi &q les estoilles
en perpetuites eternelles. Et pour ce moy
Le Miroir se termine au feuillet 221, verso, colonne 1, par la souscription suivante:
Cy fine le miroir de la redemption humaine imprime a paris pour anthoine verard marchant et libraire demou rant en la rue saint Jaques pres petit pont a lenseigne saint iehan levangeli:
ste ou au palays au premier pillier de:
vant la chapelle où len chäte la messe de mes seigneurs les presidens.
Les 4 derniers feuillets contiennent la table des malières.
La Bibliothèque royale possède de cette édition un exemplaire très bien conservé; l'exemplaire du Musée britannique (1), imprimé sur vélin , appartient sans doute à cette même édition.
(1) Catal. bibliolh. Musæi Britannici, in-8°, vol. IV.
K. Le Miroir de la rédemption humaine, tränslaté de latin en françois. par J. Macho. Paris, Nic. Desprez, pour Jehan Petit. In-folio, goth. fig. en bois.
Edition dont un exemplaire se trouvait dans la bibliothèque du duc de la Vallière (1); 4 feuillets non chiffrés et 191 feuillets chiffrés, terminés par ces mots: Cy fine le miroir de la redemption humaine imprime a Paris par Nicolas desprez demourant deuant le petit huys sainct estienne des gres Pour iehan petit marchand libraire... demourant en la grant rue sainct, iacques a lenseigne du lion d'argent, etc. (2)
On a remarqué en parcourant la liste des diverses éditions et traductions du Speculum, que ce livre a subi plusieurs changements ; les manuscrits sont composés de 45 chapitres, les éditions latines A. B. et hollandaises A. B. C. furent réduites à 29; une partie de l'édition hollandaise C. contient 32 chapitres ; dans l'édition latine-allemande de Gunter Zeiner, les 45 chapitres du Speculum humanæ salvationis sont abrégés et mêlés au Speculum sanctæ Mariæ ; l’édition de Bâle, 1476, nous offre une nouvelle différence : les 45 chapitres du Speculum sont
(1) Catal. des livres du duc de la Vallière. T. I, p. 38, n° 126. (2) Voy. M. Brunet, Nouv. recherches bibliogr. T. 11, p. 249.
= 10 joints à d’autres ouvrages que nous avons indiqués; les traductions françaises faites sur l'édition allemande ne contiennent que 42 chapitres ; il n’existe aucune édition du Speculum imprimée en anglais, en italien ni en espagnol.
RE RE en
nt me tee te e—NEns u st A nn
Les opinions des critiques sur l’origine typographique du Speculum, sur la date qu’on doit assigner à la première édition, sur le lieu où elle fut imprimée, sont si diverses et si contradictoires, que pour discuter à notre tour ces questions, nous devons d’abord examiner les systèmes des auteurs qui ont traité le même sujet. Parmi ces auteurs les principaux sont : Adrien Junius, Mecermann, Heinecken, La
( 80 ) Serna Santander, MM. Daunou, Koning et Ottley ; rapporter en détail les nombreuses hypothèses des autres bibliographes serait nous jeter dans de fastidieuses et inutiles répétitions.
Dans le catalogue des Speculum décrits plus haut, nous avons surtout remarqué les éditions latines A. B. et hollandaises A. B. C., dont les figures ont été imprimées avec les mêmes planches; l'édition hollandaise C. est la seule avec une date, elle fut publiée en 1483 par Veldener, qui scia en deux les planches des figures; ce fait prouve d’une manière évidente que les quatre éditions sans date (latines A. B. et hollandaises A. B,) sont antérieures à l'année 1483. Ces quatre éditions qui ne portent aucune indication de ville ni d'imprimeur sont celles qui nous occuperont particulièrement dans la seconde partie de cette notice. (1)
(1) En parlant du Speculum , plusieurs écrivains ont cité des éditions qui n’existaient pas, d’autres ont donné sur les éditions déjà connues des renseignements inexacts; nous devons relever ici ces erreurs dont quelques-unes appartiennent à des auteurs connus et accrédités. Pierre Bertius (*) rapporte qu’il a vu à Leyde, chez Scriverius, un $peculum latin et xylographique. Cette assertion a été souvent répétée par les bibliographes, entre autres, par Four. nier (**); cependant comme on peut s’en convaincre en lisant la description que Bertius donne de l'ouvrage et comme l’a fait remar-
quer Scriverius en 1628 (***), Bertius a pris un exemplaire dela
(*) Comment. rer. Germanic. Amst. 1616, lib. mi, in-do. p. 613. , {**) De l’origine et des productions de l'imprimerie. 1759, p. 159. (#*+) Laurecrans, p. 102, vel apud Monum. Wolfü, T, 5, p. 414.
( 81 ) Lepremieréerivain qui parle du Speculumest Adrien
Biblia pauperum pour un Speculum. Sallengre dit dans ses Mémoires de littérature (*): « On m’a fait voir (a Harlem) un livre écrit en « hollandois, intitulé Spiegel onser behoudenissé en grand-octavo, « qui, à ce qu’on prétend, est le premier que Laurent Coster ait im- « primé des deux côtez. L’année ni le lieu de l’impression n’y sont “ point marquez ». Sallengre a vu à Harlem un exemplaire de l'édition de Veldener , la seule publiée en hollandais en format petit in-4°, et dont les feuillets soient opisthographes, L'abbé Pluche dit en parlant du Speculum des Célestins (édition latine A.) : « On « montre à Harlem un exemplaire du même Speculum imprimé « pareillement sur bois (**) ». Le Speculum latin qui est à l’hôtel de ville de Harlem et celui qui appartenait aux Célestins de Paris sont imprimées tous deux avec des caractères mobiles. L'abbé Rive, qui avait annoncé une Histoire des livres xylographiques, qu’il n’a jamais publiée, distingue quatre éditions latines du Speculum qu'il avait, dit il, vues à Paris (***), Ce bibliographe fait trois éditions différentes des exemplaires de Sorbonne, du Roi et de Gaignat, tous de la même édition (latine B.). Lambinet, eu décrivant un exemplaire de l'édition latine B que possède la Bibliothèque royale s’exprime ainsi : « Des 58 planches, le texte, dans 27, est gravé «en bois fixe, et dans 27 autres il est en caractères mobiles de fonte « (****) ». Apparemment Lambinet n’avait pas pris la peme d’examiner le livre. Nous avons décrit les diverses éditions du Speculwm avec une exactitude scrupuleuse , prenant pour guides les bibliogra-
phes les plus estimés lorsque nous n’avions pas les volumes sous les yeux; et si dans la nomenclature que nous avons donnée, quelque édition à nous inconnue a été omise, ce ne peut être qu’une édition postérieure, dont l’existence est indifférente pour la question que nous allons traiter,
(*) Edition de 4718, T. LE, p. 394, :
(**) Le: Spectacle de la nature. 1746.5T. VII, p. 207. (°**) La chasse aux bibliographes, p. 315-317. (**%+) Origine de l'imprimerie, 1810. T. L, p. 73.
Junius, auteur d’une Histoire des Pays-Bas dans laquelle il a inséré une relation de la découverte de l'imprimerie. L’historien hollandais prétend que le Speculim est le second ouvrage publié à Harlem par l'inventeur de l’art typographique ; il rapporte ce qui suit :
Te
‘il ya cent vingt-huit ans demeurait à Harlem un certain Laurent , fils de Jean, surnommé Coster, c ’estàdire, sacristain ou marguillier; en se promenant dans un bois voisin de la ville (comme font après le repas ou les jours de fête les bourgeois désœuvrés), Laurent s’amusa à tailler en forme de lettres des petits morceaux d’écorce de hêtre ; avec ces lettres, il imprima sur du papier de courtes
sentences pour l'instruction de ses petits fils ; il |
inventa ensuite avec son gendre Thomas, fils de Pierre, une encre nouvelle plus visqueuse et plus tenace que l'encre ordinaire qui était trop coulante; puis il imprima des pages entières composées de figures et de lettres; ces premiers essais n'étaient impor que d’un seul côté du papier; ce livre < que ] ai vu était en langue vulgaire et d’un auteur inconnu, il portait | le titre de Speculum nostræ salutis; les feuillets avaient été collés l’un à l’autre par leurs côtés blancs; Laurent abandonna ensuite les caractères de bois de hêtre pour des caractères de plomb; mais trouvant ee métal mou etsans consistance, il employa descaractères d’é-
oo, Ne Le ee qe ee ee een “ee té
« tain; Laurent avait parmi ses ouvriers un certain « Jean, surnommé Faust, comme on le soupçonne ; « la nuit de Noël, cet ouvrier infidèle profitant du « moment où chacun était à l’église, s’empara des « outils et des ustensiles de l'imprimerie de son « maître et prit la fuite ; il se rendit d’abord à Am- « sterdam, de là à Cologne et enfin à Mayence où il « établit une imprimerie de laquelle sortirent en s 1442, deux livres imprimés avec les mêmes ca- «, ractères que ceux dont s'était servi Laurent à « Harlem. » Après ce récit que nous avons fort abrégé, Junius nous apprend qu’il a recueilli ces détails de la bouche de vieillards qui les avaient re-cueillis eux-mêmes de la bouche d’autres vieillards di de is de Laurent. «)
(1) Pour qu’on ne puisse pas nous accuser d’avoir fait dire à Junius des choses qu’il n’a point dites, ou d’avoir, à dessein, omis dans sa narration des faits importants. nous la donnons ici telle qu’elle se trouve dans la Batavia, cap. xvur, p. 255-258 :
« Habitavit ante annos centum duodetriginta Harlemi in « ædibus satis splendidis {ut documento esse potest fabrica quæ in hunc usque diem perstat integra) foro imminentibus e regione Palatii Regalis, Laurentius Joannes cognomento Ædituus « Custosve, (quod tune opimum et honorificum munus familia « eo namine clara hœreditario jure possidebat), is ipse qui nune « laudem inventæ artis Typographicæ recidivam justis vindiciis ac sacramentis repetit , ab aliis nefarie possessam et. occupatam, “ summo jure omnium triumphorum laurea majore donandus. Is « forte in suburbano nemore-spatiatus (ut solent sumpto cibo aut « festis diebuscives qui otio abundant) cœpit faginos cortices prin-
( 84 ) Junius ne dit pas en quelle année parut le Spe-
culum hollandais, il n’indique pas laquelle des deux
Æ La]
cipio in literarum typos conformare, quibus inversa ratione sigillatim chartæ impressis versiculum unum atque alterum animi gratia ducebat , nepotibus generi sui liberis exemplum futurum. Quod ubi feliciter successerat, cœpit animo altiora (ut erat ingenio magno et subacto) agitare , primumque omnium atramenti scriptorii genus glutinosius tenaciusque , quod vulgare lituras trahere experiretur, cum genero suo Thoma Petro, qui quaternos liberos reliquit omnes ferme consulari dignitate functos (quod ed dico ut artem in familia honesta et ingenua, haud servili, natam intelligant omnes) excogitavit, inde etiam pinaces totas figuratas additis caracteribus expressit, quo in genere vidi ab ipso excusa adversaria, operarum rudimentum paginis solùm adversis, haud opistographis (sic): isliber erat vernaculo sermone ab auctore conscriptus anonymo, titulum præferens, Speculum nostræ salutis. in quibus id observatum fuerat inter prima artis incunabula (ut nunquam ulla simul et reperta et absoluta est) uti paginæ aversæ glutine commissæ cohærescerent , ne illæ ipsæ vacuæ deformitatem adferrent. Postea faginas formas plumbeis mutavit, has deinceps stanneas fécit, quo solidior minusque flexilis esset materia, durabiliorque : e quorum typorum reliquiis quæ superfuerant conflata œnophora vetustiora adhuc hodie visuntur in Laurentianis illis, quas dixi, ædihus in forum prospectantibus, habitatis postea à suo pronepote Gerardo Thoma , quem honoris caussa nomino, cive claro, ante paucos hos annos vita defuncto sene. Faventibus, ut fit, invento novo studiis hominum, quum nova merx, nunquam antea visa, emptores undique exciret cum huberrimo quæstu , crevit simul artis amor , crevit ministerium , odditi familiæ operarum ministri, prima mali labes, quos inter Joapnes quidam , sive is (ut fert suspicio ) Faustus fuerit ominoso cognomine , hero suo infidus et infaustus , sive alius eo nomine , non
éditions hollandaises a été imprimée par Laurent Janssoen; il ne donne aucune date précise; il com-
magnopere laboro, quod silentum umbras inquietere nolim, contagione couscientiæ quondam dum viverent tactas. Is ad operas excusorias sacramento dictus, postquam artem jungendorum characterum, fusilium typorum peritiam , quæque alia eam ad rem spectant, percalluisse sibi visus est , captato opportuno tempore, quo non potuit magis idoneum inveniri , ipsa nucte quæ Christi natalitiis solennis est, qua cuncti promiscue lustralibus sacris operari solent, choragium omne typorum involat, instrumentorum herilium ei artificio comparatorum supellectilem convasat, deinde cum fure domo se proripit, Amstelodamum principio adit , inde Coloniam Agrippinam, donec Magontiacum perventum est , ceu ad asyli aram, ubi quasi extra telorum jactum (quod dicitur) posi- : tus tuto degeret, suorumque furtorum aperta officina fructum huberem meteret. Nimirum ex ea, intra vertentis anni spacium (sic), ad annum a nato Christo 1442. lis ipsis typis, quibus Harlemi Laurentius fuerat usus, prodisse in lucem certum est Alexandri Galli doctrinale , quæ grammatica celeberrimo tunc in usu erat , cum Petri Hispani tractatibus , prima fœtura. Ista sunt ferme quæ à senibus annosis fide dignis , et qui tradita de manu in manum quasi ardentem tœdam in decursu acceperant , olim intellexi , et alios eadem referentes attestantesque comperi. Memini narrasse mihi Nicolaum Galium , pueritiæ meæ formatorem , hominem ferrea memoria et longua canitie venerabilem , quod puer non semel audierit Cornelium quendam bibliopegum ac senio gravem, nec octogenario minorem (qui in eadem officina subministrum egerat) tanta animi contentione ac fervore commemorantem rei gestæ seriem, inventi (ut ab hero acceperat) rationem, rudis artis polituram et incrementum, aliaque id genus , ut invito quo: que præ rei indignitate lachrymæ erumperent, quoties de plagio inciderat mentio : tum vero ob ereptam furto gloriam sic ira
mence sà relation par ces mots : Habitavit ante annos centum duodetriginta Harlemi,etc. Junius écrivit sonhistoire des Pays-Bas selon Seiz en 1562 (1), et selon
À 3 2 A 2% A A 2 na
exardesceré solere senem, ut etiam lictoris exemplum eum fuisse editurum in plagiarium appareret, si vita illi superfuisset : tum devovere consuevisse diris ultricibus sacrilegum caput, noetesque illas danmare atque execrari, quas una cum scelere illo, commumi in cubili per aliquot menses exeygisset. Quæ non dissonant à verbis Quirini Talesii Cos. eadem fere ex ore librarii ejusdem se olim accepisse mihi confessi. Ista dictare me compulit cupiditas et studium defendendæ veritatis, quamvis illa odium sui plærunque parere soleat : in qua tuenda potius quam ut deserere vadimonium velim , ad suscipiendum odium paratior sim ac promptior. Nam istud facile ponent, qui rem ipsam sincere ac candide indagabunt et expendent, tanquam in Critolai bilance appensam : at veritatis, quæ Dei imago quædam est, qui non libenter patrocinine suscipiat, vix bominis appellationem mereri existimo, cujus cura atque amore nihil cuiquam vel sanctius vel antiquius esse debet. Tuendo veritatem et constabit saus urbi nostræ honos in cite ereptam inventionis pulcherrimæ gloriam recuperaturæ, et cadet eorum arrogantia , quos falsam alienæ 'gloriæ hæreditatem cernere non puduit, et quasi dejectis de ponte sexagenariis alieni juris possessionem superbe usurparunt. At vereor ut surdis ista auribus canantur : utcunque tamen erit, juvabit me et memoriæ inventoris et gloriæ urbis pro virili consuluisse, dum apud leves et veri incuriosos animos plus valet præjudicium opinionis (quod antea quoque testatus sum ) quam cum ratione auctoritas. Quæ injuria mussitanda est et devoranda parum lubentibus. Quanquam dolendum minus foret eam laudem in clarissimam Germaniæurbem; velut aliam in familiam, transisse, si non plagio, sed recta ratione factum id fuisset, etc., etc.
(1) Het derde Jubeljaar der uitgevondene bockdrukkonst, 1740,
caps IV, p. 92 et suiv.
Scriveriusen 1568 (1); ces calculs nesotit que dés conjectures ; la Batavia ne parût qu’en 1588, treize ‘ans après la mort de l'auteur, etMeerman avoue francliement (2) que l'historien "hollandais ignorait l’époque de l'établissement de l'imprimerie à Harlém ; mais laissons là Junius ét son récit, nous aurons occasion d'y révenir en examinent les: systèmes de es divers commentateurs, nous commençons par Meerman le plis habile d’entre eux.
Il est inutile tle rappeler ici-au letteur'les travaux si connus de Meerman ; les Origines typogräphicæ à sont remplies de recherches savantes 'et ‘curieuses sur l'histoire de l’imprimerie ; cependant, malgré l’érüdition variée et le style élégant de l’auteur , ‘son système sur la découverte de l’art typographiqne a été repoussé par la ‘plupart ‘des critiques. Voici, d’äprès Meerman, dans quel ordre fürent publiées les quatre éditions sans date du ou
Première édition hollandaise B.
Seconde édition latine B.
Troisième édition latine A.
Quatrième édition hollandaise À.
Ces quatre éditions, dit Meerman, ont été cé mées avec des caractères mobiles de bois (3). La : i .{1) Eaurecrans, cap. L, p. .
(2) Orig. typegr. T. 1, p.74 (3) Nous avons vu que l'édition latine B. contenait 20 feuillets xile-
( 88 ) première (hollandaise B.) fat publiée par Laurent Janssoen avant 1440. Dans cette édition l’encre est plus pâle que dans les suivantes, les caractères sont plus petits et fabriqués avec moins de soin; enfin l'exécution négligée et imparfaite du volume prouve suffisamment sa haute antiquité. (1)
La seconde édition (latine B.) a paru entre les années 1442 et 1450, les caractères mobiles sont d'une taille assez nette et on peut en conclure qu’ils sont plus modernes (2); cette édition est la première que publièrent les héritiers de Laurent, mais comme il fallait trop de temps pour graver de nouveaux caractères mobiles, ils prirent le parti de faire une édition xylographique et confèrent à un artiste le soin de graver sur des planches de bois tous les textes de cette nouvelle édition; un tiers de ce travail était déjà sous presse, lorsque la mort du graveur, ou une cause quelconque força d'interrompre l’impression; plus tard les héritiers de Laurent achevèrentle livre avec des caractères mobiles ; voilà, ajoute
graphiques, c’est-à-dire imprimés avec des caractères fixes. Ce fait u’a été contesté ni par Meerman, ni par aucun bibliographe ; ainst pour éviter des répétitions, lorsque nous dirons en parlant des caractères des Specnlum, caractères mobiles de bois, ou. caractères de fonte , le lecteur est prévenu que les 20 feuillets xylographiques de l'édition latine B. ne sont jamais compris dans cette désignation.
(1) Origines typogr. T. I, pag. 117 — 119.
(2) Loc. cit, TE, pag. 123.
Meerman, la raison pour laquelle cette seconde édition a été exécutée en partie avec des caractères mobiles, et en partie avec des planches de bois (1).
Les troisième et quatrième éditions (latine A. et hollandaise A.) ont paru entre les années 1450 et 1460. Meerman n'est pas très certain du rang qu’on doit leur assigner , cependant comme l'édition latine est imprimée avec une encre moins noire que la hollandaise, il donne à celle-ci le dernier rang (2); cette quatrième édition (hollandaise A.), continue Meerman, fut publiée 20 ou 25 ans après la première (hollandaise B.) (5); les figures sont imprimées avec une encre moins pâle, l'encre des textes est plus noire, les caractères sont meilleurs et plusgrands.(4)
Nous avons extrait fidèlement des Origines typographicæ ce que nous venons de rapporter. Nous ne suivrons pas l’auteur dans les développements de son système sur l’invention de l’imprimerie, ce serait sortir des limitcs qui nous sont prescrites ; nous nous bornerons ici à quelques observations.
Il n'existe comme on sait, aucun livre, ni aucun fragment de livre dont la souscription porte le nom de Laurent ou de ses héritiers ; les partisans de Harlem ne pouvantavoir recours à ce genre de preuve,
(1) Origin. typogr. T. I, p. 135.
(2) Loc. cit. T. I, pag. 125 et 136.
(3) Loc. cit. T, I, pag. 120.
(4) Loc. cit, T. I, p. 121.
invoquent le témoignage de Junius; ainsi le récit de l'historien de Harlem est la base et pour ainsi dire l’unique appui du système hollandais. Junius rapporte, qu'après avoir imprimé le Speculum, Laurent employa des caractères de plomb et d’étain, il ajoute même que de son temps on voyait encore à Harlem des pots à vin (œnophora) faits avec les restes de ces caractères ; or si, comme le prétend Meerman , les quatre Speculum sont imprimés avec des caractères mobiles de bois, il en résulte que Junius s’est lourdement trompé en disant que Laurent adopta les caractères de métal après la publication du premier Speculum ; maïs il est nécessaire de bien expliquer ici l’opinion de Meermaa. |
Cet auteur, s'appuyant sur des témoignages irrécusables, affirme que les caractères de métal et notamment les caractères de fonte ont été inventés à
Mayence, c'est, dit-il, l'opinion de tous les critiques, :
aussi les Hollandais ne prétendent-ils plus, comme autrefois, avoir fondu les premiers des caractères d'imprimerie, ils reconnaissent Pierre Schoiffer pour l’auteur de cette découverte, etils ne réclament que les caractères mobiles de bois (1). Scriverius (2) avait
(3) IH (Batavi) non amplius, , ut factumantea , fusiles typos sibi adscribunt, sed eos vero auctori Petro Schœæifero grato restituunt animo, quique his præcesserant , sculptos ex metallo, Moguntiæ quoque natos fatentur, atque inventori Gensfleischio utrique acceptos referunt ; solos vero sibi vindicant e ligno chäracteres, etc. ; vid. Origin. typogr. T. I, p. 186. |
(2) Scriverius est le premier auteur qui se soit emparé du récit
LE
dit que les Speculum étaient imprimés avec des caractères de fonte; nousrenvoyonsle lecteur aux Origines typographice (1), là-Meerman nous apprend que Junius, et après lui Scriverius, ont tous deux avancé une fausseté ; qu’il est de notoriété publique queles caractères de fonte ont été inventés à Mayenceet non à Harlem , et que Martens (2) en 1472 est le premier qui apporta en Hollande des caractères de fonte.
Le rang assigné par Meerman à chacune des éditions du Speculum est arbitraire ; ainsi la première (hollandaise B.) est la plusaneiïenne des quatre, parce que l'encre en est plus pâle, les caractères plus petits, moins élégants et plus grossièrement taillés ; ce ne sont pas là des preuves; les bibliographes familiers avec les éditions du XV* siècle savent que les yeux les plus expérimentés y seraient facilement trompés, et Meerman le savait aussi bien que nous, car en cherchant à découvrir la plus ancienne des Bibles sans date, il dit en parlant d’une d’entre elles : « Si
de Junius pour attribuer l’invention de l'imprimerie à Laurent Janssoen ; il publia en 1628 un ouvrage hollandais intitulé : Laurecrans. voor Laurens Coster van Haerlem, eerste Vinder van de Boeckdruckery, in-8°. Cet ouvrage fut traduit en latin par Georges Quapner et inséré dans les Masurmsenta typographica de Wolf. T. I, pag. 209 — 451.
(1) Voir notamment tom. I, chap. IV, 6 7, pag. 81—85.
(2) Martens imprimait à Alost en 1473, à Anvers en 1476, 1493 et 1494, et à Louvain pendant les dernières années du xv° siècle ei au commencement du xvi*.
(92) « autemex ruditate caracterum argumentum traherc « liceret, hæc (Biblia prædicta) sequentes antiquitate « vincere dicenda esset; verum quum hæc res ab imperitia forte sculptoris pependerit, debilis est, « quæ inde ducitur, consequentia. » (1)
On a aussi objecté à Meerman et à ceux qui prétendent que la première édition du Speculum est hollandaise que si les planches qui ont servi à l’impression des figures avaient été préparées pour une édition hollandaise , les textes gravés avec les per-sonnages seraient hollandais et non latins; à cela, Meerman répond que Laurent à fait graver sur les planches des textes latins, afin de pouvoir publier aussi dans la suite des éditions latines, que son intérêt demandait qu’il commençât par une édition hollandaise, afin de mieux la vendre à ses compatriotes (2). Nous pouvons placer ces arguments à côté de ceux que Meerman appelle à son aide pour expliquer les 20 feuillets xylographiques de l'édition
latine B.; de telles suppositions ne méritent pas
d’être sérieusement réfutées.
Heinecken, défenseur de la cause de Mayence et de Gutenberg, a vivement combattu Junius, Scriverius,
(1) Conspectus origin. typogr., p. 44, not.
(2) Origin. typogr. T. I, p. 126.
ee és
( 3 ) Boxhorn, Seiz et Meerman, qui attribuent le Speculum à Laurent Janssoen. Il classe les quatre éditions sans date dans l’ordre suivant (1):
Première édition latine B.
Seconde édition latine A.
Troisième édition hollandaise B.
Quatrième édition hollandaise A.
Les Speculum, dit Heinecken, sont imprimés avec des caractères de fonte (2). Les figures furent gravées longtemps avant l’impression des textes (3) : les 20 feuillets xylographiques de la première édition (latine B.) ont été gravés par un ouvrier de Gutenberg et de Fust (4); cet ouvrier, devenu imprimeur à son tour, acheva le livre avec des caractères de fonte (5). Les éditions latines furent publiées en Allemagne à l’époque de l'invention de l'imprimerie (6). Les éditions hollandaises n'étant que la traduction des éditions latines , sont postérieures (7); elles furent imprimées en Hollande; la première de ces édi-
(1) Idée générale, pag. 444 et suiv.
(2) Jbid. pag. 445, 449, 451.
(3) 1bid. pag. 463.
(4) Ibid. pag. 447.
(5) Ibid. pag. 447,
(6) Ibid. pag. 447, 463.
(7) Ibid. pag. 450.
tions (hollandaise B.) est l’essai d’un imprimeur qui s'établit dans les Pays-Bas après:la découverte de la typographie à Mayence (1);ce fut peut-être Martens, qui apporta d'Allemagne ou de France dans les Pays- Bas les figures du Speculum (2); ce fut peut-être Jean de Westphalie (3) qui imprima l'édition hollandaise B., et qui donna à Veldener les planches qui furent sciées en deux pour l'édition de 1483 (4); plus loin Heinecken suppose que Veldener trouva à Cologne les matrices dans lesquelles furent fondus les caractères des éditions hollandaises A., B., et qu'ayant fabriqué de nouvelles matrices et fondu de nouveaux caractères, il publia à Culembourg l'édition de 1483. (5)
Les assertions de Heinecken sont vagues, quelquefois contradictoires ou invraisemblables; suivant cet auteur, l'édition latine B. est la première, parce qu’elle contient 20 feuillets xylographiques : cette raison n’est pas une preuve. Dans un autre passage Heïnecken prétend que les caractères du Speculum (édit. lat. B.) ressemblent entiérement pour la forme et pour le dessin aux tables du Donat et généralement aux ca-
(1) Idée générale, pag. 453, note.
(2) Zbid. pag. 458.
(3) Jean de Westphalie de Paderborne est le premier imprimeur de Louvain; il imprima dans cette ville depuis 1474 jusqu’en 1496.
(4) Idée Re pag. 458.
{5) Zbid. pag. 460
(95) ractères de: l'atelier de Fust et de Schoiffer (1). Ce fait est inexact : les caractères mobiles ou xylographiques des Speculum different essentiellement de ceux . des livres puhliés à Mayence par Fust et Schoiffer ; ils diffèrent également des caractères gravés sur les planches du Donat; de plus, comme rien n'indique dans la Donat.cité une origine allemande, on ne pourrait s'appuyer sur l'identité des caractères du Donat et d’une édition du Speculum, pour dire que ce dernier , ouvrage a été publié en Allemagne. Heinecken prétend'aussi que la première édition (latine B.) été publiée à l'époque de la découverte de l'imprimerie : nous ne pouvons laisser passer cette assertion, qui, si elle était prouvée, donnerait beaucoup de pcids aux prétentions des Hollandais, et tel n’était certainement pas le but du bibliographe allemand qui dit: « Cette quantité de feuilles imprimées par la « presse, et cette manière de poser une vignette a « la tête du discours, me portent à conjecturer que « le Speculum Salvationis est plus moderne que les « livres précédens (2), et publié justement du tems « de l'invention de la typographie (3) ». Une quantité de feuilles imprimées par la presse ne prouve pas
(1) Adée générale; p. 447.
(2) Par livres précédens Heinecken entend. b ie bee
phiques dont il a donné un catalogue dans.son Zdée générale d’une collection d’estampes, pag. 292 — 482.
(3) Idée générale, pag. 446 — 447.
qu’un livre a paru à l'époque de l'invention de l’imprimerie; la manière dont sont placées les figures du Speculum ne peut faire naître cette conjecture; enfin nous ignorons sur quoi Heinecken s’est fondé pour dire que cet ouvrage était une des premières productions de l’art typographique; rien, dans les raisons alléguées par ce critique ne peut autoriser une pareille supposition.
Le système de La Serna Santander est à-peu-près
celui de Heinecken : Les Speculum,dit Santander, ont été imprimés avec des caractères de fonte (1); le
quatre éditions sans date ont été publiées dans l’ordre indiqué par Heinecken (2); les éditions hollandaises ont paru après l’année 1470,et les éditions latines peu de temps avant cette même époque (5). Il serait plus raisonnable d'attribuer les Speculum hollandais aux confréries d’imprimeurs de Bruges ou d'Anvers (4), ou à Veldener, qu’à Laurent Janssoen (5); Les planches des figures furent gravées
(1) Dictionnaire bibliogr. du quinzième siècle, T. I, p. 38—39.
(a) Diction, bibliogr. T. III, p. 363 — 364.
(3) Diction. bibliogr. T. I, pag, 30.
(4) Dès la première moitié du xv° siècle ïl p'était établi à Bruges et à Anvers des corporations ou corps de métiers, composés de calkgraphes , d’enlumineurs, d’imprimeurs (printers), de relieurs , d'imagers, etc., etc. : |
(5) Diction. bibliogr. T, I, pag. 35, 36 et 323.
{ 97) en Allemagne, c’est de Jà que Veldéner les porte en Hollande. (1) |
M. Daunou, un des critiques qui ont le plus habilement résumé ce qu'on a écrit sur la découverte de l'imprimerie, et dont le Mémoire (2) clair et concis a jeté une grande lumière sur les origines typographiques, parle aussi da Speculim. Laurent Janssoen, dit-il, n’est point l’imprimeur des Speculum ; l'édition qui contient 20 feuillets xylographiques (latine B.) est la première (3),elle est postérieure à la société de Fust et de Gutenberg (4), elle est peut-être antéricure à l’année 1460 (5); tous les Speculum à l’exception d’une édition hollandaise (édit. hollan--
(1) Diction. bibliogr. T. I, pag. 323.
(a) Analyse des opinions diverses sur l’origine de Pimprimerié, par M. Daunou, lue à la séance de l’Institut, le 2 floréal an x (22 avril 1802). Ce mémoire fut publiée à part la même année et inséré en 1810 par Lambinet dans son Origine de l'imprimerie, tom. I, pag. 311 — 424.
(3) Voy. Lambinet, Origine de l'imprimerie, édit.de 1810. T. I, page 322. |
(4) Loc. cit. pag. 337.
(5) Loc. cit. pag. 421.
( 9% ) daise B. (1)) ont été imprimés avec des caractères de fonte. (2) |
M. Koning, dent l'ouvrage a été couronné par la Société des sciences de Harlem, commence son livre en disant : « Dans les nombreuses erreurs des plus « habiles écrivains, erreurs qui ont été plus préjudi- « ciables qu'avantageuses à la cause d'Harlem, « nous devons, sans aucun doute, ranger celles du « savant Meerman, qui manquant, à ce qu’il paroît, « de connaissances suffisantes du méchanisme de « l’imprimerie, a adopté comme une vérité que le « Speculum humanæ salutis et d’autres ouvrages « de Koster, ont été imprimés avec des lettres mo- : « biles gravées en bois; opinion que nous devons « rejeter, malgré tout le respect que nous portons « à ce savant : étant intimement convaincus que le
(1) M. Daunou dit en parlant de cette édition, qui selon Meerman est imprimée avec des caractères mobiles de bois : « Mais personne « ne partage aujourd'hui cette opinion; la pâleur de l'encre, la for- « me des caractères , toutes les circonstances annoncent une impres- « sion xylographique; rien n’autorise à supposer un autre procédé. « Entre cette édition et celles que Meerman lui-même croit impri- « mées avec des planches solides, la ressemblance est parfaite, » (Loc. cit. p. 323.) Il est reconnu aujourd’hui par tous les critiques que l’édition hollandaise B. a été imprimée avec des caractères mobiles. M. Lichtenberger (Hist. de l’inv. de l’imprim., p. 42) a copié M. Daunou.
(a) Loc. cit. p. 522.
«a Speculum, et les autres ouvrages, ont été impri- « més avec des caractères mobiles de fonte (1) »,
Dès les premiers mots, M. Koning renverse le système de Meerman, son prédécesseur, qui, abandonnant à la ville de Mayence l'invention des caractères de fonte , avait écrit deux volumes in-4° pour prouver que la découverte des carartères mobiles de bois était due à Laurent Janssoen: D’après ectte nouvelle interprétation du texte de Junius, et sans tenir compte des preuves alléguées par Meerman, M. Koning fait de Laurent Janssoen Île seul inventeur des poinçons, des matrices, des moules et de mille autres ustensiles nécessaires à la fonte des lettres et aux nombreuses opérations de la typographie. Junius parle d'un Speculum hollandais, imprimé par Laurent avec des caractères mobiles de bois ; M. Koning prétend que ce même Speculum est imprimé avec des caractères de fonte. Meerman dit que Laurent découvrit l'imprimerie en 1450; M. Koning dit 1420 (2). Meerman attribue aux héritiers de Laurent plusieurs productions typographiques qui, selon M. Koning, ont été publiées par des artistes tout à fait étrangers à la famille et à l’imprimerie de Laurent(3).Meermanditquelasecondeéëdition
(1) Dissertation, p. 1.
(2) 1bid. p. 76.
(3) Zbid. p, 81,
du Speculum est l'édition latine.B ; sélon M. Koning, c'est l'édition latine A. (1). Toutes ces.contradictions sont fort embarrassantes pour le critique: qui cherche de bonne foi comment ;.en: quelle année , et par qui furent imprimées les premières éditions, du. Speculum. Est-ce Junius qui a raison ? est-ce Meenman? est-ce M, Koning ? Ce dernier dit, à La fin de-son ouvrage : « Ce qui mérite. à tous égards l'attention « des personnes impartiales, c'est que.tous eeux « qui. attribuent l'invention de, l'imprimerie à Hara lem, sont parfaitement d’accord.sur la. personne, a le. temps, la manière dont elle a été inventée, et « sur ses progrès (2). » Apparemment, lorsqu'il écrivait ces lignes, M. Koning avait oublié la narration de Junius, le. système. de Meerman,, et une foule de particularités sur lesquelles les écrivains hollandais ont été jusqu'ici très-divisés. Voici, d’après M. Koning, dans quel, ordre Mods dis les quatre éditions du Speculum :
Première édition hollandaise B.
Seconde édition latine A.
‘ Troisième édition hollandaise A.
Quatrième édition latine B.
La première édition (hollandaise B) a été publiée
(1) Dissertation, p. 73-74.
(2) Ibid. p. 152.
par Laurent; vers l’an 1430 {1); léé raisons que donne M. Konieg pouf prouver‘que cette édition èst la plus anclennè des quatre , ne sont que la répétition de celles de. Meërman : l’éncré est plus pâle dans cétte édition que däns les trois autres, les fautès d’ipression plüs nombreuses (2), lés caractères plus grossiers et plus défectueux (5). ‘M. Koning, $entant combien de pareils argütents' étaient faibles et'insuffisants, a cherché d’autres preuves du imdihis poür les éditions hollatiduises, Ita fait uhe comparaison minutieuse de l'orthogräphé suivie dans les téites de ces deux éditivis ; il s’est adjoint pour cé trâvail M. le professeur Ypey de Groningue, auteur d’un ouvrage sur la langue hollandaise ; ét après âvoir cxaminé et confronté Îles deux éditions, MM. Koning et Ypey affirment que l’édition hollandaise B. a précédé l'édition ‘hollandaise À (4). Cétte méthode de fixer à l’aide dé la philologie, la date relative de deux ouvrages écrits dans la'mênie langue pourrait être excellente dans cettüihis cas ; mais ici, elle nous sémble impuissante, les deux éditiotis hollandaises ayarit été publiées, sélôn M. Koïiñig ; dans un délai de dix ans seulémiént (entre les années 1450 et 1440.) les recherches de MM. Koning et
(1) Dissertation, p. 165.
(2) 1bid. p. 28.
(3) Zbid. p. 68. (4) bid, p. 31.
ŸYpey n'ont pas été heureuses : l'édition hollandaise B qu’ils regardaient comme la première , a été publiée après l’édition hollandaise A. C'est ce que nous prouvera tout-à-l’heure M. Ottley.
La seconde édition du Speculum est l'édition latine B,, selon Meerman, et l’édition latine A, selon M. Koning; l'édition latine B, dit ce dernier , est postérieure à l'édition latine ‘A. Les abréviations y sont moins nombreuses; plusieurs fautes qui sont dans l’édition latine A., ont été corrigées dans l’édition latine B; enfin , cette édition latine B. est imprimée d’une manière plus régulière et plus correcte. (1)
Les troisième et quatrième éditions (hollandaise À | et latineB), continue M. Koning, sont du même temps; elles furent imprimées par Laurent, mais elles ne parurent qu'après sa mort (2), arrivée environ en 1440 (3). Pour les 20 feuillets xylographiques de l'édition latine B. et les feuillets 49 et 60 de l’édition hollandaise A., M. Koning est encore sur ce. point opposé à Meerman : admettant comme une vérité incontestable le vol raconté par Junius, il prétend que l’ouvrier infidèle , en s’emparant des ustensiles de l'imprimerie de Laurent, emporta . aussi 20 feuillets de l’édition latine Bet 2 feuillets
(1) Dissertation, p. 73-75.
(2) Ibid. p. 74.
(3) Ibid, p. 31.
de l'édition hollandaise À. , et que Laurent ou ses héritiers pour réparer cette perte, eurent recours à la xylographie pour compléter l'édition latine , et à de vieux caractères de rebut pour l'édition hollandaise (1). On pourrait demander à M. Koning à quelle source il a puisé des renseignements si précis ; il sait de bonne part , sans doute . que les éditions latine B et hollandaise A furent préparées par Laurent et publiées par ses héritiers ; que ces éditions étaient prêtes à parattre lorsque l’ouvrier de Laurent prit la fuite. On dirait que M. Koninga compté les feuillets emportés par le voleur ; les moindres évènements qui se passaient dans l’imprimecrie de Harlem, il y a quatre cents ans, M. Koning les connaît dans leurs plus petits détails ; qu’il nous dise donc pourquoi les héritiers de Laurent, familiers avec la fonte des caractères, la gravure des poinçons et toutes les opérations typographiques qu’on pratiquait dans leur famille depuis vingt ans, abandonnèrent un art inventé par leur père pour avoir recours à la xylographie; qu'ils nous dise pourquoi les successeurs de Laurent n’imprimèrent pas avec des caractères de fonte les 20 feuillets volés de l’édition latine B: ils en trouvèrent bien pour les 2 feuillets de l'édition hollandaise A. Laurent, selon M. Koning , avait foudu quatre espèces de lettres ;
(1) Dissertation, p. 88.
ses héritiers davaient'avoir des matrices , des poinçons , de vieux caractères , car le voleur n'avait pu emporter sur ses épaules, au milieu de la nuit, tout l'appareil typographique. de son mattre. M. Koning décide hardiment les questions les plus difficiles et les plus obseures ; il veut fixer .toute chose ; il assigne ‘une date précise à chaque édition du Speculim ; ce bibliographe aurait dû citer quelques faits ou donner quelques preuves ‘pour ‘convaincre le lecteur de l'exactitude et de la vérité de ses.opihions. oo
M. Ottiey, justement estimé par les hommes qui étudient l’histoire des arts, a consacré un long article de son livre (1) à l'examen du Speculum et aux questions qui s’y rattachent. Il a fait justice d'erreurs longtemps accréditées ; et quoique sur plusieurs points notre opinion diffère de la sienne, nous serons les premiers à reconnaître l'utilité et la précision des remarques du critique anglais.
Nous savons que les figures des quatre éditions du Speculum ont été imprimées avec les mêmes planches ; nous savons aussi que les épreuves d’une planche sont plus ou moins correctes, plus ou moins pures, selon que les tirages ont été plus ou
(1) An inquiry into the origin and early history of engraving upon copper and in wood, T, I, p. 153-254.
moins nombreux, plus ou moins mu'tipliés 5 Or ; c'est:en comparant les épreuves des quatre éditions sans date que M. Ottley à déterminé dans quel ordre furent publiées ces éditions. En effet , les épreuves les mains défectweuses doivent indiquer sûrement l'édition la plus ancienne, de même que les épreuves qui offrent le plus de .cassures doivent indiquer la quatrième. Depuis si longtemps qué l'on discute sur la pridrité à aécorder soit à une édition latine , soit à une édition hollandaise, personne n'avait eu l’idée de recourir à ce moyen pour mettre un- terme à la discussion. Par sa grande expérience des monuments xylographiques, mieux que personne, M. Ottley était capable de selivrer à cette recherche. Voici donc d’après les résultats qu’il a obtenus {1), le rang qu'on doit assigner aux quatre éditions sans date. (2)
‘Première édition | Jatine À.
. Seconde édition : hollandaise A.
Troisième édition latine B.
Quatrième édition : -‘hollandaisé B. (3)
. (1) On trouve dans l’ouvrage de M, Ottley (t. I, pag. 205-214) trente-deux fac-simile tirés des différentes épreuves des quatre éditions sans date du Speculum ; l'inspection seule de ces fac-similefera sentir la justesse et la précision des remarques de l’anteur anglais. Nous regrettons de ne pouvoir donner ici un extrait de ce curieux travail; nous avons dû y renoncer , ne pouvant y joindre les nombreux fac-simile indispensables pour l'intelligence de cette partie de l’ouvrage.
(2) An inquiry, T. I, pag. 217.
(3) Ebert (Lexicon, t. IT, n. 21578) a mal compris M. Ottley,
Les Speculum continue M. Ottley, ont été imprimés avec des caractères de fonte(1). La première édition (latine A.) a été publiée, vers 1440, par Laurent Janssoen, à Harlem (2); la seconde (hollandaise À.) a été commencée peu de temps après (3); pour les éditions latine B. et hollandaise B. , M. Ottley hésite à dire quelle est la plus ancienne des deux (4); cependant il se décide à nommer la quatrième l'édition hollandaise, parce qu’elle est imprimée avec d’autres caractères (5). Les planches qui
lorsqu'il lui fait dire que l’édition hollandaise B. est antérieure à l'édition latine A. M. Renouard (Catal. de la Biblioth. d’un amateur, T. I, pag. 22) s’est également trompé en disant que, selon M. Ottley, la première édition est une édition hollandaise,
(1) An inquiry, T. 1, pag. 245 et suiv. M. Koning a fait de minutieuses recherches sur les procédés typographiques; il le dit lui-même; et son livre, qui contient des observations curieuses sur ce point, suflirait pour nous en convaincre. Cet auteur a consacré une partie de son ouvrage à démontrer que les Speculum avaient été imprimés avec des caractères de fonte. De son côté, M. Ottley s’est aussi livré à des investigations sans nombre sur le même sujet, et il a achevé de prouver, par de petits détails habilement saisis et décisifs dans cette question, que les Speculum ont été imprimés avec des caractères fondus. Les preuves alléguées par MM. Koning et Ottley sur cet objet ne laissent rieu à désirer.
(2) An inquiry, T. I, p. 218 et suiv.
- (3) Ibid. T. I, p. 215.
(4) Ibid. T. I, p. 215.
(5) Jbid, TT, p. 216.
( 407 ) ont servi à l'impression des figures furent gravées pendant qu’on préparait la première édition {1). La disparité des 20 feuillets xylographiques de l’édition latine B. et des feuillets 49 et 60 de l'édition hollandaise A. doit être attribuée à la mort de l’imprimeur , qui laissa ces deux éditions inachevées, ou à un vol commis dans-son imprimerie, à cette époque. Son successeur , soit jeunesse , soit ignorance de l’art, prit de vieux caractères de rebut pour compléter l’édition hollandaise, et fit graver sur des planches les 20 pages qui manquaient à l'édition latine (2). Les figures de la Bibliu pauperum(3), de l’Historia beatæ Virginis Mariæ (4) et du Speculum , sortent du même atelier. « La ressemblance dans plusieurs parties de ces figures , dit M. Ottley (5}, est si frappante, qu'elle démontre clairement la coopération des mêmes artistes. r Poursuivant son examen , le même auteur observe qu’on doit compter entre l'exécution de ces trois ou-
(1) An inquiry, Ÿ. 1, p. 201 et suiv.
(2) Ibid, T. I, p. 250 et suiv.
(3) On peut consulter, sur la Biblia pauperum et ses diverses éditions , Heinecken, Idée générale, p. 292-333 , et M. Qttley, 4n inqury,t. L,p. 111-138.
(4) Cantica Canticorum, sive Historia vel Providentia Virginis Mariæ. On connaît deux éditions de cet ouvrage. Voy. Idée générale, p. 574-383, et An inquiry, t. I, p. 138-153.
(5) An inquiry, T. 1, p. 230.
( 108 ) vrages un intervalle de dix ou douze ans; que Îa rudesse d'éxécution des figures déla Biblia pauperum indique que ce livre est le prémier des trbis , et que les figures de l'Historia beat& Virgimis Mariæ et du Speculum paraissent. avoir été: gravéés ‘en même temps (1).
En comparant avec le récit de Junius les systèmes de Meerman, de MM. Koning et Ottley , nous avons déjà remarqué denombreuses contradictions. Il en est une entre autres que nous ne pouvons passer sous silence : c’est à propos des ‘earäctères de bois et de métal employés successifement par Laurent Janssoen. En effet, si l'on suppose avec MM. Koaing et Ottley que les quatre éditions du Speculum sont imprimées avec des caractères de métal, ôn répond , le texte de Junius à la main, que la première de. ces éditions doit être imprimée avec des caractères de bois ; d’un'autre côté, si l'on'admet avec -Meerman que les quatre Speculum sont imprimés avec des caractères de bois, on répond que, selon Junius , toutes les publications de Laurent, postérieures aux Sentences et au Speculum hollandais, furent imprimées avec des caractères de. métal et non de bois : Postea, inquit Junius, fagiwas jormas plumbeis mutavit, has deinceps stanneas fecit. Ces térmes sont clairs et précis. M. Ottley a imaginé une
(1) An snquiry, T. I, p. 230-234.
étrange manière de résoudre. cette difficulté : après avoir dit que le mot latin postea doit avoir, dans la narration de Junius, la:même signification que les mots italiens-dopo et poi dans: les ouvrages de Vasari, M. Ottley ajoute naïvement qu’en plaçant la phrase commençant par le postea avant le passage relatif au Speculum, tout devient parfaitement intelligible : and the whole will be:intelligible{1). Comment M. Ottley, critique prudenteet judicieux, a-t-il pu recourir à de pareilles puérilités? ou plutôt , riche des nouvelles découvertes qu’il'avait faites , comment a-t-il pu:se ranger précisément du parti dont ces mêmes découvertes achevaient la ruine ?
M. Ottley termine la partie de son ouvrage consacrée au Speculum, en disant que les conclusions qu’on tire de l’examen et de la comparaison des quatre éditions sans date paraissent incompatibles avec tout système qui n'aurait pas pour base le récit de Junius et les hypothèses des écrivains hollandais (2). Nous avons lu avec attention l'ouvrage de M. Ottley; ses travaux sur le Speculum nous paraissent avoir démontré la faussété.de quelques parties du récit de Junius , et nous semblent, par consé-quent, peu favorables. à la cause que le critique-anglais a prétendu défendre.
Une grande partie de notre tâche est accomplie,
(1) An inquiry, T. 1, p. 197.
(2) Ibid, T. TI, p. 252-253.
nous avons analysé les systèmes des principaux auteurs qui ont parlé des éditions du Speculum; aucun livre n’a soulevé parmi les bibliographes une polémique-plus vive et plus passionnée ; il nous reste, pour terminer cette notice, à exposer nos propres opinions sur un monument typographique qui a donné lieu à des jugements si divers.
La gravure en bois et la typographie étant déux arts tout-à-fait différents l’un de l’autre, soit dans leurs procédés , soit dans leur application, il ya daus le Speculum deux choses bien distinctes à considérer : les figures et les textes , le graveur et le typographe. |
Meerman et Heinecken ont remarqué que les figures de la Biblia pauperum et du Speculum avaient entre elles beaucoup d’analogie dans le dessin et dans la manière du graveur ; M. Otiley a signalé des faits nouveaux, qui semblent prouver avec évidence la coopération des mêmes artistes. Lessing , qui a si spirituellement décrit les curiosités bibliographiques de la bibliothèque de Wolfenbüttel , nous apprend que la première édition de la Biblia pauperum a été publiée en Souabe(1); or, si cet ouvrage et les figures du Speculum sortent du même atelier, comme le prétend M. Ottley, il en résulte que les
(1) Zur Geschichte und Litteratur aus den Schatzen der herzo-
glichen Bibliothek zu Wolfenbüttel, von G. K. Lessing. Braunschweig, 1773. in-8°, 1. 11, p. 317-344.
( 111 ) figures du Speculum ne sont point d’origine hollan daise, mais d’origine allemande. Voici en quelques mots ce que rapporte Lessing :
Martin Crusius , historien et savant philologue du xvi° siècle, dit, en parlant des peintures qui décoraient le couvent de Hirschau (1) « Cœterum « sicutipsum Hirsaugiæ Templum intra sese leucos« phæis imaginibus Veteris et Novi Testamenti Romanorumque Imperatorum, pictum est , ita etiam Monasterii Peristylium iconibus artificio in xL fenestris encausto exornatum est, iisque ternis (sicut et pulcherrimo salientium aquarum fonte) ternis , inquam, imaginibus eleganter decoratum est : nempe ita, ut in medio cujusque fenestræ cernatur historia aliqua Novi Testamenti « (a nato Christo, per passionem ejus, usque ad ju- « dicium extremum, et vitam æternam) atque in « utroque latere illius mediæ fenestræ , ex Veteri « Testamenio typus appareat, aut historia typica, « cum prædictionibus Prophetarum de Christo (2). »
LS
(1) Hirschau ou Hirsau, village du bailliage de Calw, dans le cercle de la Forêt-Noire, dans le royaume de Wurtemberg , doit son origine au couvent de Hirschau, dont les ruines subsistent encore aujourd’hui. Ce monastère élevé par le comte Erlafried de Calw, vers l'an 850, fut détruit par les troupes françaises, en 1692. L’abbéTrithème a écrit l’histoire du couvent de Hirschau sous le titre de Annales Hirsaugienses. 2 vol. in-fol.
(2) Thesaurus rerum Suevicarum, Jo. Reinhardi Wegelini, Lindaviæ. 1756-1760. 4 vol. in-fol. T. III, p. 268.
( 112 ) Lessing, frappé du rapport qui existait entre cette description de Martin Crusius ét la Biblia pauperum, fit de nouvelles recherches : il eut le bonheur de découvrir dans la bibliothèque de Wolfenbüttel un manuscrit qui traite de l’histoire du couvent de Hirschau, et qui fut composé par Jean Parcimonius, abbé de ce monastère. Dans cet ouvrage , Parcimos nius a recueilli, en l’année 1574 : Picturas et scripturas omnis generis in Monasterio Hirsaugiensi hinc inde exslantes, parmi lesquelles se trouvent : Historiæ Novi Testamenti de Christo, Dei et Hominis filio, una cum Typis et Prophetüs Veteris Testamenti, in fenestris circuitus Monasterii Hirsaugiersis depictæ. « Dans le manuscrit de Jean Parcimonius, dit Lessing, les peintures des 40 fenêtres sont plutôt dessinées que décrites ; les textes, les persennages , leur disposition et leur arrangement correspondent parfaitement aux 40 feuillets de la Biblia pauperum : tout est identique , et, si l’en voulait décrire en particulier chaque feuillet de la Biblia pauperum', cette description ne serait autre chose que celle des 40 fenêtres de Hirschau par Parcimonius (1). Une ressemblance
(1) Lessing a donné deux fac-simile (*) tirés du manuscrit de Parcimonius : le premier représente la première des 40 fenêtres de Hirschau, et correspond parfaitement au premier feuillet de ‘la Biblia pauperum; le second représente la quarantième et dernière fenêtre, et correspond au quarantième et dernier feuillet de la Bi- Llia pauperum.
(*) Loc. cil. pag. 324 et 325.
aussi complète indique que les peintures des 40 fenêtres de Hirschau et la Biblia pauperum n’ont eu qu'une seule et même origine ; et Lessing est convaincu que ce sont les vitraux de Hirschau qui ont servi de modèle à la Biblia pauperum, « ouvrage, ajoute-t-il, qu’on devrait désigner dorénavant sous le titre de : Peintures des fenétres de Hirschau (hirschauschen Fenstergemälde). »
Nous parlerons ailleurs des livres à figures du xv° siècle , qui ontété copiés sur des vitraux peints, des sculptures ou d’autres monuments ; cette matière, peu connue, pourra offrir quelque intérêt aux bibliographes et aux artistes, Nous croyons, avec Lessing, que c’est à Hirschau que fut gravée , la première édition de la Biblia pauperum ; nous croyons aussi avec M. Ottley que les figures du Speculum ont été gravées par les mêmes artistes ; ainsi, les planches qui servirent à imprimer les figures des quatre éditions sans date nous paraissent avoir été gravées en Allemagne,
Le rang assigné par M. Ottley aux ne éditions du Speculum est motivé sur des preuves évidentes et certaines (1); nous dirons avec cet au- : Leur :
Première édition latine A.
Seconde édition hollandaise A.
(3) Voir plus haut, pag. 104 et suiv.
( 444 ) Troisième édition latine B. Quatrième édition hollandaise B.
Dans ces éditions nous remarquons quatre caractères différents : |