‹ Notice sur les bois de la Nouvelle CalédonieChapitre 26 sur 211 · ANNEES PROS · texte numérisé non relu

ANNEES PROS

? 23, Service des vivres. — Etat sanitaire.

C'est au point de vue des vivres et de l’alimentation que l’établissement de la baie du Sud présente les conditions les plus défavorables.

Le service des vivres est confié à l’administration pénitentiaire, à laquelle appartient la maïeure partie du personnel, et qui est remboursée des cessions qu’elle opère pour le personnel qui lui est étranger. Mais les difficultés qu’elle rencontre sont considérables, par suite de l'impossibilité presque absolue de modifier, à l’aide de vivres frais, la composition de la ration.

On s’est trouvé, en effet, au milieu de forêts luxurientes, dans celte singulière situation de ne pouvoir faire pousser aucun légume et même de ne pouvoir nourrir de bétail. Le sol, uniquement composé d’argile et de fer, s’est montré rebelle à la production de toûte plante potagère ou fourragère.

Les moutons que l'on est obligé d'amener périodiquement pour la nourriture du personnel, ne peuvent être nourris qu'avec du foin pressé, expédié de Nouméa, et dépérissent rapidement. On a pu cependant réussir à trouver quelques espèces de feuilles et d’herbages qu'ils consentent à manger, mais il faut aller, chaque jour, chercher au Join cette nourriture insuffisante. :

Quant au sol, on a fait de nombreux essais pour l'amender, et l’on a reconnu qu'il était nécessaire, dans ce but, d’y ajouter l'élément calcaire qui lui fait complétement Géfaut.

On a déjà pu rendre fertile un petit coin de terre, qui forme le jardin du chef de l'établissement, à l’aide d’apports de tufs crayeux que l’on envoie de Nouméa par toutes les occasions, et l’on agrandit graduellement cet espace, en mélangeant au sol naturel les coquilles et coraux de la plage, recueillis et convertis en chaux.

Ce procédé demande malheureusement beaucoup de temps et de peine. On avait cru pouvoir obtenir, à moins de frais, un emplacement plus propice dans le marécage déjà signalé, dont le fond vaseux paraissait devoir donner, par le drainage, une forte couche de terre végétale. L'opération du drainage a réussi, mais le terrain ainsi obtenu ne contient pas encore les éléments constitutifs d’une bonne terre végétale ; de plus, il renfermait, en abondance, du sulfure de fer, dont

l'oxydation, au contact de l'air, brûlait les racines des plantes, et il fallut attendre la fin de cette combustion pour amender à son tour ce terrain par des apports de calcaire.

On reconnut finalement qu’il y aurait plus d'avantages, pour assurer l'alimentation du personnel, à mettre en culture l'ile Olliver ou ie Casy, qui se trouve au milieu de l’entrée de la baie, et dont le sol, en divers endroits, est relativement assez fertile, sans doute par suite de la présence de roches magnésiennes décomposées, qui remplacent l’élément calcaire.

Une famille indigène de l'île Ouen cultivait autrefois une partie de cette île, mais elle l’avait abandonnée depuis longtemps déjà ; il n’y avait donc aucun inconvénient à envoyer sur ce point les deux jardiniers de la transportation, qui devaient être chargés de mettre en culture le terrain nécessaire pour approvisionner l'établissement de légumes frais. C’est ce qui fut fait au commencement de l’année 1870; on confia également à ces deux hommes la garde du troupeau de moutons. Il fut facile de parquer ces animaux dans la petite presqu'île qui renferme le tombeau du pilote Olliver, et ils y trouvèrent un fourrage à leur convenance.

Ce dernier essai a parfaitement réussi : il est possible, actuellement, d’avoir, à la baie du Sud, des légumes frais et de la viande sur pied ; une embarcation vient du chantier, deux fois par semaine, chercher les provisions, et apporte en échange les vivres aux jardiniers.

Les difficultés que l’on a rencontrées, pour assurer aux travailleurs attachés à l'établissement une nourriture hygiénique et des vivres frais, ont eu une influence fächeuse sur l’état sanitaire. De nombreux cas de scorbut en ont été la suite, mais il est juste de dire qu'ils se sont produits surtout parmi les transportés des détachements récemment arrivés dans la colonie. Ces hommes avaient, sans doute, contracté pendant la traversée le germe de cette maladie, car, plus d’une fois, elle a sévi avec une égale violence sur le pénitencier-dépôt de l'ile Nou, à la suite de l’arrivée des nouveaux contingents.

Sous tous les autres points de vue, l’état sanitaire a toujours été excellent. Malgré le séjour continuel des hommes au milieu des bois et leur habitation dans des cases mal disposées, établies près du bord de l’eau; malgré des travaux excessifs, en plein soleil,et même de fréquentes stations dans l’eau, jusqu’à mi-corps, lors de l’embarquement des bois, on n’a eu à signaler aucun de ces cas de fièvres qui auraient été si

fréquents, dans toute autre colonie, dans des conditions auna- “logues.

Il faut peut-être attribuer ce résultat inattendu à la salubrité des eaux qui, coulant sur un sol formé, en majeure partie, de minerai de fer, sont fortement chargées de principes ferrugineux.

Quoi qu'il en soit, les seules précautions hygiéniques que l’on ait été conduit à prendre à l’égard des travailleurs de l'établissement sont de faire figurer le vin dans leur ration journalière et de réduire la durée réglementaire des effets d’habillement que l’administration leur distribue. Cette dernière mesure est nécessaire pour tenir compte de l'usure rapide de ces effets, usure due en partie aux pénibles travaux qu'on exige de ces hommes, mais surtout à l’action destructive de la poussière ferrugineuse qui s'imprègne rapidement dans les tissus, et donne à tous les objets et même à la peau une coloration ocreuse caractéristique, qui frappe, à rremière vue, tous ceux qui visitent cette région.

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