INTRODUCTION
Considérés au point de vue abstrait de leur application industrieile, les bois sont des substances solides et fibreuses, douées comme tous les corps solides de propriétés physiques et de propriétés mécaniques déterminées, dont la mesure peut servir à les différencier entre elles, à les classer, et même jusqu’à un certain point, à les définir.
Mais, par suite de leur origine végétale, ces substances présentent une texture hétérogène qui entraine de grandes variations dans la valeur d’une même propriété physique ou mécanique mesurée pour les différents échantillons d’une même essence.
On ne doit donc pas s'attendre à trouver, dans la détermination des propriétés physiques ou mécaniques des bois, des nombres précis et constants, comme on peut en obtenir pour les corps solides du règne minéral. Mais on peut, du moins, arriver à fixer des limites entre lesquelles oscilleront les nombres qui, pour chaque essence, représenteront les mesures d’une propriété donnée.
C’est ainsi, par exemple, que l’on a trouvé que la densité du hêtre varie de 0,618 à 0,811, sa cohésion de 6,5 à 8,5, et son coefficient d’élasticité de 950 à 1433. (Mémoire sur les propriétés mécaniques des
bois, par Chevandier et Wertheim.) |
Ce seul exemple suffit pour montrer à quelles variations sont exposées, dans une mème essence, les propriétés physiques et mécaniques, et met en évidence les difficultés que l’on doit rencontrer pour fonder sur l’étude de ces propriétés, une classification des bois.
Cependant il est un fait constant, c’est qu’à l'aspect, au poids spécifique, à la façon dont il se met en œuvre, à la: résistance qu’il présente aux outils, en un mot, d'après un certain ensemble de propriétés caractéristiques, un ouvrier reconnait un bois quil a l'habitude de travailler, sans avoir pour cela besoin de voir l'arbre sur pied et de
Constater ses propriétés botaniques.
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Il arrive mème fréquemment qu’un ouvrier qui travaille un bois exotique qui lui était jusque-là inconnu, et dont il ignore la provenance, l'assimile sans hésiter à un bois indigène qui lui est familier, et lui en donnerait même le nom s’il n’en différait le plus souvent par la couleur. |
Ces deux essences présentent évidemment, sous tous les autres rapports, un ensemble d’analogies qui explique la confusion, ou tout au moins justifie le rapprochement que fait l'ouvrier. Classées d’après la réunion de leurs propriétés similaires, elles devraient certainement occuper des places voisines et pourraient sans doute se remplacer dans la plupart de leurs applications industrielles, bien que leurs caractères botaniques puissent être fort différents.
Il existe donc un ensemble de propriétés dont la réunion doit suffire pour caractériser une essence et permettre de la classer, au point de vue industriel, au milieu de ses similaires.
Si l’on pouvait établir exactement quelle est la série de ces propriétés, déterminer la facon de les mesurer et de les grouper, fixer : enfin le rapport qui existe entre chacune d'elles et les différents genres d'applications industrielles dont les bois sont susceptibles, on aurait du même coup non-seulement un guide certain pour l’utilisation rationnelle des essences déjà connues, maïs encore un moyen sûr de déterrniner le meilleur emploi à assigner aux espèces nouvelles que l’on peut trouver dans des régions inexplorées, et dont il n’a encore été fait aucun essai industriel.
Jusqu'ici il ne parait avoir été fait sur les bois aucune recherche à ce point de vue général. Je ne connais, du moins, aucun ouvrage dans lequel on se soit préoccupé de déterminer, d’une façon précise et méthodique, la nomenclature des mesures à prendre pour arriver à la connaissance des propriétés caractéristiques dont l'étude est néces- Saire pour la détermination complète de la nature d'un bois. d'essence donnée, ou dans lequel on ait réuni, pour les différents bois usuels, les groupes de chiffres qui peuvent constituer, pour ainsi dire, les définitions mathématiques des essences, de façon à les classer méthodiquement sous le rapport de leurs diverses propriétés.
Les recherches faites jusqu'ici par divers auteurs, sur quelques-unes des propriétés physiques ou mécaniques des bois, se rattachent plutôt à l'étude générale de ces propriétés dans les corps solides, qu’à l’étude spéciale des bois eux-mêmes.
- C’est ainsi que les densités des bois ont été déterminées surtout dans les travaux d'ensemble pour la recherche des densités de tous les corps connus, et que l’élasticité et la cohésion ont été étudiées à propos de recherches générales sur les lois de l’élasticité ou sur la résistance des matériaux. Mais les résultats n'ont pas été groupés, en ce qui concerne spécialement les bois, de facon à faire ressortir les analogies ou les différences que présentent les divérses espèces.
On conçoit de quelle utilité un semblable travail, réunissant les essences connues et employées par l'industrie dans les différentes contrées, serait dans les pays nouvellement habités où tout encore est à créer, et quels renseignenients précieux j'aurais pu y trouver, en particulier, en Nouvelle-Calédonie, pour l'étude des essences que les explorations faisaient successivement découvrir dans les forêts de l'île.
En l'absence d’un pareil ouvrage, je m'étais proposé de relever dans les livres que je pourrais avoir à ma disposition, les renseignements qu'il me serait donné de recueillir sur les bois usuels, en les coordonnant, autant que possible, pour arriver à grouper, pour chaque essence, les principaux éléments qui peuvent, en quelque sorte, servir à en déterminer la constitution.
Je supposais qu’il me serait facile ensuite, en effectuant, sur les bois indigènes, les mesures nécessaires pour déterminer les propriétés correspondantes, de pouvoir reconnaître rapidement les analogies existant
entre ces bois et ceux de France. J'aurais pu dès lors fixer immédiatement l’emploi convenable à leur donner.
Malheureusement, la Nouvelle-Calédonie, dépourvue à peu près de toutes ressources, ne possédait pas les livres qui m'’étaient indispensables pour ces recherches, et par suite des lenteurs administratives il me fallut près de trois années pour les recevoir de la métropole.
Dans l'intervalle, je m'étais décidé à déterminer moi-même, à l’aide de quelques échantillons de bois usuels de France, réduits, malheureusement à cinq essences, qui seules figuraient dans les approvisionnements de la colonie, les principales mesures qui m’étaient nécessaires,
et j'avais pu obtenir ainsi quelques points de repère pour les comparaisons que je désirais établir entre ces essences et celles de la Nouvelle-Calédonie.
Mais par suite de ces contre-temps, les études auxquelles j'ai pu me livrer sont restées bien insuffisantes; le service qui m’a été confié
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depuis mon retour en France ne m'a pas permis de compléter certaines mesures en vue desquelles j'avais rapporté des fragments de tous les échantillons soumis à Nouméa à des essais mécaniques, et les résultats acquis sont restés bien incomplets.
Je ne me hasarderais pas à les exposer, si je n’espérais, en le faisant, contribuer à attirer l'attention sur ce genre dé recherches que je crois trop négligé, et qui peut conduire à des résultats pratiques et intéressants, et si je ne croyais rendre service à ceux qui seraient tentés d'entreprendre des études de ce genre, en leur présentant un résumé des définitions, des données théoriques et des méthodes d’expérimentation auxquelles il peut leur être utile de recourir.
Quelque incomplet que soit ce résumé, il a nécessité de ma part beaucoup de recherches, et m'a conduit à consulter un grand nombre d'ouvrages. Aussi, bien qu’il ne m’ait-pas toujours été possible de me procurer tous Ceux que j'aurais voulu mettre à contribution, je pense qu’il pourra éviter aux personnes qui viendraient à s'occuper du même sujet, une perte de temps notable et des recherches assez longues, et qu’il pourra à ce point de vue être de quelque utilité.
J'ai eu soin d’ailleurs de citer, chaque fois que l’occasion s’en est présentée, la liste des ouvrages qui, à différentes époques, ont trailé des questions se rattachant à ce genre d’études.