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USAGE DES TABLEAUX

Relations entre certaines constantes relatives à l'extension et les propriétés usuelles des bois. — Les tableaux ainsi complétés permettent de comparer aisément entre elles des essences de bois différentes, de rechercher leurs propriétés similaires, de faire ressortir leurs différences et par suite de reconnaître, jusqu’à un certain point, quelles sont celles qui conviennent à un emploi déterminé. Cette application pratique exigerait toutefois que l’on connût, dans chaque cas, les relations qui doivent exister entre l'emploi que l’on veut faire d’un bois et ses propriétés mécaniques. Les connaissances acquises ne permettent pas encore de fixer avec précision ces relations; mais on connaît déjà, pour un certain nombre des constantes spécifiques qui figurent aux tableaux, les propriétés usuelles des bois auxquelles elles sont liées intimement, et lorsqu'on sera fixé sur les qualités qui conviennent à l'emploi que l’on veut faire, on pourra souvent trouver par l’examen

des nombres inscrits dans ces tableaux les essences qui réunissent ces qualités.

C'est ainsi que le module d’élasticité peut servir à indiquer la flexibilité du bois, ou la raideur qui en est l'inverse. Lorsqu'il s'agira d’efforts à l'extension, on pourra considérer comme flexible un bois dont le module d’élasticité sera classé dans la première catégorie, comme assez flexible, celui dont le module appartiendra à la seconde, et de même comme assez raide, ou raide, un bois dont le module appartiendra à la troisième ou à la quatrième catégorie.

On classera de même en bois faibles, assez forts, forts et très-forts, les bois dont la cohésion ou résistance absolue à la rupture appartiendra respectivement à la première, deuxième, troisième ou quatrième catégorie. Mais s’il s’agit d'emplois pour lesquels le poids des pièces est un obstacle, il conviendra de considérer, de préférence, pour le classement, au point de vue de la résistance, la colonne qui donne la résistance rapportée à l'unité de masse.

On peut admettre que les bois cassants sont ceux dont la charge de rupture est très-voisine de la charge limite d’élasticité ; toutefois cette définition ne suffirait pas pour rendre complétement l’idée qui s'attache au mot Cassant ; en effet, on appelle évidemment ainsi les bois qui se rompent sans qu'on en ait été averti préalablement ; or, dans la pratique, on doit s’attendre à la rupture d’un bois lorsqu'il est déjà chargé d’un poids relativement considérable, ou mieux lorsqu'il a déjà fléchi d’une façon notable. La définition ci-dessus permettrait d'admettre l'existence de bois forts, mais cassants, et aussi de bois flexibles et cassants ; il est préférable de réserver le terme cassant pour les bois dont le coefficient de sécurité est peu considérable et qui, en même temps, sont ou faibles, ou raides, ou surtout faibles et raides en même temps. On donnera, inversement, la qualification de liants aux bois dont le coefficient de sécurité sera élevé et qui, en même temps, seront ou forts, ou flexibles, ou surtout forts et flexibles simultanément.

Dans ce dernier cas, la résistance vive de rupture sera forte; on voit donc que les bois liants, selon l’acception usuelle de ce mot, seront surtout ceux qui auront un fort coefficient de sécurité et une forte résistance vive de rupture, et que Ceux qui auront ces deux constantes spécifiques très-faibles à la fois seront des bois cassants. Il est fächeux toutefois qu’il n'existe pas de terme usuel pour désigner ceux qui ne réunissent pas toutes ces conditions, et qui peuvent cependant être

considérés comme liants ou comme cassants, dans certains cas déterminés.

La flexibilité se rencontre le plus souvent dans les bois Mc et lorsque l’on voudra trouver un bois très-flexible et possédant cependant une certaine résistance, on devra chercher évidemment un bois classé, à la fois, dans une des catégories inférieures comme module d'élasticité, et dans une des catégories supérieures comme résistance. |

Si l’on veut, par exemple, trouver un bois convenable pour la con-

fection des jantes de roues, on sait que ce bois doit être flexible et élastique, qu'il doit pouvoir s’allonger sensiblement sans se rompre sous un choc accidentel, et qu’il doit enfin posséder une certaine résistance à la rupture, sans que cette condition ait la même importance que les autres, attendu que les jantes sont renforcées par des bandages en fer.

L’orme, qui est classé dans la premiêre catégorie comme module d'élasticité, dans la deuxième comme cohésion, dans la quatrième comme grandeur d’allongement au moment de la rupture, et dans la quatrième également comme coefficient de sécurité, satisfait à toutes ces conditions.

On peut, en cherchant, par exemple, sur la liste des bois de la Nouvelle-Calédonie, les essences qui présentent à peu près le même classement, sous ces divers rapports, déterminer celles de ces essences qui pourront convenir pour la confection des jantes de roues, et il ne restera plus qu’à tenir compte de la plus ou moins grande abondance ou . de la conservation plus ou moins facile de chacune d’elles, pour déterminer celles qu’il conviendra de choisir de préférence pour cet emploi.

C’est ainsi que l’on a été conduit à adopter, en Nouvelle-Calédonie, l’albizzia granulosa ou acacia du pays qe 112 du tableau), pour la confection des jantes de roues. 4:

Pour les rais, on recherche un bois qui, tout en conservant une certaine élasticité, présente surtout une grande résistance à la rupture; en France, on emploie ? à cet usage le chêne, que sa résistance ne classe que dans la deuxième catégorie, parce que les bois de France ne présentent qu’une faible résistance, comparativement à la plupart des bois exotiques. Aux colonies, on ne sera donc pas embarrassé pour trouver des bois convenables pour faire des rais, et parmi les bois. portés sur

le tableau, le Calophyllum montanum ou tamanou de montagne (n° 74 du tableau), l'Elwocarpus de Lifou ou coinite (n° 72), l'Eucalyptus où gommier d'Australie (n° 1400), le Spermolepis qummifera ou chêne-gomme (n° 105) pourront indifféremment être choisis pour cet usage.

On verrait de même que pour la confection des leviers, qui exige un bois résistant et liant, le coinite que nous venons de citer remplacerait très-avantageusement, sauf la question du poids, le frêne que l’on emploie de préférence en France pour cet usage; mais si ce poids est un obstacle, on pourra sans trop de désavantage se contenter de l’Albixxia granulosa ou açacia de Nouvelle-Calédonie (n° 112).

Nous ne pousserons pas plus loin ces exemples, que chacun peut aisément compléter.

Relations entre certaines constantes relatives à la torsion et les propriétés usuelles des bois. — On peut également, pour les constantes spécifiques de torsion, établir un rapprochement analogue entre le classement de ces constantes, en quatre catégories, et les qualifica-

tions usuelles de leurs propriétés relatives à la torsion; on peut donc

déterminer aussi, par l'examen du tableau, quels sont ceux de ces bois qui conviennent à des emplois où ils ont à résister à des efforts de torsion. On distinguera, par exemple, sous le rapport de la torsion . comme sous celui de l'extension, des bois flexibles ou des bois raides, caractérisés par la grandeur de leur module de torsion; des bois faibles ou des bois forts, caractérisés par la grandeur de leur résistance de rupture à la torsion; des bois cassants ou des bois liants, caractérisés par la grandeur de leur résistance vive de rupture et de leur coefficient de sécurité. |

On trouvera aisément l’application de ces remarques à quelques cas particuliers d'emploi des bois, dans lesquels la torsion joue un rôle ; pour des vis d’établi, par exemple, qui ont à subir de grands efforts et doivent présenter une grande résistance et une grande raideur, on voit que l’on pourra employer, parmi les bois de Nouvelle- Calédonie, l’Elæocarpus de Lifou ou coinite (n° 72 du tableau), ! Acacia spirorbis ou faux gaïac de Nouméa (n° 111), ou encore le Calophyllum montanum ou tamanou de montagne {n° 74). | ,

Pour les hampes et manches d’outil, qui doivent présenter aussi une certaine résistance à la torsion, le frêne de France (n° 47) convient assez bien ; le Montrouxiera spheriflora ou Houp et l’Albixzia granu-

Losa ou acacia de Nouvelle-Calédonie (n° 81 et 112), qui ne sont pas très-lourds, pourront le remplacer avec avantage.

Eofin, pour la confection des mâts, où il faut, avant tout, des use . légers et liants, on devra choisir les bois présentant une forte résistance de rupture par torsion rapportée à l’unité de masse, et une forte résistance vive de rupture. Les sapins rouge et blanc, parmi les bois d'Europe, sont dans ce cas, et parmi les bois de Nouvelle-Calédonie on pourra prendre l’Araucaria Cookii ou pin colonnaire (n° 6), à la condition de prendre la partie inférieure de l'arbre, ou encore le Dammara lanceolata ou kaori (n° 7). Enfin on pourra employer aussi au même. usage le Podocarpus excelsus ou faux kaori de Nouvelle- Zélande (n° 10), à en juger du moins par les résultats trouvés pour les échantillons éprouvés; ces résultats, en désaccord avec les indications données sur ce bois, dans la première partie de ce travail (voir la note du ? 8, chapitre I), feraient d’ailleurs supposer que les échantillons essayés, tout au-moins pour les épreuves de torsion, n’appartiendraient pas, comme on l’a admis, à l’essence désignée sous le nom de Podocarpus, mais seraient en réalité des barreaux de véritable bois de kaori (Dammara australis), ce qui, du reste, n’a rien d’impossible, attendu que la distinction entre ces deux bois ne peut guère s’effectuer qu'avant le débit, et que les échantillons éprouvés provenaient de planches achetées à Nouméa. Ke

Nous ne relèverons pas plus longuement les diverses conséquences qui peuvent être ainsi déduites de l’examen du tableau qui suit, au sujet de l’emploi plus ou moins judicieux que l’on peut faire. des bois

usuels; nous ne donnerons pas davantage le rapprochement des bois .

de la Nouvelle-Calédonie et des bois de France, auxquels ils peuvent être substitués pour un emploi déterminé, c’est là un travail qu’il sera

facile à chacun d'effectuer ë à l’aide des données du tableau. On remar-

quera toutefois que l’on ne trouve pas deux essences de bois différentes, présentant identiquement un même classement pour toutes leurs constantes spécifiques; il n’existe donc pas deux espèces de bois distinctes qui puissent rigoureusement se substituer l’une à l’autre dans toutes leurs applications ; on ne pourra trouver des bois susceptibles de se remplacer mutuellement que si l’on envisage seulement un nombre restreint d'emplois déterminés, sans même d’ailleurs faire entrer en compte l'aptitude de ces bois à recevoir le travail des outils et leur

facilité de conservation. La recherche des bois étrangers qui peuvent être substitués aux bois usuels de France, faite à un point de vue général, exigerait des développements considérables et allongerait encore ce travail déjà bien long; nous avons préféré laisser au lecteur le soin de l’effectuer dans chaque cas particulier, en tenant compte des circonstances spéciales dans lesquelles il se trouve et des ressources dont il dispose, cette recherche, dans ces conditions, présentant peu de difficultés.

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