‹ Notice sur les estampes gravéesChapitre 7 sur 10 · Loth et ses deux filles · texte numérisé non relu

Loth et ses deux filles

10. Vénus auprès d’un rocher. Elle tient des épis dans une de ses mains. A ses pieds est l’Amour endormi. Dans le lointain on voit des moissonneurs. C’est une des plus belles estampes d’Augustin.

On peut mentionner comme des imitations modernes des estampes dessinées par Carrache :

1° Les 24 planches petit in-folio que le duc d’Orléans fit graver pour accompagner le livre très-rare intitulé: L’École des Filles (1). Il n’en a, à ma connaissance, été tiré que 40 exemplaires, et les cuivres ont ensuite été brisés. Un prince de la maison royale

(I) Voir, au su jet de ce livre ordurier, le Manueldu Libraire et surtout la Bibliographie des ouvrages relatifs à l’amour et aux femmes, 2U édition, 1864, gr. in-8°, col. 572. 11 a été fait de l 'Ecole des filles une réimpression sans date (1864), Bruxelles, aux dépens des dames de la rue des Cailles, tirée à 158 exemplaires. Une notice bibliographique, jointe à ce volume, donne quelques renseignements. Le nom de l’auteur,

île France, qui possède en ce genre une collection des plus complètes, en a deux (l).

2° Un ouvrage fort libre publié en Angleterre : Memoirs of a woman of pleasure (London, 1749, 2 vol. in -12), contient des gravures médiocrement exécutées (2) suivant des dessins faits d’après nature, par un grand peintre français. Winckelmann dit, dans sa correspondance avec ses amis ( Briefe an seine Freunde, Dresde, 1778, in-8°, t. I, p. 91), que c’est l’œuvre d’un maître doué d’une imagination féconde, d’idées élevées et s’exprimant dans un véritable style pindarique. Ce jugement est fondé, mais le savant antiquaire se trompe, lorsqu’il vient, immédiatement après signaler, l’Arétin comme l’auteur du livre connu sous le nom de l 'Alcibiade fanciullo a scola (3).

indiqué par Guy Patin comme étant Ilélot, parait être Melilot. Le catalogue de la vente Auvillain (18G5, n° 1451) offre une édition non citée : Liège, se trouve dans toutes les bibliothèques des religieux et religieuses de l'univers. Sans date, in-1 2.

(1) Ce prince ne serait-il pas le duc d’Orléans (Égalité)? Nous lisons, dans le Nouveau Tableau de Paris de Mercier, que, dans les appariements particuliers du Palais-Royal, il exislaildes groupes en cire dont les attitudes étaient inspirées par les sonnets de PArélin.

(2) Ce livre, fort souvent réimprimé, a été écrit par Cleland. Nous en avons vu une traduction allemande avec des gravures analogues au genre du récit. Voir lu Bibliographie des livres relatifs à l’amour , etc. 2e édition, col. 443. Les gravures d’Elluin (artiste qui a travaillé avec activité dans le genre pornographique) sont jolies, mais on n’en trouve le plus souvent que des épreuves usées et fatiguées.

(3) Cette question a été discutée à fond dans une disserta-

5° Un livret fort mal imprimé et fort rare (1), même à Londres : The Pleasures of Love , containing a variety of entertaining particulars and curiosities in the cabinet of Venus (London, 1755, in-1 6) contient, lorsque la série est complète, seize gravures dans la manière de Chodowiecki. J’en ai possédé un exemplaire qui n’avait que 13 planches; il est entré dans la riche collection, déjà indiquée, deM. Feuerlin, et il est porté à son catalogue ( Bibliotheca Feuerliana. Accessiones. Yol. Iï, p. 1085).

lion de M. Baseggio, qui a été traduite en français et accompagnée de notes et d’une postface. Paris, 1862, pet. in-8°. 11 est reconnu que tout donne lieu à penser que le véritable auteur de V Alcibiade est Ferrante Pallavicino.

(1) Nous ne trouvons point ce livre dans l’énumération assez longue que donne le Bibliographer’s Manual de Lowndes (2« édition, 1860, pag. 1401) d’ouvrages relatifs à l’amour.

Abordons maintenant ce qui concerne les Sonetti.

La première édition était celle qui fut exécutée en 1524, et qu’on ne retrouve plus.

L’Aréiin paraît en avoir donné une autre, après la mort de INicolo Franco (1) en 1554. Elle contient 20 sonnets, suivis d’un petit poème.

La troisième est celle que décrit Auguste Beyer, Memoriœ historico-criticœ librorum rariorum. Dresdæ, 1754, in-8°, p. 18 : « Constat vigenis et tribus plagulis (c’est-à-dire foliis) quarum anterior pagina tantum litterarum typis est repleta, posterior autem vacua. Figuræ nullæ adsunt, præter unicam lascivam quæ tituli loco est. » C’est un livret in- 1 2. Il en existe

(1) Cet émule de l’Arélin, tout aussi mordant et parfois non moins cynique que messcr Pietro , eut une fin plus tragique; il fut pendu en 1569 par ordre du pape Pie V, contre lequel il avait eu l’audace de diriger des traits satiriques. La collection de ses sonnets contre l’Arélin n’en contient pas moins de 257 ; on y joint 200 sonnets intitulés la Priapca, le tout a été imprimé à plusieurs reprises.

une réimpression avec le même nombre de feuillets et l’indication de Vinegia, MDLVI ; une quatrième édition fut exécutée à Paris en 1 765.

Osmont, dans son Dictionnaire typographique, 1. 1, |). 40, indique l’ouvage sous le titre de la Corona de i cazzi cioe Sonetti lussuriosi del P. Aretino, s. I. ni date, mais cette édition n’existe pas ainsi qu’il le reconnaît lui-même : « Ce livre est apocryphe et on n’en connaît aucun exemplaire. »

Giordano Bruno, dans un livre d’une rareté extrême ( Spaccio de la Bestia trionfante, 1584 (1), p. 103) indiqueclairementles Ragionamenli etsemble désigner les Souetti. « Non vi diro, divantaggio di quel ch’ è sù la Pippa, la Nanna (2), l’Antonia, il Burchiello (5), l’Ancroia (4) i un altro libre ehenon

(t) On trouvera une curieuse analyse de ce rarissime et fort obscur ouvrage dans l’excellent travail de M. C. Bartholmess, intitulé Giordano Bruno , Paris, 1855, 2 vol. in-8<\

(2) Ce sont deux interlocutrices des Ragionamcnti de l’Arétin.

(3) Burchiello était un barbier élabli à Florence. Il se mêlait de faire des vers; ses Sonelii ont eu une vingtaine d’éditions. Voir le catalogue Libri, 1847, n“ 14-65. On aurait de la peine à trouver dans une autre langue des poésies analogues à celles-ci. Burchiello s’applique à exprimer les idées les plus absurdes et les images les plus baroques C’est ainsi qu’il demande à un artiste de lui peindre un tremblement de terre en l’air et une montagne prêtant ses lunettes à un clocher qui passe une rivière à la nage. Tout est de cette force, et pourtant ces poésies, écrites en excellent italien, sont citées par l’Académie délia Crusca.

(4) Il s’agit du Libro delta regina Ancroia, poëme en octaves dont l'auteur est resté ignoré, et dont on connaît

si sà.... libri fatti dahuomini di mala fama, disho nesti e dissoluti. »

Le début du premier, sonnet (on peut le transcrire) rappelle des vers que nous a laissés l’antiquité :

Queslo è un libro d’altro che di Sonetli,

Di Capifoli, Epitafi, d’Eglogue, o Canzone Qui il Sunnazaro, nè il Bembo non compone Ne’ liquidi crislalli, ne’ fiorelti

C’est ainsi que s’exprime à peu près Straton dans une des épigrammes de Y Anthologie (Brunck, Analecta grœca, t. !I, p. 559) : « Que l’on ne cherche pas dans mes vers la mort de Priam, ou les douleurs de Médée et de ISiobé, ni le malheur d’Itys, ni la métamorphose de Philomèle en rossignol; les vieux poètes en ont fait le sujet de leurs chants interminables; moi, je célèbre le charmant dieu de l'amour, qui se plaît dans la société des Grâces et de Bacchus ! »

Une des pièces qui composent le recueil des Priapeia s’énonce d’une façon semblable :

Non soror boc habitat Phœbi, non Vesta, sacello, Nec quæ de patrio vertice nata dea est.

L’Arétin a reproduit dans ses sonnets des noms

diverses éditions de 1479 à 1389; celle épopée ne mérite nullement, d’ailleurs, d’être rapprochée des écrits de l’Arétin.

qu’on retrouve dans quelques autres de ses ouvrages :

Tu hai el pensier del Rosso (son. IX). On lit dans les Ragionamenti (édit, de 1600, p. 109) : Quando Roma fosse senza il Rosso, che fa miracoli con le sue piacevolizze.

lonon so Marte, io sono Hercol Rangone (son. XII). Une des lettres de l’Arétin (édit, de 1609, t. III, p. 222) est adressée au comte Hercule Rangone.

L’Àngela Greca , courtisane que nomme le même sonnet, est mentionnée à diverses reprises dans les Ragionamenti j p. 429 : La Greca ha i suoi Conti et i suoi Signori. Voir surtout p. 443. Il en est de même de la Lorenzina et de la Ciabattina (son. XIII), de la Béatrice (son. XIV) , de maître André, peintre et bouffon.

Le dix-huitième sonnet, très-digne de ses devanciers, fut ajouté à ceux qui accompagnaient les gravures de Marc-Antoine; le dix-neuvième et le vingtième contiennent des attaques d’une virulence extrême contre Niccolo Franco, ennemi personnel et irréconciliable de l’Arétin. Les deux poètes se livraient, à coups de plume, les combats les plus acharnés.

On trouve en Italie des copies manuscrites des Sonetti qui offrent souvent entre elles des différences frappantes. On y a parfois mêlé des sonnets étrangers à ceux de l’Arétin , et qui paraissent avoir été inspirés par les estampes de Perrin del Vagaet d’Annibal Carrache. J’ai vu un de ces manuscrits où se

trouvaient 26 sonnets; dix d’entre eux (numéros 3, 6, 8, 12, 13, 14, 15, 18, 20, 26) étaient étrangers à l’œuvre originale de Messer Pietro. Il est malheureusement impossible de transcrire un seul vers de ces nouveaux sonnets; nous aurions voulu pouvoir copier les débuts de chacun d’eux, afin qu’on fût à même de les distinguer sans peine (1).

Bernard de La Monnoye, ayant trouvé, dans la bibliothèque de Du Tilliot, des exemplaires contenant quinze des Sonetti , s’amusa à en faire une traduction latine fort abrégée, les resserrant chacun en un distique.

Le manuscrit autographe de cette traduction existe à Dijon dans la bibliothèque du président Bouhier. Un savant français fort distingué, en ayant pris une copie, la fit imprimer à huit exemplaires seulement ; il voulut bien m’en envoyer deux en les accompagnant de la lettre suivante, datée du 8 janvier 1779 : « M*‘* m’apprend qu’il vous expédie « demain un paquet, et je profite de cette occasion « pour vous envoyer ces jolies polissonneries. Voici, « monsieur, les vers de La Monnoye. Vous avez une

(!) Les Dubbii amorosi, sans date, Nella stamperia del Forno et Roma, 1792, contiennent les vingt-six sonnets en question; le texte de ceux de ces sonnets qui sont l'œuvre, de l’Arétin présente bien des différences avec les éditions primitives. Observons, en passant, que, dans ces réimpressions, les Dubbii forment deux séries, 31 et 17, tandis que dans le Recueil du Cosmopolite, déjà cité, ils sont rangés sous une seule série de numéros, 1 a 48, et qu’ils sont suivis «le trois pièces de vers, l’une de cinq, les deux autres de six, intitulées ÎUslorictta.

<( copie que vous pouvez insérer dans un livre; « l’autre, qui ne contient que les distiques, est faite « pour être coupée de manière que chaque distique « puisse être collé au bas de l’estampe, pour qui a « ces estampes. On en a fait en Hollande une copie « assez bien exécutée, mais il n’y en a que douze au « lieu de seize. Dans l’exemplaire de M. du Tilliot, « pour lequel ces distiques ont été faits, il man- « quait une estampe ; voilà pourquoi La Monnoye « n’a fait que 15 distiques. »

Ces distiques ont reparu dans le Recueil de nouvelles poésies galantes, critiques, latines et françaises, Londres, t. Il , page 168 (1).

Avant de terminer cette notice bibliographique, je signalerai encore deux livres italiens d’une rareté extrême : La Cazzaria , dialogo deW Arsiccio Intronaio (2) (Antonio Vignali de’ Buonagiunti), ou-

til lisse trouvent aussi dans VErolopœgnion , sive Priapcia vctcrwm et recent iorum , Lutctiæ, 1798, p. 180-182. On les chercherait en vain dans l’édition des OEuvrcs choisies de La Monnoye, publiée en 1770, avec approbation et privilège du roi, par Rigoley de Juvigny.

(2) On connaît deux éditions anciennes de la Cazzaria , imprimées vers 1530 ou 1510; ellessont d’une rareté extrême, mais il a été fait en 1 803, sous la rubrique de Cosmopolis, une édition petit in-8°, tirée à 100 exemplaires. Le texte occupe 104 pages cl il est précédé d'une introduction de i. xxii pages, qui contient des détails curieux sur Vignali, sur l’Académie des Intronati de Sienne et sur les sociétés littéraires de l'Italie au seizième siècle. Le nouvel éditeur n'a pu rencontrer l’édition originale, mais il a eu connaissance d’une ancienne copie manuscrite qui lui a fourni quelques bonnes corrections.

vrage joint à l’édition de Turin, 1536, de la première partie des Ragionamenti. Franco se moque de la façon la plus cynique de cet auteur dans un des sonnets de sa Priapeia (p. 120) :

Priapo, io son PArsiccio Archinlronalo ,

E nell’ Introrialaggine il maggiore....

L’autre ouvrage est l 'Origine dette volgari Proverbi, dont l’auteur est Alvise Cinthio degli Fabritii, imprimé à Venise, en 1526, in-folio, maestro Bernardino et maestro Matheo de i Vitali fratelli. C’est l’œuvre d’un docteur en médecine qui raconte en vers orduriers l’origine de 45 proverbes italiens , et, dans ces contes , il se plaît surtout à attaquer les moines avec beaucoup de violence. V Esprit des Journaux (novembre 1780) contient une notice curieuse sur cette production (1).

On pourrait signaler encore parmi les raretés de ce genre les Elegiœ Pacifici Maximi , Florence, 1489, réimprimées avec des augmentations à Camerino, en 1523 (2), in-4°, sans lieu ni date; Hieronymi Balbi

(t) Celle lettre est l’œuvre d’un bibliophile zélé, Magné de Marolles; il en a été donné à Paris, en 1856, une réimpression tirée à petit nombre. Voir la Bibliographie des livres relatifs à l’amour , col. 565, et surtout une notice deM. T. Liebreclit, dans le lahrbach f ur romanische und cnglische litera tur, Berlin, 1860, t. I, p. 298-518, notice traduite en grande partie dans le Bulletin du bibliophile, 1860.

(2) Le Manuel du Libraire décrit en détail ces deux édi-

curicnsis præsidis Epigrammata{i). Une seconde édition a eu lieu à Vienne en 1494, chez Winterburg. La licence de ces épigrammes les rapproche souvent de l’attaque cynique que Simon Lemnius ( caché sous le pseudonyme de Lucius Pisanis Juvenal) dirigea contre Luther : Monachopornomachia (2).

La querelle entre l’Arétin et Franco semble avoir inspiré l’auteur de la Cicceide légitima, recueil de sonnets les plus mordants lancés par Jean-François Lazzarelli (mort en 1693) contre un jurisconsulte lucquois, le docteur Bonaventure Arrighini (né en 1652, mort en 1689). Il n’y a pas moins de 597 sonnets dans cette collection d’injures décochées contre le pauvre docteur et reproduisant, au moyen de va-

lions. Un exemplaire de la première, relié en maroquin rouge, a successivement été adjugé à 466 et 570 fr., aux ventes Nodier, en 1844, et Libri, en 1847. La bibliothèque de Vienne en possède un exemplaire; un autre fortimparfaitest à la bibliothèque Sainte-Geneviève. La bibliothèque Mazarine renferme l’édition de 1525. Le Manuel signale comme remarquables des passages qui montrent que la syphilis était connue en Italie dès 1489. Ces passages se retrouvent dans les Anccdo'es de médecine t, Lille, 1766, tome I, pages 121 à 126) et dans l’ouvrage du docteur (Iraesse : Lehrbuch einer allgemeinen lilerœrgcschichlc , tome II, partie 5, page 725.

(1) Livret de 20 feuillets. Le Manuel donne des détails sur les diverses éditions des poésies de Balbus.

(2) Voir, sur cette comédie, la Bibliographie des livres relatifs à l’amour, seconde édition, col. 251. Il en est question également dans le Neu-Journal de Murr, tome II, pages 285 et suivantes.

riétés infinies, une insulte toujours la même. La Cicceide a eu plusieurs éditions; la sixième porte la rubrique d’Amsterdam, 1780 (1).

(t) Voir le Dictionnaire de Bayle, art. Lazzarelli. Charles Nodier appelle la Cicceide « un chef-d’œuvre de verve bouffonne et cynique. »» Il en existe une imitation peu connue : la Ciacchcide , Dantzig, 1765; elle figure au catalogue Libri, 1847, n<* 1378.

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