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CHAPITRE III

Archipel «les Marquises

Description géographique. — Découverte. — Prise de possession. Superficie. — Orographie. — Côtes. — Sources minérales. — Climat, météorologie.

Ethnographie. — Tatouages. — Costume. — Religion. — Instruction. — Population et dépopulation. — Centres principaux* — Administration.

Productions du pays. — Industrie. — Commerce. — Avenir des Marquises. — Moyens de communications.

Description géographique. — L’archipel des Marquises, situé entre 7° 50' et 10° 33’ de latitude Sud, 140° 45’ et 143° 5’ de longitude ouest, est formé de deux groupes dont la découverte remonte à des époques différentes.

Le groupe Sud-Est comprend les îles : Hiva-Oa (La Dominique), Tauata, Fatuhiva (La Madeleine), Fatuliuka et Motane ; ces deux dernières sont inhabitées.

Le groupe Nord-Ouest se compose des îles Nuka-Hiva, Ua-Pu Ua-Uka et Eiao (île Masse), ainsi que de l'ile Hatutu et des îlots Motuiti inhabités.

Découverte. — Le groupe Sud-Est fut découvert en 1595, par l’Espagnol Alvaro Mendana qui le désigna sous le nom d'îles Marquises, en l’honneur du marquis de Mendosa, viceroi du Pérou, au service duquel était ce navigateur.

Deux siècles plus tard, en 1774, Cook reconnut et visita ce groupe et, en 1791, un navigateur français, appelé Marchand, découvrit le groupe Nord-Ouest. Le nom d’archipel de la Révolution qu’il lui donna n'a pas subsisté.

Prise de possession. — Les premiers missionnaires protestants arrivèrent aux Marquises à peu près à la même époque qu’à Tahiti. Les missionnaires catholiques vinrent plus tard et supplantèrent les premiers. Après une période de luttes entre les indigènes et les Américains, l'amiral Dupetit- Thouars prit possession de l’archipel au nom de la France, le 1er mai 1842. La soumission complète des indigènes ne se fit p>as sans difficultés, et la prise de possession exigea l'occupation militaire de cette nouvelle colonie, noyau de possessions actuelles du Pacifique.

Un fort, aujourd’hui en ruine, fut construit à cet effet sur un mamelon dominant la haie de Taiohae.

L’évacuation des troupes n’eut lieu que le 1er janvier 1859.

Superficie. — La superficie totale des Marquises est d’environ 12,500 kilomètres carrés.

Les deux lies les plus importantes sont : Nuka-Hiva, qui a 32 kilomètres de long sur 19 de large et environ 100 kilomètres de circuit ; et Hiva-Oa, qui mesure 39 kilomètres de l’Est à l'Ouest et 19 du Nord au Sud dans sa plus grande largeur.

Orographie. — Les îles Marquises sont formées de montagnes d’origine volcanique.

Leur aspect général offre une grande similitude avec celui que présente Moorea. Un sol tourmenté, de hautes falaises basaltiques, des crêtes déchiquetées, des baies profondes au littoral disparaissant sous une végétation intense, telle est la caractéristique de ces îles.

Les plus hautescimes atteignent: à Nuka-Hiva 1,178 mètres,

à Ua-Pu 1,190 mètres, à Hiva-Oa 1,260 mètres, à Fatuhiva 1,120 mètres, et à Tahuata 1,000 mètres.

Côtes. — Les îles Marquises ne sont pas, comme celles de la Société, enfermées dans une ceinture de récifs madréporiques, et les vagues du Pacifique viennent directement se briser sur les énormes assises de basalte qui constituent les côtes, comme l'Atlantique sur les récifs granitiques de la Bretagne.

L’absence de récifs protecteurs ne permet pas aux bateaux de pouvoir accoster ailleurs que dans les baies propices aux mouillages. Dans quelques-unes de ces baies, la houle du large s’y fait même tellement sentir, qu’elle rend les accostages très dangereux.

Sources minérales. — On trouve aux Marquises quelques sources d'eau gazeuse à base alcaline, d'un goût très faible mais agréable.

11 existe une source sulfureuse à Hiva-Oa.

Aucun minerai exploitable n'a été découvert dans l’archipel.

Climat. — Météorologie. — Le climat est très chaud mais très sain, on constate que le thermomètre ne descend guère au-dessous de 23 degrés et atteint 33 degrés. La chaleur est tempérée par la brise du large qui souffle assez régulièrement. Les nuits sont relativement fraîches.

En raison de sa proximité de l’équateur, l’archipeFn’a pas de saisons bien indiquées. Si on signale quelquefois des périodes sèches de huit à dix mois consécutifs, on remarque cependant que les pluies sont plus fréquentes de juin à septembre et que la saison sèche a lieu principalement de décembre à mars. Les vents régnants sont: d’avril à octobre, le vent d'Est-Sud-Est ; d’octobre à avril le vent d’Esl-Xord-Est. Le baromètre se maintient à 0,765 en moyenne.

Ethnographie . — Le Marquisieu, comme le Tahitien, descend

selon toute probabilités, de la race malaise. Mais Tahiti et, les Marquises paraissent avoir été peuplées par des migrations venues de directions très différentes. En effet, la dissemblance marquée qui existe chez ces deux peuplades dans leurs idiomes, moeurs et coutumes, ajoutée à la grande distance géographique qui les sépare, permet d'établir que depuis leur arrivée dans ces archipels, ils n’avaient jamais eu ensemble aucune espèce de relations.

Les armes et ornements guerriers connus chez les Marquisiens. leurs coutumes barbares, leurs tatouages, leurs sacrifices humains, le cannibalisme qu'ils pratiquaient encore naguère dénotent chez eux des moeurs très belliqueuses.

La polygamie était également pratiquée avant leur conversion au christianisme. A en juger par les différents objets dont ils se servaient avant l'arrivée des Européens, il y a lieu de conclure qu'ils avaient sur les Tahitiens une certaine supériorité au point de vue industrieux. Leurs armes, pirogues, ornements, ustensiles, et jusqu’à leurs fétiches, tout indique que les besoins de la guerre et les expéditions les avaient rendus plus ingénieux et plus avancés dans leur âge de pierre que ne l'étaient les indigènes de Tahiti.

Tatouage. — Le tatouage est toujours en honneur aux Marquises et cette pratique, commune à la plupart des peuplades guerrières, est chez le naturel de ces îles une haute marque de courage et de virilité très appréciée des femmes indigènes. Aussi voit-on presque tous les hommes tatoués de la tête aux pieds. Les femmes ont également des tatouages sur la figure, les mains et les jambes.

L’opération très douloureuse du tatouage n'est pas sans dangers. Le sujet éprouve pendant plusieurs jours et souvent plusieurs semaines une fièvre intense qui détermine quelquefois la mort. Mais, malgré les dangers affrontés, ni les remontrances des missionnaires, ni les mesures prises par l’adminis-

tration n’avaient pu, jusqu’à présent, amener les indigènes à renoncer à cette habitude barbare.

Un récent arrêté a interdit d’une façon formelle, sous peine de poursuites et d'amendes, l’opération du tatouage.

Costume. — Autrefois, les Marquisiens ne portaient guère en guise de costumes que des ornements faits avec des libres d’écorces d’arbres (1), des os, des coquilles et la chevelure de leurs ennemis morts. Depuis l’arrivée des missionnaires, ils ont peu à peu adopté l’usage du pantalon et du tricot ou de la chemise ; ils sont, en général, plus décemment vêtus que les Tahitiens. Les femmes se vêtent comme celles de Tahiti.

Religion. — Avant leur conversion au christianisme, les Marquisiens invoquaient un dieu des combats qu’ils représentaient sous les traits de fétiches grossièrement taillés dans des blocs de pierre et en l'honneur duquel ils offraient des sacrifices humains.

Le catholicisme est aujourd’hui la religion pratiquée par la presque totalité des indigènes. Mais les quelques missionnaires qui essaient à grand’peine de les diriger, n’ont pu leur inculquer qu’une foi bien superficielle, et la prédominance de leurs anciennes mœurs l’emporte encore souvent sur les austères préceptes du christianisme. La mission catholique de l’ordre de Picpus est dirigé par un évêque in partibus.

Ou compte aux Marquises environ 500 ou 600 protestants, ayant pour pasteurs trois indigènes des ilos Hawaï.

Instruction. — Un grand nombre de Marquisiens, surtout dans la jeune génération, parlent ou comprennent le français. C'est peut-être le résultat le plus appréciable qu’aient obtenu les missionnaires, aidés des sœurs de Saint-Joseph de Cluny.

(1) IN fabriquaient et fabriquent encore, avec l’écorce battue et assouplie (le certains arbres, une espèce d’étoffe peu résistante, appelée tapa , qui leur sert surtout de nattes et de couv ertures pour la nuit.

Les écoles libres que dirigent ces religieux reçoivent une modique subvention de la colonie.

Population et dépopulation . — La population des îles Marquises, qui se chiffre actuellement par 4,300 habitants, va en décroissant depuis sa découverte.

Les causes de dépopulation de ces îles sont les mêmes que celles qui ont été traitées pour Tahiti (chap. Ior, § population). Ce dépeuplement progressif présente toutefois un caractère encore plus accentué aux Marquises qu'à Tahiti, et, si l'on ne réussit pas à y remédier, la race marquisienne est appelée à disparaître avant peu, sans même avoir, comme la race tahitienne, la ressource de se fusionner dans l'élément blanc, car il n'y a guère aux Marquises que 120 Européens, dont environ 60 Français; et, de plus, on constate que ces chiffres sont également en décroissance par suite de la difficulté actuelle de colonisation dans ces îles trop peu favorisées au point de vue des relations extérieures.

Centres principaux . — La principale localité des Marquises est Taiohae, située dans l'ile Nuka-Hiva, au fond d'une jolie baie d’un mouillage sûr. C'est le chef-lieu et le centre commercial de l’archipel ; sa population est de 80 habitants.

On y remarque la résidence de l’administrateur, celle de l’agent spécial, la mission catholique, la maison d'école des sœurs, la gendarmerie et quelques magasins.

Un débarcadère facilite l’accostage des embarcations.

Atuana, dans l’ile Hiva-Oa, est, d’après Taiohae, la localité la plus importante. Par sa situation privilégiée sur la baie des Traîtres, au centre de la région la plus fertile et la plus agréable de tout l'archipel, cette localité est même supérieure à Taiohae comme population. Elle compte 450 habitants environ. C’est la résidence de l’évêque et le siège d’une brigade de gendar¬

merie.

Administration. — Les Marquises, divisées administrativement en dix districts, forment un établissement secondaire, à la tète duquel se trouve un administrateur relevant du gouverneur de Tahiti. Un agent spécial y remplit les fonctions multiples de trésorier, percepteur, receveur des postes, notaire et greffier.

Une justice de paix à compétence étendue, et dont les

La baie d’Atiheu, île Nuka-Hiva (.Marquises)

fonctions sont actuellement dévolues à l’administrateur, siège à Taiohac.

Deux brigades de gendarmerie et une police indigène assurent l’ordre et l'exécution des règlements administratifs dans l'archipel.

Productions du pays. — Les productions du sol sont les mêmes qu'à Tahiti. Toutes les plantes tropicales s’y acclimatent et s’y développent avec un égal succès.

Dans le règne animal, on trouve en quantité, et vivant coin-

plètement à l’état libre, des bœufs, des chevaux, des ânes, des moutons, des cochons. La volaille y est très commune. En fait de gibier, on peut y chasser le courlieu, la bécassine, la poule sauvage, le cochon et la chèvre sauvages.

Les oiseaux y sont plus nombreux qu'à Tahiti.

Les principales cultures sont celles du coton, du cocotier et celle du café qui pourrait prendre beaucoup d’extension et devenir très rémunératrice si la main-d’œuvre y était plus facile.

Le tabac et l'indigo poussent à l’état sauvage.

Industrie . — L’industrie est peu développée. A Taiohae et à Atuana, on construit quelques embarcations, ou des bateaux d'un très faible tonnage. Une usine à vapeur à égrener le coton fonctionne à Taiohae.

Commerce. — - Le grand isolement des Marquises, situées à 250 lieues marines de Tahiti, est la principale cause qui s’oppose au développement agricole, industriel et commercial de ce fertile archipel.

Lors de la guerre de Sécession d’Amérique, la culture du coton y avait pris un développement rapide et était devenue une source de richesse pour les planteurs. Mais cette ère de prospérité n’existe plus aujourd’hui, et les plantations de coton sont en grande partie abandonnées. Le colon, manquant de main-d’œuvre et de moyens de communications rapides avec les grands centres de filature, ne peut plus lutter contre la production intense et à bon marché des grandes plantations d’Amérique et d’Égypte.

Les autres productions : coprah, café, animaux vivants, laine de mouton, accusent un chiffre d’affaires peu important.

Avenir des Marquises. — L’avenir des Marquises réside dans la mise en valeur de ses riches vallées. Des colons stables, expérimentés et bien outillés, des communications rapides et fréquentes avec Tahiti d’une part et San Francisco

de l'autre, des règlements sévères pour annihiler les causes de décadence morale et physique des indigènes, de sages mesures assurant une main-d'œuvre facile, le percement de l'isthme de Panama, tels sont les facteurs qui pourraient transformer en une colonie productive et prospère l'archipel actuellement si délaissé des Marquises.

Voies cle communication. — ■ De nombreuses routes muletières relient les centres de population entre eux. Elles serpentent sur le flanc des montagnes et franchissent les crêtes qui séparent les versants, les vallées et les baies.

Ces voies, en général bien entretenues, sont assez spacieuses et les chevaux du pays les gravissent avec une agililé remarquable. Du haut des crêtes ou des cols où s’élèvent ces chemins montagneux, le voyageur qui parcourt les Marquises contemple des vues panoramiques dont la beauté sublime provoque l’admiration. Autour de lui, c’est l’aspect grandiose des colonnes et des murailles basaltiques ; à ses pieds, les verdoyantes el profondes vallées ; plus loin le rivage avec ses baies aux contours gracieux, ou ses énormes falaises taillées à pic et contre lesquelles les vagues déferlent sans relâche ; et plus loin encore l’immensité, l’Océan se fondant avec le ciel éblouissant de lumière. A l’horizon une traînée grise et indécise révèle dans cet admirable tableau la présence d’une île voisine.

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