CHAPITRE IV
Arcrliifiel Tiiainolu
Situation. — Constitution géologique. — Forme particulière des des Tuamotu. — Tasses. — Superficie.
Peuplement. — Végétation. — Nacres perlières. — Perles. — Pèche de la nacre.
Habitants. — Religions. — Annexion. — Administration. — Climat, salubrité, existence matérielle.
Iles principales.
Situation. — Constitution géologique. — Sur un espace de 250 lieues de long, compris enlre les 138e et 151° degrés de longitude occidentale et suivant une direction Nord-Ouest- Sud-Est, s'étend une importante chaîne de montagnes sousmarines. L’œuvre remarquable des zoophytes s’est dressée sur ces hauts plateaux océaniens jusqu’à la surface des eaux. C'est ainsi que se sont formées, après de longues périodes de siècles, les 80 îles désignées sous le nom d’archipel Tuamotu (iles lointaines).
Forme particulière des îles Tuamotu. — Chacune de ces curieuses iles est constituée par une couronne, ou atoll, de récifs coralliens affectant le plus souvent la îorme circulaire ou ovoïde et renfermant un lac intérieur appelé lagon.
Cette terre basse, à peine élevée d'un ou deux mètres au-dessus de l'eau, mesure généralement de 100 à 500 mètres de large et atteint un développement tel que, dans certaines iles, le lagon a jusqu'à 60 et 70 kilomètres de longueur.
Les Tuamotu, autrefois appelées Pomotu (iles nasses ou iles soumises) furent désignées par Bougainville sous le nom d 'Archipel dangereux que lui donnent encore certains géographes, en raison des difficultés de la navigation au travers de ces récifs périlleux.
Passes. — Les dépressions de l’atoll sur plusieurs points de son pourtour font communiquer le lagon avec la mer et permettent aux bateaux de pénétrer à l'intérieur de l’ile, lorsque la passe est suffisamment large et profonde.
Superficie. - - La superficie de l’archipel est d’environ 86,000 hectares, non compris les lagons qui font en quelque sorte partie du domaine de la mer.
Peuplement . — 11 est probable que le peuplement des îles Tuamotu n'a pas dû précéder de beaucoup le passage des premiers navigateurs dans ces parages.
Végétation. — Le défaut de végétation et d’eau douce rendirent longtemps ces iles inhabitables.
Primitivement, la faible couche de terre sablonneuse, résidu des coraux brisés et broyés par les vagues, puis dispersés par les vents, ne produisit que quelques buissons de mikimiki et de pandanus.
Plus tard, le cocotier y fut introduit et se développa admirablement dans ce sol calcaire et salin, et aujourd'hui cet arbre, non seulement permet aux indigènes de vivre, mais encore est pour l'archipel l’objet d'un commerce important par le coprah qu’il produit.
Nacres perlières. — La principale source de revenus des Tuamotu est la pêche de la nacre perlière. Ce produit de la mer, très recherché dans l’industrie, atteint annuellement dans l’archipel un chiffre moyen de 430 tonneaux, représentant une valeur de plus de 1,000,000 francs.
La nacre des Tuamotu est très cotée sur les marchés européens et américains pour sa belle et fine qualité.
Perles. — Les perles, produit très rare d’une sécrétion particulière et accidentelle des huîtres nacrières, sont également l’objet d'un trafic important qu’on estime à plus de
Une vue de l’île Tuamotu
50,000 francs (1) par an. Elles sont en général petites, mais d'un très bel orient.
Pêche de la nacre. — L’Administration, en vue d’enrayer l'épuisement de la nacre dans les lagons producteurs, a réglementé par divers arrêtés et décrets la pêche de ce produit.
C’est ainsi que, chaque année, huit ou dix ilesseulement sont ouvertes à la plonge et que chaque ile resle fermée pendant au
(1) Ce chiffre doit même surpasser 100,000 francs quand le lagon de Kau kura. le plus riche en perles, est ouvert il la pêche.
moins trois années pour permettre aux jeune huîtres de se développer et de grossir.
Cette sage mesure, en empêchant la destruction des petites nacres inutilisables, est également à l’avantage des plongeurs qui sont assurés de ne pêcher que des coquilles de dimensions commerciales.
L’usage du scaphandre, adopté momentanément, a été interdit comme appauvrissant trop les lagons nacriers. Mais cette dernière mesure a soulevé bien des critiques de la part des intéressés; on a prétendu que le scaphandrier, pas plus que le plongeur à nu, ne pouvait épuiser les lagons, et que la nacre se trouvant à diverses profondeurs, celle située à plus de 30 mètres était, par l’interdiction du scaphandre, inévitablement perdue sans profit pour personne.
Jusqu’à présent, les griefs reprochés à l'usage de cet engin ont prévalu sur les avantages énumérés par ses partisans.
Le procédé primitif de la plonge à nu n’est pas sans dangers pour les plongeurs qui ont à affronter la présence des requins et qui remontent quelquefois affreusement mutilés, quand ils ne sont pas dévorés. Quoique assez rares, les accidents de ce genre n’en refroidissent pas moins le zèle des indigènes, dans les lagons à larges passes où les requins sont plus fréquents.
Habitants. — La population des Tuamotu, qui compte 4,000 habitants, est en général plus laborieuse que celle de Tahiti et des Marquises. Le sol aride de cet archipel et l'exploitation lucrative des bancs nacriers ont de bonne heure inculqué aux indigènes l'habitude du travail.
Malheureusement, la grande difficulté de propager l'instruction dans ces îles éparses et peu peuplées a été et sera longtemps un obstacle au développement social et au progrès matériel des robustes indigènes Tuamotu.
Religion. — Le catholicisme est la religion dominante. Le
protestantisme y est peu répandu, mais le mormonisme y a fait, depuis plusieurs années, de nombreux prosélytes.
Annexion. — Dépendant de la souveraineté des Pômare, ces îles ont conséquemment été comprises dans les actes de protectorat et d’annexion de Tahiti et Moorea.
Administration. — Au point de vue administratif, les Tuamotu sont divisées en 31 districts comprenant 56 îles. Les 24 îles qui complètent l’archipel, en raison de leur situation orientale, ont été classées dans l'Etablissement secondaire des Gambier.
Climat, salubrité , existence matérielle. — Le climat des Tuamotu est d’une salubrité remarquable. D'une part, l'air très pur et très vil' de la mer et les faibles variations de température, d’autre part l’absence de marais, d'humus, d'atmosphère viciée, font de ces récifs arides de véritables sanatoria où les maladies fiévreuses et autres affections endémiques sont inconnues.
Mais les difficultés de l’existence matérielle, l'absence de bien-être et de confortable seront toujours défavorables à l'attrait du séjour aux Tuamotu.
La principale privation des habitants de ces îles est l’absence de sources d’eau douce. Les Européens recueillent l’eau de pluie dans des citernes; quant aux indigènes, ils se contentent souvent, pour toute boisson, de lait de coco, et pour nourriture, de poissons.
De nombreuses goélettes venant de Papeete approvisionnent les Tuamotu des matières alimentaires de toutes sortes et reviennent chargées de nacres et de coprah.
Iles principales. — Parmi les îles les plus importantes, il y a lien de signaler :
F ak au. vva (200 habitants)dont la principale localité, Rotoava,
est le centre administratif de l’archipel. Le lagon a une étendue de 60 kilomètres dans son plus grand diamètre. Une large passe permet aux plus grands navires de pénétrer à l'intérieur;
Anaa, la plus populeuse des Tuamotu compte 480 habitants. L'ile étant peu productive en nacres, la population se livre à la culture du cocotier;
Rairora ou Raxgiroa, qui mesure plus de 75 kilomètres de longueur. Le lagon est très riche en nacres, mais la passe très large donne libre accès à de nombreux requins, de sorte que les habitants abandonnent la pêche nacrière pour se livrer à la récolte du coprah;
Kaukura, Hikueru, Makemo, Hao, Baroia, Mnrokau. Takume, Marutea nord, moins étendus, mais dont les lagons exploités sont riches en nacres;
Makatea. — De toutes les îles Tuamotu, Makatea est la seule qui soit relativement élevée. Bien que de constitution madréporique, elle n’a pas de lagon et son centre forme un plateau de 50 mètres d’altitude. Elle mesure 9 kilomètres de long sur 7 de large. Sa formation géologique a dû être antérieure à celle Tes autres lies de l’archipel et son élévation semble être le résultat d’un léger soulèvement volcanique qui s’est produit après le travail des polypes.