IMPORTATIONS
Par sa position géographique au milieu de l'Océan Pacifique austral, à peu près à mi-chemin entre le continent américain, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, parles communications sinon rapides, du moins relativement régulières qu’il a, d’un côté, avec San Francisco, et de l'autre, avec Auckland, Tahiti se trouve, au point de vue commercial, pour la plus grande partie de ses articles de consommation, obligatoirement tributaire de ces deux marchés.
(1) La plupart des renseignements concernant ce chapitre ont ét; fournis par M. Raoulx, président de la Chambre de commerce de Tahiti,
Le premier est incontestablement le plus important et offre sur le second, en ce qui concerne les approvisionnements, des avantages appréciables.
L’abondance des produits à San Francisco et leur prix relavement bas, les besoins de la colonie et les habitudes contractées dans le choix de certains articles de consommation courante, font qu'il serait particulièrement moins facile d’affranchir Tahiti de ce marché, tant que les communications •vec la Métropole demeureront aussi difficiles et aussi rares
d’elles le sont.
Même avec un service de bateaux à vapeur direct et rapide, rattachant mensuellement Papeete à un port de France, la colonie ne pourrait guère s’y approvisionner de denrées de première nécessité ; leur nature et l’éloignement de nos Etablissements océaniens en rendent l'importation d’Europe impossible.
Il y a vingt-cinq ans environ une grande partie du commerce de la colonie se trouvait entre les mains des étrangers, et à part les denrées que Tahiti était strictement obligée d’importer des Etats-Unis, on ne voyait guère, dans les magasins de Papeete, que des articles venant d’Angleterre et d’Allemagne.
Les produits manufacturés français étaient relativement plus rares que maintenant et si depuis, l'importation en a ■quelque peu augmenté, elle n'a pas été toutefois aussi complète qu'elle aurait pu l'être. Cela lient à diverses causes dont les principales sont les suivantes :
Le marché français, en ce qui concerne les approvisionnements de la colonie, ne se prête pas toujours très facilement aux desiderata et aux habitudes de la population. A quelques exceptions près, c'est aussi le plus cher. Au contraire et malgré un droit de douane d’au moins 13 0/0 sur le prix de facture majoré de 25 0/0, soit 10 1/4 0/0 au total de droits pro-
tecteurs que ne supportent pas les produits nationaux, les marchés étrangers parviennent à fournir le commerce local à des conditions plus avantageuses que ne le ferait le mardlié français.
L’Angleterre et l’Allemagne ont réussi à monopoliser la fabrication de certaines spécialités de marchandises contre lesquelles notre industrie n'est pas présentement en mesure de lutter ; mais il n’y aussi des articles tels que : la tôle galvanisée, la quincaillerie, la peinture à l’huile, le calicot, le coutil, les toiles, les mousselines, les couvertures de coton, dont l'importation se fait sur une grande échelle, et qui proviennent de l’étranger, lorsque les mêmes sont fabriqués en France. Tous articles qui, malgré le droit de douane de 16 à 20 0/0 dont ils sont grevés à leur entrée, peuvent encore s’obtenir sur les marchés allemands, américains et anglais avec des écarts de prix très avantageux sur ceux de notre industrie.
Si la France ne livre pas à sa colonie, pour la raison susmentionnée, le contingent des approvisionnements qu’elle devrait lui fournirai faut aussi en attribuer la cause au défaut de communications directes et rapides avec Tahiti.
L’Angleterre exporte par ses vapeurs de Londres à Aubkland, et de ce port à Tahiti, de fortes quantités de marchan dises à raison de 90 francs la tonne de 1 mètre cube 440, rendues à Tahiti. Par les Messageries maritimes, le fret de Marseille à Tahiti, avec transit à Sydney, revient à 120 francs la tonne d'un mètre cube, ou environ 173 francs la tonne commerciale de 1 mètre cube 440, soit une différence en plus de 83 francs sur le tarif anglais.
Les marchandises dont la France a le monopole, pour les importations dans la colonie, se résument aux articles suivants : vins fins, vins de Champagne, liqueurs, conserves alimentaires fines, huile d’olives, vinaigre de vin, sucre blanc, chocolat, porcelaine, faïences, verrerie, par-
fumerie, orfèvrerie, rubans, dentelles, broderies, ganterie, chaussures, armes de chasse, fournitures de bureau, ciment, fer, briques, pointes, etc.
Les importations de France, de même que les exportations de la colonie sur les marchés français, augmenteraient considérablement s’il existait un service de bateaux à vapeur reliant directement Papeete à Marseille, pourvu que le taux du fret ne fût point supérieur à celui que l’on paie aux steamers anglais.
Il est importé de San Francisco des vins rouges et blancs de table qui, par leur lias prix et la facilité de transport, font aux vins français similaires une très forte concurrence. Plus de la moitié de la consommation locale est alimentée par ces vins.
Quant aux autres boissons, à peu près toutes de production nationale, dont l’introduction à Tahiti serait susceptible de prendre un certain développement, la consomma tion en est très limitée parce que les droits â l'entrée en sont très élevés. /
En résumé, si la Métropole veut, plus et mieux qu'elle ne le fait, tirer profit du mouvement commercial de ses possessions océaniennes, il est nécessaire qu’elle les relie à l’un de ses ports au moyen de communications régulières, rapides et directes ; il est indispensable aussi que l’industrie française s’ingénie à confectionner les articles coloniaux à des prix susceptibles de soutenir la concurrence étrangère.
La population indigène a été, dès le principe de notre occupation à Tahiti, habituée aux articles étrangers, seuls importés alors ; mais ces habitudes disparaîtraient si, grâce aux moyens qui viennent d’être préconisés, on favorisait l’importation des articles similaires français.
Dans un autre ordre d’idée, il y a lieu également de
signaler un élément absolument nuisible aux intérêts commerciaux de notre colonie. Il s'agit du commerçant chinois qui, dans l’espace de vingt années, a absorbé d’abord tout le petit commerce, et maintenant s’attaque avec succès au commerce en gros qu’il menace d’accaparer si l’on n’y met obstacle. En attendant, il paralyse les entreprises importantes, et annihile la confiance qu’il faut dans l'avenir pour les entreprises sérieuses.
Il y a 75 chinois commerçants ou industriels dans nos Etablissements de l’Océanie; Papeete, à lui seul, en compte64. La lutte contre le Fils du ciel n’est pas possible ; l'Européen dépense pour vivre le plus clair de ses profits, l'Asiatique ne dépense presque rien ; il accumule sans cesse, et quand il a réalisé une petite fortune, il retourne en Chine vivre de ses rentes. Rien ne subsiste de son gain dans le pays qu’il a exploité ; mais, par contre, il y laisse la trace de ses vices et le germe de ses maladies que viennent, après lui, entretenir et étendre à sa place d’autres Chinois, ses successeurs.
c L’Administration locale s’est émue de ce danger et cherche, par des mesures de protection, à endiguer le flot débordant de Chinois qui menace Tahiti. Tout récemment, elle a, à cet effet, établi sur les commerçants asiatiques de la colonie une taxe, dite d’immatriculation, dont l’application atteindra, on l’espère, le but visé.
Articles anglais. — A la faveur de l’immense développement de ses lignes de navigations et de la proximité de ses importantes colonies d'Australasie, l’Angleterre occupe une large place pour l’importation à Tahiti des objets manufacturés. Elle y a, pour ainsi dire, le monopole des importations de cotonnades : indiennes, mousselines, tulles, tous articles d'un très grand usage aux colonies. L'indispensable parcu
il a été parlé au chapitre premier vient presque exclusivement des filatures de Manchester, ainsi d’ailleurs que la plupart des autres cotonnades.
D’Angleterre viennent également quantité d’articles de quincaillerie.
La Nouvelle-Zélande fait à l’Amérique une concurrence active dans l’approvisionnement de la colonie en produits alimentaires.
Ces produits sont en général plus chers que ceux d’Amérique, mais la rapidité des communications avec Auckland compense en partie ce désavantage.
Articles allemands. - Il est importé à Tahiti des articles allemands concurremment avec les mêmes articles venant de France. Ce sont entre autres : des dames-jeannes de 18 litres, des verres à boire, des faïences, des verres à vitres, du ciment dit « Portland », de l’article de Paris, des rubans et velours, des soieries, des dentelles, des articles de fantaisie, des fournitures de bureau, du papier peint, de la coutellerie, de la parfumerie et savonnerie, etc.
La plupart de ces articles portent des noms français ou anglais.
Articles américains. — Ainsi qu’il a été dit au commencement de ce chapitre, la colonie est tributaire du marché de San Francisco pour la plus grande partie de ses denrées de consommation. Il en est de même pour la plupart des articles de quincaillerie, menuiserie, charronnage, carrosserie et autres. Les Etats-Unis ont, dans ce genre d’articles, des spécialités qui ont un cachet particulier et ne sont pas précisément les mêmes articles que ceux fabriqués en Europe. 11 est également importé d’Amérique une assez grande quantité d'indiennes, percales et cotonnades diverses.