‹ Notice sur les établissements français de l'OcéanieChapitre 17 sur 31 · EXPORTATIONS · texte numérisé non relu

EXPORTATIONS

Sous ce titre sont compris d’abord les produits d'exportation proprement dits, expédiés hors de la colonie, et ensuite les denrées de production locale consommées dans la colonie et échangées d'un archipel à l'autre.

Xcicre. — La production annuelle de la nacre, établie d'après la moyenne* des huit dernières années, est de 560 t mnes. représentant une valeur approximative de 1,200,000 francs.

Mais on constate que l'exportation de ce produit est presque tout entière en faveur du commerce étranger. Sur ces 560 tonnes, il n'y en a guère que 25 qui soient dirigées sur France. Le reste de la production est exporté par des maisons étrangères, en majeure partie sur l'important marché de Londres, où il s’ajoute aux stocks de provenances diverses (Etats-Unis, Ceylan, détroit de Torrès).

D'un autre côté, l’industrie française s’adresse couramment, pour son approvisionnement en nacres brutes, à ces mômes maisons de Londres, qui touchent de ce fait le plus clair des bénéfices d’un commerce qui pourrait être drainé exclusivement et directement sur la France.

Toutefois, cette concentration de la nacre du monde entier sur un seul marché parait favorable à l'écoulement judicieux de cette marchandise; il serait donc à souhaiter que l’industrie et le commerce français fissent des efforts pour que cet écoulement pût se produire en faveur de Paris ou de Marseille.

Une autre cause de l'accaparement de nos nacres par le commerce étranger est due à ce fait que les capitaux étrangers

son! plus abondants sur les lieux de production de la nacre que les capitaux français, ce qui donne aux commerçants étrangers de sérieux avantages sur les nôtres. Grâce à ces capitaux ils peuvent, en effet, avoir sur les lieux de pêche, de nombreux agents qui, avant et pendant la plonge, font de fortes avances aux plongeurs, ce qui leur permet d’accaparer les produits et de les expédier ensuite, de préférence sur leurs marchés d’où la contre-valeur est renvoyée à Tahiti.

Pour obvier à ce système qui s’étend non seulement à la nacre, mais aux divers autres produits et qui fait que notre colonie est surtout exploitée au bénéfice de l’étranger, au lieu de l’être au profit de notre commerce national, il faudrait avoir à Tahiti des capitaux français suffisants pour concurrencer le commerce étranger, résultat que l’on pourrait atteindre par la formation d’une société d'actionnaires dont le capital serait de 2,000,000 francs environ.

Qualités de la nacre. — La nacre des lagons Nord et Est des îles Tuamotu est à bordure noire, et la qualité en est très appréciée et recherchée sur les marchés d’Europe et de San Francisco. La production moyenne par an est d’environ 430,000 kilos et le prix actuel de 3,000 francs, les 1,000 kilos.

La nacre des lagons Sud, de même que celle des Gambier dite Tahu , a la bordure moins nuancée que la précédente. La production annuelle est d’environ 60,000 kilos et le prix actuel 1,750 francs à 2,000 francs la tonne.

11 existe une autre qualité de nacre Gambier, dite Tearia, dont la qualité est inférieure et peu recherchée. La production moyenne par année est d’environ 40,000 kilos, et le prix actuel de 1,000 à 1,250 francs la tonne.

On trouve quelques huîtres à nacre sur les bas-fonds formés par les récifs de Tahiti, Moorea, Huahine, Raiatea, Tahaa et Borabora; mais la quantité en est tout à fait négligeable. 11 es^

possible, toutefois, qu'il se trouve dans ces récifs des éléments sérieux de reproduction. La qualité de celte nacre, quoique passablement friable, est bien nuancée et unie.

L'ile Scilly produit une assez belle qualité de nacre et environ 30 tonneaux tous les quatre ans. Cette nacre est expédiée à Auckland. L’ancienne reine de Borabora, de qui dépend cette île, a, avant la prise de possession, loué le lagou de Scilly à une maison d'Auckland.

L'ile Penrhyn, située en dehors de la zone française, dans le Nord-Ouest de Tahiti, produit environ 15,000 kilos de nacre par an. Une partie de cette nacre vient sur le marché de Papeete. La qualité est à peu près la même que celle de Tahiti et Moorea. .

En résumé, nous possédons dans les lies Tuamotu et Gamhier, un élément de richesse qu’on ne saurait trop sagement ménager, surveiller et administrer pour le bien des populations de ces iles, dans l'intérêt de la colonie et de notre commerce national.

Perles. — Comme orient, les perles des des Tuamotu et des Gambier sont très réputées dans le monde entier ; malheureusement elles sont généralement petites et de forme peu régulière, parfois bizarre. On en trouve néanmoins de fort belles dans le lagon de l’ile Kaukura et sur le banc de Tearia, aux Gambier.

11 est assez difficile d’évaluer l’importance du commerce de perles qui se fait dans ces iles; cependant on peut l’estimer à un chiffre annuel qui ne doit pas être inférieur à 100,000 francs. Ce chiffre peut être même porté à 150,030 francs lorsque le lagon de Kaukura est ouvert (1).

(1) Ainsi qu’il a été «lit au chapitre 4, le lagon Ce Kaukura est le plus riche en perles; sa prochaine période d'ouverture aura lieu en 190.' et la suivante en 1903.

Les chicots sont des perles 1res irrégulières qui atteignent quelquefois la grosseur d’un œuf de tourterelle et même de pigeon. Les plus jolis comme forme et comme grosseur se vendent de 50 à 200 francs. Ils servent à faire des breloques, des broches, des épingles de cravates, etc.

Coprah. — L'exportation moyenne de ce produit est annuellement de 4,500,000 kilos. Dans ce chiffre, les Tuamotu figurent pour moitié ; viennent ensuite, dans l'ordre de production : Tahiti et Moorea, les lles-sous-le-Vent, les Marquises et enfin les fies du Sud.

A7oici les quantités de coprah exportées depuis (1 ans:

1892 . 2.898.267 kilos.

La maladie qui sévit actuellement sur les cocotiers, dans certaines îles, va diminuer la production du coprah d’au moins 6 à 700 tonneaux.

La qualité du coprah de Tahiti et dépendances est supérieure et bien cotée sur tous les marchés de consommation.

Les ports d’exportation sont les suivants et dans leur ordre d’importance : Hambourg, Liverpool, San Francisco, Auckland, Yalparaiso.

Des essais d’envoi de coprah ont été faits à Rouen et à Nantes ; les résultats obtenus n’ont pas donné satisfaction.

A part Marseille, il n’y a pas en France de port de consommation ou de vente pour le coprah; et aussi longtemps qu’il n’existera pas une ligne'de bateaux à vapeur reliant Tahiti à ce port, il ne sera pas possible de diriger ce produit sur la France. Encore faudrait-il, en ce cas, qu'une entente fût COU-

due avec la compagnie des Messageries Maritimes qui n’accepte ce produit sur ses navires qu'en très faible quantité.

Il serait à souhaiter qu’il y eût en France un marché sérieux pour l’écoulement du coprah de nos possessions, et peut-être serait-il possible de fie trouver dans le département du Nord où il existe de nombreuses huileries.

La fabrication du coprah, dans la colonie, est loin d'avoir atteint son maximum. Le nombre des plantations de cocotiers va chaque année en augmentant, et il en est de même de la production qui est susceptible, avec des bras et des capitaux, d’atteindre en fort peu de temps un très grand développement.

Vanille. — La production annuelle peut être estimée à environ 35,000 kilos. Depuis 3 ans, la vanille de Tahiti est très demandée sur les marchés européens et sur ceux des Etats- Unis.

Le prix d’achat, qui était, en 1895, de 7 fr. 50 à 10 fr. le kilog., a graduellement augmenté et a atteint le prix de 37 fr. le kilog. à la fin de 1897, pour retomber à celui de 10 fr. au commencement de 1898.

Los prix actuels sont de 15 à 20 francs le kilogramme.

Coton. — Ce produit, ainsi qu’il a été dit plus haut, a presque disparu de nos Etablissements de l'Océanie. C'était un excellent similaire du Géorgie et il a été longtemps l'objet de fortes exportations de notre colonie. Mais depuis plusieurs années, l’avilissement progressif de son prix sur les marchés d’Europe, en a fait abandonner la culture. Actuellement, la production en est insignifiante : environ de 30,000 kilos en

Le coton n’étant expédié qu après égrenage, une usine est affectée à cette opération à Papeete, une autre est installée à Taiohae, chef-lieu des Marquises.

Ces deux usines qui chôment le plus souvent représentent un capital d’environ 50,000 francs et emploient une trentaine de personnes.

Cocos. — Le seul marché d’exportation des cocos de Tahiti est San Francisco. Le nombre de noix exportées annuellement est d’environ 500,000.

Ce chiffre est limité par la consommation des lieux d'exportations. L’amande de coco rentre aux Etats-Unis, pour une part considérable, dans la confiserie et la pâtisserie. Le prix est d’environ 50 francs le mille.

Oranges. — La colonie faisait autrefois, avec la Californie, un commerce important de ce fruit, mais depuis que la basse Californie produit très abondamment toute espèce d'oranges, le commerce, de ce côté, a complètement cessé pour reprendre avec la Nouvelle-Zélande. La saison commence en mars pour finir en août.

Ananas. — La production de ce fruit a pris, dans ces derniers temps, une certaine extension due aux expéditions faites en Nouvelle-Zélande, et dans les îles Tuamotu, par le vapeur desservant maintenant cet archipel.

Malheureusement, l’exportation en Nouvelle-Zélande n’a pas donné de résultats satisfaisants, et il est à présumer que les envois, de ce côté, vont cesser, ou tout au moins diminuer Irès sensiblement.

La Californie est certainement le pays de prédilection pour la consommation des ananas, et de la plupart des fruits qui pourraient s’exporter, si la traversée entre Tatihi et San Francisco ne dépassait pas 15 jours environ.

Farine de coco. — L’amande de coco, râpée et séchée à l'étuve, produit une fécule qui sert, concurremment avec l'amande ordinaire, à tous les usages de la pâtisserie et de la

confiserie. Elle est également employée par les fabricants de biscuits.

Cette industrie est très compromise parle tarif douanier des Etats-Unis, adopté en 1897, qui a frappé le coco râpé d'un droit de 0 fr. 29 le kilo à l’entrée. Cet impôt a été créé au prolit des industriels de San Francisco, qui, détail à noter, manipulent de leur côté les fruits secs qu’ils tirent en franchise de nos Etablissements.

Voici les quantités exportées depuis six ans :

. . 17.045 kilos.

11 y a à Tahiti deux usines à fabriquer le coco râpé. Elles emploient environ 29 personnes et représentent un capital de 40,009 francs.

Confitures et (jetées de fruits. — La colonie possède à peu près tous les fruits de la zone tropicale ; ils sont abondants et d’excellente qualité. 11 faut pourtant convenir qu’ils ne sonl point l’objet d'une industrie sérieuse. Une seule maison de Papeete prépare de la gelée de goyaves pour l’exportation, mais cette exportation est très limitée.

Cependant, plusieurs familles font, chaque année, des conserves de fruits, telles que : gelées, confitures et marmelades de goyaves, confitures d’ananas, d’évis, de mangues, d’oranges, de cédrats, etc.

Cette industrie pourrait prendre un très grand développement, si elle était entreprise d’une façon sérieuse, elle trouverait sur place, et notamment dans l’archipel Tuamotu, des débouchés avantageux, sans compter les demandes qui

se produiraient du dehors quand ces confiseries seraient connues.

On pourrait aussi fabriquer, pour la consommation locale, et peut-être même pour l’exportation, d'excellents sirops.

Ecailles de tortue. — Les tortues de mer sont assez abondantes dans quelques îles des Tuamotu et dans les ilôts situés à l’Ouest des Iles-Sous-le-Vent. La qualité de l'écaille est très inférieure, et trouve difficilement vente sur les marchés européens, ce qui explique la petite quantité qui en est exportée, environ 400 à 500 kilos par an.

Biche de ruer ou tripang. — L’exportation de ce produit a été autrefois relativement considérable ; mais, depuis 30 ans, elle a complètement cessé. Toutefois, de nouvelles tentatives d’exportations ont été faites dans ces derniers temps et si les résultats n’ont pas donné satisfaction, cela, provient de ce que la qualité en était très mélangée.

Les biches de mer, qui faisaient autrefois l'objet d'un commerce assez important, provenaient principalement des îles Tuamotu et des Iles-Sous-le-Vent. Elles étaient envoyées à San Francisco pour être dirigées sur la Chine.

Cette industrie, qui consiste à pêcher et à fumer les biches «le mer, pourrait être la source de revenus très appréciables si elle était exploitée de nouveau

Fungus. — Le commerce de ce champignon, comme autrefois les biches de mer, a en une certaine importance à Tahiti. Actuellement il en est peu expédié, le prix se trouvant sans doute trop peu rémunérateur. Les petites quantités exportées proviennent des iles Marquises et des Iles-Sous-le-Vent,

De même que les biches de mer, le fungus est envoyé en Chine.

Bananes sèches. — L’exportation de ce produit est insigniliante, quelques rouleaux sont expédiés de temps à temps à

San Francisco et Auckland plutôt à titre de cadeaux qu’à litre commercial.

Tresses de paille. — Les pailles pour la confection des chapeaux sont abondantes ; voici les noms des diverses espèces connues : pia ou arowroot. lige de canne à sucre, fougère (oa lia), fougère (mamao), bambou (pelure extraite du bambou), pandanus, et une herbe que les indigènes appellent moii.

Ce sont là des pailles de luxe. Toutefois, la paille de pandanus, qui est commune, très résistante, et peut s'obtenir en grande quantité et à bas prix, sert, avantageusement à la confection de chapeaux de paille à bon marché.

Les tresses de paille pour chapeaux se font à Tahiti, d'une façon tout à fait artistique ; c'est là véritablement une industrie tahitienne très appréciée et qui pourrait fournir un excellent article d’exportation, n'était son prix très élevé.

Chapeaux et objets en paille. — Presque toute la population de Tahiti et dépendances (européens et indigènes) porte des chapeaux de fabrication locale; aussi existe-t-il dans la préparation des pailles, dans la confection des tresses et des chapeaux, une véritable industrie, qui aide beaucoup de familles dans leurs besoins pour l'existence. On peut évaluer à environ 20,000 le nombre des couvre-chefs tressés chaque année dans la colonie, ce qui représente une valeur moyenne de. 200,000 francs.

Cet article n’est, dans le sens rigoureux du mot, l'objet d'aucune exportation ; cependant, la plupart des touristes qui visitent Tahiti en emportent presque toujours une collection assortie.

L'industrie locale fabrique des articles en paille tels que : éventails, bouquets, couronnes, corbeilles, etc., qui sont véritablement artistiques et d’une grande finesse de travail. Mal-

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heureusement, ce sont là des articles d'amateurs dont la vente est tout à fait problématique et par conséquent n'offre aucun débouché sérieux.

Bois d' ê bénis 1er le. — L’exploitation des bois d'ébénisterie est insignifiante.

Les principales essences sont : le tamanu, le tou. le miro ou faux bois de rose, l’oranger et le citronnier. La quantité exportée, annuellement, peut être évaluée à 100 mètres cultes.

Avec ces mêmes bois, l'industrie locale fabrique quelques meubles tels que : armoires, buffets, lits et tables; ces meubles sont très recherchés et coûtent relativement cher, en raison de la rareté des bois employés et surtout des difficultés que l'on rencontre dans l’exécution du travail : la direction d' Artillerie et un industriel de Papeete possédant seuls un outillage leur permettant de débiter ces bois en planches.

Les essences exportées servent surtout à la marqueterie. Il est aussi exporté, de temps en temps, quelques billes de cocotiers et de pandanus, dont la partie extérieure qui est la plus dure, sert également à la marqueterie et à la. fabrication de boulons doubles.

Bois de construction. - — 11 en est peu exporté. On peut évaluer à une centaine de pièces de bois de tamanu el à six cents courbes de bois de burao, l'exportation annuelle qui serl à la construction des navires; ces bois sont expédiés en Californie.

En ce qui concerne l’industrie locale, le bois de burao est largement employé dans la construction des embarcations, ce bois ayant l'avantage de se conserver très longtemps dans l'eau de mer, et étant d'un travail relativement facile.

Le bois de burao et de rnaiore (arbre à pain) étaient autrefois beaucoup employés pour les planchers des maisons indi-

gènes, mais actuellement la mode de ces constructions est passée, et les planches de sapin de l’Orégon ont partout remplacé les planches de burao et celles de maiore.

Les bois de tamanu et de burao sont aussi employés dans la construction des pirogues de pêche (pii sont faites pour une longue durée, tandis que celles faites avec le bois d’évitier et de mapé, dont le bois est mon et spongieux, n’ont qu'une durée quasi éphémère.

En résumé, il n’existe pour ainsi dire aucune exploitation forestière dans la colonie, ce qu'il faut attribuer à la difficulté des transports et à la cherté de la main-d’œuvre plutôt qu'au défaut des essences exploitables. Tout est donc encore à faire en cette matière.

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