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IL — LES HABITANTS

Ethnographie. — Les Maoris ou Polynésiens forment une

race magnifique, d’une grande beauté de formes. Les migrations successives qui ont peuplé les archipels de la Polynésie semblent avoir eu, à une époque très reculée, la Malaisie comme point de départ .

Le Tahitien est d’une couleur foncée se rapprochant un peu, quoique plus claire, de celle de la race indienne.il est robuste, bien découplé et très agile.

La femme se distingue par un genre de beauté particulière Son nez aplati et ses lèvres un peu grosses s'harmonisent cependant avec l'éclat de ses dents magnifiques et de ses grands yeux noirs, doux et voluptueux sans effronterie. Son abondante chevelure d’ébène est l’objet de tous ses soins; elle la laisse flotter sur ses épaules, tantôt dénouée, tantôt tressée en une ou deux nattes.

Mœurs. — Heureux habitant d’un pays où la nature s’est prodiguée, le Tahitien n’a jamais connu la loi du travail. Une température douce et toujours égale, un sol d'une prodigieuse fécondité l’ont fait naturellement indolent et insouciant.

Si favorisé de la nature, ses mœurs sont nécessairement douces et paisibles. Il est rêveur et voluptueux, et la fidélité conjugale est pour lui une vertu aussi méconnue que peu appréciée. Il aime le jeu, la danse et la musique, et tout est matière à plaisir et à distraction chez lui. Les soucis et les préoccupations de l'existence lui sont inconnus.

Des mœurs si faciles et si naturelles ne pouvaient que se corrompre au contact de notre civilisation, et c’est malheureusement ce <pii s'est produit. Réfractaire aux vertus et qualités que comporte notre société civilisée, il s'est, par contre, rapidement assimilé nos vices ; aussi les mœurs primitives de ce peuple se sont-elles considérablement modifiées.

La vigueur corporelle s’est altérée chez l’individu et la race tendrait à s’éteindre et disparaître si elle ne devait peu il peu se transformer par sa fusion dans l’élément européen.

Coutume. — Avant l'arrivée des Européens, les Tahitiensvivaient presque complètement nus. Les quelques costumes qu’ils revêtaient dans les danses, jeux et fêtes étaient plutôt des ornements que des vêtements.

Le costume actuel des indigènes de Tahiti est des plus simples. La plupart du temps, ils n'ont pour tout vêtement qu’une bande d’étoffe de couleurs voyantes appelée par eu, enroulée autour du corps et les couvrant de la ceinture aux genoux- C’est leur tenue habituelle quand ils restent dans leurs cases,, ou quand ils vont à la provision dans les montagnes.

Lorsqu'ils veulent se vêtir un peu plus décemment, ils complètent cette toilette rudimentaire par un tricot de coton ou une chemise. A Papeete, l'usage du pantalon s’est presquesuhstitué à celui du pareu. Le dimanche les indigènes aiment généralement à s'habiller à l'européenne, mais l’usage des souliers est à peu près complètement inconnu chez eux.

Les femmes portent une robe d'étoffe légère sans taille, qui est l’unique et invariable costume féminin en Polynésie. Cettetoilette, pratique par excellence dans les pays tropicaux, ne manque pas d'une certaine élégance et beaucoup de femmeseuropéennes l'adoptent à Tahiti.

Le chapeau de paille, de fabrication locale, est l’unique coiffure de la population indigène. Les Européens eux-mêmes ne portent guère que ce genre de coiffure.

Tahitiens et Tahitiennes aiment à se parer de fleurs, decouronnes et de verdure. Le complément indispensable delà toilette d’une femme est une fleur blanche appelée tiare, à l'odeur pénétrante et suave, plantée avec une certaine coquetterie dans la chevelure, au-dessus de l'oreille.

Habitation . — Les cases des indigènes sont généralement construites en branches de bambou ou de burao alignées verticalement et réunies au moyen de cordes faites de libres d’écorce. Ce genre de cloison à claire-voie permet à l’air et a

la lumière de pénétrer à l’intérieur, car la case ainsi construite n'a qu'une porte basse sans fenêtre. La toiture est faite de feuilles de pandanus ou de cocotiers. Ces cases n’ont qu’une seule pièce ; les indigènes s’y abritent couchés pêle-mêle sur des nattes, ou sur une litière d’herbe sèche. Dans les cases pauvres, le mobilier est très sommaire : quelques ustensiles grossiers, des engins de pêche, une malle, un ou deux escabeaux et c’est tout. Mais à côté de ces cases primitives, on rencontre aujourd’hui de nombreuses constructions confortables et de bon goût, bâties en planches et copiées sur les maisons des Européens. Beaucoup d’indigènes, alléchés par les jolis bénéfices que procure presque sans efforts la culture de la vanille, des cocos, des oranges et de quelques autres produits, ne considèrent dans cette source de gains que la satisfaction de pouvoir se construire de belles maisons qui font l'envie et l’admiration de leurs voisins. Un grand nombre de ces heureux propriétaires possèdent même chevaux et voitures. Le Tahitien ne connaît guère l’économie, et s’il consent à travailler, c'est pour jouir immédiatement du fruit de son travail.

Alimentation. — Le fruit de l’arbre à pain (appelé maiore) et le feï (espèce de banane sauvage) constituent la base de l'alimentation des indigènes tahitiens. Leurs repas, qu’ils prennent en groupes assis par terre, se composent en outre : de poisson, de cochon, d’ignames, de taro, le tout assaisonné de sauces diverses dans lesquelles entrent pour une large part le citron et lait de coco. Sauf le poisson que les indigènes mangent généralement cru, tous les autres mets sont cuits au four tahitien. Ce four consiste simplement en un tas de cailloux sur lesquels on allume un brasier. Les aliments sont placés au milieux des cailloux lorsqu’ils sont très chauds, puis le tout est recouvert de feuilles d’arbres qui retiennent et conservent la chaleur des pierres. C’est identiquement le même procédé

que celui qui consiste, clans nos campagnes, à faire cuire sous la cendre des pommes de terre ou des châtaignes. La boisson habituelle des Tahitiens est l’eau et le lait de coco.

Ils fabriquent ayec le jus d’orange une boisson très riche en alcool, avec laquelle ils s’enivrent facilement et fréquemment.

Religion. — Les Iles de la Société ayant été d’abord évangélisées par des missionnaires anglais, la majorité des indigènes y pratique aujourd’hui la religion protestante. Trois pasteurs français rétribués par l'Etat sont chargés du service religieux

Les catholiques, bien qu’en minorité sont assez nombreux à Tahiti et à Moorea.

Un évêque in partibus siégeant à Papeete dirige le culte catholique. Il a sous ses ordres plusieurs missionnaires de la congrégation de Picpus.

Le Mormonisme, religion nouvelle née en Amérique en 1827 et greffée sur la religion hébraïque, a quelques adeptes à Tahiti, mais les missionnaires de cette secte cherchent surtout à recruter des adhérents dans les lies éloignées des centres d’inlluence française. Vingt-cinq de ces missionnaires américains circulent actuellement dans tous les archipels de la colonie (les Marquises exceptées); ne connaissent pas un mot de français, ils apprennent tous la langue tahitienne, et, ainsi préparés, ils entrent en campagne prêchant aux habitants une doctrine facile et appropriée aux mœurs du pays.

Us exploitent habilement et facilement la crédulité naïve des indigènes, supplantent la religion que les prêtres et pasteurs français avaient d’abord propagée, et arrêtent ou entravent l’expansion de la langue française dans notre colonie.

Instruction. — L’instruction a fait peu de progrès parmi la population indigène depuis sa francisation. Cependant tous les indigènes savent lire et écrire la langue tahitienne. Cette ignorance qu’ils ont encore du français a pour causes la difficulté qu’ils éprouvent à prononcer les mots de notre langue et le

peu de vigilance qu’apportent les parents à envoyer leurs enfants à l'école. Tout récemment l'Administration s’est préoccupée de remédier à cette état de choses en rendant obligatoire l’instruction dans toute la colonie et en prenant des mesures énergiques pour y vulgariser la langue nationale.

Population. — A l’époque de la découverte de Tahiti, le capitaine Cook avait évalué la population de l'ile à plus de 200,000 habitants, ce détail remarquable fut ensuite corroboré par plusieurs voyageurs célèbres. Eu moins de 40 ans, ce chiffre devint inférieur à 50,000 et vers 1850 on ne comptait plus guère que 8,000 habitants. Depuis, la population taliitienne ■est à peu près restée stationnaire; la légère augmentation provient plutôt du produit métis {demi-blancs) des races blanche -et indigène.

L’adoption mal comprise des habitudes et des mœurs européennes, l'importation des maladies épidémiques précédemment inconnues ont contribué simultanément à dépeupler les îles polynésiennes.

Mais, à côté de ces causes secondaires, il en existe d’autres, d’ordre physiologique plus complexe, et dont l'analyse ne laisse pas de diviser les ethnologues dans leurs opinions respectives. Bref, il semblerait que le contact de l'Européen soit fatal au Polynésien, et ce fait esl d'autant plus surprenant que la race blanche vit et se multiplie admirablement sous ce climat exotique devenu pour ainsi dire délétère à la race primitive.

D'après le recensement de 1897, Tahiti compte une population de 10,750 habitants se décomposant approximativement ■comme suit :

9,300 Indigènes ;

600 Français (métropolitains);

350 autres Européens ;

200 Américains ;

300 Chinois.

A Moorea, le chiffre de la population est de 1,600.

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