‹ Notice sur les établissements français de l'OcéanieChapitre 6 sur 31 · HISTOIRE ET ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

HISTOIRE ET ADMINISTRATION

Précis historique. — • Tahiti, dont la découverte est attribuée, d'après certains auteurs, au navigateur portugais Quiros, qui traversa cette région du Pacifique en 1605, fut signalée et reconnue en 1767 par Wallis qui y séjourna cinq semaines. L’année suivante, elle fut visitée par Bougainville qui l’appela la Nouvelle Cythère. Le célèbre capitaine Cook y aborda à son tour en 1769, envoyé par la Société Royale de Londres pour y observer le passage de la planète Vénus sur le soleil.

Les intéressants et merveilleux récits que firent sur Tahiti ces trois navigateurs attirèrent un grand nombre d’Européens vers ce nouveau pays, et dès 1797 l’importante Société des Missions de Londres y envoya trente missionnaires qui se répan* dirent avec leurs familles dans tout l’archipel.

Après vingt années d’efforts, ils arrivèrent à convertir la majorité des habitants à la religion protestante. Poursuivant l’extension de leur œuvre religieuse et civilisatrice, ils devinrent bientôt les conseillers des Pômare, assurèrent la suprématie de cette dynastie sur les autres grands chefs, édictèrent et firent adopter des lois qui, tout en protégeant leur rôle de missionnaires, inculquèrent aux indigènes les premiers éléments de civilisation. Le mariage fut institué, la propriété établie et des mesures d’ordre furent prises pour protéger ces institutions.

L’arrivée, en 1836, de deux missionnaires catholiques français, fut la source de difficultés et de conflits qui faillirent amener, parla suite, une rupture entre la France et l’Angleterre. Le chef des missionnaires anglais, Pritchard, fort de l’appui de la reine Pômare, réussit à faire expulser de Tahiti les deux prêtres catholiques. Une plainte de ces derniers au Gouvernement français motiva l'envoi, à Papeete, du com-

mandant DupetiL-Tliouars qui fit signer par la reine une convention accordant aux Français de toutes professions le droit de séjour à Tahiti (4 septembre 1838).

Al très le départ de Dupetit-Thouars, Pritchard suscita de nouvelles difficultés et décida la reine à adresser au Gouvernement anglais une demande de protectorat qu’il ne parvint pas, du reste, à faire accepter par le cabinet de Londres.

En 1842, l'amiral Dupetit-Thouars revint à Tahiti. La reine, pour mettre fin à toutes les discussions soulevées dans son pays par la rivalité des partisans anglais et français, résolut avec les principaux chefs, de se placer sous la protection de la France. La demande de protectorat, adressée à l’amiral Dupetit-Thouars le 9 septembre 1842, fut acceptée par le Gouvernement français el ratifiée le 23 mars 1843.

Mais, encore une fois, de nouveaux troubles ne tardèrent pas à surgir, toujours sous la pression de Pritchard. La reine, influencée par les partisans anglais, refusa de se conformer au traité de protectorat. Cet acte détermina le capitaine de vaisseau Bruat à prendre possession de Tahiti au nom de la France. La reine s’enfuit à Raiatea, Pritchard arrêté et malmené se plaignit à son gouvernement.

Des complications diplomatiques s’en suivirent qui eurent pour conséquences le désaveu, par la France, des actes reprochés à nos officiers de marine et le paiement d'une indemnité à l'agent anglais Pritchard.

En même temps, les indigènes complètement révoltés et refusant de se soumettre, se retirèrent dans les montagnes. Des combats sanglants eurent lieu sur plusieurs- points de Elle. CefLe insurrection ne se termina que par la prise du fort naturel de Fautaua où s'étaient réfugiés les rebelles (17 décembre 1846). Le protectorat fut rétabli et la reine réintégrée dans son autorité.

A partir de 1852, époque à laquelle eut lieu une nouvelle

insurrection rapidement réprimée, aucun trouble ne vint rompre la bonne harmonie qui exista ensuite entre le Pouvoir indigène et le Gouvernement protecteur.

L’Administration tahitienne, sous l'influence des représentants du Protectorat, passa par diverses transformations importantes qui affirmèrent de plus en plus l’autorité de la France sur l ile de Tahiti.

Une famille tahitienne

La reine Pômare IV mourut en 187? après un règne 'de 50 ans, fécond en événements. Son fils Ariiaue lui succéda sous le nom de Pômare V. Le prestige très amoindri de ce prince tahitien, son peu d’aptitudes pour les attributions délicates dévolues à sa souveraineté, sa santé chancelante, favorisèrent l’intention de la France de remplacer le régime du protectorat par l'annexion des lies de la Société et d'affermir ainsi définitivement ses droits sur cet archipel. Pômare V abdiqua donc ses pouvoirs en faveur du Gouvernement de la

République française le 29 juin 1880, entre les mains du commandant du Protectorat. L'annexion de Tahiti et dépendances fut ratifiée par les Chambres le 30 décembre 1880.

Administration. — La colonie est administrée par un Gouverneur qui exerce le pouvoir civil et militaire. 11 a sous ses ordres immédiats un Secrétaire général, un Chef du Service Judiciaire, un Chef du Service Administratif, un Commandant des Troupes, un Trésorier-payeur, un Chef du Service de Santé et des Administrateurs dans les différents archipels.

Dans l'exercice de ses fonctions civiles, il est assisté d’un Conseil privé consultatif, qui l’éclaire dans ses décisions et participe à ses actes.

Un Conseil général, composé de 18 membres, délibère sur presque toutes les matières qui ressortissent des attributions des conseils généraux en France. Il est principalement chargé de la discussion du budget de la colonie. Les 18 conseillers nommés au suffrage universel ' sont répartis comme suit : 4 pour Papeete, 6 pour le reste de Tahiti et Moorea., 2 pour les Marquises, 4 pour Tuamotu, 1 pour les Gambier et 1 pour les Tubuai et Rapa.

Division administrative . ■ — Au point de vue administratif, la colonie est divisée en districts, à la tête desquels se trouvent des chefs de district assistés d’un conseil de 4 membres. Ce conseil a à peu près les mêmes attributions que les conseils municipaux en France, sauf pour lés questions financières, un seul budget embrassant tout le système financier des Etablissements.

Tahiti compte dix-huit districts et Moorea quatre.

Justice. — La justice est rendue par des tribunaux français et des tribunaux indigènes. La procédure civile et l’instruction criminelle sont calquées, avec quelques simplifications, sur le

système judiciaire français. L’organisation judiciaire de la colonie comporte :

1° Des justices de paix à compétence étendue dont les fonctions sont dévolues aux Administrateurs dans les différents archipels ou à des fonctionnaires désignés par le Gouverneur.

A Taravao, ces fonctions sont remplies par le substitut du Procureur et à Moorea parle lieutenant déjugé ;

2° Un tribunal de première instance, siégeant à Papeete, composé d'un juge président, ou à défaut d’un lieutenant de juge et d’un greffier. Ce tribunal connaît de toutes les affaires civiles, commerciales, correctionnelles et de simple police ;

3° Un tribunal supérieur, siégeant également à Papeete, composé d'un président, de deux juges et d’un greffier. 11 statue en appel sur les jugements rendus par les tribunaux do première instance et par les juges de paix.

Constitué en tribunal criminel, il s'adjoint 4 assesseurs désignés au sort sur une liste de 20 notables et ayant voix délibérative sur la question de fait seulement. 11 connaît de toutes les affaires qui sont portées en France devant la Cour d’assises ;

4® Des tribunaux dits conseils de districts, siégeant dans chaque district, avec une cour d'appel au chef-lieu prenant le titre de Haute-Cour tahilienne et une Cour de cassation taliitienne. Ces tribunaux, basés sur l'ancienne juridiction indigène et maintenus aux termes des réserves faites par Pômare dans l’acte d’annexion de la colonie, jugent les contestations entre indigènes relatives à la propriété foncière.

Un Procureur de la République, Chef du Service Judiciaire, exerce l'action publique, et avec l’aide de son substitut, remplit les fonctions de ministère public devant toutes les juridictions.

Trois défenseurs remplissent les fondions d'avocats et d’avoués. Il y a un notaire à Papeete.

Budget. — En 1899, le budget de la colonie s’est élevé en recettes et en dépenses à 1,146,546 francs 60 centimes.

Dans ce chiffre est comprise une subvention de 80,000 francs, payée par la Métropole pour être affectée au service postal.

Les Etablissements de l’Océanie entrent dans le budget des colonies pour une somme de 900,000 francs, en chiffres ronds.

Trésor. — Le service du Trésor est dirigé par un Trésorierpayeur à Papeete. Dans les Etablissements secondaires, ce service est confié à des agents spéciaux chargés de toutes les attributions fmaneièros dans les archipels.

Caisse agricole. — Cet établissement financier, qui fonctionne sous la garantie de la colonie, a été établi en vue de favoriser le développement de la colonisation à Tahiti et dépendances.

11 sert d’intermédiaire pour les achats et ventes de terrains ainsi que pour l'exportation des produits agricoles.

C'est, en même temps, une sorte de banque qui consent des prêts moyennant garantie hypothécaire et accepte, à titre de dépôt ou de placement, des capitaux jusqu'à concurrence de 5,000 francs.

Ces dernières opérations s’effectuent à peu près dans les mêmes conditions que celles des caisses d’épargne de France

Monnaie. — La monnaie ayant cours en France est la seule qui soit admise dans les caisses publiques. Toutefois, pour prévenir l’écoulement inévitable de cette monnaie métallique vers la Métropole et retenir autant que possible les capitaux dans le pays, le Trésor colonial et la Caisse agricole ont été autorisés à émettre du papier-monnaie ayant exclusivement

cours dans la colonie et dont la contre-valeur est représentée par une réserve métallique.

Mais presque toutes les transactions commerciales dans les Etablissements français de l'Océanie se font en monnaie chi~

Indigènes tahitiens préparant leur nourriture

lienne ou péruvienne, avec la piastre d’argent comme unité monétaire. L’avilissement métallique et la dépréciation de la piastre sur les marchés d’Amérique ont servi largement les intérêts de quelques spéculateurs qui ont progressivement inondé nos Etablissements de cette marchandise spéciale, d'autant plus facile à écouler pour les paiements que la monnaie légale se raréfie toujours quoi qu’on fasse.

Par cette spéculation, l'avilissement de la piastre s’est également accentué de plus en plus à Tahiti. Aujourd’hui, cette unité monétaire, (pii équivaut en poids et dimensions à la pièce de 5 francs en argent, ne vaut que 2 fr. 15, et elle esl appelée à descendre encore jusqu’à ce qu’elle soit sensiblement égale à la valeur intrinsèque de l'argent en lingot, c’està-dire environ 2 fra nos, et qu’ainsi son importation ne puisse plus procurer aucun bénéfice, appréciable nux spéculateurs. Cet état de choses préjudiciable aux transactions commerciales en général a, à maintes reprises, attiré l’attention de l’administration locale et du Conseil général. Mais il paraît, quant à présent, à peu près impossible de faire disparaître cette monnaie illégale, qui n’est en réalité qu'une marchandise ayant un cours variable.

Toutes les méthodes préconisées pour supprimer l'argent chilien et ses inconvénients ont été, après mûr examen, reconnues aussi dispendieuses que peu efficaces.

L’ignorance native de la plupart des indigènes en matière commerciale les conduit à préférer l'argent chilien à l'argent français ; c'est ainsi que, pour le paiement de leurs produits ou de leurs salaires, ils acceptent plutôt deux piastres que 5 francs, bien qu’actuelle mejit ces deux piastres ne fassent que 4 fr. 50 environ. Ce mauvais calcul qu'ils ne veulent pas comprendre est le principal obstacle à la suppression de la monnaie chilienne dans la colonie.

Force armée. — La garnison de Tahiti se compose d'un détachement de 45 hommes d’artillerie, sous les ordres d'un capitaine, et d'une compagnie d'infanterie de Marine appartenant au bataillon de la Nouvelle-Calédonie.

Un détachement de gendarmerie coloniale de 50 hommes, commandé par un lieutenant, est chargé de la police dans tous les archipels.

Marine. — La station locale se compose de l'aviso-lransport

Hôtel du Gouverneur des établissements français d Océanie, à Papeete

Aube et de la goélette à voiles Papeete , formant ensemble un effectif de 150 hommes. La division navale du Pacifique, de laquelle relève la station locale, est représentée par le croiseur Duguay-T rouin (1).

Papeete. — Située à 10 kilomètres Ouest de la pointe Vénus, la rade de Papeete devint de bonne heure, par l'excellence de son mouillage et de son emplacement à proximité de nombreux cours d’eau, le point de relâche des navigateurs qui, après Cook, vinrent visiter Tahiti. Cette situation avantageuse et le passage fréquent des navires européens attira sur le littoral de celle baie une agglomération d'indigènes qui fut le noyau de la ville actuelle.

Erigée en commune depuis 1890 et administrée par un maire assisté d'un conseil municipal, Papeete compte aujourd’hui 4,150 habitants, dont environ 800 Français, 2,850 indigènes et 500 étrangers ; dans ce dernier chiffre se trouvent 180 Chinois. C’est le centre commercial et le chef-lieu des Etablissements français de l'Océanie.

La ville, qui disparait sous une voûte de verdure, n’a guère que trois ou quatre cents mètres de largeur entre les montagnes et la mer. Elle se développe en demi-cercle autour de la rade sur une étendue de 2 kilomètres. De nombreuses voies plantées d’arbres la sillonnent en tous sens. Les plus importantes sont : la rue de l'Est, la rue de Rivoli et la rue de l’Ouest qui se font suite et traversent la ville d’un bout à l’autre, les quais et l’avenue Bruat remarquable par sa double rangée de grands arbres.

A signaler aussi, quoiqu’en dehors de Papeete, la magnifique avenue de Fautana, longue de plus d’un kilomètre, près

(1) La suppression de la Station locale vient d’être prononcée ; les unités qui la composaient feront désormais partie de la Division orientale du Pacifique.

de l’embouchure de la rivière du même nom et dans le voisinage de la ville. C’est la promenade favorite des habitants de Papeete, c'est le bois de Boulogne de cette minuscule capitale.

L'hôtel du Gouverneur, le palais du Roi construit par le Gouvernement français vers 1860, la cathédrale, le Palais de Justice, l’hôpital et les casernes sont les principaux monuments de la ville.

An point de vue industriel, on doit signaler principalement les ateliers de construction de bateaux, la cale de halage et les ateliers de la direction d’artillerie (forges et fonderies).

Papeete est le siège d'une Chambre d’agriculture et d'une Chambre de commerce.

La Municipalité possède une bibliothèque publique de 2,000 volumes.

Près de la ville se trouve un Jardin botanique appelé Jardin Raoul, du nom de son fondateur, et placé sous la direction de la Chambre d’agriculture.

D’importantes études viennent d’être faites et un projet a été établi dans le but d’utiliser les eaux de la Fautaua à la production de la force électrique pour l’éclairage de la ville.

Une Société philharmonique, bien que de fondation récente, a su, par de louables efforts et des progrès rapides, atteindre un résultat qu’on n’osait espérer à son début.

Aujourd’hui, elle attire la population de Papeete tout entière aux délicieux concerts qu’elle donne dans le Palais des Pomaré converti en salle de spectacle

Une autre Société vient également de se fonder à Papeete : celle des Excursionnistes.

Elle a pour but, comme son nom l’indique, d’abord d’organiser des excursions attrayantes et instructives à travers les régions encore inexplorées de Tahiti, et ensuite d’aviser au moyen d’introduire dans l’ile toutes les espèces d’animaux ou

essences d’arbres et de plantes susceptibles de développer le mpuvement'agricole de la colonie.

La Société compte déjà de nombreux adhérents et il est à présumer que les heureux effets d’ordre intellectuel et moral qu'elle est appelée à produire sur la jeunesse du pays contribuera puissamment à sa prospérité.

. Il existe aussi une Société de secours mutuels, « la Fraternelle », qui fonctionne depuis de nombreuses années, ainsi qu’une Société coopérative de consommation, et une section des Prévoyantsjle l’avenir, dont le siège est à Paris.

Etablissements [scolaires. — L’enseignement scolaire est assez développé à Papeete.

Trois écoles de garçons luttent d’ardeur pour donner à la jeunesse tahitienne une instruction primaire solide, g-- Entre l’école des Frères de Ploërmel qui compte 175 élèves, répartis en G classes, et celle de la Mission protestante qui instruit 140 garçons, l’école laïque, avec instituteur métropolitain, a réussi, après plusieurs essais infructueux, à s’établir définitivement. Elle compte aujourd’hui 35 élèves.

De même pour les jeunes filles, entre l’Institution des Sœurs de Saint- Joseph' de Cluny (210 élèves) et celle patronnée par le culte protestant), (275 élèves) toutes deux très méritantes, une école laïque s’est enfin constituée depuis un an.

Un nombreux personnel métropolitain étant trop dispendieux pour les ressources de la colonie, c’est parmi les élèves munis du brevet élémentaire et sortant des écoles de Papeete que sont principalement recrutés les maîtres et maîtresses chargés d’instruire les jeunes Tahitiens dans les districts, et de les familiariser avec notre langue.

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